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dimanche 12 avril 2020

> Yves Chaland, Une vie en dessins… (part fayeveu)

Cet autre passage m'a un peu interloqué : cette justification répétée sur cette couverture de Chaland pour le deuxième numéro de Métal Aventure est assez cocasse. Une impression de déculpabilisation ou de réhabilitation postérieure sur ce dessin en particulier, alors que, sincèrement, je n'en vois pas la raison et je n'ai surtout jamais eu le souvenir que cette illustration eut pu faire autant parler d'elle à l'époque, et plus tard, sauf dans ces livres consacrés à Chaland  ?
Son côté cliché extrême ne pouvait dans mon esprit en aucun cas prêter à confusion, même plus de trente cinq après sa création…

Chaland La vie en dessins (extrait)
Éditions Champaka 2019

La couverture originale était d'ailleurs exposée en 1990 lors de l'Exposition Coloniale, Chaland Explorateur chez Super Héros et, devant mon admiration pour cette couverture qui n'était évidemment pas en vente, Yves Boniface m'avait appris qu'elle appartenait au… rédacteur en chef de Métal Aventure

Métal Aventure numéro 2 - novembre 1983
Couverture de Chaland

Le texte semble reprendre ce que j'ai déjà lu ailleurs avec cet accent mis sur le magnifique guerrier ou ce Noir qui est beau (sic), qui a force d'être répété risquerait de donner un peu l'impression à quiconque ferait des raccourcis expéditifs, ou aurait l'esprit mal placé, d'entendre un extrait de la bande-son des commentaires du documentaire sur la dernière passion de Leni Riefenstahl !…
Ou des slogans récupérés hors contexte sur ce qui est beautiful ?…
Quoi qu'il est vrai que le grand Franquin lui-même qualifiait aussi ses guerriers Africains ainsi dans Spirou et Fantasio, Le gorille a bonne mine !
S'appesantir sur cette couverture de Chaland, qui n'est pourtant pas reproduite dans cette Vie en dessins est étonnant, alors que d'autres le sont sans que l'on n'esquisse quoi que ce soit à leur sujet ???
Encore cette impression de voies séparées entre le texte qui parle de choses autres et les dessins reproduits sans être en relation avec le texte !…

Le gorille a bonne mine par André Franquin - détail planche 14
Éditions Dupuis 1959

Le gorille a bonne mine par André Franquin
Éditions Dupuis 1959

Le seul côté apparement sans ambiguïté, de cette couverture de Métal Aventure numéro deux, et avec de sales véritables relents colonialistes d'un autres temps (les années 80 pourtant !), bien au-delà de la maladresse, est, et reste l'accroche pitoyable en sous-titre de cette "Nostalgie Coloniale" !… Cela renforçait certainement  l'ambiguïté dont il est question dans le texte à propos de ce dessin de Chaland, que l'on ne trouve plus quand le dessin lui-même est ex-filtré de son support imprimé originel…
Hergé se fait en permanence tirer dessus à boulets rouges avec son Tintin au Congo qu'il a fait en 1930, mais ce numéro de Métal Aventure est sorti en novembre 1983 avec aux manettes des gens normalement plus et bien mieux informés qu' Hergé, trop subordonné à l'Abbé Dailliez en ces temps anciens ?…
Mais le côté guerrier magnifique peut devenir un argument à double tranchant potentiel à le mettre tant en avant pour justifier la démarche de Chaland pour ce dessin :
- dans la mesure où il y a deux guerriers dans ce dessin de Chaland que doit-on penser si le second guerrier, de dos,  n'est pas "magnifique" ou simplement "beau" (sic) ?
- connaissant les quelques éructations récentes de certains politiciens ou intellectuels sur cette période douteuse de la colonisation, il vaut mieux faire très attention au raisonnement que l'on cherche à tenir à ce sujet parce que "le bon temps des colonies" est devenu très premier degré pour certains primaires ;
- sachant  la conception particulière de la magnificence et de la beauté de la personne citée plus haut quant à ses passions, je doute que ce soit le vocabulaire le plus justifiant ?

Naostalgie coloniale par Yves Chaland
Éditions Les Humanoides Associés - carte postale

La sémiologie est une discipline rigoureuse et, heureusement,  la compréhension d'une image ne nécessite pas toujours d'avoir embrassé ce cursus spécifique pour essayer de la comprendre  : je ne vois pas du tout, mais alors pas du tout,  en quoi ce guerrier (magnifique ou non cela relève d'une subjectivité plus littéraire que biographique) a un regard las (sic) ????…
Personnellement je ne vois aucune espèce de lassitude dans ce regard, mais bien de l'amusement : plus encore on remarque bien que la pupille du guerrier pétille telle l'Étoile du Berger dans le firmament !…
Une sorte de regard presque ironique, appuyé par son sourire, sur la scène dont nous sommes témoins, renforcé par une complicité immédiate entre celui, spectateur direct, qui se tourne vers nous, qui sommes presque voyeurs de la même scène, laissant l'autre guerrier continuer à se plonger (délecter ?) dans ce spectacle qui ne peut qu'apparaître… exotique aux deux guerriers.
Serait-ce une mie en abyme évidente ?,  entre ces guerriers authentiques, indigènes serait le meilleur terme, habillés en vrais guerrier et avec de vraies sagaies, de celles qui peuvent tuer et transpercer, et la scène d'intérieur cadrée de la demeure coloniale… Et, comme il est justement précisé, les cadeaux de pacotilles qui sont déballés devant nous pour ce Noël colonial lointain : lance-jouet et pagne autour de la taille pour le garçon,  tête blonde de circonstance, robe / tenue de femme léopard pour la mère / épouse, cravate à palmiers pour le père / époux avec en option, les décorations du  salon familial de circonstance  : fétiche posé sur le bahut, devant la radio, crèche au premier plan, croix chrétienne au-dessus de la porte intérieure, sans oublier la touche finale avec le portrait de ce "bon roi" Léopold au mur, qui nous permet de situer la scène au Congo belge…

