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mardi 7 avril 2020

> Yves Chaland, Une vie en dessins… (part tri)

Deux pages différentes pour parler d'une lettre de Chaland dans cette Vie en dessins : cela fait un peu répétition et contribue à cette impression latente de manque de structure du livre.
La première citation est dans les légendes en rouge…
La seconde fait partie du texte de référence, avec un manque de précision un peu étonnant : à force de ne vouloir passer que par des témoignages d'auteurs et de se valoriser à travers eux, on tombe dans le travers de la déformation des faits…

La Ligne Claire… par Chaland
dans Une vie en dessins - Éditions Champaka, 2019

La Ligne Claire… par Chaland
dans Une vie en dessins- Éditions Champaka, 2019

Présenter Floc'h comme "dépositaire" (sic) de cette lettre est en effet légèrement trompeur : la présentation correcte eut été de dire que Floc'h possède juste une photocopie d'une lettre destinée à un (jeune) lecteur de Chaland !…

Le second point a été relevé par le lecteur destinataire réel de cette lettre que Chaland lui avait envoyé :  il est encore plus étonnant de lire ce "et, avant tout, L'art moderne du néerlandais Joost Swarte" sous les touches du clavier du rédacteur ???
Chaland ne fait qu'énumérer trois titres, et n'a jamais fait une liste de classification qualitative mais une simple énumération : "L'art moderne n'a pas été situé en haut d'un podium qui n'existe pas !…", comme me le précise fort à propos le destinataire de cette fameuse lettre !…

"la Ligne Claire c'est 3 albums : 
- L'art moderne de Swarte
- Le rendez-vous de Sevenoaks de Floc'h
- Captivant de Chaland (modestement)"

Il est étrange de ne pas voir le nom de Cornillon, tout en sachant que Captivant est autant un hommage à l'âge d'or de la Bande Dessinée franco-belge qu'au comics US (plus récent que le Golden Age US, puisque certaines histoires sont proches, par exemple, du trait de Berni Wrightson !)…

La Ligne Claire… par Chaland
dans La lettre originelle !

Comme je suis certain que seuls les initiés connaissent ces trois titres, et, comme d'habitude, la maison de ne reculant devant aucun sacrifice, je vous offre les visuels des couvertures : 

L'art moderne de Joost Swarte
Éditions Les Humanoides Associés, 1980

L'art moderne de Joost Swarte
Éditions Futuropolis, 1985

Joost Swarte's Modern Art
Real Press Foundation, 1980
2000 ex. numérotés et signés

Le rendez-vous de Sevenoaks par Floc'h et Rivière
Édtions Dargaud, 1977

Le rendez-vous de Sevenoaks par Floc'h et Rivière
Édtions Dargaud, 1977

Remarquez la photos de auteurs au 4e plat du livre : ils sont avec leurs casques coloniaux sous le bras… Cela a-t-il donné une idée à Chaland pour son Freddy Lombard sur la piste du Cimetière des éléphants ?…
Je connaissais deux magasins spécialisés dans les tenues coloniales : un dans les beaux quartiers, dans le 7e arrdst parisien, sur le boulevard Saint-Germain, proche de la rue Solférino et de l'Assemblée Nationale et un autre plus étrangement placé rue de la Roquette, dans le 11e arrdst, proche de la Bastille.
Sont-ils encore ouverts à ce jour ?… J'en doute fort ???…
[Personnellement je m'étais acheté un casque colonial,  en pensant à Freddy Lombard affrontant la moiteur de la jungle,  chez Pier Import, rue de Rivoli, au milieu des années 80 : il n'était pas de qualité coloniale mais pas cher du tout !…  D'ailleurs ceux d'entre vous qui venaient — vraiment — à la librairie et ont vu des expos underground, dans la cave (pas celles au 1er étage) doivent se rappeler l'avoir vu posé négligemment sur une vitrine en teck : jusqu'à ce que je me décide à le jeter, la toile extérieure réagissant très mal au temps qui passe !…]
Je me demande si le second magasin n'aurait pas pu donner d'autres idées à Chaland pour son Cimetière des éléphants ?… En effet, la rue de la Roquette n'est pas loin de la rue Daval où se trouvait la librairie de Jean-Marie, spécialisée en scoutisme, en bandes dessinées anciennes et littérature populaire, enfantinat : Aux livres d'Alésia… Chaland habitait pas très loin, de l'autre côté de la place de la Bastille, rue de Lyon (comme Freddy Lombard : étaient-ils voisins de palier ?) et Chaland a dessiné la carte de visite de la librairie Aux Livre d'Alésia (hé oui, Chaland achetait ou échangeait ses bandes dessinées anciennes ailleurs que chez Chic-Bull à Bruxelles : Aux livre d'Alésia, Lutèce, Roland Buret, L'oreille cassée etc. !)…
Hé oui, ami lecteur (si tu n'es pas un ami lecteur, passe ton chemin et continue à répandre ton âme noire sur tes forums préférés !), savais-tu que Chaland habitait au 59 rue de Lyon, à Paris dans le XIIe arrdst, et qu'il n'y a que dans ce blog merveilleux et gracieux que tu peux apprendre, émerveillé et stupéfait, que Freddy Lombard habitait la même adresse !…
Entre l'ombre sous la semelle empruntée à Pat'Apouf ou ce genre de chose, si ce ne sont pas de véritables révélations, que sont-ce ?
Mais, oui, que sont-ce donc !!??…

