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lundi 4 mai 2020

> Yves Chaland et la tenue idéale contre le COVID-19…

En juin 1980, Chaland publie dans la presse magazine (un vieux truc en papier que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre !) la plus branchée de la place de Paris et de la Galaxie (cf. plus haut !) la tenue idéale pour lutter contre la propagation du COVID-19 : quarante ans d'avance !!!…

Une tenue complète et vraiment, mais vraiment protectrice !…


Bob Fish par Yves Chaland
dans Métal Hurlant numéro 54 - juin 1980

Il est vrai que son client Monsieur Swartenbroeckx tient plus d'Howard Hugues que de votre voisin avec sa paranoïa des microbes et des odeurs !!!…
Tiens encore un Swarte-machin-chose : certainement un hommage appuyé à Joost Swarte, mais que signifierait la fin de son nom de famille ?…

Comme Bob Fish, protégeons-nous bien, et pas avec cet espèce de bikini reconverti en masque de protection qui aurait été vendu par un Super U de Montpellier : si cela est vrai, c'est assez terrible, non ?…


Valéry Ponzone



dimanche 12 avril 2020

> Yves Chaland, Une vie en dessins… (part fayeveu)

Cet autre passage m'a un peu interloqué : cette justification répétée sur cette couverture de Chaland pour le deuxième numéro de Métal Aventure est assez cocasse. Une impression de déculpabilisation ou de réhabilitation postérieure sur ce dessin en particulier, alors que, sincèrement, je n'en vois pas la raison et je n'ai surtout jamais eu le souvenir que cette illustration eut pu faire autant parler d'elle à l'époque, et plus tard, sauf dans ces livres consacrés à Chaland  ?
Son côté cliché extrême ne pouvait dans mon esprit en aucun cas prêter à confusion, même plus de trente cinq après sa création…

Chaland La vie en dessins (extrait)
Éditions Champaka 2019

La couverture originale était d'ailleurs exposée en 1990 lors de l'Exposition Coloniale, Chaland Explorateur chez Super Héros et, devant mon admiration pour cette couverture qui n'était évidemment pas en vente, Yves Boniface m'avait appris qu'elle appartenait au… rédacteur en chef de Métal Aventure

Métal Aventure numéro 2 - novembre 1983
Couverture de Chaland

Le texte semble reprendre ce que j'ai déjà lu ailleurs avec cet accent mis sur le magnifique guerrier ou ce Noir qui est beau (sic), qui a force d'être répété risquerait de donner un peu l'impression à quiconque ferait des raccourcis expéditifs, ou aurait l'esprit mal placé, d'entendre un extrait de la bande-son des commentaires du documentaire sur la dernière passion de Leni Riefenstahl !…
Ou des slogans récupérés hors contexte sur ce qui est beautiful ?…
Quoi qu'il est vrai que le grand Franquin lui-même qualifiait aussi ses guerriers Africains ainsi dans Spirou et Fantasio, Le gorille a bonne mine !
S'appesantir sur cette couverture de Chaland, qui n'est pourtant pas reproduite dans cette Vie en dessins est étonnant, alors que d'autres le sont sans que l'on n'esquisse quoi que ce soit à leur sujet ???
Encore cette impression de voies séparées entre le texte qui parle de choses autres et les dessins reproduits sans être en relation avec le texte !…

Le gorille a bonne mine par André Franquin - détail planche 14
Éditions Dupuis 1959

Le gorille a bonne mine par André Franquin
Éditions Dupuis 1959

Le seul côté apparement sans ambiguïté, de cette couverture de Métal Aventure numéro deux, et avec de sales véritables relents colonialistes d'un autres temps (les années 80 pourtant !), bien au-delà de la maladresse, est, et reste l'accroche pitoyable en sous-titre de cette "Nostalgie Coloniale" !… Cela renforçait certainement  l'ambiguïté dont il est question dans le texte à propos de ce dessin de Chaland, que l'on ne trouve plus quand le dessin lui-même est ex-filtré de son support imprimé originel…
Hergé se fait en permanence tirer dessus à boulets rouges avec son Tintin au Congo qu'il a fait en 1930, mais ce numéro de Métal Aventure est sorti en novembre 1983 avec aux manettes des gens normalement plus et bien mieux informés qu' Hergé, trop subordonné à l'Abbé Dailliez en ces temps anciens ?…
Mais le côté guerrier magnifique peut devenir un argument à double tranchant potentiel à le mettre tant en avant pour justifier la démarche de Chaland pour ce dessin :
- dans la mesure où il y a deux guerriers dans ce dessin de Chaland que doit-on penser si le second guerrier, de dos,  n'est pas "magnifique" ou simplement "beau" (sic) ?
- connaissant les quelques éructations récentes de certains politiciens ou intellectuels sur cette période douteuse de la colonisation, il vaut mieux faire très attention au raisonnement que l'on cherche à tenir à ce sujet parce que "le bon temps des colonies" est devenu très premier degré pour certains primaires ;
- sachant  la conception particulière de la magnificence et de la beauté de la personne citée plus haut quant à ses passions, je doute que ce soit le vocabulaire le plus justifiant ?

Naostalgie coloniale par Yves Chaland
Éditions Les Humanoides Associés - carte postale

La sémiologie est une discipline rigoureuse et, heureusement,  la compréhension d'une image ne nécessite pas toujours d'avoir embrassé ce cursus spécifique pour essayer de la comprendre  : je ne vois pas du tout, mais alors pas du tout,  en quoi ce guerrier (magnifique ou non cela relève d'une subjectivité plus littéraire que biographique) a un regard las (sic) ????…
Personnellement je ne vois aucune espèce de lassitude dans ce regard, mais bien de l'amusement : plus encore on remarque bien que la pupille du guerrier pétille telle l'Étoile du Berger dans le firmament !…
Une sorte de regard presque ironique, appuyé par son sourire, sur la scène dont nous sommes témoins, renforcé par une complicité immédiate entre celui, spectateur direct, qui se tourne vers nous, qui sommes presque voyeurs de la même scène, laissant l'autre guerrier continuer à se plonger (délecter ?) dans ce spectacle qui ne peut qu'apparaître… exotique aux deux guerriers.
Serait-ce une mie en abyme évidente ?,  entre ces guerriers authentiques, indigènes serait le meilleur terme, habillés en vrais guerrier et avec de vraies sagaies, de celles qui peuvent tuer et transpercer, et la scène d'intérieur cadrée de la demeure coloniale… Et, comme il est justement précisé, les cadeaux de pacotilles qui sont déballés devant nous pour ce Noël colonial lointain : lance-jouet et pagne autour de la taille pour le garçon,  tête blonde de circonstance, robe / tenue de femme léopard pour la mère / épouse, cravate à palmiers pour le père / époux avec en option, les décorations du  salon familial de circonstance  : fétiche posé sur le bahut, devant la radio, crèche au premier plan, croix chrétienne au-dessus de la porte intérieure, sans oublier la touche finale avec le portrait de ce "bon roi" Léopold au mur, qui nous permet de situer la scène au Congo belge…

J'irai même plus loin dans ma perception personnelle de ce dessin ("Ben tiens, y s'permet tout c'lui là !!!"), tel Flaubert et sa Bovary, ce guerrier Africain qui se tourne vers nous me donnerait presque l'impression d'être une projection de Chaland lui-même !?…
Un vrai dessinateur, au sens authentique du terme, face au(x) cliché(s) et à l'aspect factice — de pacotille — de la saynète jouée par cette famille de colons / petits cochons roses à chevelures de blé que nous distinguons tous, qu'il nous montre ou nous invite à regarder à travers cette fenêtre… qui devient un cadre délimité dans le cadre du dessin, cadré et délimité plus encore par les deux sagaies qui orientent notre regard avec les deux diagonales…
La caricature ne serait pas où on la pense de façon trop primaire ou trop rapide : elle serait davantage dans ce que l'on voit tous par la fenêtre, guerriers et lecteurs du dessin…
N'oublions en effet jamais, que l'homme est naturellement bon et que c'est la société qui le  déprave et le pervertit, bien davantage depuis que la société de Jean-Jacques a été remplacée par la société de consommation qui ne nous fait que revenir en arrière : vers une forme de monarchie consumériste d'un autre temps, dont certains se gorgent d'importance à se considérer comme des… clients-rois !…

Le regard du guerrier est d'autant moins las, que l'on ne sait que trop bien dans la Bande Dessinée que la lassitude se représente par… des yeux fermés !…
La bande dessinée a ses codes crées par les anciens maîtres et ils en sont les fondements, les bases et les fondations : malheur à celui qui oserait aller au-delà des limites de ces figures imposées, dignes des plus grandes compétitions artistiques : le patinage !…

Astérix gladiateur par Uderzo et Goscinny
La lassitude du préfet romain de Lutèce…

Cela (ce las ?) dit, je n'ai jamais compris que Chaland n'apparaisse que dans ce numéro deux de Métal Aventure alors qu'il était présent en ouverture dans les numéros 0 de la revue qui aurait pu/dû prendre le titre de Casablanca ???…
C'était bien la peine de courir après ce numéro 0 à l'époque, même si je n'ai eu que celui plus courant avec la couverture de Dominique Hé !!!…

Passons sur cette erreur d'interprétation et cette fausse lassitude, toute en subjectivité, plus communément définie comme "à côté de la plaque", et revenons vers des cieux plus célestes : vers les autres couvertures que Chaland a dessiné pour Métal Aventure puisqu'il en a réalisé tout de même cinq sur les dix numéros (très inégaux) qui furent publiés !…

Métal Aventure numéro 3 - janvier 1984
Couverture de Chaland

La couverture du numéro 3 de Métal Aventure, qui, est présente dans cette Vie en dessins mais ne semble pas appeler de commentaire particulier sur l'une des grande crainte des années 80, dernière ligne droite de la Guerre Froidene peut que rappeler la fin du monde (François M. avait proclamé en 1983 que les Pacifistes étaient à l'Ouest et les missiles à l'Est)… Mais une autre fin du monde antérieure me vient à l'esprit (non, non, je ne parle pas des anciens uniformes des gardiens de la paix option képis,  pas encore passés entre les mains de Balmain : plus tard, en 1985) :  celle représentée par E.P. Jacobs dans les pages du Journal de Tintin en 1946 dans les premières pages de Blake et Mortimer, Le secret de l'Espadon : la Tour Eiffel est détruite de la même façon, si le cadrage de notre prestigieux monument parisien est de trois-quart pour Jacobs mais de face pour Chaland, son effondrement se fait quasiment au même (deuxième) étage et suivant un angle plutôt similaire… pour l'une des séquence parmi les plus marquantes de ce Blake et Mortimer et de la Bande Dessinée franco-belge !

