Affichage des articles dont le libellé est BOB FISH. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BOB FISH. Afficher tous les articles

lundi 4 mai 2020

> Yves Chaland et la tenue idéale contre le COVID-19…

En juin 1980, Chaland publie dans la presse magazine (un vieux truc en papier que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre !) la plus branchée de la place de Paris et de la Galaxie (cf. plus haut !) la tenue idéale pour lutter contre la propagation du COVID-19 : quarante ans d'avance !!!…

Une tenue complète et vraiment, mais vraiment protectrice !…


Bob Fish par Yves Chaland
dans Métal Hurlant numéro 54 - juin 1980

Il est vrai que son client Monsieur Swartenbroeckx tient plus d'Howard Hugues que de votre voisin avec sa paranoïa des microbes et des odeurs !!!…
Tiens encore un Swarte-machin-chose : certainement un hommage appuyé à Joost Swarte, mais que signifierait la fin de son nom de famille ?…

Comme Bob Fish, protégeons-nous bien, et pas avec cet espèce de bikini reconverti en masque de protection qui aurait été vendu par un Super U de Montpellier : si cela est vrai, c'est assez terrible, non ?…


Valéry Ponzone



samedi 19 novembre 2016

> L'Art de la palissade en bois et du terrain vague dans l'œuvre graphique de Chaland…

Je vous propose de continuer l'exploration outrancière de l'œuvre graphique du jeune Yves Chaland (que d'aucuns qui ne l'ont même jamais croisé — ne serait-ce qu'une seule fois — osent appeler "Maître", comme s'ils pouvaient se revendiquer d'être ou avoir été un disciple — padawan —  ou que Monsieur Yves Chaland eut été leur mentor à un quelconque moment de leur vie !) …

Fermons cette parenthèse et revenons à ce qui est vraiment important.
S'il est un aspect négligé dans l'œuvre dessinée de Chaland, c'est bien son utilisation récurrente de la palissade en bois, dans ce qu'elle est de toute évidence : une barrière icono-séparative (à ne surtout pas confondre avec l'espace inter-textuel de certains penseurs du 9ème Art)  entre le monde du réel dans lequel nous évoluons tous : la rue ou, plus simplement,  l'espace macadamique intro pictural®,  et ce qu'il y a au-delà de cet espace macadamique intro pictural
Nous pourrions à loisir disserter sur la notion de monde réel mais, gageons, que sur ce point nous tomberons tous d'accords pour une définition communément admise et admissible telle qu'elle est expressément présentée et / ou révélée dans le fameux Traité de Philosophie Appliquée au(x) Monde(s) Perceptible(s) de la fin du 20ème siècle (qui aura au moins apporté cela de grandiose à la Pensée Humaine) : Matrix™…
 

• L'Art de la palissade en bois dans l'œuvre dessinée de Chaland :
 

Nous passons trop souvent sur des éléments indubitablement primordiaux et, sur certains aspects vitaux  des récits fabulistes en narration séquentielle, en lisant nos chers livres de Bande Dessinée !
Il fait partie de mon devoir de lecteur du commun, que de révéler à quel point la palissade en bois revêt une nécessité incontournable pour saisir la substantifique moelle de l'œuvre graphique de Yves Chaland…
Il me paraît utile de préciser que la palissade en bois dissimule aux yeux des passants plébéiens le terrain vague, en friche ou oublié, en attente — stand by en bon français —  du projet immobilier qui permettra aux promoteurs, et néanmoins humanistes, de remplir leurs tiroirs caisses en même temps que ceux de certains Partis Politiques vintage, par pur acte de partage sans égal que nos âmes issues d'une culture judéo-chrétienne fondée sur la contrition et la redistribution chère au marxisme-léninisme, ne peuvent qu'approuver du chef, les yeux fermés et les deux mains sur les oreilles ("parce que lorsque l'on ne voit et n'entend rien, on ne peut rien dire", disait mon Grand Oncle Vittorio, qui s'y connaissait aussi en béton puisque dirigeant l'une des Famiglia de… mais, je m'égare sur des sentiers Piémontais dont il ne faut pas parler)…
Projets immobiliers, disais-je,  qui permettront aux promoteurs de s'en mettre plein les fouilles, pour oser employer un langage fleuri, de façon trop souvent inversement proportionnelle aux qualités architecturales et urbanistiques qui ressortiront desdits projets : cela n'a jamais été le but, faut-il le rappeler ?
La palissade en bois dissimule tout autant aux yeux des passants, ces espaces interlopes dans lesquels les événements les plus sordides peuvent arriver à tout instant, et, pourtant, que les enfants — les ketjes en bon français — s'appropriaient comme terrains de jeux.
Et, ce, évidemment, bien avant que la norme AFNOR ne vienne tout dramatiquement régenter et niveler !…

Commençons avec Bob Fish, paru en livre en 1981 grâce aux bons soins (si l'on oublie ces viles histoires de pelliculage fripé voire de papier gondolé pour l'édition de luxe) des excellentissimes éditions Les Humanoïdes Associés (pour reprendre la rhétorique désuète et d'arrière-garde de certains Docteurs ès Bande Dessinées : les vraies éditions Les Humanoïdes Associés) : Flup (qui n'est pas sans faire penser à Flupke : normal c'est son cousin par la belle-sœur de la tante de son oncle par le cousin germain de son père carolo), associé d' Albert alias Ric Hoch Al Mémory, a confié une mission à deux ketjes : retrouver une voiture grâce au numéro de la plaque d'immatriculation et la référence du modèle…
Les deux ketjes vont s'extraire du monde furieux qui nous entoure et s'isoler dans un terrain vague, derrière une palissade en bois, et ne rejoindront le monde toujours aussi furieux qui nous entoure encore et toujours — et ce n'est pas seulement à cause de tous ces damnés Témoins de Jého morantins qui sillonnent les trottoirs à témoigner d'on ne sait quel message divin trompeur ? — qu'une fois le numéro de la plaque d'immatriculation apprise…
L'un avalera le papier tandis que l'autre morveux aura bien meilleur et onctueux à avaler…
Il faut noter et faire remarquer le travail tout en finesse et discrétion fait par Yves Chaland : un forme de champ-contre-champ à travers un espace physique séparé — frontiéralisé serais-je enclin à écrire, si seulement cela signifiait vraiment quelque chose de tangible — par la palissade en bois. Le détail  est diabolique (sic) : le réverbère à l'arrière-plan derrière la palissade et hors  du terrain vague, dans la rue, est visible au premier plan à côté des ketjes revenus au monde furieux, dans la rue.
Je constate une nouvelle fois qu'il semble plus facile pour ces ketjes de mémoriser ce numéro de plaque d'immatriculation — malgré tout — que la moindre récitation de nos chers Grands Auteurs classiques…

Yves Chaland, Bob Fish —Planche 12
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981
> Les ketjes s'isolent du monde extérieur dans le terrain vague et n'en ressortent
pour rejoindre le monde commun de la rue qu'une fois leur leçon assimilée…

Flup a rencontré un autre ketje — un vrai castar — qui a trouvé la piste de la voiture recherchée par Albert pour Bob Fish : rendez-vous est donné par une nuit pluvieuse — par beau temps sur Bruxelles, il va s'en dire — dans une carrosserie borgne et douteuse qui se trouve derrière une palissade… en bois.