Adolphus Claar, Carte de visite personnelle de Chaland

Adolphus Claar lit un album à damiers : j'en reparle un peu plus loin dans ce billet…

Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1984 - Planche 1
Freddy rentre chez lui avec son tableau au 57 rue de Lyon, Paris XIIe

Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1984 - Planche 8
Freddy rentre chez lui au 57 rue de Lyon, Paris XIIe

57-59 Rue de Lyon Paris XIIe
©Alphabet -Street view

Voici la carte de visite de la librairie Aux livres d'Alésia en interlude graphique : elle lie les plaisirs du scoutisme (qui ne sont pas solitaires, même si depuis quelques temps, surtout aux USA on en apprend pas mal sur le scoutisme et… enfin… bon, ce n'est pas le moment de parler de ces histoires glauquissimes…) et de la lecture : on ne lit pas en mangeant ou à table, mais en marchant, on peut le faire !!!… La RN10 de la borne kilométrique chère à Chaland est sur la Nationale qui nous emmène à Bordeaux : mais qui me dira où l'on se trouve quand on est à 120 kilomètres de Paris ???…

Aux livres d'Alésia - Carte de visite par Yves Chaland

J'ai un vieille blague de Binet, dans L'institution, qui me revient en mémoire, mêlant les kilomètres, la distance, et la ville de Tours, mais avec ces histoires de scoutisme, je vais botter en touche…

Je vous raconterai bien la première fois que j'ai voulu aller dans cette librairie, je pensais qu'elle était rue d'Alésia, qui n'est pas une rue parisienne trop longue pourtant…
Cette bonne blague !…

Captivant par Chaland et Cornillon
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1979

Captivant par Chaland et Cornillon
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1979

La maquette de Chaland pour cette Collection Pied Jaloux est d'autant plus référentielle que sa texture, on dit patterns maintenant dans les sites de graphisme, avec ces minis losange, ou cette grille, ne peut que rappeler discrètement les célèbres 4e plats "à damiers" de l'élégante Collection du Lombard
Dans un précédent billet, je vous ai montré le mythique 4e plat "peau d'ours" de la Collection du Lombard, il est temps de passer aux damiers qui ont succédé, afin de continuer notre parcours vers la connaissance extrême de la Bande Dessinée de collection, et l'extase de la Connaissance !!??…
Vous remarquerez que l'on ne trouve pas Michel Vaillant dans ces plats arrières à damiers de la Collection du Lombard, mais d'autres personnages moins connus…

Collection du Lombard - 4e plat damiers

Collection du Lombard - 4e plat damiers


Même si Chaland donne une explication sur la suite inéluctable de la Ligne Claire®, et pour pinailler, il manque à mon sens un titre parmi ceux cités par Chaland qui, correspond d'ailleurs mieux à la définition de la Ligne Claire® que Captivant : Berceuse électrique, extraordinaires Aventures au XXe Siècle de Ray Banana par Ted Benoit !…
Voilà un livre ultime qui correspondait absolument à la Ligne Claire® telle que définie par Joost Swarte, avec une ambition d'écriture et graphique extrêmes, ne serait-ce que par longueur de ces aventures chapitrées et digne d'un roman en Bande Dessinée : un roman (A SUIVRE)…