Blake et Mortimer par E.P. Jacobs
Le secret de l'Espadon planche 12
dans Le Journal de Tintin, 1946

Couverture de Métal Aventure numéro 3 qui fait forte résonance avec celle de Métal Hurlant numéro 98 aussi présente dans cette Vie en dessins sans attirer plus de commentaires que cela (valait-il mieux disserter sur une couverture non reproduite dans le livre que sur celles qui sont visibles ?), alors qu'elle aurait pu être en regard de celle de Métal Aventure numéro 3, voire placée juste avant, pour rester dans ce principe de chronologie basique en maquette : il y a bien un commentaire (en rouge) de J.P. Dionnet, pour mettre l'accent sur le réalisme possible dans le dessin de Chaland en prenant comme exemple les couvertures de… Métal Aventure, placé sous un crayonné d'une couverture de… Métal Hurlant !…

En ce printemps 2020, les astronautes, cosmonautes et autres spationautes qui rentrent sur Terre en cette période de COVID19 doivent avoir aussi l'impression d'un monde très différent à leur retour sur Terre !!??…

Métal Hurlant numéro 98 - avril 1984
Couverture de Chaland

Autre résonance peut-être aussi avec la couverture de l'Agenda 1991 de Reporter : quelques détails peuvent laisser à penser que nous sommes dans cette France post SS20 lancés sur Paris atomisé sur la couverture du Métal Aventure numéro 3 : la carte accrochée au mur avec l'Europe Unie (de l'Atlantique à l'Oural, voire au-delà, jusqu'à la Sibérie ?), cette assiette soupesée par la jeune femme brune avec la faucille et le marteau logotypaux au centre, ou cette pierre martienne Souvenir de Mars — la planète rouge ! — sous cloche transparent, voire cette affiche de film avec un rôle d'acteur vieillissant pour l'immense Gérard Depardieu (qui a d'ailleurs fini par devenir citoyen russe quelques décennies plus tard !), et ce détail délicieux au possible avec cette lampe conceptuelle, à double éclairage : mi-électrique avec une ampoule classique d''un coté et une chandelle de l'autre : certainement pour compenser les possibles coupures de courant dues aux impérities de la bureaucratique administration de l'énergie collectiviste dans cette Europe Unie post SS20  ???…
Chaland ne peut s'empêcher de nous faire glisser discrètement, délicatement, subtilement dans une uchronie à sa façon, renforcée par cette couverture de Paris Match, qui sera toujours publié quand Mandela Jr sera élu President de son pays…

Agenda 1991 Reporter - couverture par Yves Chaland



• Métal Aventure numéro 6 :
Ah, les titres accrocheurs de Métal Aventure tout en finesse pour ce numéro 6 par exemple avec  ce "Chaland à la rescousse de Moebius" : pour ce qui est vraiment la seule véritable erreur dans tout ce qu'à fait Chaland, avec cette reprise concept tout bidon du fabuleux  Major Fatal (ai-je déjà dit qu'avant La comète de Carthage, Le Jeune Albert, Bob Fish ou La ballade de la Mer Salée et autre WatchmenMajor Fatal Le garage hermétique de Jerry Cornélius est mon livre de Bande Dessinée préféré au monde de l'univers de la galaxie du Désert B aux différents niveaux du monde du Major Grubert ???) avec une chute tellement hermétiquement focalisée sur les revues, Métal Hurlant, Rigolo et Métal Aventure, des Humanos (seul Métal Hurlant restera mythique) que ces pages n'ont que peu, voire pas d'intérêt pour le lecteur lambda : ce qui est paradoxal dans l'œuvre globale de Chaland d'ailleurs, plus encore dans celle de Moebius qui vise à l'universel par la Grâce du Cristal !!!…
Si Moebius avait su que Chaland allait venir à sa rescousse,  peut-être ne serait-il pas parti à l'autre bout du monde pour guetter les extra-terrestres ?…

Métal Aventure numéro 6 - juin 1984
Couverture de Chaland



• Métal Aventure numéro 7 :
Le Général de Gaulle tueur de boches, une image édifiante de l'icône de la Résistance, du Sauveur de notre honneur national, qui n'hésite pas à utiliser son coutelas d'ivoire poignard pour trancher dans le vif le nazi…
Est-ce aussi un portrait du même Général de Gaulle que l'on voit encadré au mur gauche de la première case de l'intérieur de Bill Baxter contre les reliques de la mort ? …

Métal Aventure numéro 7 - octobre 1984
Couverture de Chaland


• Métal Aventure numéro 8 :
Était-ce un prolongement de la Nostalgie Coloniale des début de la revues, avant sa fin toute proche, avec cet avant-dernier épisode de la fin de l'empire colonial français ?
Ce reporter nous montre qu'il y a tout de même des priorités dans la vie, certainement un peu surpris par l'explosion dans la rue, surtout s'il n'a pas emporté assez de cravates et de chemises pour son reportage : ah, qu'il est toujours difficile de manger avec des baguettes !!!…

Métal Aventure numéro 8 - octobre 1984
Couverture de Chaland

Cette dernière couverture eut sa variation, ou reprise,  (parmi tant d'autres) de Serge Clerc dans les années 90 : 


aventure Indochine 54 par Serge Clerc
Dessin original inédit 1996

Quelqu'un trouvera peut-être le numéro de Paris Mach que Chaland a placé sous l'appareil photo du reporter ?…
J'ai un peu laissé tomber, je trouve que les recherches sur Google deviennent assez pénibles même quand les paramètres saisis sont très précis…

Ce serait préférable que les connaisseurs de Chaland (compagnons de route ou découvreurs tardifs) s'accordent un peu, déjà sur cette façon récurrente de vouloir nous faire passer ces très belles gouaches (couvertures de Métal Aventure ; agendas…) pour les œuvres majeures de Chaland  : comparativement à l'ensemble de sa production pour la Bande Dessinée, les estampes, les portfolios, les affiches (…), mais aussi sur les sources, puisque pour certains tout ce qu'a créé Chaland semblent inexorablement et toujours être issu de l'œuvre d'un autre artiste, ou être "sourcé" ?…
Pour Fromental dans le (petit) catalogue "Exposition 1995, La collection Chaland" (Éditions Reporter ; p. 16) :
" Le pinceau de ce dh Desmé nous rapproche en outre d'une veine que Chaland avait eu explorée mais où il excellait. Ses illustrations et couvertures (notamment pour Métal Aventure) à la gouache."

Cocktails d'amour par dh Desmé - vers 1945
Gouache originale Collection Chaland

Merry Christmas Joyeux Noël par dh Desmé - vers 1945
Gouache originale Collection Chaland

Et pour d'autres, ces illustrations à la gouache sont systématiquement et uniquement rapprochées de Di Marco, dont Chaland possédait également un dessin original…
Cela dit je ne sais pourquoi ces quelques gouaches seraient toujours référencée au travail de Di Marco, tellement d'auteurs travaillant avec cette technique et dans cet esprit pouvant être cités (un peu comme pour la… Ligne Claire® !!!!), Joubert avec notamment ses couvertures de Bob Morane, voire ces dessinateurs inconnus officiant dans les cartes scolaires et nammoins éducatives de jadis ??…

Rompons-là avec la dernière phrase de ce paragraphe : "Alors qu'il assure la maquette de Métal Hurlant, Chaland prend plaisir à accueillir les novices qui viennent présenter leurs dessins".
Quand je parle de fouillis et d'incohérence : je me demande ce que cette phrase vient faire là (comme un cheveu de Morantin dans la soupe ?) ?…
L'auteur nous parle de la période de Métal Aventure et des couvertures que Chaland a réalisées de fin 1983 à fin 1984 et il n'est plus maquettiste de Métal Hurlant depuis longtemps à cette époque : il ne l'a été que neuf mois, à partir de 1979, bien avant ces années Métal Aventure !!!…
Quelle est cette façon de parler d'un auteur en glissant  des événements qui n'ont rien à voir entre eux par l'opération du Saint-Esprit d'une chronologie anarchique ?… Comme si des pièces du puzzle avaient été oubliées, à force de copier-coller des parties du texte, mais qu'il fallait à tout prix les caser, les intercaler, quitte à les mettre un peu n'importe où et à réécrire l'ordonnancement des événements   ??…