J'irai même plus loin dans ma perception personnelle de ce dessin ("Ben tiens, y s'permet tout c'lui là !!!"), tel Flaubert et sa Bovary, ce guerrier Africain qui se tourne vers nous me donnerait presque l'impression d'être une projection de Chaland lui-même !?…
Un vrai dessinateur, au sens authentique du terme, face au(x) cliché(s) et à l'aspect factice — de pacotille — de la saynète jouée par cette famille de colons / petits cochons roses à chevelures de blé que nous distinguons tous, qu'il nous montre ou nous invite à regarder à travers cette fenêtre… qui devient un cadre délimité dans le cadre du dessin, cadré et délimité plus encore par les deux sagaies qui orientent notre regard avec les deux diagonales…
La caricature ne serait pas où on la pense de façon trop primaire ou trop rapide : elle serait davantage dans ce que l'on voit tous par la fenêtre, guerriers et lecteurs du dessin…
N'oublions en effet jamais, que l'homme est naturellement bon et que c'est la société qui le  déprave et le pervertit, bien davantage depuis que la société de Jean-Jacques a été remplacée par la société de consommation qui ne nous fait que revenir en arrière : vers une forme de monarchie consumériste d'un autre temps, dont certains se gorgent d'importance à se considérer comme des… clients-rois !…

Le regard du guerrier est d'autant moins las, que l'on ne sait que trop bien dans la Bande Dessinée que la lassitude se représente par… des yeux fermés !…
La bande dessinée a ses codes crées par les anciens maîtres et ils en sont les fondements, les bases et les fondations : malheur à celui qui oserait aller au-delà des limites de ces figures imposées, dignes des plus grandes compétitions artistiques : le patinage !…

Astérix gladiateur par Uderzo et Goscinny
La lassitude du préfet romain de Lutèce…

Cela (ce las ?) dit, je n'ai jamais compris que Chaland n'apparaisse que dans ce numéro deux de Métal Aventure alors qu'il était présent en ouverture dans les numéros 0 de la revue qui aurait pu/dû prendre le titre de Casablanca ???…
C'était bien la peine de courir après ce numéro 0 à l'époque, même si je n'ai eu que celui plus courant avec la couverture de Dominique Hé !!!…

Passons sur cette erreur d'interprétation et cette fausse lassitude, toute en subjectivité, plus communément définie comme "à côté de la plaque", et revenons vers des cieux plus célestes : vers les autres couvertures que Chaland a dessiné pour Métal Aventure puisqu'il en a réalisé tout de même cinq sur les dix numéros (très inégaux) qui furent publiés !…

Métal Aventure numéro 3 - janvier 1984
Couverture de Chaland

La couverture du numéro 3 de Métal Aventure, qui, est présente dans cette Vie en dessins mais ne semble pas appeler de commentaire particulier sur l'une des grande crainte des années 80, dernière ligne droite de la Guerre Froidene peut que rappeler la fin du monde (François M. avait proclamé en 1983 que les Pacifistes étaient à l'Ouest et les missiles à l'Est)… Mais une autre fin du monde antérieure me vient à l'esprit (non, non, je ne parle pas des anciens uniformes des gardiens de la paix option képis,  pas encore passés entre les mains de Balmain : plus tard, en 1985) :  celle représentée par E.P. Jacobs dans les pages du Journal de Tintin en 1946 dans les premières pages de Blake et Mortimer, Le secret de l'Espadon : la Tour Eiffel est détruite de la même façon, si le cadrage de notre prestigieux monument parisien est de trois-quart pour Jacobs mais de face pour Chaland, son effondrement se fait quasiment au même (deuxième) étage et suivant un angle plutôt similaire… pour l'une des séquence parmi les plus marquantes de ce Blake et Mortimer et de la Bande Dessinée franco-belge !

Blake et Mortimer par E.P. Jacobs
Le secret de l'Espadon planche 12
dans Le Journal de Tintin, 1946

Couverture de Métal Aventure numéro 3 qui fait forte résonance avec celle de Métal Hurlant numéro 98 aussi présente dans cette Vie en dessins sans attirer plus de commentaires que cela (valait-il mieux disserter sur une couverture non reproduite dans le livre que sur celles qui sont visibles ?), alors qu'elle aurait pu être en regard de celle de Métal Aventure numéro 3, voire placée juste avant, pour rester dans ce principe de chronologie basique en maquette : il y a bien un commentaire (en rouge) de J.P. Dionnet, pour mettre l'accent sur le réalisme possible dans le dessin de Chaland en prenant comme exemple les couvertures de… Métal Aventure, placé sous un crayonné d'une couverture de… Métal Hurlant !…

En ce printemps 2020, les astronautes, cosmonautes et autres spationautes qui rentrent sur Terre en cette période de COVID19 doivent avoir aussi l'impression d'un monde très différent à leur retour sur Terre !!??…

Métal Hurlant numéro 98 - avril 1984
Couverture de Chaland

Autre résonance peut-être aussi avec la couverture de l'Agenda 1991 de Reporter : quelques détails peuvent laisser à penser que nous sommes dans cette France post SS20 lancés sur Paris atomisé sur la couverture du Métal Aventure numéro 3 : la carte accrochée au mur avec l'Europe Unie (de l'Atlantique à l'Oural, voire au-delà, jusqu'à la Sibérie ?), cette assiette soupesée par la jeune femme brune avec la faucille et le marteau logotypaux au centre, ou cette pierre martienne Souvenir de Mars — la planète rouge ! — sous cloche transparent, voire cette affiche de film avec un rôle d'acteur vieillissant pour l'immense Gérard Depardieu (qui a d'ailleurs fini par devenir citoyen russe quelques décennies plus tard !), et ce détail délicieux au possible avec cette lampe conceptuelle, à double éclairage : mi-électrique avec une ampoule classique d''un coté et une chandelle de l'autre : certainement pour compenser les possibles coupures de courant dues aux impérities de la bureaucratique administration de l'énergie collectiviste dans cette Europe Unie post SS20  ???…
Chaland ne peut s'empêcher de nous faire glisser discrètement, délicatement, subtilement dans une uchronie à sa façon, renforcée par cette couverture de Paris Match, qui sera toujours publié quand Mandela Jr sera élu President de son pays…