Ray Banana, Berceuse électrique par Ted Benoit
Éditions Casterman 1982


La Ligne Claire® définie par Joost Swarte, on en parle, on en parle, ici et là depuis les années 80, mais hormis être un concept connu que de rares élites dont certains se sont emparées afin de se faire passer pour des esthètes (à leurs propre yeux ?), qu'est-ce vraiment pour l'auteur néerlandais malheureusement si peu connu ?…
Lors de ma visite au Musée Hergé dans cette riante bourgade de Louvain-la Neuve (entre Noël et le Jour de l'An, imaginez le côté riant avec de la neige tout du long du long trajet de train et un froid de canard dont on aurait piqué les plumes pour mettre dans les couettes Ikea…), j'ai eu la chance de tomber, outre sur un très beau lieu dont l'architecture intérieure est l'œuvre de Swarte justement, sur une belle exposition temporaire consacrée au magnifique Lotus Bleu d'Hergé (ou sur Hergé et Tchang, maintenant que j'y repense ?) …

Il y avait cette citation de Swarte inscrite sur l'un des murs de l'exposition : 
"La Ligne Claire désigne une manière de dessiner qui implique les principes suivants. Les surfaces sont délimitées par une ligne d'épaisseur constante avec des contours francs, elles sont mises en couleurs par aplats, sans ombrages ni hachures."
Joost Swarte

C'est effectivement clair, net et précis !… Pour celles et ceux toujours désireux de mettre un peu n'importe qui et n'importe quoi derrière ce label de Ligne Claire® au risque de déroger à la Loi et de s'attirer les foudres du Créateur !!!…

Adolphus Claar par Yves Chaland
Éditions Magic-Strip 1983

Presqu'aussi clair qu'Adolphus Claar, dont le seul nom évoque cette Ligne Claire®, Klare Lijn en néerlandais, définit par Joost Swarte : cette seule référence patronymique est complètement oubliée dans cette Vie en dessins à multiplier les références et/ou écoles, on en oublie l'évidence,  à disserter sur le style Atome qui aurait été inventé (à l'insu de leur plein gré ?) par les vieux maîtres de l'Age d'Or (pas "grands" maîtres mais bien "vieux" !) : ils n'ont rien inventé de ce genre, ce sont des "exégètes postérieurs" qui ont cherché à coller des étiquettes un peu partout par cette volonté farouche de classifier, étiqueter ou mettre dans des tiroirs, avant les vitrines ou les cimaises tels les collectionneurs de papillons (je ne peux que vous conseiller de relire Docteur Poche de Wasterlain !) !… 
Pourquoi ne pas parler du style Atome, on trouvera bien un jour le style Eiffel pour des auteurs de Bande Dessinée (Schuiten ?), mais oublier avant toute chose que Adolphus Claar ne peut faire que référence à la Klare Lijn, et à la Ligne Claire, j'en reste baba, comme on dit dans Barbe-Rouge (je ne peux que vous conseiller de relire Barbe-Rouge de Charlier et Hubinon) !!!…


Adolphus Claar par Yves Chaland
Affiche promotionnelle
Éditions Magic-Strip 1983


Adolphus Claar est un héros positif : voilà peut-être le maître mot qui définit le mieux Yves Chaland, le simple fait de positiver, malgré tous les doutes et toutes les interrogations qui devaient le tenailler autant que quiconque : mais c'est bien ce positivisme qui ressort de l'univers qu'il a su créer et nous offrir pour la postérité !…
Cet allant indéniable qui rime si bien avec Chaland !!!…



Valéry Ponzone






jeudi 2 avril 2020

> Swarte et Chaland : la vente de Bandes Dessinées…

Nous sommes en avril 1983 et je découvre cette planche de Joost Swarte dans le numéro d' (A SUIVRE) spécial Hergé que j'étais allé courir (avec les zébulons de circonstance), acheter chez mon marchand de journaux de la Place de France : un hommage  à Hergé graphiquement parfait et pourtant décalé,  par l'un de ses affidés de la Ligne Claire® :

… Et ces albums les connaissez-vous ? par Swarte
in (A SUIVRE), 1983

(A SUIVRE) Spécial Hergé
Casterman, 1983

Je pense que la mort d'Hergé est mon premier vrai grand choc quant à la disparition d'un auteur de Bande Dessinée… avant celle de Chaland en 1990 !…
Trop jeune pour que celle de Goscinny ne me fasse autant d'effet qu'elle aurait dû, idem pour Tillieux, qui est passée inaperçue médiatiquement, sauf pour le jeune lecteur du Journal de Spirou que j'étais, même si celle de Jijé m'avait paru plus présente avec ce dessin en noir et blanc en couverture du même journal ?…