C'était déjà ainsi pour la toute dernière page du texte, "Un maître quatre-vingt hors du temps", où l'on nous reparle de Métal Hurlant, et de sa fin, survenue trois ans avant la disparition de Chaland : alors qu'en toute cohérence cela aurait du rester dans les pages consacrées à… Métal Hurlant.
Idem pour F-52 (avec trait d'union comme Magic-Strip !) dont il est question de façon lapidaire dans le chapitre sur Freddy Lombard et qui est davantage développé dans celui sur "Robots, atome,  et télétrans", passant de F-52 à F52, en ignorant totalement le portfolio F-52 qui met énormément de choses en place des années avant (dès 1986) cette dernière histoire de Freddy, Sweep et Dina !…
C'est avant toute chose pour ce portfolio F-52 que Chaland a utilisé ce numéro de Science et Vie Spécial Aviation 1949 : la couverture de la revue est exactement celle du portfolio F-52 édité par Déesse, et les séparations sociétales et/ou de caste, sont d'ores et déjà précisées dans la maquette du F-52 présentée dans ce portfolio !!!…


Science et Vie - Hors-série Aviation 1949


Portfolio F-52 planche de présentation de l'avion et maquette sur calque
Éditions Déesse 1986

Le texte de référence part dans des directions qui me paraissent étranges, voire presque hors-sujet, tout en oubliant de souligner des évidences pour certains lecteurs pointus, mais tous n'ont pas à l'être,  qui se trouvent visibles dans les fameux back cover (pas peau d'ours) pour paraphraser Le Jeune Albert qui va retaper son Spirou contre l'Invisible chiné sur les quais parisiens : Freddy Lombard, Vacances à Budapest avait été annoncé en préparation sous le titre Les insurgés de Budapest.


Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
> 4e plat avec Les insurgés de Budapest en préparation…

Peut-être le changement de titre fut-il inspiré par cette histoire de Spirou et Fantasio qui faisait suite — on y revient — à celle du Gorille a bonne mine… ?…

Spirou et Fantasio, Vacances sans histoire par Franquin
dans Le gorille a bonne mine
Éditions Dupuis 1959

Mais, plus important encore, que la dernière histoire de Freddy Lombard initialement prévue ne devait pas être F-52, qui a supplanté une toute autre histoire de Freddy Lombard : La parabole de la soucoupe !!!…
Sauf erreur de ma part il n'est nulle part fait allusion à cette Parabole décalée par l'intérêt immédiat que Chaland avait porté au sujet de F-52

Freddy Lombard, Vacances à Budapest  par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1988
> 4e plat avec La parabole de la soucoupe en préparation…

Cette Parabole de la soucoupe était à l'étape de recherche graphique alors que survint le décès de Chaland : surprenant de ne pas en parler du tout, tout en faisant cette irritante erreur quant à ce devait être le projet de livre d'artiste en sérigraphie sur Ubu !…

Chaland 2000 par Jean-Pierre Fuéri
Yann explique -  Bo Doï 2000

Un dernier clin d'œil pour la route : ami collectionneur de Chaland, ami partout, toujours
Tu auras certainement remarqué l'orthographe digne du Jeune Albert pour le premier album de "Freddy Lombard, Le testament de Godefroid de Bouillon" ?…
"Godefroid" est en effet écrit sans son joli "d" à la fin !… Étonnant non ?…
Peut-être un vengeance des Humanos pour ce titre édité par Magic-Strip, qui n'est d'ailleurs pas crédité comme éditeur ???… Mais non, pas du tout, car si tel avait été le cas, la faute grossière aurait été rectifiée dans la réédition de 1989 chez Magic-Strip, en couleurs avec une maquette façon  Collection Eldorado des Freddy Lombard édités par Les Humanoides Associés !!!…
Mais Magic-Strip n'avait pas rectifié cette faute grossière, que ce soit au catalogue du 4e plat ou bien encore dans le catalogue intérieur du livre, alors que le titre est écrit correctement sur la couverture et sur le dos… et avait conservé La parabole de la soucoupe en préparation alors que F-52 allait sortir cette même année 1989 !

Freddy Lombard, Le testament de Godefroid de Bouillon  par Yves Chaland
Éditions Magic Strip 1989

La bibliographie de Chaland de la première édition du Cimetière des éléphants avait peut-être  "complexifié" la tâche des graphistes suivants puisque Le testament de Godefroid de Bouillon avait été abrégé en "Le testament de G. de Bouillon" …

Captivant… n'est-il pas ?…

Je sais bien que ce n'est pas le cas, mais ça m'amuse !!!…




Valéry Ponzone


jeudi 2 avril 2020

> Swarte et Chaland : la vente de Bandes Dessinées…

Nous sommes en avril 1983 et je découvre cette planche de Joost Swarte dans le numéro d' (A SUIVRE) spécial Hergé que j'étais allé courir (avec les zébulons de circonstance), acheter chez mon marchand de journaux de la Place de France : un hommage  à Hergé graphiquement parfait et pourtant décalé,  par l'un de ses affidés de la Ligne Claire® :

… Et ces albums les connaissez-vous ? par Swarte
in (A SUIVRE), 1983

(A SUIVRE) Spécial Hergé
Casterman, 1983

Je pense que la mort d'Hergé est mon premier vrai grand choc quant à la disparition d'un auteur de Bande Dessinée… avant celle de Chaland en 1990 !…
Trop jeune pour que celle de Goscinny ne me fasse autant d'effet qu'elle aurait dû, idem pour Tillieux, qui est passée inaperçue médiatiquement, sauf pour le jeune lecteur du Journal de Spirou que j'étais, même si celle de Jijé m'avait paru plus présente avec ce dessin en noir et blanc en couverture du même journal ?…

Dans cette planche plutôt cocasse (quand on  parle de Ligne Claire® autant adapter son vocabulaire à sa modernité), il y a volonté de revente d'une brouette de bandes dessinées anciennes (!!!), pour construire un solarium (!!) et une grande tentative d'escroquerie de la part du bouquiniste sollicité, qui comme aimait tant le dire Tintin se retrouvera, fort heureusement,  "grosjean comme devant" !!!…
Ouf !…
La morale est sauve !!!…

Cette planche du Jeune Albert par Yves Chaland a paru dans le numéro 95 de la machine à rêver® : Métal Hurlant,  pendant un rigoureux mois de janvier 1984.
Elle pourrait faire résonance avec celle de Swarte…

Le Jeune Albert, Spirou contre l'Invisible par Yves Chaland
Les Humanoides Associés, 1985

Métal Hurlant 95
Les Humanoides Associés, janvier 1984

C'est certainement la rigueur hivernale de ce mois de janvier qui doit expliquer la couverture toute en délicatesse et en finesse de ce numéro ?…

Remarquons que Yves Chaland est dans l'esprit des revues de prépublication qui l'ont nourri dans son parcours de lecteur de bandes dessinées, puisque cette planche du Jeune Albert se situe bien en plein hiver, écharpe neige et pardessus pour tenir chaud sont là pour nous mettre dans l'ambiance et maintenir la pression…

Il est là question de négoce de bande dessinée ancienne : un exemplaire de Spirou contre l'Invisible est racheté à vil prix par le faire-valoir (et accessoirement souffre-douleur !) d' Albert : qui utilise la même technique d'énumération des défauts que le bouquiniste de Swarte, pour payer encore moins cher ce qui apparaît pourtant vite à nos yeux comme une rareté : évidemment, un Spirou, un classique de notre Age d'Or qui nous est totalement inconnu…
Mais la morale n'a rien à voir avec le Jeune Albert qui n'hésite pas à revendre cher à ce collectionneur, malheureusement moins caricatural qu'il ne parait, ce qu'il paiera si peu cher après avoir vendu (!!!) la pièce rare : la morale ne pourrait que réprouver cette façon de procéder, digne d'un profiteur de bas étage, mais ainsi est le Jeune Albert

Chaland a-t-il été témoin de ce processus de dévalorisation de ce qui est présenté au libraire ou à l'acheteur, fréquentant l'une ou l'autre des librairies d'ancien où il allait pour acheter, échanger ?…

Les deux planches sont en lien, évident, même si celle de Swarte fait hommage à Hergé et celle de Chaland à Spirou, mais Chaland avait, lui aussi, rendu hommage à Hergé en 1983 avec cette autre planche du Jeune Albert, dans les pages de Métal Hurlant, qui va rendre visite à son oncle Rémi… 

Le Jeune Albert, L'oncle Rémi par Yves Chaland
Les Humanoides Associés, 1985

Métal Hurlant 87
Les Humanoides Associés, mai 1983

Si le Jeune Albert semble, une fois n'est pas coutume, affecté par la disparition de son cher Oncle Rémi, je vais plutôt revenir revenir sur la planche postérieure du Jeune Albert, que sur ses émotions : restons pudique et respectons son intimité…
Cette planche est, une nouvelle fois, l'illustration de ces fameuses boucles internes à l'œuvre même de Chaland que nous pouvons trouver disséminées dans ce qu'il a produit au fil des ans…
Car Spirou contre l'Invisible existe déjà dans une planche précédente du Jeune Albert, publiée dans l'Année de la Bande Dessinée 1981-1982 (Éditions Temps Futurs) :