Agenda 1991 Reporter - couverture par Yves Chaland



• Métal Aventure numéro 6 :
Ah, les titres accrocheurs de Métal Aventure tout en finesse pour ce numéro 6 par exemple avec  ce "Chaland à la rescousse de Moebius" : pour ce qui est vraiment la seule véritable erreur dans tout ce qu'à fait Chaland, avec cette reprise concept tout bidon du fabuleux  Major Fatal (ai-je déjà dit qu'avant La comète de Carthage, Le Jeune Albert, Bob Fish ou La ballade de la Mer Salée et autre WatchmenMajor Fatal Le garage hermétique de Jerry Cornélius est mon livre de Bande Dessinée préféré au monde de l'univers de la galaxie du Désert B aux différents niveaux du monde du Major Grubert ???) avec une chute tellement hermétiquement focalisée sur les revues, Métal Hurlant, Rigolo et Métal Aventure, des Humanos (seul Métal Hurlant restera mythique) que ces pages n'ont que peu, voire pas d'intérêt pour le lecteur lambda : ce qui est paradoxal dans l'œuvre globale de Chaland d'ailleurs, plus encore dans celle de Moebius qui vise à l'universel par la Grâce du Cristal !!!…
Si Moebius avait su que Chaland allait venir à sa rescousse,  peut-être ne serait-il pas parti à l'autre bout du monde pour guetter les extra-terrestres ?…

Métal Aventure numéro 6 - juin 1984
Couverture de Chaland



• Métal Aventure numéro 7 :
Le Général de Gaulle tueur de boches, une image édifiante de l'icône de la Résistance, du Sauveur de notre honneur national, qui n'hésite pas à utiliser son coutelas d'ivoire poignard pour trancher dans le vif le nazi…
Est-ce aussi un portrait du même Général de Gaulle que l'on voit encadré au mur gauche de la première case de l'intérieur de Bill Baxter contre les reliques de la mort ? …

Métal Aventure numéro 7 - octobre 1984
Couverture de Chaland


• Métal Aventure numéro 8 :
Était-ce un prolongement de la Nostalgie Coloniale des début de la revues, avant sa fin toute proche, avec cet avant-dernier épisode de la fin de l'empire colonial français ?
Ce reporter nous montre qu'il y a tout de même des priorités dans la vie, certainement un peu surpris par l'explosion dans la rue, surtout s'il n'a pas emporté assez de cravates et de chemises pour son reportage : ah, qu'il est toujours difficile de manger avec des baguettes !!!…

Métal Aventure numéro 8 - octobre 1984
Couverture de Chaland

Cette dernière couverture eut sa variation, ou reprise,  (parmi tant d'autres) de Serge Clerc dans les années 90 : 


aventure Indochine 54 par Serge Clerc
Dessin original inédit 1996

Quelqu'un trouvera peut-être le numéro de Paris Mach que Chaland a placé sous l'appareil photo du reporter ?…
J'ai un peu laissé tomber, je trouve que les recherches sur Google deviennent assez pénibles même quand les paramètres saisis sont très précis…

Ce serait préférable que les connaisseurs de Chaland (compagnons de route ou découvreurs tardifs) s'accordent un peu, déjà sur cette façon récurrente de vouloir nous faire passer ces très belles gouaches (couvertures de Métal Aventure ; agendas…) pour les œuvres majeures de Chaland  : comparativement à l'ensemble de sa production pour la Bande Dessinée, les estampes, les portfolios, les affiches (…), mais aussi sur les sources, puisque pour certains tout ce qu'a créé Chaland semblent inexorablement et toujours être issu de l'œuvre d'un autre artiste, ou être "sourcé" ?…
Pour Fromental dans le (petit) catalogue "Exposition 1995, La collection Chaland" (Éditions Reporter ; p. 16) :
" Le pinceau de ce dh Desmé nous rapproche en outre d'une veine que Chaland avait eu explorée mais où il excellait. Ses illustrations et couvertures (notamment pour Métal Aventure) à la gouache."

Cocktails d'amour par dh Desmé - vers 1945
Gouache originale Collection Chaland

Merry Christmas Joyeux Noël par dh Desmé - vers 1945
Gouache originale Collection Chaland

Et pour d'autres, ces illustrations à la gouache sont systématiquement et uniquement rapprochées de Di Marco, dont Chaland possédait également un dessin original…
Cela dit je ne sais pourquoi ces quelques gouaches seraient toujours référencée au travail de Di Marco, tellement d'auteurs travaillant avec cette technique et dans cet esprit pouvant être cités (un peu comme pour la… Ligne Claire® !!!!), Joubert avec notamment ses couvertures de Bob Morane, voire ces dessinateurs inconnus officiant dans les cartes scolaires et nammoins éducatives de jadis ??…

Rompons-là avec la dernière phrase de ce paragraphe : "Alors qu'il assure la maquette de Métal Hurlant, Chaland prend plaisir à accueillir les novices qui viennent présenter leurs dessins".
Quand je parle de fouillis et d'incohérence : je me demande ce que cette phrase vient faire là (comme un cheveu de Morantin dans la soupe ?) ?…
L'auteur nous parle de la période de Métal Aventure et des couvertures que Chaland a réalisées de fin 1983 à fin 1984 et il n'est plus maquettiste de Métal Hurlant depuis longtemps à cette époque : il ne l'a été que neuf mois, à partir de 1979, bien avant ces années Métal Aventure !!!…
Quelle est cette façon de parler d'un auteur en glissant  des événements qui n'ont rien à voir entre eux par l'opération du Saint-Esprit d'une chronologie anarchique ?… Comme si des pièces du puzzle avaient été oubliées, à force de copier-coller des parties du texte, mais qu'il fallait à tout prix les caser, les intercaler, quitte à les mettre un peu n'importe où et à réécrire l'ordonnancement des événements   ??…