Dans cette planche plutôt cocasse (quand on  parle de Ligne Claire® autant adapter son vocabulaire à sa modernité), il y a volonté de revente d'une brouette de bandes dessinées anciennes (!!!), pour construire un solarium (!!) et une grande tentative d'escroquerie de la part du bouquiniste sollicité, qui comme aimait tant le dire Tintin se retrouvera, fort heureusement,  "grosjean comme devant" !!!…
Ouf !…
La morale est sauve !!!…

Cette planche du Jeune Albert par Yves Chaland a paru dans le numéro 95 de la machine à rêver® : Métal Hurlant,  pendant un rigoureux mois de janvier 1984.
Elle pourrait faire résonance avec celle de Swarte…

Le Jeune Albert, Spirou contre l'Invisible par Yves Chaland
Les Humanoides Associés, 1985

Métal Hurlant 95
Les Humanoides Associés, janvier 1984

C'est certainement la rigueur hivernale de ce mois de janvier qui doit expliquer la couverture toute en délicatesse et en finesse de ce numéro ?…

Remarquons que Yves Chaland est dans l'esprit des revues de prépublication qui l'ont nourri dans son parcours de lecteur de bandes dessinées, puisque cette planche du Jeune Albert se situe bien en plein hiver, écharpe neige et pardessus pour tenir chaud sont là pour nous mettre dans l'ambiance et maintenir la pression…

Il est là question de négoce de bande dessinée ancienne : un exemplaire de Spirou contre l'Invisible est racheté à vil prix par le faire-valoir (et accessoirement souffre-douleur !) d' Albert : qui utilise la même technique d'énumération des défauts que le bouquiniste de Swarte, pour payer encore moins cher ce qui apparaît pourtant vite à nos yeux comme une rareté : évidemment, un Spirou, un classique de notre Age d'Or qui nous est totalement inconnu…
Mais la morale n'a rien à voir avec le Jeune Albert qui n'hésite pas à revendre cher à ce collectionneur, malheureusement moins caricatural qu'il ne parait, ce qu'il paiera si peu cher après avoir vendu (!!!) la pièce rare : la morale ne pourrait que réprouver cette façon de procéder, digne d'un profiteur de bas étage, mais ainsi est le Jeune Albert

Chaland a-t-il été témoin de ce processus de dévalorisation de ce qui est présenté au libraire ou à l'acheteur, fréquentant l'une ou l'autre des librairies d'ancien où il allait pour acheter, échanger ?…

Les deux planches sont en lien, évident, même si celle de Swarte fait hommage à Hergé et celle de Chaland à Spirou, mais Chaland avait, lui aussi, rendu hommage à Hergé en 1983 avec cette autre planche du Jeune Albert, dans les pages de Métal Hurlant, qui va rendre visite à son oncle Rémi… 

Le Jeune Albert, L'oncle Rémi par Yves Chaland
Les Humanoides Associés, 1985

Métal Hurlant 87
Les Humanoides Associés, mai 1983

Si le Jeune Albert semble, une fois n'est pas coutume, affecté par la disparition de son cher Oncle Rémi, je vais plutôt revenir revenir sur la planche postérieure du Jeune Albert, que sur ses émotions : restons pudique et respectons son intimité…
Cette planche est, une nouvelle fois, l'illustration de ces fameuses boucles internes à l'œuvre même de Chaland que nous pouvons trouver disséminées dans ce qu'il a produit au fil des ans…
Car Spirou contre l'Invisible existe déjà dans une planche précédente du Jeune Albert, publiée dans l'Année de la Bande Dessinée 1981-1982 (Éditions Temps Futurs) :

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
in L'année de la Bande Dessinée 1981-1982
Éditions Temps Futurs, 1982

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
(détail)
in L'année de la Bande Dessinée 1981-1982
Éditions Temps Futurs, 1982