Yves Chaland, Bob Fish —Planche 15
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981
> Les ketjes on rendez-vous derrière une palissade…

Un espace interlope avec un seul immeuble posé entre usine aux cheminées fumantes et rails de chemin de fer ou de tramway… Le panneau publicitaire encore présent sur l'une des façades de l'immeuble ne doit plus avoir aucun impact (impacté dans le langage marketing actuel : beeeeurk. Impression de déjà lu peut-être ?) sur quiconque, puisque nous nous trouvons dans un désert urbanistique total…
Aussi peu d'impact que l'envoi de livres en service de presse à des fanzines ou a des sites internets pseudo culturels… c'est peu dire !

Yves Chaland, Bob Fish
Planche 16
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981

Continuons avec le travail de Chaland dans le domaine des estampes avec l'une des premières qui furent éditées : Ghost.
Cette estampe, imprimée en 1983 par Frédéric de B. du remarquable atelier de sérigraphie L'Atelier — sis à Paris dans le 14e arrondissement — présente un carrefour de ce qui semble être une petite ville tranquille, à l'ancienne : bien proprette. Une distribution gratuite de paquets de lessive Ghost faite par des fantômes (ce ne sont pas de vrais fantômes : je vous rassure : il n'y en a qu'en Écosse comme il a été scientifiquement prouvé par un Mac-quelque-chose) tous vêtus de blanc immaculé — allusion évidente à la puissance de nettoyage de la lessive en question… et davantage au nom de ladite lessive par un jeu de mot d'une puissance que seul le monde de la publicité peut délivrer au public sidéré par tant d'audace…
Au cas où l'on n'aurait pas tout saisi, les noms des rues nous mettent sur la piste : Rue Blanche, Place Propre ou Avenue de la Grande Lessive

J'ai numérisé une partie de cette estampe (partie supérieure / gauche) : on distingue derrière la camionnette avec l'affiche Ghost collée sur les flancs (impensable à notre époque où même les véhicules de transports ou de livraisons sont presque tout le temps sous-loués), le fameux terrain vague dont seule une partie est entourée par la fameuse palissade en bois…
Le monde moderne et ses tours autant infernales que hautes guettent à l'arrière-plan et leur ombre rectiligne plane sur ce quartier resté haut en couleurs… Nul doute que cette palissade et ce terrain vague vivent là leurs derniers instants de friche, avant qu'une tour ne vienne jeter son ombre d'obscurantisme architectural sur ce qu'il reste de ce quartier habité, vivant et presque immaculé (en tout cas : bien blanc !)…
Si le terrain vague n'est pas, ici, investi par des hordes de gamins débraillés et criards, il sert de raccourci, pour celui qui veut courir vers la distribution gracieuse de lessive Ghost, tel un chemin de traverse dans le monde rigoureux et tracés de l'urbs moderna qui va déferler dans un futur proche.

Yves Chaland, Ghost (détail)
Sérigraphie couleurs — 190 ex. numérotés & signés
Éditions Central Union, 1983

Yves Chaland, Ghost (détail)
Sérigraphie version au trait — Tirage signé
Éditions Central Union, 1983

Dans une estampe précédente éditée par Magic Strip en 1982, nous suivions déjà Freddy Lombard, Sweep et Dina sur une piste sanglante dans l'une de ces zones interlopes, située sous un pont de chemin de fer…
Freddy, lanterne SNCF — ou SNB : je n'ai pas reconnu le modèle utilisé —  à la main, précède ses deux complices et nous éclaire de ses lumières tel Diogène, qui cherchait déjà l' Homme…

Yves Chaland, Freddy Lombard
Sérigraphie couleurs — 200 ex. numérotés & signés
Éditions Magic Strip, 1982

C'est dans un autre terrain vague, derrière une palissade en bois dont certaines planches fournissent le matériau nécessaire au bon feu de bois qui réchauffe les âmes et, davantage encore, les corps de Freddy Lombard, Sweep et Dina Martino (ainsi qu'un chien certainement abandonné à son triste sort d'errance qui les a rejoint) que je vous emmène.
Cette palissade en bois leur permet de se retrouver et se protéger du monde extérieur après avoir été interrogé au commissariat du XIIème arrondissement (de Paris, il va sans dire), alors que Dina avait dit ne plus oser rentrer à leur appartement, après avoir découvert un crime abominable dans l'appartement voisin.
Le jeune Yves Chaland habitait rue de Lyon, à côté de la gare du même nom : était-il allé faire des repérages dans ledit commissariat afin de le dessiner avec réalisme, ou l'a-t-il créé de toutes pièces sur le papier à dessin ?
Le terrain vague était-il voisin de son immeuble, ou bien là aussi a-t-il créé cette palissade en bois sur sa planche à dessin ?
Il faut se souvenir qu'à cette époque le quartier était en pleine restructuration — gentrification en français du 21ème siècle — et que l'on avait évacué l' Ilôt Châlon à grands coups de matraques comme tous quartiers prolétaires qui se respectent sur Paris : nul doute que les terrains vagues derrière leur palissades en bois ont succédé rapidement à la destruction des habitations insalubres et autres repaires de toxicos et autres esclaves de la seringue (sic) qui y pullulaient…

Yves Chaland, Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants —Planche 7
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1984
> Freddy, Sweep et Dina s'abrite dans un terrain vague derrière
une palissade pour se réchauffer autour d'un bon feu…

Yves Chaland, Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants —Planche 7
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1984
Planche originale — Encre de Chine sur papier + gouache + collage

L'hiver venu, et la bise qui l'accompagne (vent frais, vent du matin etc.), nous retrouvons le trio dans le même terrain vague enneigé, derrière la même palissade en bois en train de festoyer aux frais du traiteur voisin — à l'arrière-plan, les bras en l'air en train de hurler comme un cochon (rien que du très classique pour un traiteur) : "Aux voleurs !… Aux voleurs !!…" .
Cette variation sur le terrain vague et sa palissade en bois — avec la case de la planche 7 du Cimetière des éléphants montrée plus haut — permet au trio de s'en mettre PLGPPUR, même si cela n'est pas vraiment très moral : leurs ventres seront bien plus remplis que ce que la situation précédente ne le laissait présager…

Yves Chaland, Freddy Sweep et Dina Joyeux Réveillon
Carte de vœux — Éditions Magic Strip 1983
> Réveillon de Noël pantagruélique, derrière une palissade
avec traiteur dévalisé à l'arrière plan et police alertée…

Les périodes de fêtes sont propices à l'exploration de l'Art du chant de Noël et de la chorale, avec toujours une palissade en bois derrière Freddy Lombard, Sweep et Dina
Les tenues vestimentaires ont changé et sont plus chaudes pour Sweep et Dina, et Freddy est passé de la canadienne tellement à la mode dans les années 40 & 50, au duffle-coat typiquement estudiantin, que certains dessinateurs post Chaland avaient aussi adopté…
Ces trois versions forment une variation intéressante sur le même dessin et sujet… puisque la fameuse palissade en bois à la Chaland y est particulièrement représentée !