C'était déjà ainsi pour la toute dernière page du texte, "Un maître quatre-vingt hors du temps", où l'on nous reparle de Métal Hurlant, et de sa fin, survenue trois ans avant la disparition de Chaland : alors qu'en toute cohérence cela aurait du rester dans les pages consacrées à… Métal Hurlant.
Idem pour F-52 (avec trait d'union comme Magic-Strip !) dont il est question de façon lapidaire dans le chapitre sur Freddy Lombard et qui est davantage développé dans celui sur "Robots, atome,  et télétrans", passant de F-52 à F52, en ignorant totalement le portfolio F-52 qui met énormément de choses en place des années avant (dès 1986) cette dernière histoire de Freddy, Sweep et Dina !…
C'est avant toute chose pour ce portfolio F-52 que Chaland a utilisé ce numéro de Science et Vie Spécial Aviation 1949 : la couverture de la revue est exactement celle du portfolio F-52 édité par Déesse, et les séparations sociétales et/ou de caste, sont d'ores et déjà précisées dans la maquette du F-52 présentée dans ce portfolio !!!…


Science et Vie - Hors-série Aviation 1949


Portfolio F-52 planche de présentation de l'avion et maquette sur calque
Éditions Déesse 1986

Le texte de référence part dans des directions qui me paraissent étranges, voire presque hors-sujet, tout en oubliant de souligner des évidences pour certains lecteurs pointus, mais tous n'ont pas à l'être,  qui se trouvent visibles dans les fameux back cover (pas peau d'ours) pour paraphraser Le Jeune Albert qui va retaper son Spirou contre l'Invisible chiné sur les quais parisiens : Freddy Lombard, Vacances à Budapest avait été annoncé en préparation sous le titre Les insurgés de Budapest.


Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
> 4e plat avec Les insurgés de Budapest en préparation…

Peut-être le changement de titre fut-il inspiré par cette histoire de Spirou et Fantasio qui faisait suite — on y revient — à celle du Gorille a bonne mine… ?…

Spirou et Fantasio, Vacances sans histoire par Franquin
dans Le gorille a bonne mine
Éditions Dupuis 1959

Mais, plus important encore, que la dernière histoire de Freddy Lombard initialement prévue ne devait pas être F-52, qui a supplanté une toute autre histoire de Freddy Lombard : La parabole de la soucoupe !!!…
Sauf erreur de ma part il n'est nulle part fait allusion à cette Parabole décalée par l'intérêt immédiat que Chaland avait porté au sujet de F-52

Freddy Lombard, Vacances à Budapest  par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1988
> 4e plat avec La parabole de la soucoupe en préparation…

Cette Parabole de la soucoupe était à l'étape de recherche graphique alors que survint le décès de Chaland : surprenant de ne pas en parler du tout, tout en faisant cette irritante erreur quant à ce devait être le projet de livre d'artiste en sérigraphie sur Ubu !…

Chaland 2000 par Jean-Pierre Fuéri
Yann explique -  Bo Doï 2000

Un dernier clin d'œil pour la route : ami collectionneur de Chaland, ami partout, toujours
Tu auras certainement remarqué l'orthographe digne du Jeune Albert pour le premier album de "Freddy Lombard, Le testament de Godefroid de Bouillon" ?…
"Godefroid" est en effet écrit sans son joli "d" à la fin !… Étonnant non ?…
Peut-être un vengeance des Humanos pour ce titre édité par Magic-Strip, qui n'est d'ailleurs pas crédité comme éditeur ???… Mais non, pas du tout, car si tel avait été le cas, la faute grossière aurait été rectifiée dans la réédition de 1989 chez Magic-Strip, en couleurs avec une maquette façon  Collection Eldorado des Freddy Lombard édités par Les Humanoides Associés !!!…
Mais Magic-Strip n'avait pas rectifié cette faute grossière, que ce soit au catalogue du 4e plat ou bien encore dans le catalogue intérieur du livre, alors que le titre est écrit correctement sur la couverture et sur le dos… et avait conservé La parabole de la soucoupe en préparation alors que F-52 allait sortir cette même année 1989 !

Freddy Lombard, Le testament de Godefroid de Bouillon  par Yves Chaland
Éditions Magic Strip 1989

La bibliographie de Chaland de la première édition du Cimetière des éléphants avait peut-être  "complexifié" la tâche des graphistes suivants puisque Le testament de Godefroid de Bouillon avait été abrégé en "Le testament de G. de Bouillon" …

Captivant… n'est-il pas ?…

Je sais bien que ce n'est pas le cas, mais ça m'amuse !!!…




Valéry Ponzone


mercredi 18 janvier 2017

> Des cartes de vœux… Serge Clerc

J'ai pioché ici ou là dans différentes boîtes d'archives pour en ressortir d'anciennes cartes de voeux de Bande Dessinée : cela ira peut-être un peu dans toutes les directions graphiques ?…

Le but est d'en montrer une (voire plusieurs) par jour, et ce jusqu'à la fin du mois puisque que l'on peut présenter ses vœux jusqu'au 31 janvier !…
J'ai moi-même envoyé mes propres vœux si souvent au tout dernier moment, que l'intégralité du mois n'y suffisait jamais !