Planche commandée par Temps Futurs (librairie ; éditions…) pour sa première année de la BD, dans laquelle on apprend comment relier et restaurer ("retaper") ses bandes dessinées fatiguées : cette planche a été pour moi le premier guide de reliure, même si mes essais furent désastreux avec un Alix L'ile maudite en première édition dans la Collection du Lombard d'ailleurs !!!…
Heureusement, je sais bien mieux relier aujourd'hui !…
On apprend donc à relier avec le Jeune Albert : un peu comme certaines fiches pédagogiques en bande dessinée que l'on a pu lire ici ou là, mais surtout que ce Spirou contre l'Invisible est un back cover "peau d'ours"(comme je l'ai déjà écrit à propos des erreurs présentes dans "Une vie en dessins" on ne dit pas "dos" pour un "back cover  ou 4e plat  d'un livre: même Chaland le sait !) mais aussi que l'on peut chiner ce genre de pièce mythique chez un bouquiniste des Quais de Seine : ce qui relève du pur fantasme, évidemment …
Je n'ai pas tant souvenir que cela que Chaland utilisait des terminologies anglicisantes dans ses Bandes Dessinées ?…
Quelqu'un pourra me confirmer ou m'infirmer cela peut-être ? …
Comme Chaland aimait à le faire dans ses interviews, il aime là aussi brouiller les pistes et à mélanger ses références du Neuvième Art dans un cocktail (du Mocambo Bar ?) qui lui est très personnel : chacun ne sait que fort bien qu'il est absolument impossible qu'un Spirou des espiègles éditions Dupuis (Marcinelle-Charleroi) puisse exister avec ce 4e plat "peau d'ours" iconique de l'élégante Collection du Lombard de l'éditeur bruxellois !…
Pourtant il existe bien un Alix des éditions Casterman édité avec ce fameux "peau d'ours" de la Collection du Lombard : mais ceci n'est que l'exception qui confirme la règle…

Collection du Lombard "peau d'ours"

"Amusons-nous !…" avec les collectionneurs de Bande dessinée devait se dire Chaland en riant certainement sous cape… d'invisibilité ?
Et en s'emmêlant délicieusement les pinceaux Isabey puisqu'il passe d'une préposition  dans  "contre l'Invisible" à une coordination sur le titre de la couverture agrandie ici avec ce "Spirou et l'Invisible"…

Je m'attends déjà à ce qu'un petit malin fasse la couverture de ce Spirou sous une fausse reliure ou autre idée du genre : je l'ai déjà faite et montrerai cela un jour si l'envie me prend…

Chaland en rajoute d'ailleurs volontairement en précisant dans la première case du second strip qu'il s'agit "d'une première édition avec les pages de garde bleu foncé (…)"…
Il continue sa mixture entre les trois principaux éditeurs Belges : Dupuis, Le Lombard et Casterman avec les mythiques gardes bleu foncé des albums Tintin dont Chaland possédait certains titres !…

Tintin (demie) garde bleu foncé par Hergé
Éditions Casterman

Chaland est resté fidèle à lui-même et à Spirou entre cette planche du Jeune Albert publiée en 1982, et celle passée dans les pages de Métal Hurlant en 1984 mais forcément réalisée l'année précédente !)…

Si ce titre inventé d'une histoire de Spirou qui n'existe pas peut faire rêver le collectionneur, et pourrait nous faire penser à une histoire de Jean Valhardi de Charlier et Paape : "contre le monstre" dans les pages du beau Journal de Spirou, avant que le titre ne soit changé en "château maudit" pour son édition en livre de Bande Dessinée…
Chaland avait-t-il eu une résurgence de ce titre des "Aventure de Chick Bill en Arizona",  justement édité par les éditions du Lombard en 1954 pour son titre mystérieux et intrigant de cet album de Spirou inédit ?

Chick Bill contre "L'invisible" par Tibet
Éditions du Lombard, 1954

Cette planche du Jeune Albert Retape tes albums ! eut une nouvelle vie en 1997, puisque je l'ai éditée en sérigraphie deux passages couleurs (désolé mais malheureusement très mal imprimée par Cornélius : les trames sont sorties moirées !), tirage limité à 70 exemplaires numérotés que j'offrais à celles et ceux qui achetaient le livre "Les années Métal" édité par Champaka cette année là…

Le Jeune Albert, Retape tes albums ! par Yves Chaland
Tirage 70 ex. n°tés en sérigraphie 2 passages couleurs
Format 21 x 30 cm sur papier Rives
Éditions La comète de Carthage, 1997

C'est le bon moment de faire de la reliure et de retaper ses albums mais, sac à papier, ma presse est à mon atelier ainsi qu'une partie de mon matériel : pas pratique du tout en période de confinement alors que l'on pourrait faire tant de choses !…
Dommage…