Yves Chaland, Freddy Sweep et Dina Joyeux Noël
Carte postale — Éditions Magic Strip 1983
> Chant de Noël avec chat, derrière une palissade en bois
avec immeuble typique à l'arrière plan et ciel étoilé…

Yves Chaland, Freddy Sweep et Dina Joyeux Noël
Carte postale — Éditions Magic Strip 1983
> Chant de Noël avec chat, derrière une palissade
en bois avec ciel étoilé à l'arrière plan…

Yves Chaland, Freddy Sweep et Dina Joyeux Noël
Sérigraphie sur plaque métallique — Éditions Magic Strip 1983
> Chant de Noël avec chat, derrière une palissade
en bois avec immeuble typique à l'arrière plan…

Le Jeune Albert ne peut échapper à l'exploration des terrains vagues et de leurs palissades en bois propres aux ébats des gamins parigots ou d'ailleurs, et des ketjes plus exotiques.
On le remarque dès la couverture de la première édition du livre publié en 1985 par Les Humanoïdes Associés : sur les quatre vignettes entourant le portrait du Jeune Albert, deux ont pour décor un terrain vague dont l'un est bien entouré de sa palissade en bois, même si elle est très dégarnie…


Yves Chaland, Le Jeune Albert — Couverture (détail)
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
> Albert pleurniche dans un terrain vague……

Yves Chaland, Le Jeune Albert — Couverture (détail)
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
> Albert et son lance-pierre avec terrain vague et palissade en bois…

Le terrain et sa palissade en bois protectrice ne peut que servir de refuge absolu, surtout après avoir lancé une pierre avec son fidèle lance-pierre, à la tête du représentant local de l'Ordre, du Droit et de la police du Roi !
Si Albert s'emmêle souvent les pinceaux à toujours vouloir faire de grandes phrases quasi logorrhéiques — chiffe-mouillée synthèse ou contraction involontaire entre la chiffe-molle et la poule-mouillée — et faire la leçon à son faire-valoir, ils sont tous deux obligés d'aller s'abriter hors du monde appréhendé par la perception intellectuelle du policier. 
Effectivement, le terrain vague qui trouve vie d'habitude derrière les palissades ne l'est plus à ce moment là : le chantier de construction a pris sa place — le décor est posé par les tuyaux de canalisation, briques et pelle qui sont dans la place.
Comme tous chantiers, celui-ci doit être interdit au public : il échappe évidemment à la sagacité du policier de proximité — comme on allait les appeler quelques décennies plus tard (la proximité remplaçant le quartier, que l'on n'oserait plus nommer ainsi tant les lieux ne ressemblaient plus à rien, et certainement pas à un quartier tel que l'usage commun l'entend) — que l'on puisse se dissimuler au regard pénétrant du représentant de l'Ordre Public dans un espace interdit au public, qui, comme tel, est hors de l'espace public et de lui-même !…
Cet espace est passé au-delà du monde perçu par le policier… qui ne pensera pas à faire les quelques pas qui le séparent des deux ketjes, alors qu'il n'aurait plus qu'a se baisser et à faire respecter l'Ordre et le bon droit contre lequel le Jeune Albert ne cesse de se révolter…
Situation déjà fort présente dans le cinéma muet, autre art visuel par excellence, dans lequel fleurissait les bandes d'enfants désœuvrés et autres marginaux sans rôle sociétal défini, dans le sens où tout le monde est bien étiqueté et rangé dans le bon tiroir de nos jours (fort heureusement ! Sinon où irions-nous ma bonne dame ?…) : principalement dans les bobines de Charlot, pour ne citer que le principal, ou Our gang Little rascals

Yves Chaland, Le Jeune Albert —Page 29
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
> Après le forfait, il faut se réfugier dans un chantier derrière la palissade en bois… 
Yves Chaland, Le Jeune Albert? Le chant du drapeau—Page 33
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
> Le terrain vague avec sa palissade dégarnie, sorte de no man's land
urbain où Albert aide son ami Fifi à pouvoir s'intégrer dans un groupe …
Yves Chaland, Le Jeune Albert —Page 39
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
>  Le terrain vague avec la palissade à l'arrière-plan sert de terrain
neutre pour régler ses comptes avec une bonne bagarre après l'école…
Yves Chaland, Le Jeune Albert —Page 43
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985
>  Le terrain vague avec la palissade en bois restent à l'arrière-plan…

Nous retrouvons avec une énorme surprise Yves Chaland et son Jeune Albert  dans les pages de Pilote & Charlie ("la B.D. en fusion" : c'est chaud bouillant comme de la braise ce slogan d'accroche face à la machine à rêver, par exemple) en mai 1988, dans un numéro "Quand j'étais petit…".
Un numéro dans lequel Frank Margerin Présente, pour reprendre le titre de son premier livre chez Les Humanoïdes Associés et avant que cette formule ne soit déclinée sous forme de livres chez le même éditeur dès l'année suivante avec Frank Margerin Présente la Fête, ou, Frank Margerin Présente la télé, Frank Margerin Présente sa motoFrank Margerin Présente sa guitare etc.
Dans cette planche, Le jeune Albert va à l'école, mais est, bien évidemment, en retard.
Heureusement il n'est pas seul, même si cela semble lui arriver un peu trop souvent si l'on se souvient du portfolio Cauchemars dont j'ai déjà parlé (et aussi ici pour une extension du domaine de la lutte)… La dernière possibilité pour ne pas arriver trop en retard serait après de multiples péripéties que je vous laisserai découvrir par vous-même,  de prendre un raccourci et de passer par un terrain vague, entouré de sa palissade en bois réglementaire bien sûr !
Mais la mère aux chats leur barre la route… et il faudrait outrepasser les superstitions et préjugés digne de la campagne (tout le monde admettra sans réserve que le monde rural n'est que superstitions, rumeurs et délations, là où l'univers urbain n'est que progrès, modernité, propreté et rationalisation, plus encore depuis l'avènement d'internet) pour ne pas risquer d'arriver trop en retard à l'école.

Yves Chaland, Le Jeune Albert va à l'école
in Pilote & Charlie numéro 25 — mai 1988
>  Le terrain vague avec la palissade peut servir de raccourci aux deux
acolytes en retard mais l'accès en est coupé par la mère aux chats

Déjà en 1983 dans les pages de Rigolo, le magazine pas-si-rigolo-que-cela publié par Les Humanoïdes Associées voulant faire leur Fluide Glacial, Yves Chaland montre l'utilisation possible d'un objet presque autant improbable qu'inutile — le Périscope des Neiges — dans une sorte de fiche- bricolage que l'on pouvait penser sortie des pages d'un numéro de Rustica : avec des gamins en pleine bataille de boules de neige dans un terrain vague enneigé et, loin des regards réprobateurs de leurs parents, protégés par des palissades en bois !…

Yves Chaland, Périscope des Neiges
in Rigolo numéro 6 — décembre 1983
>  Le terrain vague avec la palissade est enneigé et sert de terrain
de jeux aux bandes de morveux gamins du quartier…

Déjà vu précédemment, ce dessin avec Floc'h pour la couverture d' Objectif Pub, sorti en 1986 : le panneau d'affichage publicitaire central Avenir  st présent pour dissimuler le terrain vague et la palissade en bois ,que l'on peut apercevoir à l'arrière plan, sur la gauche, derrière la cabine téléphonique, légèrement plus lourde qu'un technologique Iphone, les plus jeunes en conviendront, mais, déjà, avec l'éclairage intégré !…

Alain Lachartre, Objectif pub
Couverture de Floc'h + Chaland
Éditions Robert Laffont + Magic Strip ;1986
> la scène se passe dans un terrain vague et l'on aperçoit la palissade en bois au fond derrière la cabine


Les palissades en bois ont disparu de nos paysages urbains depuis de nombreuses années, remplacées dans la plupart des cas par de magnifiques panneaux en métal rutilant, et le terrain vague n'existe lui-aussi quasiment plus…
Sac à papier ! Quelle est cette époque où on ne laisse plus ni au temps de faire son ouvrage, ni aux gens d'apprendre à se connaître un tant soit peu, et encore moins à ces terrains libres / libérés de respirer : dès lors que l'espace est disponible, les machines infernales de nos temps modernes déferlent en rugissant et investissent cet espace afin d'œuvrer au plus vite et construire avec une solidité et un sens de l'esthétique trop souvent liés au temps passé sur ces chantiers…
Aussi, les terrains vagues ne sont plus, et leurs représentations graphiques, reflets d'un monde en mutation, révolus : celui-là même que l'on pouvait retrouver dans les photographies du petit peuple de la ville, de Doisneau, Cartier-Bresson (Chicago) ou Willy Ronis…