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
in L'année de la Bande Dessinée 1981-1982
Éditions Temps Futurs, 1982

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
(détail)
in L'année de la Bande Dessinée 1981-1982
Éditions Temps Futurs, 1982

Planche commandée par Temps Futurs (librairie ; éditions…) pour sa première année de la BD, dans laquelle on apprend comment relier et restaurer ("retaper") ses bandes dessinées fatiguées : cette planche a été pour moi le premier guide de reliure, même si mes essais furent désastreux avec un Alix L'ile maudite en première édition dans la Collection du Lombard d'ailleurs !!!…
Heureusement, je sais bien mieux relier aujourd'hui !…
On apprend donc à relier avec le Jeune Albert : un peu comme certaines fiches pédagogiques en bande dessinée que l'on a pu lire ici ou là, mais surtout que ce Spirou contre l'Invisible est un back cover "peau d'ours"(comme je l'ai déjà écrit à propos des erreurs présentes dans "Une vie en dessins" on ne dit pas "dos" pour un "back cover  ou 4e plat  d'un livre: même Chaland le sait !) mais aussi que l'on peut chiner ce genre de pièce mythique chez un bouquiniste des Quais de Seine : ce qui relève du pur fantasme, évidemment …
Je n'ai pas tant souvenir que cela que Chaland utilisait des terminologies anglicisantes dans ses Bandes Dessinées ?…
Quelqu'un pourra me confirmer ou m'infirmer cela peut-être ? …
Comme Chaland aimait à le faire dans ses interviews, il aime là aussi brouiller les pistes et à mélanger ses références du Neuvième Art dans un cocktail (du Mocambo Bar ?) qui lui est très personnel : chacun ne sait que fort bien qu'il est absolument impossible qu'un Spirou des espiègles éditions Dupuis (Marcinelle-Charleroi) puisse exister avec ce 4e plat "peau d'ours" iconique de l'élégante Collection du Lombard de l'éditeur bruxellois !…
Pourtant il existe bien un Alix des éditions Casterman édité avec ce fameux "peau d'ours" de la Collection du Lombard : mais ceci n'est que l'exception qui confirme la règle…

Collection du Lombard "peau d'ours"

"Amusons-nous !…" avec les collectionneurs de Bande dessinée devait se dire Chaland en riant certainement sous cape… d'invisibilité ?
Et en s'emmêlant délicieusement les pinceaux Isabey puisqu'il passe d'une préposition  dans  "contre l'Invisible" à une coordination sur le titre de la couverture agrandie ici avec ce "Spirou et l'Invisible"…

Je m'attends déjà à ce qu'un petit malin fasse la couverture de ce Spirou sous une fausse reliure ou autre idée du genre : je l'ai déjà faite et montrerai cela un jour si l'envie me prend…

Chaland en rajoute d'ailleurs volontairement en précisant dans la première case du second strip qu'il s'agit "d'une première édition avec les pages de garde bleu foncé (…)"…
Il continue sa mixture entre les trois principaux éditeurs Belges : Dupuis, Le Lombard et Casterman avec les mythiques gardes bleu foncé des albums Tintin dont Chaland possédait certains titres !…

Tintin (demie) garde bleu foncé par Hergé
Éditions Casterman

Chaland est resté fidèle à lui-même et à Spirou entre cette planche du Jeune Albert publiée en 1982, et celle passée dans les pages de Métal Hurlant en 1984 mais forcément réalisée l'année précédente !)…

Si ce titre inventé d'une histoire de Spirou qui n'existe pas peut faire rêver le collectionneur, et pourrait nous faire penser à une histoire de Jean Valhardi de Charlier et Paape : "contre le monstre" dans les pages du beau Journal de Spirou, avant que le titre ne soit changé en "château maudit" pour son édition en livre de Bande Dessinée…
Chaland avait-t-il eu une résurgence de ce titre des "Aventure de Chick Bill en Arizona",  justement édité par les éditions du Lombard en 1954 pour son titre mystérieux et intrigant de cet album de Spirou inédit ?

Chick Bill contre "L'invisible" par Tibet
Éditions du Lombard, 1954

Cette planche du Jeune Albert Retape tes albums ! eut une nouvelle vie en 1997, puisque je l'ai éditée en sérigraphie deux passages couleurs (désolé mais malheureusement très mal imprimée par Cornélius : les trames sont sorties moirées !), tirage limité à 70 exemplaires numérotés que j'offrais à celles et ceux qui achetaient le livre "Les années Métal" édité par Champaka cette année là…

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
Tirage 70 ex. n°tés en sérigraphie 2 passages couleurs
Format 21 x 30 cm sur papier Rives
Éditions La comète de Carthage, 1997

C'est le bon moment de faire de la reliure et de retaper ses albums mais, sac à papier, ma presse est à mon atelier ainsi qu'une partie de mon matériel : pas pratique du tout en période de confinement alors que l'on pourrait faire tant de choses !…
Dommage…




Valéry Ponzone


lundi 23 mars 2020

> Yves Chaland, Une vie en dessins…

J'ai dû attendre Noël dernier pour découvrir ce très gros et très lourd livre sur Chaland sorti au mois d'octobre, et apparemment très beau… C'est amusant car depuis quelques années je redécouvre le plaisir d'attendre pour avoir certains livres de/sur la Bande Dessinée, ce même plaisir que j'avais enfant et qui constituèrent les premières pierres de ma collection de Bande Dessinée, quand on m'en offrait à Noël ou pour mes anniversaire…
Et je peux ainsi ouvrir les cadeaux avec ma fille !…

Yves Chaland, Une vie en dessins
Éditions Champaka Brussels,  2019

Je m'étais pourtant dit que je n'écrirais pas de façon trop développée sur ce livre, restant quelque peu partagé à son sujet… comme la période nous permet d'avoir un rapport à l'espace et au temps quelque peu expérimental, finalement je peux m'y atteler.

Une fois le paquet cadeau ouvert, je me suis effectivement plongé dedans, pris à le feuilleter en n'entendant plus rien de ce qu'il se passait autour de moi ce 25 décembre 2019, car je me trouve face à un livre censé être LE livre sur Chaland, avec un texte de référence (sic).
Soyons clair, même si je ne vois que des pauvres photocopies de dessins de Chaland inconnus, j'ai les yeux qui s'écarquillent…
Mais, là, effectivement, je me trouve devant autre chose avec ce livre rassemblant une foultitude de documents, de dessins, de planches originales et toutes ces sortes de choses, et dans tous les sens  bien plus intéressants que les vulgaires photocopies précitées !…
Cela est d'autant plus normal que Champaka est L'ÉDITEUR de Chaland par excellence…

Comme Jean-Pierre Dionnet l'avait dit quelque part dans les années 80 : "la Bande Dessiné est recouverte de pelliculage pour permettre aux lecteurs qui bavent la bouche ouverte  de ne pas les abimer" (dans l'esprit, je cite de mémoire grosso modo) : depuis lors je veille à bien fermer la bouche (et encore mieux me laver les mains !), j'évite de baver sur mes livres et j'essaye davantage d'aiguiser mon regard sur les livres que j'ai en main et à ne pas trop tomber dans le piège du fan énamouré qui vire lou ravi devant chaque livre (les critiques adorent-ils encore parler d'opus ?) de ses auteurs préférés…

Un sentiment mitigé est apparu, peu à peu, mon regard se troublant, face à la mise en page et une foultitude de petits détails gênants à force de s'additionner et de tomber dessus…
Le principe annoncé de cette Vie en dessins est simple : compiler plus de 250 scans de planches, dessins originaux divers et variés au fil de pages (j'en ai même compté un peu plus de 300 en fait !).

Le premier souci est le choix du dessin de couverture, non pas que ce dessin ne soit pas intéressant, mais cela fait tout de même la troisième fois que Champaka l'utilise en couverture !!!…
Six fois en fait si l'on considère qu'il est aussi présent au 4e plat et sous la jaquette de cette Vie en dessins, et qu'il était déjà sous la jaquette de Chaland Illustrateur !…
Ça commence à faire beaucoup, pour le même dessin, chez le même éditeur, sauf pour un adepte de Lavoisier !
N'oublions pas qu'à l'origine ce dessin est la vignette de couverture du catalogue de la dernière exposition de Chaland Explorateur : L'exposition coloniale organisée par Yves Boniface, à la librairie Super Héros en 1990 !!…

Chaland Explorateur 1990 Exposition coloniale
Éditions Reporter 1990

Chaland (Illustrateur)
Éditions Champaka 1995

Chaland Portrait de l'artiste
Éditions Champaka Brussels, 2008

Donc pas de surprise pour la couverture du livre qui m'accueille, dessin déjà vu et revu, et plus que déjà vu …
Le livre est donc à considérer comme un livre d'art, mais la jaquette en est très, très fragile, et risque de s'abîmer sur les parties extérieures, d'autant plus que tous les exemplaires en pile étaient sans aucun conditionnement extérieur : quel dommage que l'éditeur n'ait pas conservé son principe antérieur de jaquette américaine, c'est à dire avec rabats pliés à l'intérieur, comme le furent aussi les livres de la Collection Hors-Série de Futuropolis entre autres exemples ?…
Pour un livre à ce prix et avec cette ambition, la fragilité prévisible de cette jaquette est vraiment dommage… pour rester poli, mais en tant que client (la plupart de ceux qui chroniquent des livres les reçoivent gratuitement ! ) je n'aime pas cela !…