Quelques cartes de vœux de Serge Clerc : la première pour Magic Strip aurait pu prendre sa place dans mon billet sur L'art de la palissade en bois dans l'œuvre graphique de Yves Chaland, avec ce que l'on peut distinguer à l'arrière plan…
La meilleure période graphique du Dessinateur Espion® : son trait d'encrage me faisait rêver à cette époque : une souplesse et une élasticité hors du commun…
Des détails aussi décalés que les courbes des vêtements ou ces grandes baies vitrées : il ne manque dans ce dessin qu'une pin-up à poitrine génér avec décolleté plongea sensuelle au possible, et ce côté jazz rock si sonore…

Serge Clerc pour les Editions Magic Strip
Impression en quadrichromie — 1983

Serge Clerc pour les Editions Magic Strip
Impression en quadrichromie — 1983


Serge Clerc pour les Editions Les Hummanoïdes Associés
Impression en quadrichromie — 1986

Une carte de vœux pour l'ODA. Mais qu'est-ce donc que ce machin là ?… C'était l'organisme qui gérait les Pages Jaunes à cette époque vintage
Hé oui : les Pages Jaunes, c'était la fête permanente : cotillons et cadeaux à tire larigot !!!…
Je ne peux que les remercier a posteriori, tant elles m'ont servi pour récupérer plein de collectors publicitaires de Bande Dessinée, chroniqués dans les diverses revues de BD, sans oublier une pensée très émue pour son complément hautement technologique : le Minitel® !!!…
Les gens rient bêtement, mais qu'il y avait-il d'autres similaire à l'époque ?… Rien.
Cela dit, revoyant cette carte, il faut bien que je m'avoue que je conserve de ces trucs…

Serge Clerc pour l' ODA
Impression en quadrichromie — 198?

La grande classe pour les vœux personnels de l'artiste en cette année 1995 avec un livret de 24 pages sur un beau papier ivoire, d'un format 15 x 21 cm avec image couleur collée sur la couverture… Tirage intégralement signé par Serge Clerc dont quelques poignées étaient accompagnés d'une image en couleur supplémentaire : mazette ! Quel luxe !… L'auteur ne reculait vraiment devant aucun sacrifice cette année là, pour souhaiter ses vœux de la meilleure des façons !!!…

Serge Clerc pour ses vœux personnels
Quelques résolutions — 175 ex. numérotés et signés
Impression en offset — 1995

En 2002, on revient à la photocopie sur papier beige…

Serge Clerc pour ses vœux personnels
Impression en photocopie — 2002




Bonne Année 2017 !!!
Que cette année soit Belle, Merveilleuse et remplie de sérénité…
Santé et prospérité !
Mes meilleurs vœux de bonheur pour cette nouvelle année !!!



Valéry Ponzone


vendredi 16 décembre 2016

> Père Noël vu par… Clerc

Noël approche et quelques Pères Noël bien délicats vont venir pour marquer l'instant sacré de la Trêve…

Serge Clerc, Noël rouge
in Métal Hurlant numéro 24 (décembre 1977)

Comme Moebius l'a aussi demandé : l'homme est-il bon ?
Miam, miam !!!

Paix sur la Terre aux Hommes et aux Femmes de Bonne Volonté !…


Valéry Ponzone


mercredi 23 novembre 2016

> Captain futur par Moebius ou Serge Clerc… en recyclage

Un ami m'envoie cet après-midi un lien en me précisant que c'est "comique" (sic).
Je clique, regarde et ris bien.
Bien vu !…

Voici le visuel : Price Minister n'a bien évidemment rien à voir avec cette annonce… et n'est que la plateforme de vente…

Captain Futur par Moebius = 500 euros et 10/20 euros par Serge Clerc

Rien n'est vraiment précisé, pas de date, l'état est décrit de façon très sommaire : peut-être est-ce l'interface du site que je ne connais pas trop, qui ne permettrait pas d'aller très loin dans les descriptions…
Par contre pour le prix de vente, aucun souci !
Ce pourrait être No future,  mais c'est juste No limit !
Captain Futur à 500 euros !!!
Quand on sait la facilité avec laquelle ce livre se dégrade avec le temps — pelliculage et façonnage plutôt de piètre qualité — on ne peut qu'être inquiet de ce seul "bon état"
"No futur" !

Évidemment Captain futur n'est pas un livre de Moebius  mais du Dessinateur Espion® : Serge Clerc !…
À 500 euros,  le vendeur ne doit pourtant pas trop se louper sur ce genre de précision !
Imaginons l'acheteur étranger qui ne sait pas trop, ne comprend pas trop le texte avec son traducteur pour Gogols®, et voit un livre de Moebius inconnu de lui — qu'il n'a pas dans sa collection — et signe pour ce prix là, parce que Moebius le vaut bien.

Mais, le vrai gag est en fait dans le texte descriptif : finalement, je me rends compte qu'il y a bien assez de place pour donner un descriptif écrit et rédigé de chaque livre, comme il est d'usage; mais le vendeur préfère écrire son laïus de style : "je donne bonne conscience à celui qui me lit et m'achètera" :
 "Bon Etat
Merci, votre achat aide à financer des programmes de lutte contre l'illettrisme à travers le monde. Expédition depuis la France."
J'ai commencé par rire, et je me suis vite demandé si les aides contre l'illettrisme étaient versées en filières courtes : directement au vendeur incapable de lire correctement le nom du dessinateur de ce Captain Futur mais, qui, au moins, maîtrise les chiffres et l'astronomie pour fixer des prix… astronomiques) ?

J'ai un peu cherché à en savoir davantage et suis allé voir ce qu'est Recyclivre, puis suis tombé sur quelques articles sur Libération ou dans le Daily Neuvième (qui défend plus le 9ème arrondissement parisien que la langue française ?) .
Entre ce que j'ai lu sur son site, dans différents médias sur internet et cet entretien je saisis dans quel  étrange monde antinomique nous nous dirigeons.
On mélange trop de choses ensemble, de la bonne conscience et la loi de l'offre et la demande ; culpabilisation et conscience allégée par la bonne action et business ; don de livres et reventes de ces dons : Emmaüs qui se transformait en start up
Ce que j'ai lu dans ces médias me fait davantage penser à ce que l'on appelait avant un "prière d'insérer" pour les services de presse du Livre, avec une absence totale d'analyse et de véritables interrogations sur ce nouveau modèle économique*, que l'on semble vouloir nous faire passer pour une découverte absolue : la revente du livre d'occasion !