Valéry Ponzone


mercredi 23 janvier 2019

> Franquin, Gotlib et la danse des chats : Slowburn…

Je fais régulièrement ma revue de presse internet : je ne lis que très rarement ce qui se rapporte à la Bande Dessinée, au risque de me trouver crispé devant certaines critiques ou analyses rédigées avec trop d'erreurs ou d'approximation…
Je n'aurais pas dû lire le blog d'un certain Jean-Samuel Kriegk dans le Huffpost qui nous parle du Slowburn de Franquin et Gotlib !…
Le chapô veut tout dire dans les nombreuses errances qui vont suivre : "Slowburn - La collaboration oubliée de Franquin avec Gotlib " : désolé mon cher Jean-Samuel (nous ne nous connaissons pas, mais permettez que je vous appelle Jean-Samuel : je n'ai jamais eu l'occasion d'appeler qui que ce fut Jean-Samuel) mais, non, cette collaboration entre Franquin et Gotlib n'est pas oubliée.
Pas par moi.
Pas davantage, j'en suis certain, par de nombreux lecteurs, connaisseurs ou collectionneurs de Bande Dessinée : par vous peut-être, mais je trouve que si tel est le cas, ce statut auto-proclamé de "spécialiste passionné de la BD" (sic)  en prend de suite un coup !…

Il est bon et intéressant de rectifier ou préciser certains points : on va passer sur "les personnages de matous"… puisque certains parlent de nos jours de « l'humanité des animaux » (sic)… 
Il fut pourtant une époque bien plus heureuse, malgré la cicatrice du Mur de Berlin en pleine face de la Déesse Europe, où l'on pouvait rire (mais pas de tout et surtout pas avec n'importe qui, si l'on s'en souvient bien) de ce genre d'assimilation, grâce au génie de Pierre Desproges qui se moquait en 1986 dans l'une de ses Chroniques de la Haine Ordinaire, Monégascons,  de ce qui aurait été un lapsus de Stéphanie de Monaco qui aurait déclaré en s'insurgeant contre la tauromachie : « je suis contre la tauromachie. Après tout, les taureaux ne sont-ils pas des êtres humains comme les autres ? ». 
Pierre Desproges n'oubliant pas de préciser avec son esprit si caustique « qu'il ne s'agit pas de l'expression involontaire d'une tendance à la zoophilie. ».

Cela dit, il y a déjà eu plusieurs éditions de Slowburn : trois pirates et une véritablement officielle publiée en 1989 et faisant partie d'une collection éphémère mais élégante et connue de tous les affidés des librairies de Bande Dessinée : Comixland !
Du fait de la faillite de son distributeur, cet éditeur n'a pas pu se relancer et cette édition officielle a souvent été soldée par la suite, ou se retrouve de nos jours vendue sur internet comme collector…
J'ai d'ailleurs vendu le dernier exemplaires que j'avais il y a quelques années à la librairie à un des scénaristes de Lucky Luke.
Voici les éditions de Slowburn que je connais, antérieures à cette fameuse édition officielle de Fluide Glacial : la première pastiche aussi la collection Copyright de Futuropolis (encore plus largement soldée que celle de Comixland) éditée chez Futuropolis !…

Slowburn — Édition pirate, 1982

Slowburn — Édition pirate

Slowburn — Édition pirate

Slowburn — Édition officielle Comixland, 1989

Slowburn — Édition officielle Fluide Glacial, 2019

Je sens monter de la foule impressionnante de lecteurs, la question qui taraude tout le monde : THE COUÉCHIONNE :
"Qu'est-ce donc qu'un "spécialiste passionné de la BD" quasiment inconnu de tout le monde ?…"
Quelqu'un qui est capable "de reconnaître instantanément le dessin de Franquin" quand il ouvre un livre de Franquin et Gotlib…
Très, trop fort !…

Ne parlons pas du diagnostic médical sur l'état de santé de Franquin en 1977 : en tout cas Fluide Glacial "ne vient pas d'être créé cette année là" , mais existe depuis 1975 !
C'est dans le numéro 9 qu'apparaissent les dessins qui feront Slowburn, et on peut aussi voir cette collaboration comme un échange entre Franquin et Gotlib : si Gotlib essaye peut-être d'attirer Franquin chez Fluide Glacial on peut surtout dire que Franquin aura aussi attiré Gotlib dans les pages du beau Journal de Spirou : ce qui était bien moins évident a priori !
En effet, n'oublions pas les diverses collaborations de ce cher Marcel au légendaire supplément underground des Éditions Dupuis : Le trombone illustrée (dans la cave du Journal de Spirou), qui vécu du numéro 2031 du 17 mars 1977 au numéro 2062 du 20 octobre 1977…
Pour ce qui concerne les Idées Noires, elles commencèrent, et furent créées dans les pages du Trombone Illustré avant de repasser dans celles du numéro 18 de Fluide GlacialMagazine d'umour — pour s'y développer tranquillement dans des numéros postérieurs…

Mais tout le monde semble oublier le côté profondément féministe de cette histoire courte de Gotlib et Franquin, dans une période marquée par le désir affirmé d'accéder aussi au plaisir car "les hommes sont tous des égoïstes" !