Enfant, j'ai eu moi-même pendant des années un immense terrain vague sous mes yeux : un trou immense classique dans les cités dortoirs de la banlieue parisienne. Avant que celui-ci ne finisse par être "bouché" peu à peu — projet après projet —  sur plusieurs décennies : par une Bibliothèque Publique de référence, puis un immense Bureau de Poste (période Service Public : quand la Poste fonctionnait correctement et ouvrait des Centres Postaux plutôt que les fermer, avant de certainement en rouvrir si elle plagie la stratégie commerciale de leur ancien affidé, France Télécom / Orange ?), un centre de CPAM et autres bureaux ou hôtel pseudo-moderne, sans oublier un magnifique Opéra-Théâtre…
Ce terrain de jeux n'en était pas un et nous était interdit, mais nous y allions, forcément, discrètement, malgré les différents pièges éparpillés un peu partout dans cet espace (mal) fermé par une… palissade en bois.
Cela m'a valu un beau trou dans la cuisse gauche, causé par une barre de fer, celles là même servant à renforcer le béton armé, par un beau soir d'été naissant où nous jouions la nuit tombée (sinon ce n'est pas amusant…) entraînés par les grands à trouver le ballon dégagé en l'air, au pied, le plus loin possible, entre les morceaux de parpaings et autres débris de chantier, dos tournés au tireur.

Comme je l'ai déjà dit, le terrain vague, espace laissé à l'abandon pendant un temps indéfini que les bandes de gamins pouvaient s'approprier n'existent quasiment plus, très / trop vite remplacés par les chantiers avec des systèmes de vidéo-surveillances dissuasifs.
C'était en ces temps anciens un morceau de nature sauvage laissés aux enfants, avant que le béton ne vienne tout recouvrir illico presto sous peine de surpayer les locations de matériels de chantier.

Yves Chaland, BDDP Il paraît que l'on a un nom à coucher dehors
Affiche publicitaire (détail) — BDDP, 1985
> Le terrain vague derrière sa palissade en bois a laissé place au chantier de destruction…


Ces terrains vagues et leurs palissades en bois étaient très couramment présents dans la Bande Dessinée franco-belge, dont — comme chacun sait — Yves Chaland fut le prolongateur surdoué et l'Héritier Naturel, pour ne pas dire naturalisé de fait (Belge, cela va sans dire !).

Aussi les avons-nous fréquemment vus, parfois dans les rôles centraux de ces bandes dessinées, ou comme simple décors dans d'autres histoires…
Tout comme nous,  Yves Chaland a dû s'en imprégner, afin de les intégrer dans son œuvre graphique post-lecteur / collectionneur…

Hergé, Quick et Flupke, Drame sans paroles
© Éditions Casterman — Moulinsart
> Les ketjes s'isolent du monde extérieur dans le terrain vague,
derrière la palissade en bois pour braver les interdits…

Franquin, Spirou, Le roi du ring
in Le Journal de Spirou numéro 548 du 18 novembre 1948
> Les ketjes s'isolent du monde extérieur dans le terrain vague, derrière
la palissade en bois pour tirer au lance-pierre sur une silhouette de Poildur…

Franquin, Spirou, Le roi du ring
in Le Journal de Spirou numéro 553 du 14 octobre 1948
> Les ketjes s'isolent du monde extérieur dans le terrain vague, derrière
la palissade en bois pour voir le match de boxe entre Spirou et Poildur…

Morris, Lucky Luke
in Le Journal de Spirou numéro 557 du 16 décembre 1948
> L'arrière de la palissade en bois sert à Lucky Luke
pour installer un subterfuge face à ses ennemis…

Tillieux, Gil Jourdan, Libellule s'évade
Éditions Dupuis
> Derrière la palissade en bois , un terrain vague envahi par les hautes herbes…


Tillieux, Gil Jourdan, Surboum pour 4 roues
in Le Journal de Spirou numéro 1243 du 8 février 1962
> Derrière la palissade en bois, le mystère reste entier…

Roba, La Ribambelle
in Le Journal de Spirou numéro 1247 du 8 mars 1962
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert 
de repaire secret à la Ribambelle avec ses nombreux pièges…

Roba, La Ribambelle
in Le Journal de Spirou numéro 1248 du 15 mars 1962
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert
de   repaire secret à la Ribambelle avec ses nombreux pièges…

Jidéhem, Sophie Les bonheurs de Sophie
in Le Journal de Spirou numéro 1347 du 7 décembre 1967
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague
enneigé qui est apparu par enchantement…

Tibet, Le Club des Peurs de Rien, Les rois de la publicité
in Junior numéro 29 du  17 juillet 1969
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert
de quartier  général aux membres du Club des Peurs de Rien…

Franquin, Gaston Lagaffe Tome 12 — Le gang des gaffeurs
Éditions Dupuis — 1974
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert de parking sauvage
à la Fiat 500 de Gaston Lagaffe et de base de tir de ses "missiles"…

Geerts, Jojo Tome 10 — La chance de Sébastien
Éditions Dupuis — 2000
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert à remettre en liberté
le hérisson adopté par la classe de Jojo après son hibernation hivernale…

Stanislas, Victor Levallois Tome 3 Le manchot de la Butte Rouge
Éditions Alpen Publishers —1994
Dessin pour un ex-libris Librairie Super héros (Paris)
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert de terrain de jeu
à la bande du Jeune Albert transbordée en banlieue parisienne…
Remarquez le bus de la ligne S comme… Stanislas !

Stanislas, Victor Levallois Tome 3 Le manchot de la Butte Rouge
Éditions Alpen Publishers —1994
Dessin original Encre de Chine + gouache blanche + collage
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert de terrain de jeu
à la bande du Jeune Albert transbordée en banlieue parisienne…

Tramber + Jano, Les aventures de Kebra, Anniversaire
Éditions Albin Michel —1997
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague typique de la Banlieue parisienne
qui sert de repaire à la bande de loubards zonards de Kébra…

Jano, Kebra in Bennes dessinées
Éditions Carton —1986
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague typique de la Banlieue parisienne
et zébra qui se retrouve dans une poubelle vintage

Tardi, Griffu
Éditions Dargaud —1982
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague a été remplacé par
un chantier typique de la Banlieue parisienne des années septantes…

Tardi, Jeux pour mourir
Éditions Casterman —1992
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague qui sert de repaire et de lieu
 de rendez-vous à Cat et à sa bande de sauvageons (sic) ou de racailles (sic)…

Tardi, Adèle Blanc-Sec, Le mystère des Profondeurs
Éditions Casterman —1998
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague alors que les enfants avec coupes
de cheveux spéciales anti-poux jouent gentiment avec un chien, sur le pavé…

Bravo, Spirou et Fantasio Le journal d'un ingénu
Éditions Dupuis — 2008
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague où les gamins
s'échauffent avant une bonne partie de football des familles…

Bravo, Spirou et Fantasio Le journal d'un ingénu
Éditions Dupuis — 2008
> Derrière la palissade en bois, le terrain vague où les gamins s'échauffent
avec l'arbitre désigné, avant une bonne partie de football des familles…