Yves Chaland, Une vie en dessins
Éditions Champaka Brussels,  2019

La question essentielle quand on achète un livre d'illustration de Champaka est aussi de savoir si le prix ne sera pas baissé avec le temps : en gros savoir si on ne fait pas pigeonner en l'achetant à sa sortie (même si c'est un cadeau) du fait de précédents très fâcheux pour mon budget : 
- Chaland illustrateur s'est trouvé en nombre en solderie BD
- Chaland et les publicitaires aussi, mais là ce pouvait être compréhensible entre le sujet pointu et le fait que le livre était très très mal imprimé ou numérisé avec des noirs, pas noirs, des décalages de couleurs etc.
- les livres d'Avril Paris Tokyo Bruxelles et de Serge Clerc Night Clubbing desperados sont sortis en nouveautés sauf erreur à 85 euros, puis se sont retrouvés à 65 euros et ont fini leur vie chez le distributeur, toujours en commande de fonds (MDS) à 45 euros ! La suite fut encore plus désespérante pour celui qui comme moi (vous aussi ?) les avais achetés à leur sortie, puisqu'un distributeur parisien m'apprit un jour qu'un grossiste en livres les lui avait proposés, en quantités importantes, à 5 euros pièces ! Étonnant que les collectionneurs si prompts à réagir sur les prix de vente de tel ou tel vendeur n'aient jamais remarqué cette courbe de prix pour le moins pénalisante pour leur porte-monnaie ?…
Comme cette Vie en dessins est éditée par Dupuis, on peut raisonnablement penser que le stock sera tenu  et que les nombreux exemplaires invendus ne seront pas soldés ?

Je ne suis pas entièrement convaincu par le papier choisi, qui semble être un Munken (?), le papier à la mode depuis… plus de 10 ans  : les noirs ont tendance à être écrasés, cela se voit sur certains documents avec trames, qui donnent l'impression de boucher, les planches de Bob Memory entre autres, cela se perçoit encore  davantage sur certains documents photographiques : les photos noir et blanc sont parfois très / trop denses, mais aussi certaines en couleurs, comme la photo où Chaland posait pour la publicité du nouveau procédé Letrachrome de Letraset
On tombe un peu sur les mêmes défauts que dans les fac-similés Franquin chez Marsu Productions, avec tout de même un meilleur contraste.
Finalement, un bon couché mat de base est plus fidèle…

Pour ce qui concerne la mise en forme du livre en lui-même : depuis Chaland illustrateur, je ne fais que regretter ces choix répétés de mettre trop systématiquement des dessins horizontaux à cheval sur deux pages !… C'est terrible : on ne voit pas bien les dessins qui plongent dans la reliure, moins encore lorsque l'on n'est pas du tout dans une vraie double page (celles où la couture des cahiers apparaissent) !… Cela est amplifié dans cette Vie en dessins, tout simplement parce que sa pagination est largement plus importante que les précédents ouvrages et, que par conséquent, son ouverture à plat moins facile, si ce n'est impossible.
Cela était déjà gênant dans Chaland Illustrateur, avec qui plus est des choix étonnants comme celui de tourner une image à 90° pour la placer volontairement sur deux pages : le tirage en sérigraphie d' Une année de bonheur par exemple…
On échappe à ce principe pendant une bonne partie de cette Vie en dessins, car, par chance, la majorité des originaux sont verticaux, mais arrive la déferlante, avec diverses incohérences, une maquette qui ne se tient pas finalement ou qui ne semble pas avoir de ligne définie  : les planches du Jeune Albert sont placés sur deux pages (une dizaine), comme ceux de John Bravo (4) ou de Spirou etc. etc.
Il est triste de voir ce très beau strip de Spirou sur deux pages, accompagné d'une case écartée et  calée bizarrement sur la planche de Spirou et qui coule dans le livre parce que ferrée au centre… 
Tout cela est gênant car on ne peut tout simplement pas voir correctement — à plat — le travail de Chaland, quand un livre est si épais, la courbes des cahiers intérieurs empêchent une ouverture totale et à plat de l'ouvrage…
Les visuels visibles sur le site de l'éditeur sont à ce niveau trompeurs, puisque l'on y voit bien les quelques doubles pages à plat, comme sur la maquette et sans perte dans le dessin : un bon pdf de la maquette nous permettrait de bien mieux voir, et profiter, des originaux placés ainsi…

Yves Chaland, Une vie en dessins - extrait du site de l'éditeur
Éditions Champaka, 2019 
Yves Chaland, Une vie en dessins - extrait du site de l'éditeur
Éditions Champaka, 2019  
Yves Chaland, Une vie en dessins - extrait du site de l'éditeur
Éditions Champaka, 2019 

J'ai un peu lâché sur la logique de la mise en page : nous partons d'une chronologie, c'est à dire une apparence de cohérence qui permet de voir une évolution graphique certaine : enfance / jeunesse / beaux-arts de Saint-Étienne / Métal Hurlant / Métal Aventure / Rigolo… Mais à un moment, retour en arrière avec les dessins de Chaland pour l'émission L'Impeccable de Dionnet et Manœuvre sur Antenne2…
Cela se prolonge par des travaux divers : presse (Best ; bulletin Rombaldi Club…), pochette de disque de  L'affaire Louis Trio, couvertures pour les agendas Central Union : la chronologie n'est plus respectée, on tombe dans un fatras pour déboucher sur la partie avec les travaux publicitaires de Chaland !?…
Qui, eux, ne respectent absolument aucune chronologie !… Complètement désordonnés… On commence par la photo de Chaland pour Letraset puis celle de Felix et le Bus (alors qu'une autre de la même fine équipe était déjà présentée plusieurs pages avant !!??) suivies des pages de Hibernabus (in Felix et le Bus UTP 1986), suivies de deux planches pour Les exploits du Géant (Reader's Digest 1981) : ensuite aucune chronologie n'est respectée, c'est le grand hoquet de la capsule spatio-temporelle !!!…

Le livre semble reprendre une mise en page thématique, en revenant sur les séries / personnages avec les livres de Bande Dessinée ou les travaux — comme les portfolios ou estampes — s'y rapportant… Bob Fish pour commencer, puis Freddy Lombard Le testament de Godefroid de Bouillon (mais la partie du texte se rapportant à cette période se trouve bien plus loin dans le livre !?),  Le Jeune Albert, avec, je ne sais pas trop pourquoi, une sorte d'interlude avec des publications presse sans respecter de chronologie : 

- illustrations Abécédaire Schtroumpfs magazine : 1988

- BD avec des strips de John Bravo (à cheval sur deux pages) : 1980

Pour reprendre le fil avec Spirou : du Bocongo au Cœurs d'acier

Pour retrouver, à nouveau, Freddy Lombard avec La comète de Carthage, Vacances à Budapest et F-52, puis passer à Adolphus Claar, bien antérieur, et retrouver une thématique Robots qui se termine par un dessin des Cybers ne sont pas des hommes qui est un dessin issu de… Bob Fish !…
Ouf !!!…

Yves Chaland + Landon, Les cybers ne sont pas des hommes
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1988

Avoir la carte de vœux pour Magic-Strip de 1985 à a gauche et celle de 1982 à droite est plutôt aberrant, même si j'en saisis la logique dans l'incohérence du livre (celle de 1985 avec Freddy Lombard, Sweep et Dina fait suite au début de Freddy Lombard, Le testament de Godefroid de Bouillon, et comme c'est une carte de vœux Magic-Strip, hop, on place l'autre à côté, même si elle est antérieure et qu'elle n'a rien à voir avec Freddy Lombard, mais attends, si, en fait c'est une sorte de chapitre sur les frères Pasamonik et la Belgique… Ouf !)… Mais la carte de vœux de 1987 est placée bine avant les deux autres : damned de by jove !
Amusant de constater que Daniel Pasamonik m'a repris il y a peu de temps, parce que dans un mail j'avais écrit Magic Strip sans trait d'union… Dans les légendes de cette Vie en dessins, il n'y a aucun trait d'union à Magic-Strip : by jove, le livre va-t-il être retiré de la vente ???…
À ma décharge, je n'ai pas travaillé chez Magic-Strip

Le dessin du Jeune Albert et la corrida (1989) est bizarrement mis en page et je ne comprends pas ce name dropping sur les trois dessinateurs (connus que d'initiés) qui l'auraient commandité (dans la mesure où d'autres dessins sont dans la même logique et que ces précisions ne sont pas données : Dionnet, Manoeuvre ou Fromental devaient aussi commanditer des couvertures ou des dessins pour Métal Hurlant ou Aventure ???) : l'idée de présenter le dessin au trait et la mise en couleurs au verso, comme le furent certaines planches originales franco-belges (Gil Jourdan par Tilleux par exemple) est splendide et l'idéal eut été d'avoir un page qui se déplie, sort du corps de l'ouvrage… Mais cela est compliqué et coûte diablement cher en fabrication…
Mais choisir cette formule bizarre sur quatre pages avec moitié de mise en couleurs sur une page puis double page avec le dessin au trait sur une double page (qui ne se voit pas bien du fait de la plongée dans dans la reliure du livre) et enfin la 2e moitié de la mise en couleurs est tout simplement malvenue et gâche la fausse-bonne idée : ni fait, ni à faire…
Pourquoi ne pas avoir réduit le dessin sur une seule page recto et la mise en couleurs calée au verso : il suffit au lecteur joyeux de tenir sa page et de mettre sa lampe-torche (ou la lumière de son smartphone)  fin d'obtenir par transparence et jeu de lumière la version au trait qui devient colorée : magnifique… 
Là c'est en deux parties, avec le centre de ce dessin impossible à voir puisque plongeant dans la reliure !…