Ne parlons pas de la simple torsion faite au sens de recycler (on appelle cela un glissement sémantique mon garçon !) : ici il s'agirait plutôt d'un synonyme de vente avec marge colossale puisque sans investissement initial (ou en "amont")
 
J'avais commencé à rédiger un véritable décryptage de l'entretien et de ce que j'ai lu sur le site avec mise en parallèle avec le monde du Livre, mais, je préfère rester sur le Captain Futur à 500 euros, qui aurait été donné en amont…
Signifiant / signifié : à ce tarif là, tout est dit sur l'éthique ou la notion de lien solidaire (sic), sous couvert de donner 10% à des associations (sans quelques avantages à la clefs ?).
Lien solidaire ?
Quel est ce lien solidaire direct entre celui qui donne ses livres à Recyclivre, et les associations aidées à hauteur de 10% ?

Et ces camions électriques ET écologiques…
Un grand concept qui nous ravit tous qui crée quelques court-circuits dans certains cerveaux. Sans aucunement préjuger que ces camionnette seraient fabriquées ailleurs qu'en France (filière courte ; économie durable ; préservation de l'emploi et du tissu industriel etc.) : il est certain que l'électricité de ces camionnettes n'est produite QUE par les milliers d'éoliennes qui ceinturent Paris pour la fournir en électricité propre 100% écologique  !…
Pensons avec émotion à la lettre verte pour envoyer un courrier, disons, sur Paris ou en Ile de France : nul doute qu'il est plus écologique avec économie de CO2 et le toutim, puisque la lettre-pas-verte-plus-rapide prenait forcément l'avion pour porter le courrier posté d'un arrondissement à l'autre…
Cela a juste permis à la Poste de prendre plusieurs jours pour délivrer le courrier en lettre verte !
Quand finira-t-on de nous prendre pour des benêts sous couvert d'écologie et de protection de l'environnement à la petite semaine ?
Comme le concept est à peine encore en rodage… je crains que l'on n'en soit qu'aux balbutiements !?

Certains vont pouvoir accumuler de grandes quantités de bonne conscience, en donnant leurs bibliothèques trop pleines à une entreprise qui s'occupera de les revendre (= recycler) et empocher seule tout le fruit de la vente…

En fait l'association d'idée qui m'est venue est le système des Indulgences au Moyen-Age : allez-savoir pourquoi ?…
Les nouvelles Indulgences pour aller au Paradis Écologique® du pseudo-recyclage peut-être ?

Si on a vraiment trop de livres, il vaut mieux arrêter d'en acheter ou se modérer, et, quitte à entrer dans une autre logique sociétale personnelle ou globale différente / alternative, aller dans une bibliothèque et/ou médiathèque publique, où l'on peut notamment lire la presse, emprunter de la littérature, des polars, de la SF, des Bandes Dessinées, des livres pour la Jeunesse, des disques, des DVD…
On pourrait ensuite donner directement l'argent économisé aux associations de son choix, que l'on connait, voire que l'on pourra aussi aider ou suivre…
Comme on pourrait plus simplement offrir ses livres à des gens que l'on connait…

Quand j'y pense : recycler un livre…
Comme on recycle les piles ou ampoules usagées, les cartouches d'encres vides ou la carcasse des voiture chez le ferrailleur…
On ne redonne pas vie à un livre en le remettant en vente : un livre ne perdra jamais la vie dès lors qu'il a été imprimé, tant que son texte reste imprimé sous sa couverture… et plus encore tant qu'il sera dans les étagères de leurs propriétaires ou des vraies librairies !
Tout le monde sait bien qu'un livre ne perdrait la vie qu'à 451 degrés Fahrenheit…

Captain Futur par Moebius ou Serge Clerc : ce n'est qu'une erreur de grade ou une confusion avec le Major Fatal de Moebius (et pas de Serge Clerc !)… qui ne vaut d'ailleurs pas davantage les 500 euros de cette annonce !



Valéry Ponzone




* en particulier :
Je ne savais pas que l'on peut exercer une activité économique commerciale dans un secteur concurrentiel grâce à des dons en nature ?
Comment peut-on récupérer toutes ces argumentations de bonne conscience écolo-alternative pour les transformer en marketing déguisé ?
Quelles sont les bases de calcul de ces fameuses économies d'essence ou d'arbres sauvés (sans savoir que les forêts réservées à la fabrication du papier ne sont exploitées et gérées que pour cela) ?

Etc. etc.

vendredi 11 novembre 2016

> Serge Clerc et la Science-Fiction en intégrale…

Non, ce ne sera pas une histoire de mathématiques… Rassurez-vous.
Mais the big book est enfin sorti : je l'attendais comme on attend toujours Serge Clerc d'ailleurs…
Un gros livre, une somme désespérée et tant espérée… ou tout au moins attendue.
La question qui me taraude est de savoir pourquoi cette attente qu'un ami a réussi a réactiver au niveau de mon tiroir "envie" dans ma petite caboche ?
Peut-être — et très certainement — parce que ce livre me fait retourner au moins 35 ans en arrière !
Ce qui n'est pas rien et encore moins offert à tout le monde…
Voilà, en fait, le véritable élixir de jouvence, ou bien alors le voyage spatio-temporel qui nous permet de filer sur les lignes infinies du temps pour nous régénérer et rajeunir (on appelle cela la relativité en faisant simple) ?…
La question a son importance, mais la réponse… 