De nombreux autres extraits de bandes dessinées pourraient venir illustrer ces propos incroyablement révélateurs du talent de Yves Chaland pour représenter les terrains vagues et les palissades en bois dissimulés aux regards du chaland : un indéniable talent qui ne peut nous laisser de bois !…

Gaston, Joyeux Noël…
in Journal de Spirou numéro 1235 di 14 décembre 1961
… Gaston, Joyeux Noël… dans la palissade en bois !
in Journal de Spirou numéro 1235 di 14 décembre 1961




Valéry Ponzone




PS : Je peux déjà annoncer que les prochains sujets auront pour thèmes :
- L'Art de la  chaussure dans l'œuvre graphique de Yves Chaland
- L'Art du col de chemise dans l'œuvre graphique de Yves Chaland
- L'Art de l'Art dans l'œuvre graphique de Yves Chaland

mardi 27 septembre 2016

> L'Art du découpage dans l'œuvre graphique de Yves Chaland

Il y a une forme de récurrence dans certains des dessins de Chaland.
On sent chez le jeune Yves Chaland une envie de montrer des scènes de meurtre particulièrement éloquentes, et, c'est dans celles-ci qu'un savant art du découpage se fait jour…
Mais, un découpage bien particulier : façon garçon boucher !

• L'Art du découpage dans l'œuvre dessinée de Chaland :

Commençons dès la belle année 1983, lorsque Yves Chaland fait partie de la prestigieuse sélection d'Alain Littaye pour l'un des premiers Beaux Livres du monde de la Bande Dessinée (le tout premier peut-être ?), à côté notamment de E.P. Jacobs, Hergé, Jacques Martin, Ever Meulen, Mœbius / Giraud ou bien encore Joost Swarte, Serge Clerc, Floc'h  : "Yves Chaland ou l'héritage maniériste".

Souvenirs du XXème siècle
Présentation de Chaland
Éditions Alain Littaye, 1983

Un seul dessin représente le travail de Chaland dans cet ouvrage, mais ce dessin, magnifiquement mis en couleurs suivant la technique du ben-day, nous mène dans une crypte terrifiante, dans laquelle nous découvrons l'horreur, voire l'Indicible cher à HP (Lovecraft, pas Pratt !)…
Une ombre menaçante est perceptible à l'arrière-plan : serions-nous suivis ?…
Il semble bien que tel est le cas…

Yves Chaland, It's Alive !
in Souvenirs du XXème siècle
Éditions Alain Littaye, 1983

Cette scène n'est pas sans rappeler celle de la découverte finale du Testament de Godefroid de Bouillon, première aventure de Freddy Lombard et ses complices Sweep et Dina tombés en panne sur la route de Sedan, par une belle nuit de pluie régionale : contrairement à ce que j'ai lu un jour par hasard  sur un site internet quelconque (au véritable sens du terme) à propos de ce dessin, écrit par un pseudo collectionneur de Chaland qui, comme quelques rares autres, ne connait ou ne reconnait pas grand chose, mais écrit beaucoup trop à tort et à travers : ce personnage fait davantage penser à l'héritier de Godefroid de Bouillon qu'à Bob Fish !
C'est ici une version étrangère de la page en question que je montre pour former le lecteur de ces lignes à la richesse linguistique de l'Europe.
Je plaisante : je n'ai tout simplement pas envie de casser un de mes exemplaires de la Collection Atomium pour numériser une page…

Chaland, Het tetament van Godefroid van Bouillon
Planche 24 avec van Bouillon à la lanterne (normal !)
Éditions Rijperman 1981

Ce dessin est repris en 1986 par les éditions Déesse sous forme d'estampe imprimée en sérigraphie, avec modification des couleurs et du rendu final du dessin du fait de la technique d'impression en sérigraphie et de la limitation de la gamme à 4 passages couleurs.
Un titre apparait en anglais : It's Alive !
L'ambiance qui s'en dégage est nettement différente…
Cette estampe a été tirée à 100 exemplaires numérotés en chiffres arabes destinés à la vente et à la diffusion, et 100 exemplaires numérotés en chiffres romains offerts, pour célébrer les 10 ans des éditions Déesse, dont j'ai déjà parlées ici au sujet du portfolio F-52.
Époque bénie ou une sérigraphie de Chaland ne valait que 120 FF du XXème siècle, si je me souviens bien de son prix…
Dans ce dessin, l'Art du découpage de Chaland est tellement bien avancé que nous sommes sur la voie de la décomposition.
 
Yves Chaland, It's Alive !
Sérigraphie 4 passages couleurs ; 100 ex. n°/signés
Éditions Déesse, 1986

Yves Chaland, It's Alive !
Sérigraphie 4 passages couleurs - 100 ex. n°/signés
Éditions Déesse, 1986
 
Il existe une autre version, en trichromie que l'on peut trouver dans le gros livre Chaland édité par Champaka Brussels en 1995 : chapeau (colonial) l'artiste !

Yves Chaland, Chaland
SCouverture édition originale
Éditions Champaka Brussels, 1995

Celles et ceusses qui ne connaissent que cette version à la gamme couleur étrange, tellement éloignée des versions originales, ne pourront qu'être étonnés de découvrir les "vraies versions" de ce dessin qui vire vers une autre atmosphère sous cette forme marronnasse et boueuse !
Le plus important est de constater que l'ombre est toujours là, à l'arrière plan…

Yves Chaland, It's Alive !
Version trichromie in Chaland
Éditions Champaka Brussels, 1995

J'ai le souvenir d'avoir vu le dessin original de It's alive ! il y a de nombreuses années, proposé par Philippe Flament, libraire du Fantôme Espagnol (Bruxelles), lors d'une convention de la BD à l'Espace Austerlitz, à Paris… Mais j'avais été étonné de voir ce dessin avec beaucoup de retouches de gouache blanche…
Peut-être est-ce un souvenir modifié par le temps ?…
En tout cas je lui ai acheté des dessins originaux de Severin, mais pas ce dessin de Chaland !

En 1999, j'ai un projet de tirage en sérigraphie d'un dessin de Serge Clerc, avec Phil Perfect…
Ces années là, Serge Clerc s'amusait à revisiter les dessins des autres dessinateur : Franquin, Chaland, Hergé etc.

Serge Clerc, Journey into Mystery (fax)
1ère version trait pour un projet de sérigraphie
pour les Éditions Le 9ème Monde, 1999

Serge Clerc, Journey into Mystery (dessin)
2e version trait pour un projet de sérigraphie
pour les Éditions Le 9ème Monde, 1999

Serge Clerc, Journey into Mystery (fax)
2e version trait pour un projet de sérigraphie
pour les Éditions Le 9ème Monde, 1999

Ce dessin de Phil Perfect avec sa lanterne dans une crypte, même s'il s'agit d'une variation d'une couverture de comics américain fait un peu résonance avec le dessin de Chaland…

Journey into Mystery
Couverture comics US originale
Marvel Comics Group, april 1975

Peut-être Chaland avait-il la même référence graphique de comics US de la Marvel que Serge Clerc ?
Je n'ai pas trouvé ce comics dans la collection d'Yves Chaland, mais la référence commune est plus qu'envisageable.
Je n'ai pas édité cette estampe de Serge Clerc (pour tout dire, le sérigraphe qui aurait dû l'imprimer m'avait déclaré ne plus vouloir faire d'estampe avec Serge Clerc, suite à celle imprimée pour la librairie Super Héros — le dessin en version au trait sur la gauche du visuel ci-dessous)…