Fluide Glacial numéro 9 — Février 1977

Puisque l'occasion m'est donnée de parler des éditions Comixland, je la saisis au passage !
Cette maison d'édition fut créée à la fin des années 80.
Propagandiste acharnée de Peignot, elle publia de très jolis petits livres d'illustrations de format carré avec des auteurs comme Loustal, Teulé, Slocombe, Willem, Avril, Walter Minus, Dupuy & Berberian, Juillard, Clerc et… Franquin et Gotlib…
Un petit peu chers à leur sortie (j'ai retenu un prix de 42FF ?), beaucoup de gens les ont découverts en piles soldées ici ou là, ce qui a permis à ces livres de continuer à vivre…

La collection Comixland : "Nous étions passionnés…"

Une dernière histoire de chat avec Le Chat bleu des Dupuy-Berberian, l'un des derniers titres de la collection Comixland, dont voici un des dessin originaux qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler, dans son principe, Le miroir de Joost Swarte…
Ce magnifique dessin de l'adepte de la Ligne Claire® néerlandaise qui agrémentait les 4ème de couvertures des deux éditions du célèbre 30x40 Swarte édités par Futurolis, et orna le mur de ma chambre d'adolescent pendant des années tant ce dessin me subjuguait par ses innombrables lectures visuelles !…

Dupuy-Berberian, Le chat bleu - dessin original au trait

Joost Swarte, Le miroir
4ème de couverture du 30 x 40 SWARTE Futuropolis

Joost Swarte, Affiche Le miroir
Tirage signé "ouvert" — Format 50 x 70 cm

Clap! de fin pour Comixland : l'arrêt de leur distributeur les poussa dans le célèbre cul de basse-fosse des éditeurs passionnés… qui se font avoir par leur distributeur !…

J'y vois une résonance certaine avec mon humble travail d'édition, puisque la décision conjointe de Latino Imperato, Rackham version remix, et  de L'Association de ne pas continuer, ou persévérer,  avec le Comptoir des Indépendants m'a aussi planté de quelques factures de quelques milliers d'euros : les dernières factures de mises en place de mes livres de notamment Floc'h, de Juillard sur Louise et plus encore de mon gros Daniel Clowes Lloyd Llewellyn n'ayant jamais été payées, malgré l'immense trésorerie dont disposait L'Association (dévoilée suite à l' Asso Poutch, pour paraphraser le Rackham Poutch du siècle précédent, avant le remix Latino)…

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et visent à détruire les passionnés qui se démènent dans tous les sens à leur petit niveau pour arriver à faire leur maximum, produire, éditer des livres, des portfolios, des estampes, des tirages de luxe avec tout leur cœur et leur enthousiasme, faute d'être riches comme Crésus !…

Il faut toujours conclure sur un chanson :
Slowburn, c'est la danse, danse, danse des chats… S… L… O… W… B… U… R… N…
La danse, danse, danse des chats…




Valéry Ponzone



jeudi 15 décembre 2016

> Père Noël vu par… Swarte

Noël approche et quelques Pères Noël bien délicats vont venir pour marquer l'instant sacré de la Trêve…


Joost Swarte, Joyeux Noël
Couverture pour Métal Hurlant numéro 46 (décembre 1979)


"Hého Père Noël donnez-moi quelque chose !"
Boire un petit coup…


Paix sur la Terre aux Hommes et aux Femmes de Bonne Volonté !…


Valéry Ponzone


mercredi 2 novembre 2016

> Ted Benoit dans les Inrocks 12-10-2016…

Un ami m'avait envoyé une copie de l'article des Inrocks
Reprenons… sous le lavabo se trouve l'emporte-pièce :

Ted Benoit — Les Inrocks 12-10-2016 que je peux agrandir en cliquant sur l'image !
"Ray Banana, ce détective décontracté (…)  Ce roman noir (Berceuse électrique) se déroule dans une Amérique rétrofuturiste, que Ted Benoit peuple de bâtiment modernistes et de voitures aux lignes racées. Il n'oublie pas pour autant de maltraiter les canons de la ligne claire, en utilisant notamment des trames grises - inimaginable chez Hergé."