Voilà la bête…
Je ne parle pas de la magnifique et resplendissante pin-up qui accroche tant le regard grâce à sa poitrine généreuse ses yeux dans lesquels on souhaiterait se noyer…
Le livre est beau, presque autant que la pin-up de couverture d'ailleurs… ce qui n'est pas une mince affaire, surtout quand on voit l'épaisseur de cette intégrale de près de 400 pages !
Tirée à 2500 exemplaires, tous signés par Serge Clerc via un tirage couleurs inséré et relié au début du livre : ce n'est pas tant que cela, tout en étant un gros tirage pour ce type d'ouvrage, flirtant entre l'intégrale thématique compilation des histoires de SF en Bande Dessinée de Serge Clerc, et le Art Book / recueil d'illustrations sur le même thème, avec tous les dessins, couvertures, recherches voire dédicaces (!?) qui les accompagnent dans un ordre chronologique…
On y trouve les récits courts tels Les merveilles de l'univers, ou la  Route de la gloire,  histoire de 15 pages faite avec Rodolphe qui commençait à être scénariste ( c'est aussi le titre d'un roman de Heinlein, dont il existe une édition en CLA Opta illustrée par… Moebius !)
Et, bien évidemment la reprise de tous les livres épuisés : principalement Captain Futur (la couverture est très mal reproduite dans mon exemplaire ? alors que les noirs sont plutôt pas mal) ou Sam Bronx et les robots… qui n'est pas le Sam Bronx de Phil Perfect, mais ça va devenir compliqué.
Un bon prétexte pour nous recaser Mélanie White, sur scénario de Manchette (qui n'était pas l'exclusivité de Tardi) : si je l'ai lu quand je l'ai acheté à l'époque (hé oui !), je me souviens toujours de la tête des collectionneurs de Serge Clerc quand je leur sortais ce livre, entre autres collectors, estampes ou choses plus rock'n roll du Dessinateur Espion® !…
Cette fois-ci, ils ne vont pas pouvoir y échapper…

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture encore emballée avec son totocollant marketing…
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture encore emballée : pour voir l'épaisseur (c'est la tranche !)
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture : déballé sans son totocollant = devoir garder l'emballage !
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> Clerc en pin-up boy et l'image signée : numérotation sidérale…
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… la surprise du 1er plat
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… la surprise du 4e plat
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… (presque) ouverte
Éditions Dupuis — 2016

Pour ce qui est du livre dans sa forme, Dupuis est passé du classique dos carré de la collection Patrimoine au dos rond / arrondi… ce qui va trancher avec les deux précédentes intégrales de Serge Clerc (qui sont en fait les deux suivantes : volonté de faire aussi compliqué que Star Wars ?) déjà présentes dans la bibliothèque : mais peut-être cela est-il un choix afin de vraiment différencier cette période de celles de Phil Perfect et de la musique ?
Il me semble que c'est le seul livre de la collection Patrimoine à passer au dos rond, à la mode depuis Futuropolis, Casterman et autres éditeurs… même moi avais fait ce choix pour l'intégrale de Lloyd Llewellyn de Daniel Clowes que j'ai éditée !…
Au déballage, la jaquette est plutôt du genre fragile que sensible. Le papier est trop léger, heureusement qu'il a été pelliculé pour lui donner un tant soit peu de main, mais il va falloir manipuler le livre avec d'infinies précautions : qui tient son livre avec la jaquette encore dessus — que l'on enlève souvent pour lire le livre lui-même — la marquera certainement. 
Il aurait été préférable d'augmenter légèrement le grammage voire de faire une jaquette américaine…
Un effort camarade : la jaquette protège et met aussi le livre en valeur… C'est le lecteur qui va devoir protéger sa jaquette… rapidement.
Celle-ci risque vraiment de s'abimer vite puisque ce livre ne se lira pas d'une traite (à moins de chercher à faire une cure de sommeil en maison spécialisée ?)…
Malgré toutes les précautions prises par les collectionneurs : mains propres et stérilisées, ongles manucurés et coupés, gants blancs en coton spécialement adapté à la manipulation de documents précieux et éviter de répandre l'acidité des mains sur le papier (attention de ne pas avoir les mains abimées telles que Dionnet et Pirus nous l'ont décrit dans Rose profond !), puis lecture en elle-même : verre de cognac prêt sur la table basse près de son fauteuil préféré, femme(s) et enfant(s) sortis pour faire les courses de Noël et musique douce en toile de fond sonore : je conseille The Clash ou The Cramps (hé, on ne va pas lire un Jonathan et, sincèrement, Mike Oldfield me fait vomir les tympans !)…
Et Vangelis ne marche que si l'on regarde Blade Runner

Je l'ai donc feuilleté. Plusieurs fois d'ailleurs. J'ai picoré et pioché ici ou là…
Ça me rappelle comme j'ai lu Le journal du même Serge Clerc : en prenant des passages au gré de ce qui accrochait mon regard et absolument pas de façon stricte de la première à la dernière page…
J'hésite pour ce gros livre entre foisonnement, richesse, somme exhaustive (la totale ?)  et compilation.
Tellement il y en a dans tous les sens.
On passe d'histoires de Bande Dessinée, à des illustrations, à des recherches, à des couvertures de livres : je verrai à la lecture si cela passe et se digère avec légèreté. 
Mais quoiqu'il en soit, l'envie est là, grande. Elle se développe tel un alien qui veut sortir retrouver maman Sigourney…
Le choix de la chronologie, a priori plus simple pour la mise en page et apparemment plus cohérente peut être un piège pour le lecteur: on peut aussi choisir de chapitrer ce type de livre, les histoires en Bande Dessinée d'un côté, et la face cachée de la planète illustration d'un autre…
Le papier me parait un chouïa léger, on perçoit une légère transparence parce que Serge Clerc dessinait vraiment pour le noir & blanc, parfois rehaussés de trames manuelles : les lèvres sont souvent bien noires…
On peut considérer qu'un grammage supérieur aurait eut un impact (on dit impacté dans le monde du marketing actuel : beurk !) probable sur le prix de vente public (PVP fixée par le seul éditeur) de cette édition intégrale et l'éditeur a certainement préféré ne pas écorner notre budget pré Noël…
Un aparté…
Intégrale qu'il faut bien évidemment et absolument aller acheter dans une librairie spécialisée en Bande Dessinée.
C'est déjà très difficile pour elles, encouragez les spécialisés dans votre domaine de prédilection plutôt que tout autres types de librairies : sinon les bandes dessinées ne se vendront plus que chez les gros du net ou dans des ZAC…
Un libraire spécialisé quel qu'il soit doit être défendu… Toujours. Ami, partout etc.
Même quand vous ne vous en rendez pas compte…