Serge Clerc, Journey into Mystery
Essai de mise en couleurs avec films sur photocopie pour un projet de sérigraphie
pour les Éditions Le 9ème Monde, 1999

Il est vrai que ce dessin de Clerc me fait maintenant plus penser à une aventure de Scoubidou qu'à ce que j'attends ou idéalise de Phil Perfect !
Par correction, j'ai acheté le dessin original à Serge Clerc, le temps de trouver un autre vaillant sérigraphe, mais entre temps, un autre dessin m'amusait davantage, tant qu'à rester dans l'hommage appuyé.
C'est avec celui-ci que j'ai édité une estampe en sérigraphie (avec un autre atelier de sérigraphie) de Serge Clerc en hommage à Chaland et à Freddy Lombard

Serge Clerc, la Kharman Ghia d'après Yves Chaland — 11/1999
Dessin original, version au trait — Encre de Chine + gouache sur papier
Éditions Le 9ème Monde, 1999

Serge Clerc, Freddy Lombard La Kharman Ghia
Sérigraphie 7 couleurs - 111 ex. n°/signés
Éditions Le 9ème Monde,  2005

Il y a aussi cet autre dessin de Serge Clerc que j'avais déjà montré : crypte, lampe, squelette : tout y est !
En tout cas, on peut parler de communion graphique, si ce n'est d'esprit…

Serge Clerc, Les aventures de Jacques Legall
Le secret des Templiers
Dessin original — Encres de couleurs sur papier

Ce dessin (inédit) de Serge Clerc pouvant faire penser à cet autre dessin de Chaland…

Yves Chaland, Le Testament de Godefroid de Bouillon
Dégustation dans la crypte
in Dossier de police de l'édition de luxe Magic-Strip, 1987

Revenons à l'Art du découpage dans l'œuvre graphique de Chaland, car à faire des digressions sur Clerc, je vais finir par ne plus trop l'être…
En 1983, Chaland avait déjà réalisé pour les éditions Déesse un très beau dessin pour un portfolio collectif : WFCBA (World Famous Comic Book Artists).
Le crime de la rue Morgue, dans sa version au trait est la planche 12 de ce portfolio collectif : hommage évident à la nouvelle d' E.A. Poe, Double assassinat dans la rue Morgue, considérée comme la pierre fondatrice du roman policier en tant que genre littéraire.
Ce portfolio existe sous deux versions : l'une signée à 100 exemplaires sur "beau papier" et la plus courante tirée à 1500 exemplaires sans les précieux grigris des artiste…

Yves Chaland, Crime dans la rue Morgue
100 ex. n°/signés in Portfolio WFCBA
Éditions Déesse, 1983

Yves Chaland, Crime dans la rue Morgue
1500 ex. numérotés in portfolio WFCBA
Éditions Déesse, 1983

Il peut paraître surprenant de trouver ce dessin de Chaland au beau milieu d'un grand nombre de dessinateurs très majoritairement nord-américains.
Non pas parce qu'il était un dessinateur français, puisque ni Denis Sire, ni Gillon, ni Caza, ni Jean-Claude Gal — ses confrères présents eux-aussi dans ce portfolio — ne détonnent dans cet ensemble…
C'est surtout que le style de Chaland est unique et complètement marginal dès le premier regard posé sur ce portfolio.
Revenons sur le dessin en lui-même : nous découvrons une très belle scène de crime, avec morceaux de cadavres éparpillés un peu partout dans la pièce : l'Art du découpage de Chaland se révèle dans toute sa splendeur !
On glisse vers le démembrement bien assumé !
Il est à noter que dans cette seule image, Chaland s'amuse à nous donner la résolution de l'énigme qui a tant intrigué les lecteurs de cette nouvelle de Poe : effectivement on aperçoit la main du singe qui s'échappe par la fenêtre.
C'est un spoiler (terme à la mode) et je le précise après : je pars du principe que tout le monde a lu EA Poe et l'a étudié comme il est de coutume au collège.
Ce dessin est considérablement modifié en 1986 pour donner l'une des toutes premières estampes de l'éditeur belge Champaka (Bruxelles)…
Le couple entrant dans la pièce est très différent, tant au niveau des traits (visages) que de leur attitude : la "pose" est plus naturelle.
Sans oublier leur reflet dans le miroir…
L'Art du découpage de Chaland est peut-être un peu moins fort dans cette version couleurs que dans la première au trait, mais il n'en est pas moins très présent !!!


Yves Chaland, Crime dans la rue Morgue
Sérigraphie couleurs - 110 ex. n°/signés
Éditions Champaka, 1986

L'année suivante paraît le numéro 2 de la revue belge Ice Crim's, qui mélangeait polar version BD et vice versa.
Je vous épargne le trop lourdingue Lycée de Versailles… Ah ? Ben non, en fait…
Nous sommes en avril 1984 et l'Art du découpage de Chaland vire au dépeçage dans ce dessin qui pourrait être un hommage à Jack The Ripper, s'il était passé sur Bruxelles un siècle plus tard.
En tout cas c'est une scène de type "pas de quartier", même si, a priori, la victime se retrouve en plusieurs quartiers…
Remarquez que dans cette version la victime est une femme : découpée en morceaux, mais il s'agit bien d'une femme, on voit le petit nœud papillon caractéristique dans ses cheveux…

Yves Chaland, Ice Crim's Numéro 2 - Avril 1984
Dessin de couverture inédit

Ce dessin est repris en sérigraphie toujours en cette belle année 1986 (décidément, c'est dément !) par la Librairie Heroes, à Lille. Hé oui ! Il y avait une librairie spécialisée en Bande Dessinée à Lille dans ces années là, et qui se permettait d'éditer de bien belles choses !
Cette estampe est très souvent répertoriée avec le titre Ice Crim's, ce qui peut laisser penser que la revue l'avait éditée : tel ne fut donc pas le cas.
Cette version est totalement modifiée : de l'attitude, au positionnement de Bob Fish et Albert (ou Al Memory ?) jusqu'au cadavre que Chaland transforme en… homme !
Dans cette nouvelle version de 1986, le jeune Albert ne donne pas l'impression d'être bancal et prêt à basculer vers l'avant…
Le principe de la chaussure est toujours présent, et l'heure du crime peut être déterminé grâce au bracelet montre qu'Albert tient dans la main. Enfin, sur le bras de la victime qu'Albert tient dans la main !
Ce qui n'est pas des plus pratiques pour lire l'heure…
L'arme du crime apparaît et a été abandonnée sur place, entre les morceaux épars.

Yves Chaland, Albert et Bob Fish
Sérigraphie 3 passages couleurs - 150 ex. n°/signés
Librairie Heroes, 1986

Il existe bien un tirage au trait de la première version — celle de la couverture de la revue Ice Crim's — qui aurait été édité pour le Festival de Bande Dessinée d'Anvers en 1985…
À ce jour, c'est bien l'une des rares choses de Chaland que je n'ai pas dans ma collection : je suis preneur si quelqu'un en possède une oubliée dans un carton à dessin / une farde !!!…
Proposition sérieuse. Même si abimée…

Yves Chaland, Albert et Bob Fish
Affiche Festival d'Anvers - 100 ex. numérotés
Éditions Antwerps Stripfestival, 1985

Là encore, le livre Chaland paru chez Champaka Brussels en 1995 nous livre une autre vision en trichromie de ce dessin, alors que l'estampe elle-même est en 3 passages couleurs : je me demande pourquoi ne pas avoir conservé le même rendu ?