La fin, la fin, la fin : des illustrations mélangées, des dessins familiaux (anniversaire de Grand-Mère), des originaux de portfolio (F-52) et des originaux de certaines estampes, notamment Crime de la rue Morgue, Drame dans l'atelier, La valse des saisons, avec des dessins de presse (Le Matin) au beau milieu et pour terminer avec trois dessins du Jeune Albert… sans aucune chronologie non plus dans cette dernière partie… 

Je n'ai vraiment pas trop saisi la logique de mise en page de ce livre (comment ? je l'ai déjà écrit ?), qui n'en a aucune et c'est très ennuyeux quand on veux ou retrouver un dessin, sans aucun index ou foliotation des pages, ni même le moindre signet pour un ouvrage de cette nature !…

Tout est toujours contredit par une exception : je peux comprendre que l'on finisse sur des originaux de sérigraphie, mais moins que des dessin pour la presse s'y glissent, et, en ce cas pourquoi le dessin de celle éditée par Chic Bull, Freddy Lombard  ne se trouverait pas aussi à la fin (j'en profite pour préciser que cette estampe n'est pas la première sérigraphie de Chaland contrairement à ce qui est légendé !) ?…
J'aurais trouvé plus juste que les trois dessins du Jeune Albert de la fin se trouvent avec les planches du Jeune Albert
Tout cela est très très confus, surtout si on recherche un dessin particulier… car non chapitré en fait.

J'aurais trouvé préférable que tous ce qui se rapporte à Freddy Lombard se suivent en respectant la chronologie, puis que l'on passe au Jeune Albert par exemple…
Peut-être que le livre soit conçu comme un assemblage de boîtes d'archives ou de cartons à dessins,  classés…
Les travaux presses d'un côté, les travaux publicitaires d'un autre, pour terminer avec le côté illustratif, portfolios, originaux de sérigraphie ?
Quoi qu'il en soit je préférerais moins ressentir cette impression de désordre complet qui ne cadre pas trop, à mon avis,  avec l'univers graphique ultra maîtrisé de Chaland : pas vraiment "…à l'image de sa table de travail parfaitement rangée (…)".

L'autre intérêt de ce genre d'ouvrage me semble-t-il  est de pouvoir constater l'évolution graphique d'un dessinateur, surtout  aussi important (à mes yeux) que Chaland : que ce soit dans un domaine spécifique ou dans l'ensemble :
- la publicité : les planches des Exploits du Géant, précurseur d'une certaine époque, plus façon comics n'ont rien à voir avec le reste et doivent donc bien être positionnées dès le début, comme curseur de départ ; 
- les livres de Bande Dessinée : De John Bravo à Bob Fish, en passant par Freddy Lombard ou Adolphus Claar et Le Jeune Albert : j'aurais préféré suivre l'évolution graphique de Chaland aussi à ce niveau…

La chronologie est a priori le repère le plus évident pour  les livres d'art, de peinture…
Comme c'est d'ailleurs le principe d'autres collections chez Dupuis, dont l'excellente Collection Patrimoines

Finalement il faut accepter de n'avoir que des petits bouts d'un peu de tout,  un peu comme un échantillonnage ou un zap de l'oeuvre globale, alors que les portfolios Cauchemars, F-52 ou presque de toutes les estampes auraient pu être quasiment intégralement reproduits !…


Comme d'autres originaux en allant chercher plus loin… mais pas si loin !…

Yves Chaland, Le cimetière des éléphants
Page de séparation des histoires
Éditions Les Humanoides Associés, 1984

Les légendes comportent pas mal d'erreurs ou de chose un peu crispantes à lire quand le regard tombe dessus, d'autant plus qu'elles se veulent précisent et de références !…
Il y a par exemples énormément de détails pour ce qui concerne les travaux publicitaires, cela va jusqu'à l'agence de pub dont tout le monde se fiche royalement (le client ou la marque, oui, mais, sérieusement :  l'agence de pub ???), mais sur l'ensemble du livre, nous n'avons jamais ce qui est pourtant très important, les formats des originaux ?…
Les agences de pub pour des dessins parfois anecdotiques (Euromarché) en oubliant de préciser l'éditeur de la carte postale Bonnes Vacances : Yvon est pourtant un éditeur historique de cartes postales, que l'on a tous vu sur les tourniquets de vacances !…
Tout en se demandant ce que cette carte postale vient faire au milieu de travaux publicitaires ???…

On pourrait faire une liste des erreurs dans les légendes : il est vraiment dommage de ne pas avoir fait faire une dernière relecture par une tierce personne (nul doute qu'il y en a eut beaucoup ?) pour éviter ces erreurs, si faciles à rectifier, comme, par exemple :

- je tombe un peu partout sur des dessins avec trames mécaniques alors que sauf erreur il s'agit de trames manuelles : les mécaniques étaient faites en machine (les Tintin n&b si je ne m'abuse et je ne referai pas la mauvaise vanne du Docteur !) et les manuelles découpées à la main (Letraset ; Mecanorma : in memoriam…) et collées : Serge Clerc, Walter Minus, Borrini, Al Séverin, Floc'h, Yves Chaland… Précisé parfois et d'autres non ????.

- la pochette de L'affaire Louis Trio ou de la couverture de Best sont des versions au trait alors pourquoi est-il précisé "couleurs Ben day" ?…

-  il me semble qu'il y a une erreur dans l'utilisation du terme "repentir" : normalement ce n'est pas la case écartée (Chaland les découpait proprement) mais c'est la partie refaite sur le dessin, la modification… ou rustine. On me confirmera ou m'infirmera ?…

- "dos de la planche" : un peu plus professionnel et élégant de parler de verso d'une planche, ou d'une feuille de papier…

- Les héritiers d'Hergé : ce n'est pas pas la couverture du livre de Lecigne, qui est de Pierre Pourbaix !… 

Bruno Lecigne - Les héritiers d'Hergé
Éditions Magic-Strip, 1983

- Le lecteur Rombaldi n'est-il pas une illustration pour la couverture du bulletin Rombaldi Club et non pas un ex-libris ?

Le lecteur Rombaldi par Yves Chaland
Rombaldi Club 1985

- Le voleur de Ballerine, planche 28 faite par Chaland pour l'album d'Avril n'est pas un inédit : elle est dans le livre, non ?…

- La comète de Carthage,  Illustration pour la couverture et le dos de l'album
Ça c'est assez grossier et montre une méconnaissance du livre étonnante pour un éditeur de l'envergure de Champaka Dupuis : il s'agit de la couverture et du 4e plat ou du 1er plat et du 4 plat etc. mais certainement pas du dos ! Le dos d'un livre est la partie opposée à la tranche, ce n'est pas "l'arrière d'un livre" !…
Cela est d'autant plus agaçant que c'est l'erreur de base contre laquelle il faut lutter quand les gens décrivent un livre… mais en général la confusion est faite entre tranche et dos, pas entre plats et dos…

(…/…)

J'arrête là.
Pas excitant comme inventaire.
Ceux de Prévert sont plus amusants !…

Il y a également dans ce livre beaucoup de photos, ce ne sont donc pas uniquement des dessins, des dessins et encore des dessins (sic Juillard) : s'il est bien évidemment très intéressant de voir celles de Chaland, déjà connues ou nouvelles, et amusant de voir Avril et Dominique Corbasson ou Dupuy-Berberian jeunes et en couple, Walter Minus et sa femme (…), j'aurais préféré que certaines soient remplacées par des… dessins de Chaland, ou des document comme cette fameuse lettre, mal attribuée et pourtant citée deux fois  !

L'autre partie que j'attendais avec impatience est le texte de référence (sic) que j'ai surtout perçu comme une synthèse de tout ce que l'on a pu apprendre au fil des interviews de Chaland dans des revues, des fanzines (…) et ce qui a déjà été dit dans d'autres ouvrages… S'il est évidemment très bien rédigé, avec des envolées délicieuses, je trouve ce texte assez étrange car finalement placé parfois parallèlement au contenu graphique , tout en vivant sa vie indépendamment des placements des originaux…À tel point qu'il y ici ou là de gros décalage entre le texte et les planches qui devraient s'y rapporter, avec quelques erreurs grossières ou quelques errances et affirmations déplacées (dont je parlerai dans différents billets postérieurs du blog) :

"Trente ans après, le récit dense et nébuleux, fait d'une succession d'ellipses, suscite toujours le malaise"
Nous somme davantage à trente cinq après, mais, non, La comète de Carthage ne m'a jamais suscité le moindre malaise !
Il est incroyable de se voir imposer ce genre de jugement subjectif !!!…
De l'admiration, certes,  depuis sa découverte dans les pages de Métal Hurlant, face à la construction et à l'ambiance de cette histoire charnière de Freddy Lombard, mais jamais aucun malaise !…