Ray Banana n'est pas détective. 
Il est bien "dilettante sans raison sociale avouée", pour citer Gérard Lenne, mais a priori pas détective, sinon il nous aurait-déjà été présenté ainsi…
Quant à maltraiter les canons de la ligne claire, il est … clair que Ted Benoit a été l'un de ses plus fidèles pratiquants !
Mais, surtout, surtout, Berceuse électrique n'a jamais été un album fait avec des trames !
Si je ne me trompe pas, la première version était agrémenté de gris faits au lavis, qui sont d'ailleurs très différents entre l'édition courante sur papier offset (qui boit un peu les encres = gris plus foncés / plus denses) et l'édition de luxe toilée sur un papier couché — je crois que c'était un Globe quelque chose non ? — dans laquelle ils sont plus "lisibles"…
Il a fallu attendre la très laide réédition de 2002 dans cette hideuse collection casterman classiques, pour qu'une nouvelle mise en "couleurs de gris" soit réalisée par Madeleine de Mille (Casterman avait dû perdre les films d'impression d'époque ?) avec 3 nuances différentes de gris (plus froid / plus chaud), mais toujours pas de trames…
Je me demande même si ce retirage n'a pas été fait en quadrichromie (gris chaud avec du jaune etc.) ? 
Ceci n'explique pourtant pas le travail de sabotage très méticuleux de l'éditeur opéré sur cette réédition — limite scandaleuse — alors que cette nouvelle mise en couleurs était très intéressante !…

Quant à écrire que ces trames serait inimaginables chez Hergé, je ne sais que penser de cette affirmation aussi péremptoire que fausse !
À moins que ceci ne soit le fruit de mon "inimagination" :

Hergé, Tintin, Le Lotus Bleu
Page 20 "avé des trames peuchère !"
© Éditions Casterman + Moulinsart

Mais ces "petits points noirs, serait-ce de la trame ou du caviar ?
Je pencherais plutôt pour de la trame…
Hé oui !…
À l'époque Hergé devait indiquer les zones à tramer, avec pourcentage de ladite trame, qui devait être faite par l'imprimeur en "trames mécaniques"…
Pas la suite bon nombre d'auteurs, héritiers d'Hergé et fidèles métronomes de la ligne claire ont utilisé des trames manuelles (remerciement chaleureux à Letraset et, dans une moindre mesure, à Mecanorma, sans oublier Decadry pour les moins fortunés!…).

Je résume : 
- Ted Benoit n'a pas utilisé de trames dans Berceuse électrique, version originale ou édition actuelle remise en "couleurs de gris" ;
- Ray Banana n'est pas détective ;
- Hergé utilisait bien des trames dans les premières versions de Tintin en noir et banc.

Voici un très bon exemple d'utilisation de la trame (des trames) par Ted Benoit pour sa version de l'affiche de Casablanca qui lui avait été commandée à l'occasion d'une ressortie du film…
[Désolé pour la zone rectangulaire en haut sur Ingrid, mais c'est le reflet de la vitre du cadre].

Casablanca, Affiche de film par Ted Benoit
"avé la trame peuchère !"
Warner Bros Années 80

Rétablissons une autre Vérité Historique® : la ressemblance avec Clark Gable est trop prévisible : la véritable référence graphique de Ray Banana se trouve plutôt chez Willem avec son fameux Fred Fallo !
Moustache, lunettes noires, tout y est…

Fred Fallo à la plage par Willem

Fred Fallo, Art Moderne par Willem

Il est amusant de constater que cette histoire de Fred Fallo s'intitule Art Moderne : puisqu'un autre membre de la confrérie de la ligne claire a aussi fait une histoire de Fred Fallo — sur scénario de Willem — Esclaves de la seringue, repris dans un des plus beaux livres (le plus beau ?) édité par Les Humanoïdes Associés : L'Art Moderne !…
Son auteur n'est autre que celui à qui l'on prête la création du terme Ligne Claire : Joost Swarte.

Swarte, L'art moderne
Edition originale reliée + dos toilé
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1980

Fred Fallo, Esclaves de la seringue par Swarte + Willem

Ray Banana dans son fauteuil in Les magiciens d'eau
Tirage en sérigraphie Exposition L'affaire Ted Benoit

Ray Banana dans son fauteuil in Les magiciens d'eau
Tirage en sérigraphie Exposition L'affaire Ted Benoit

Fred Fallo dans son fauteuil in Esclaves de la seringue par Swarte + Willem

La boucle est bouclée…
Willem… Fred Fallo… Art Moderne… Ted Benoit… Ray Banana… Joost Swarte… Fred Fallo… L'art moderne… Berceuse électrique… Ted Benoit… Ted Benoit… Ted Benoit…
La berceuse électrique commence vraiment à faire son effet : il est temps d'aller se coucher !…




Valéry Ponzone