Yves Chaland, Albert et Bob Fish
Version trichromie in Chaland
Éditions Champaka Brussels, 1995

Je reviens sur l'arme du crime : ce gros couteaux de cuisine rappelle forcément quelque chose isn't it ?
Pas à vous ? Voyons, un tout petit effort…
J'en ai parlé ici

Yves Chaland, Portfolio F-52
999 ex. n°/signés entièrement imprimé en sérigraphie
Éditions Déesse, 1986

Yves Chaland, Portfolio F-52
Planche numéro 4 : le couteau de cuisine a disparu…
Éditions Déesse, 1986

Yves Chaland, Portfolio F-52
Planche numéro 4 : le découpage est terminé…
Éditions Déesse, 1986

Hé oui, c'est presque le même type de couteau de cuisine !
Et ce portfolio a aussi édité en… 1986.
Là aussi, le mari trompé ou en voie de l'être va régler leur affaire à sa femme et à son amant pendant cette croisière dans le supersonique F-52 et découper tout ce joli monde en petits morceaux, façon puzzle…
Encore l'Art du découpage de Chaland dans ce portfolio !

C'était déjà un couteau de cuisine qui servit à Linda pour découper son morantin capturé par Bob Fish après une poursuite hollywoodienne sur les toits des immeubles bruxellois…
Quel meilleur outil pour réaliser un bon découpage à la Chaland ?

Yves Chaland, Bob Fish
Planche numéro 28 : Linda aime le lard morantin…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981

Yves Chaland, Bob Fish Detectief
Planche numéro 28 : Linda aime le lard morantin… claché en bon bruxellois
Éditions Magic Strip, 1982

C'est vraiment en cette année 1986 que Chaland excella dans l'Art du découpage !
Qui se poursuivra jusqu'à 1988 avec l'une des images parmi les plus belles et intelligentes qu'il ait réalisée : Drame dans l'atelier.

Yves Chaland, Drame dans l'atelier
Sérigraphie couleurs — 110 ex. n°/signés
Éditions Champaka, 1988

La composition de cette image est une merveille absolue : gamme limitée des couleurs pour la scène de l'atelier, avec une dominante de blanc, qui tourne autour de la toile centrale, bien plus chargée au niveau des couleurs afin de renforcer le contraste entre les scènes dans la scène…
Mais, mais ?… Ne serait-ce pas là cette fameuse mise en abyme ?
J'ai pour habitude de dire que Chaland ne faisait jamais une image ou un portfolio (suite d'images) au hasard, ou pour le seul plaisir de faire une "belle image".
Qu'il allait toujours plus loin, cherchant toujours à raconter quelque chose, le plus souvent en décalage avec ce que l'on pouvait/pensait y voir de prime abord.
Dans celle-ci, tout est simple et évident. L'histoire se distingue par sa composition circulaire — voire en spirale — tournant autour de la peinture, et une inversion complète des relations entre les protagonistes, entre ce qui est présenté dans la toile peinte et le drame de l'atelier en lui-même, ou, quand la réalité de l'atelier dépasse la fiction de la toile peinte…
Les deux étant pourtant une fiction graphique du seul jeune Yves Chaland.
Il faut d'ailleurs voir le tirage en lui-même pour davantage saisir l'intelligence de ce dessin jusqu'à son principe d'impression : en effet, la toile, en plus de sa gamme couleurs différente de celle de l'atelier qui lui sert de cadre — dont les verts et gris-verts qui ne sont présents que dans cette toile — comporte un passage supplémentaire vernis qui donne une surbrillance à ce seul endroit du tirage et la fait ressortir de son cadre qui lui est imprimé avec des encres mates classiques…
Dans ce dessin, Chaland ne se contente pas de raconter une histoire, il va bien au-delà et raconte des histoires, ou permet à notre imagination de partir dans des directions multiples.
J'ai acheté cette estampe chez la Bulle Noire à Aix-en-Provence, dans les 750 FF de jadis.
La profusion d'exemplaires qui sont proposés à la vente un peu partout depuis plus de 25 ans ne cesse de m'intriguer : combien de centaines d'exemplaires ont-ils été vraiment imprimés ?
Cela a commencé dès le début des années 90, le premier à m'avoir proposé des exemplaires signés (sur la gauche d'ailleurs), sans numérotation fut le libraire de Chic Bull. cette image ainsi que quelques autres estampes de Le Gall, La jonque ou Yslaire, Les amants, toutes éditées par Champaka.
La version officielle était qu'il s'agissait des exemplaires du sérigraphe… Par la suite, je n'ai cessé d'en voir vendue ici ou là en permanence : par des libraires, des soldeurs belges, sur des salons, dans des ventes aux enchères et sur internet…
Certaines non signées, d'autres signées avec parfois des signatures surprenantes, d'autres encore signées et marquées HC ou EA, mais certainement pas par Chaland (un "confrère" belge se vantait de le faire lui-même si la nécessité se présentait).
La disponibilité de cette image si longtemps après sa sortie ne cesse de m'étonner, car il faut bien les avoir tirées en conséquence.
Il y a par contre de légères variations au niveau des couleurs de la toile centrale sur ces exemplaires, les gris-verts sont plus gris, moins chauds.
Peut-être y-a-t-il eu une grande quantité de "passes" afin d'arriver à se caler sur les bonnes teintes à l'époque ? Mais je ne sais pas pour quelle raison Chaland aurait également signé ces "passes" ?
Cela est une énigme…

Je me rends compte que ces estampes publiées en 1986 sont quasiment toutes des versions modifiées d'anciens dessins.
Une autre image a été éditée en sérigraphie cette même année, et si elle n'a rien à voir avec cette "étude" (biaisée, je l'avoue) de l'Art du découpage dans l'œuvre graphique de Chaland, il est amusant de constater que pour celle-ci aussi il s'agit d'une version remaniée d'un dessin publicitaire pour Letraset (pour un nouveau procédé de mise en couleurs que l'avènement de Photoshop® balayerait) : ce dessin était repris dans des revues spécialisées dans les arts graphiques ou la publicité (BàT par exemple), et, a également été imprimé sous forme d'affiche par Letraset.
À cette époque bénie de la publicité en bande dessinée, il suffisait de les appeler et demander gentiment pour recevoir ce tirage…

Yves Chaland, Le carrefour
Dessin publicitaire pour Letrachrome
Letraset, 1986

Les modifications entre les deux versions sont importantes : la principale étant que la conductrice brune devient blonde… 
Pour le reste, à vous de jouer au jeu de je-ne-sais-combien-d'erreurs.

Yves Chaland, Le carrefour
Sérigraphie couleurs — 190 ex. n°/signés
Éditions Anagraphis, 1986

Même si ce dessin n'est pas un découpage à la Chaland au sens strict du terme, au même niveau que les précédentes estampes et/ou images, il n'en est pas si éloigné : l'homme à la canne, qui gît dans une mare de sang sous le panneau de sens interdit, a quelque peu été découpé sur les clous !
Voici peut-être l'affiche scolaire Rossignol qui a servi d'inspiration à Yves Chaland pour ce dessin du Carrefour ?
Que nous retrouvons bien, même en passant d'un cadre champêtre et rural à une bonne ambiance urbaine. Le policier qui se dirige (passage à deux policiers dans l'estampe) vers les voitures accidentées, la composition avec l'accident centré dans le dessin, la fourgonnette blanche à l'arrière-plan, l'arbre au tout premier plan ne sont que quelques principes repris par Chaland pour sa propre version de accident au carrefour.
Peut-être est-il parti de l'idée que le temps a passé et que le carrefour de campagne est devenu celui d'une ville moderne avec — fort heureusement — son hôpital idéalement situé !?…