Ou cette envolée un peu gênante : « la pochette de l’affaire Louis (…) dit tout de l’esprit léger et envolé de la décennie » : est-ce une plaisanterie ?
Dit tout de cet esprit là pour cette chanson de Cleet Boris et Cie, mais quelle décennie est légère et envolée sur le plan historique ? Pas davantage les années 80 que d’autres :
Les années Reagan qui met la 2e couche sur la mise en bouche de Thatcher dès les années 70, tout en se prenant une balle dans le buffet, comme le Pape JP2 ou John Lennon avant ;  les années SIDA, les concerts pour l’Ethiopie en train de crever, la Nouvelle Calédonie, ; le Rainbow Warrior ; explosion de la navette Challenger (en direct c'était très marquant, davantage avec le discours de Reagan juste à la suite !)  toujours le mur de Berlin et les SS20 faces à l’installation des Pershing en RFA (« les missiles sont à l’est et les pacifistes sont à l’Ouest » disait François M.) et on a frisé le pire, les manifs lycéennes et Malik Oussekine tué par les voltigeurs (devant la librairie Album rue Monsieur Le Prince d’ailleurs) ; les attentats à Paris et dans le RER St-Michel ; la guerre des Malouines / Falklands ; celle du Liban, la guerre Iran / Irak ; des papes assassinés avant JP2 ; le chômage qui s’installe plus profondément en France et Europe ; le FN aussi ; Bhopal, Tchernobyl : on peut faire un inventaire de cette décennie si légère qui finit avec Tia'anmen et la chute du Mur de Berlin pour résumer !…
N’oublions pas, n'oublions jamais 1982 et 1986 : les éliminations de la France face à la RFA en demie-finale de Coupe du Monde : le plus terrible de la décennie pour certains, sans nul doute…
Où est l' esprit léger ?  J'aurais bien aimé que les années 80 ne soient que Les enfants du Rock

Je n'avais d'abord lu ce texte que trop rapidement préférant laisser courir mes rétines sur les "images" : j'ai davantage lu à la fin de mon "feuilletage" et, tombant sur une énorme faute sur l'avant-dernier paragraphe, je suis revenu au début pour le parcourir d'un seul jet, comme on fait un brouillon de dessin ou de texte, j'ai fait là un brouillon de lecture et certains détails, me surprirent vraiment…
L'erreur de la fin, est anormale : non pas parce que j'en parle ici (je n'ai pas cette prétention !), d'autres le savent aussi, mais parce qu'elle est grossière :

"Parallèlement au moment de sa mort, Chaland travaillait aussi à un portfolio consacré à Ubu Roi"

Désolé cher rédacteur de référence, mais j'ai réservé / souscrit à cet Ubu en avril 1990, ainsi que quelques autres collectionneurs de Chaland, pour un livre d'artiste en sérigraphie et absolument pas pour un portfolio : ce n'est absolument pas la même chose sur le plan éditorial, loin s'en faut  !… 
Un livre d'artiste n'a rien à voir avec un portfolio !!!…
Je l'ai déjà écrit, ce livre d'artiste était présenté par Yves Boniface qui allait quitter peu après la librairie Super Héros qu'il avait fondée, pour se consacrer à Reporter (éditeur du catalogue de Chaland explorateur : L'exposition coloniale) et aurait certainement inauguré le principe de la collection de livres d'artistes en sérigraphie devenue postérieurement L'atelier Médicis, contraction de L'atelier de sérigraphie L'Atelier Éric Seydoux et la Galerie Médicis, située rue Médicis dans le 6e arrdst parisien !…
Cette collection a vu le jour un peu plus tard, inaugurée par Les Montparnaos de Dupuy-Berberian, Duo de Loustal ou Gloria d'Avril…
Ce livre en sérigraphie présenté comme un livre d'artiste était d'autant plus particulier qu'il n'y en avait pas en Bande Dessinée (il n'y a eu que quelques éditions de luxe intégralement en sérigraphie) : il était plus compliqué de le présenter, l'expliquer aux collectionneurs qui n'ont pas forcément les références en bibliophile pour les transposer dans notre domaine préféré…Mais Yves Boniface savait le faire, et on fait confiance à son / ses libraires quand ils sont eux aussi investis par le livre, et cela devait fait par Chaland, 'un des auteurs s'impliquant le plus dans ce type d'édition…

Tombant sur cela à la fin du livre, en guise de conclusion (en oubliant le travail de publicité pour le Conseil Général de Bretagne, en cours, et finalisé par Avril, Stanislas…), je me demande si d'autres erreurs de ce genre sont disséminées ailleurs ?…
Ou cet autre projet qui devait être la décoration du Quick République (Paris), qui a finalement été fait par Ted Benoit ?…

Avis aux jeunes citoyens bretons
Conseil régional de Bretagne 1990
Couverture de Chaland

Ma déception est d'autant plus grande que je devais peut-être attendre quelque chose de trop conséquent et plus structuré : peut-être sur le modèle des magnifiques livres sur Hergé, Chronologie d'une œuvre de Philippe Goddin : il est vrai que là,  l'auteur maîtrise certainement beaucoup mieux son sujet, qu'il connait vraiment et depuis plus longtemps… Ces ouvrages vont tellement loin, ne se contentant pas de montrer un original avec sa rustine (repentir) pose, mais en numérisant tout les couches afin de voir aussi ce qu'il y a sous la rustine (la couverture du Sceptre d'Ottokar par exemple), donc ce qui a été modifié…

Ni dans le texte, ni dans les légendes je ne vois ces choses, par des commentaires proches des dessins et/ou planches concernées certaines précisions importantes sur le travail de Chaland, que j'ai relevées visuellement et, qui méritent vraiment d'être expliquées à tout le monde : sachant bien que maintes autres me sont passées sous le nez !…
Je ne sais que trop bien que d'autres regards affutés verront ce que je ne vois pas…

Par exemple : 

- Freddy Lombard, dessin pour la première sérigraphie éditée par Chic Bull.
Je l'ai déjà écrit. : ce n'est pas la première sérigraphie de Chaland.
Je remarque la rustine, normalement ce doit être cela un repentir (?), sur le personnage de Freddy Lombard et cela répond à mon interrogation d'origine par rapport au poster publié dans Eppo… Didier Pasamonik, l'éditeur de l'estampe quand il s'occupait de la librairie Chic Bull avec son frère n'avait pas su vraiment me répondre afin de savoir quelle était la première version de ce dessin… D'après les styles graphiques j'avais pensé que, logiquement, la version Epposter était la première et celle de l'estampe, la seconde… Il suffit de voir la reproduction de l'original pour comprendre que la version du poster Eppo est comme je le pensais l'originelle et que Chaland a arrangé le dessin en re-dessinant juste Freddy Lombard  pour le coller sur le Freddy Lombard d'origine : une rustine !…
Rien d'autre n'a été modifié dans le dessin, hormis ce qui a été caché par la posture différente du nouveau Freddy… Cela n'est précisé nulle part, alors que c'est le genre de détail fichtrement intéressant sur la façon de travailler de Chaland, ou de tout auteur,  qui allait directement au but pour améliorer un de ses dessins en fonction de sa destination !…
D'autant plus que Chaland a très souvent modifié des dessins entre leur première publication et une édition différente, souvent sous forme d'estampe.
Cela revêt une autre importance d'autant plus grande que cela démontre à quel point Chaland concevait ses dessins pour la reproduction et l'édition avant de les penser comme "œuvres originales"…

Yves Chaland, Freddy Lombard - poster
Eppo 1982

Yves Chaland, Freddy Lombard - estampe
Chic Bull 1983


- Crime de la rue Morgue, Illustration pour une sérigraphie
répond exactement à la même logique de travail : la première version a été faite pour le portfolio WFCBA édité par Déesse en 1983. Chaland avait repris ce dessin pour sa première estampe en sérigraphie éditée par Champaka en 1986 et, suivant le même processus, il a modifié l'image pour cette édition en collant une rustine sur le couple qui entre dans la pièce… Encore une fois cela n'est pas précisé, pas plus que la référence à la nouvelle de EA Poe…
On semble discerner dans le livre d'autre partie avec repentir… 

Crime de la rue Morgue
Première version portfolio WFCBA - Éditions Déesse

Crime de la rue Morgue
Seconde version estampe - Éditions Champaka


- Freddy Lombard, La comète de Carthage planche 7
Il eut été intéressant de préciser que cette planche est la version de prépublication dans Métal Hurlant et est différente de celle publiée en album !…

(…/…)

Dans un texte de ce genre, il est regrettable de mettre en relation telle histoire de Chaland avec telle référence… sans la montrer. De toujours trop partir du principe que tout le monde connait ce dont on parle… Cet entre-soi récurrent est assez agaçant…
Il est certains que lorsque l'on parle du Godefroid de Bouillon de Sirius, tous les lecteurs de Chaland ne connaissent que lui, bien évidemment !…