Il est dommage de ne pas m'avoir demandé le scan de cette première planche de L'étoile de Vega qui devait être la suite d' Exterminateur 17 de Bilal et Dionnet : je l'aurais fourni avec plaisir…
Je vous l'offre, à vous mes lecteurs fous (de me lire !)  : la page sans le logo titre, pour voir le dessin de Clerc et ce magnifique étoilé de l'espace intersidérale dans son intégralité…
Le logo est juste dessous : vous pouvez maintenant jouer à reconstituer tout seul — comme un grand — la page en kit à la suédoise

Serge Clerc + Dionnet — L'étoile de Vega
> Planche originale page 1
Sans le logo titre

Serge Clerc + Dionnet — L'étoile de Vega
> Logo titre original
Compose toi même la maquette de cette planche…

Un vrai regret : que l'image signée soit reliée dans le livre. Celui-ci étant filmé dès sa sortie de l'imprimerie, elle eut pu être (c'est français ?) juste insérée afin que celui qui l'aime puisse la mettre sous cadre sur un mur et décorer ainsi son intérieur d'un beau dessin de Serge Clerc.
Ce n'est 'qu'une' quadrichromie, mais tout de même, la relier ainsi, sur le modèle des éditions signées de la collection Aire Libre : bof, bof, bof
Le pire est cette numérotation mécanique : aaaaaaargh !
L'horreur… Le mauvais goût sous ce beau dessin !
J'offre toutes les idées du monde à qui en a besoin (rhooo, le prétentieux : non mais vous entendez ça !)…
Au minimum, faire imprimer le tirage/nombre "2500" d'après une numérotation écrite par l'artiste pour faire illusion (et Serge Clerc a une super belle écriture et/ou signature !) et prendre une petite main (un stagiaire ou apprenti en métier du livre/ édition dans le milieu) pour écrire la numérotation à la main et au crayon…
Ce type de numérotation mécanique peut être conservée pour numéroter le livre sous son colophon ou dans une page de justificatif de tirage : il s'agit là d'une illustration pleine page d'introduction à l'ouvrage…
Il eut mieux valu numéroter le livre lui-même de cette façon et laisser le tirage de ce dessin juste signé par Serge Clerc…
Dupuis a peut-être retrouvé les numéroteurs qui servaient pour leurs tirages de têtes des années 80, ceux à douze millions d'exemplaires ?
Je sais bien que c'est fait en machine (comme les tickets de tombola par exemple), mais tout de même…
Et, toujours le même souci pour un livre de cette pagination et donc volume/temps de lecture : l'absence de signet pour marquer sa page…
Cela est une quasi constante dans l'édition de Bande Dessinée : les livres sont devenus de plus en plus gros (et lourds) et la mode des intégrales s'est ajoutée à ces éditions : il n'y a quasiment jamais de signet, alors que le moindre Pléïade en contient au moins deux…
Il faut toujours trouver un marque-ta-page ou un machin, un ticket, un papier qui traîne pour savoir où reprendre son (gros) livre de Bande Dessinée… et, parfois beaucoup plus tard puisqu'on le lit tranquillement, à son rythme.
Je me demande si les éditeurs lisent les gros livres qu'ils éditent, eux ou leurs confrères, et surtout s'ils marquent les coins des pages de ceux qu'ils liraient ?
J'imagine le collectionneur de Bande Dessinée qui cornerait l'angle d'une page de sa bande dessinée : certains feraient une attaque en essayant juste d'imaginer la scène !…

Il ne reste que la taille des textes de légendes des différents documents ou récits, avec certains en cyan : un bon moyen de me faire remarquer que ma vue a baissé, même si je m'obstine à ne pas porter de lunettes et à faire des exercices avec GlassesOff. J'aurais parfois apprécié une typo un tout petit peu plus grosse et un bleu plus soutenu que ce cyan qui vibre (les commentaires de Serge Clerc himself) devant mes pupilles, peut-être trop dilatées à la découverte de tous ces magnifiques dessins du Dessinateur Espion®…

J'ai été très déçu de ne pas être dans les remerciements (mais non ce n'est pas vrai du tout : je plaisaaaaante !) : pourtant, en feuilletant cette intégrale, je me suis au moins souvenu  avoir vendu, pour la plus grande joie de l'auteur, la grande majorité des pages originales de Captain Futur & Co

Nul doute que je vais prendre plaisir à retrouver cette inoubliable ambiance des années 70 et cette Science-fiction que j'ai toujours tant appréciée… et dont Serge Clerc fut un incroyable acteur !
Ce qui est le plus important reste le contenu de cette Intégrale et de retrouver toute cette période incroyable dans l'œuvre de Serge Clerc, mêlant vaisseaux spatiaux, tueurs et aventuriers de l'espace sans états d'âme et ces pulpeuses pin-ups aguichantes et aguicheuses à sauver, telles des Hélène de Troie du futur : sans oublier ce style ciselé tel un orfèvre de l'humour décalé qui caractérisait tant de Serge Clerc…

Comme je le disais à mes clients : "bonne lecture !"




Valéry Ponzone