Affiche scolaire Rossignol Le carrefour

Cette autre affiche scolaire reste dans la même idée de l'accident survenu au carrefour, principalement avec la voiture sport qui a renversé sur le côté la plus petite des deux (une 2CV peut-être ?), telle qu'on la retrouve dans le dessin de Chaland avec le mastard qui s'extirpe de sa toute petite voiture… renversée sur le côté…

Affiche scolaire Hacehtte OGE L'accident

Il est certain que dessiner un carrefour est un vieux truc de mise en forme graphique…
Que François Avril a réutilisé pour cette estampe que j'ai éditée en 1998, lors d'une exposition consacrée à Dupuy & Berberian encore en couple.
Début 1998 je téléphone à François Avril et lui propose de faire une image en hommage à Monsieur Jean, pour l'exposition que je vais monter très vite pour la sortie du quatrième Monsieur Jean…
Une surprise : comme je lui avais déjà demandé cela pour l'exposition L'affaire Ted Benoit que j'avais organisée en 1996, bingo, — sans son bongo — je lui demande la même chose.
Sa réponse est tout de suite enthousiaste : "Mais, mais… pourquoi moi ?… Je vais réfléchir…".
Sa réflexion est terriblement productive : Avril fera le dessinateur et le concepteur DA.
Il me propose en retour de faire une image à quatre, par cette idée du carrefour en passant d'un dessinateur à l'autre, tel certains dessins en… cadavres exquis !
Ah ! ah ! On y revient !!!…

Avril + Clerc + Loustal + Stanislas, Monsieurs Jean
Sérigraphie 7 couleurs — 250 ex. n°/signés
Éditions Le 9ème Monde, 1998

Il arrivait parfois à Chaland de puiser l'inspiration dans d'anciens documents (cf le portfolio F-52 et Science et Vie) ou dans ces anciennes affiches qui ornaient les murs des classes des écoles ante soixante-huit.
Nous restons dans le domaine de l'automobile avec cet autre dessin réalisé pour une autre carte scolaire : Le salon de l'automobile 1960.

Affiche scolaire Rossignol Le salon de l'automobile 1960

Peut-être cette autre affiche scolaire inspira-t-elle Chaland pour, cette estampe réalisée en 1987 pour les éditions Carton : Le salon de l'auto 1955, Présentation de la DS19 au Président René Coty ?
Un retour en arrière permet à Chaland de choisir un autre Président, celui-là même qui est si important pour OSS 117 : il y a de grande chance que celui présent dans l'affiche scolaire soit l'illustre Charles de Gaulles, qui était Président de la République avant de se réincarner sous des formes diverses comme des avenues ou un porte-avions trop court, comme la plupart des lits dans lesquels il devait dormir…

Yves Chaland, Salon de l'auto
Sérigraphie couleurs — 200 ex. n°/signés
Éditions Carton, 1987

La DS avait déjà été mise en avant par Chaland dans cette couverture dessinée pour un livre : catalogue d'exposition : Plein gaz, paru en 1984 aux éditions Blitz.

Yves Chaland, Plein gaz
Couverture originale pour la catalogue
Éditions Blitz, 1984

Cette couverture a été reprise en sérigraphie la même année chez Anagraphis : c'était déjà une version remaniée avec quelques changements.
Apparition d'un dirigeable dans le ciel, la typo Plein gaz modifiée et devient plus encore une véritable enseigne de station-service, et, surtout, l'autre voiture de l'autre côté des pompes à essence qui est différente…

Yves Chaland, Plein gaz
Sérigraphie couleurs — 180 ex. n°/signés
Éditions Anagraphis, 1984

Puisque je suis passé aux voitures chez Chaland, autant en profiter pour mettre en avant celle créée en 1984 pour le portfolio collectif édité par Citroën, sur la traction avant, tant ce dessin est beau et très drôle, et sa version remaniée pour Anagraphis en 1990 !

Yves Chaland, La traction avant Citroën — L'accident
Sérigraphie couleurs — 650 ex. n°/signés
Éditions Citroën, 1984

Yves Chaland, La traction avant Citroën — L'accident
Sérigraphie couleurs — 200 ex. n°/signés
Éditions Anagraphis, 1990

Il y a un point important dans ces différentes images et leur passage de versions imprimées pour des livres, portfolios ou publicités (…) à leur ré-utilisation sous forme d'estampe en sérigraphie. Outre le vieux principe de Lavoisier, j'en ai déjà parlé au sujet des pirogues ici.
Il est évident que Chaland connaissait les fondamentaux des tirages en impression d'art : les dessins sous leurs premières versions sont signés comme il est d'usage, mais les signatures sont supprimées dans les versions sérigraphiées. Sachant que ces tirages allaient être signés par sa petite mimine…
Le b-a-ba !



Rédigeant ces quelques lignes (complètement décalées et hors-sujet mon pôvr'ami !!!) sur l'Art du découpage chez Chaland, je constate avec surprise (damned !) à quel point la Mort est très présente dans ces estampes et l'œuvre de Chaland.
Un aspect rarissime dans la bande dessinée franco-belge, et, surtout dans le domaine des affiches et estampes, destinées — il ne faut pas l'oublier — à être accrochées sur les murs de leurs heureux propriétaires !…
Plus encore, dans cette fameuse forme graphique dite de la "ligne claire" ou de l' "École de Marcinelle, Charleroi ou je-ne-sais-quelle-autre-cité-Belge" !
Me rendre compte de cela brutalement  me pousse à me tourner vivement vers les livres de Chaland : là encore on retrouve cet aspect quasiment dans toutes ses histoires, avec plus ou moins de force, mais quasiment toujours omniprésente…

Yves Chaland, Bob Fish — 1ère histoire
Planche 32 — L'horrible vérité… exécution…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981

Yves Chaland, Bob Fish — 2e histoire
Planche 9 — La chauve-souris est maladroite et, bam,bam…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1981

Yves Chaland, Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants
1ère histoire — Planche 22 — Infarctus…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1984

Yves Chaland, Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants
2e histoire — Planche 13 — Massacré…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1984

Yves Chaland, Freddy Lombard, La comète de Carthage
Planche 03 — Noyée…
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1986

Yves Chaland, Le Jeune Albert
L'oncle Rémi— Case 05 — Extrême onction
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1985

Yves Chaland, Freddy Lombard, F-52
Planche 40 — Case 03 : L'agonie
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1989

Yves Chaland, Freddy Lombard, F-52
Planche 45 — La chute vers l'Enfer
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1989

Ce peut-être aussi pour une couverture de livre : Chaland ne peut s'empêcher de faire rendre l'âme au pauvre type qui passait sous la panneau publicitaire !
On nous a assez prévenu des méfaits du tabac, des cigarettes voire de leurs cendres assassines : en voici un nouveau témoignage poignant !


Alain Lachartre, Objectif pub
Couverture de Floc'h + Chaland
Éditions Robert Laffont + Magic Strip ;1986

Tout cela étant dit, s'il y a bien un dernier dessin dans lequel Chaland révèle tout l'Art de son découpage "à la Chaland", c'est bien dans celui-ci, tiré du portfolio Cauchemars (du Jeune Albert).
En lamelles le Jeune Albert…
Miam, on en mangerait du Jeune Albert !
Bien découpé sur son cure-dent !

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 3
L'Atelier (Paris) , 1986

J'ai fini de vous découper le cerveau en rondelles : je vous laisse tout remettre en place et vaquer à de saines occupations : lire tous ces bons livres de Bande Dessinée, par exemple…




Valéry Ponzone