Sirius Godefroid de Bouillon
Éditions Dupuis 1950

Je n'ai pas saisi (on m'expliquera cela très certainement) pourquoi la comparaison entre Sirius et Chaland se fait-elle entre une autre série de Sirius, Timour, et Freddy Lombard, et ne reste pas centrée sur les Godefroid de Bouillon respectifs ?…
Pourquoi pas L'Épervier Bleu pendant que l'on y est ?…
J'espère que le passage sur Freddy Lombard qui campe au portes de Jérusalem (sic), pour rester dans la comparaison étonnante Timour / Freddy Lombard, relève de la licence poétique ou de l'allégorie puisque tous les lecteurs savent que Freddy Lombard n'a évidemment jamais posé le moindre orteil (ou la moindre sardine : campe / sardine = humour ?) à Jérusalem : l'intégralité de l'action, du présent (du récit) au décrochage temporel, puis retour au présent, se déroulant à Bouillon…
Ce décrochage temporel étant très proche entre autres classiques référentiels de séries comme Bob et Bobette, je pense principalement au Fantôme espagnol que Chaland avait bien évidemment dans sa bibliothèque !… C'est le fantôme sans barrière temporelle qui permet à Monsieur Lambique, Bob et Bobette de retourner dans le passé, pendant l'occupation espagnole (Pays-bas espagnols)… Mais Freddy Lombard ne fait que s'endormir et nous suivons certainement plus son songe : entre Mickey à travers les siècles qui n'a besoin que d'un coup sur la tête pour retrouver une période aléatoire de notre Histoire, à l'assoupissement rêveur (les yeux ouverts) de Corto Maltese sur une plage irlandaise dans Les Celtiques

Chaland Le testament de Godefroid de Bouillon
Éditions Magic-Strip

D'autant plus dommage de ne pas montrer le livre de Sirius dans sa première édition que l'on remarque instantanément que Chaland va jusqu'à presque calquer la typographie du logo titre de la biographie de Sirius, pour prolonger d'autant le lien avec ses références de la bande dessinée belge…

Au niveau typographique, l'extrême est d'ailleurs atteint avec cette édition allemande (cartonnée / dos toilé) qui pousse le gothique, non pas dans l'escalier ou the head in the door, mais au bout de la route de Memphis Sedan : la typographie gothique dégouline partout, du nom de l'auteur à celui de l'éditeur, en passant par le titre bien sûr, le tout sous une maquette qui fait davantage référence aux éditions noir et blanc de Tintin qu'à ceux des espiègles éditions Dupuis…
Avec, qui plus est un 4e plat comportant une sorte de blason étrangement vide, faisant davantage penser à la Collection du Lombard et ses "peaux d'ours" ou à ceux de la Collection Bleue de Bob et Bobette

Yves Chaland, Das testament…
Édition allemande 1986

Pour rester dans cet exemple précis, il est encore plus dommage de parler du Testament de Godefroid de Bouillon et ne pas savoir mettre les références citées en relation dans l'œuvre même de Chaland, finalement de glisser, (ne pas connaître ?)  sur les liens et les évidences… et de ne pas avoir dévoilé les boucles internes dans l'œuvre même de Chaland !…

Godefroid de Bouillon n'est pas seulement présent dans cette première histoire de Freddy Lombard, mais aussi, notamment, dans Le Jeune Albert, avec pas moins de trois planches qui se suivent pour les vacances d'Albert et son faire-valoir à Bouillon, constituant une sorte de récit dans l'ensemble du livre avec  toujours une histoire de trésor à trouver d'ailleurs…
Ce qui un lien- boucle important dans l'ouvre même de Chaland.

Yves Chaland, Le Jeune Albert et le trésor de Bouillon
Éditions Les Humanoides Associés, 1985

Yves Chaland, Le Jeune Albert et le trésor de Bouillon
Éditions Les Humanoides Associés, 1985

Yves Chaland, Le Jeune Albert et le trésor de Bouillon
Éditions Les Humanoides Associés, 1985


Lien-boucle qui continue d'ailleurs,  toujours avec les Croisades et encore avec le Jeune Albert mais à travers le magnifique portfolio Cauchemars (L'Atelier, 1986),  dont il était question ici, et l'une de ses planches imprimées en sérigraphie… Chaland nous montre certainement plus ici des Templiers installés dans leur commanderie après les Croisades, via un nouveau décalage spatio-temporel,  que les mêmes en Terre-Sainte.
Yves Chaland était probablement inspiré par la Commanderie d'Argentens, une résonance,  située sur la commune de Nérac, mais il nous offre en même temps une toute autre piste, avec cette borne kilométrique RN23 — Chartes à Nantes — typiquement françaises (qui re situe donc Albert en France) …
Yves Chaland brouilleur de pistes dans ses interviews, semble continuer à exceller dans le jeu sur le plan graphique : il ne nous reste qu'à reconnaitre le village situé à l'arrière-plan, ou le placement des étoiles dans le ciel ?…

Yves Chaland, Portfolio Cauchemars
Éditions L'Atelier, 1986



L'oncle Rémi est une très belle planche du Jeune Albert, en référence à la disparition d'Hergé en 1983 (Georges Rémi)… Cela est relevé, mais aller au fond des choses, ce peut être aussi, hors des dessins référentiels à Tintin, notamment Le fétiche, Tintin au Liban (…), lier cette planche à un détail de la troisième planche de Bob Fish dans laquelle le caricaturiste signe… Georges Rémy !…


Yves Chaland, Le Jeune Albert et l'oncle Rémi
Éditions Les Humanoides Associés, 1985

Yves Chaland, Bob Fish
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981

Les boucles, les liens sont oubliés, et c'est dommage de passer à côté d'autant de choses de fond, qui feraient aussi peut-être le ravissement de ceux qui ont envie d'aller un peu plus loin dans l'approche du travail d'un auteur comme Yves Chaland, et l'éducation des masses laborieuses®…

Comme celles de F-52 : un avion futuriste pour une histoire de Spirou et Fantasio, puis un portfolio éponyme et, enfin, le dernier livre de Freddy Lombard

Celles-ci ne sont pas uniquement entre les sources de la Bande Dessinée franco-belge dont Yves Chaland s'est nourri, mais aussi interne à ses propres créations,  ce qui les rend encore plus riches…
Ce ne devait peut-être pas être le rôle du texte de référence, dont le but est probablement davantage biographique, mais il y avait certainement la possibilité graphique — et la place — de caler des modules de commentaires de quelques lignes de remarques là où cela le méritait… à l'image de ceux (difficilement lisibles en rouge) qui reprennent ici ou là des extraits d'entretien ou de textes…

J'en termine, pour ce premier tour d'horizon, avec la bibliographie de la fin, qui s'ouvre sur une page complètement vierge : pourquoi ne pas avoir placé un bloc texte et écrire un  simple ""bibliographie", voire de l'illustrer avec un dessin de bibliothèque (celle, très haute,  de Bill Baxter et les reliques de la mort m'a toujours fait rêver ; voire avec le dessin du Bulletin club Rombaldi et son collectionneur de BD…) ???…

Il est étonnant de pas préciser que le très touchant cahier Absences qui accompagne le tirage limité du Jeune Albert, Les horreurs de la guerre (édité par … Champaka) est de Isabelle Beaumenay-Joannet (aidée de Götting et Avril) est un gros oubli… de son propre éditeur !…

- Étonnant de parler de « coffrets » pour des ouvrages à peine présenté dans ce qui est un cache poussière basique en carton : Tirages de luxe Spirou Cœurs d'acier ; Le jeune Albert Les horreurs de la guerre ; Les inachevés……

- Bob Fish n’est pas un tirage de tête toilé mais avec couverture imprimée et dos façon toile…

- Les exploits du géant est un portfolio et non pas un album géant

La vague du cartonné-toilé : il s'agit plutôt de cartonné-dos toilé ?…

Il y a des détails très précis dans cette bibliographie succincte (le but de ce livre n'est pas d'en faire une exhaustive), comme un coup de fil d'untel ou des projets avortés, mais nulle trace des sorties des portfolios, au moins aussi importants qu'une édition de luxe, et bien davantage qu'une pochette de disque tout de même, ou de mettre les deux éditions de Kidnapping en télétrans ???…


Yves Chaland, Portfolio F-52
Éditions Déesse, 1986 
Yves Chaland, Portfolio Cauchemars
Éditions L'Atelier, 1986 


Beaucoup de choses de Chaland se trouvent dans Chaland : dans la première case extraite de Bob Fish, Le Jeune Albert est encore Al Memory : ci en deux versions, celle en bichromie dans l'album de 1981 et une version avec une mise en couleurs pour un tirage en sérigraphie édité par Champaka en 2009…
Mais ce qui importe se trouve dans le décors, les affiches de cinéma plus exactement : 
- Salle 1 :  un western, La vengeance de John Bravo
- Salle 2 : Ça y'en a beau Congo

Pour l'anecdote, les professionnels de l'image auront constaté que le second film est projeté en Technicolor® et Hypergonar® !…

John Bravo parait en strip couleurs dans Astrapi en 1980, et sera édité en livre, également en bichromie en 1987, et Spirou vivra ses aventures à la recherche de Bocongo, quelques années plus tard dans les pages du beau Journal de Spirou avant d'avoir une vie éditoriale beaucoup plus turbulente qu'un vol en Première Classe dans un F-52 : chapeau bas l'artiste !…


Yves Chaland, Bob Fish
Éditions Les Humanoides Associés, 1981

Yves Chaland, Bob Fish
Éditions Les Humanoides Associés, 1981 

Yves Chaland, Bob Fish - Astrapi 1980
Éditions Carton, 1987

Yves Chaland, Spirou et Fantasio Cœurs d'acier
"Le cas de Bocongo mérite d'être raconté…"
Éditions Dupuis, 2013



On s'attend d'ailleurs presque à voir le Spirou de Franquin accroché à l'arrière de la 4CV qui passe devant le cinéma : comme dans La mauvaise tête !!???…



Valéry Ponzone (suite aux prochains numéros…)