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jeudi 18 mars 2021

> Lewis Trondheim, le Saigneur de la BD…

Un ami m'a envoyé ce lien dans l'après midi : Lewis Trondheim est le véritable Saigneur de la Bande Dessiné®™: le seul et l'Unique !!!!…

Mildiou !… Oyez, oyez braves lecteurs de Bandes Dessinées : qu'on se le dise !…

Respect absolu pour l'ensemble de son ouvre après ce qu'il fait là, devant nos yeux équarquillés… ou révulsés d'effroi par son geste extrême s'il en est : au choix…



Lewis Trondheim dans Le jour du Saigneur : ce n'est pas un Mystère de l'Ouest, et nous ne sommes pas dimanche pourtant ????…

Allez Lewis, panse tes blessures…ne te saigne plus aux quatre veines…

Cela dit, comme il nous explique bien le problème et les responsables, j'avoue ne pas saisir les choix stratégiques des auteurs qui ont besoin d'être reconnus professionnellement ?

Si les éditeurs, leurs éditeurs, sont les principaux responsables de l'absence de reconnaissance de leur statut : 

- pourquoi annoncer vouloir boycotter le Festival International d'Angoulême (dont je me fiche totalement d'ailleurs) et ne pas agir directement contre ceux que Lewis identifient comme les principaux responsables ?

- si certaines catégories socio-professionnelles qu'il cite en exemple peuvent agir en faisant grève, pourquoi les auteurs ne pourraient-ils pas faire grève de création / publication ? Tout en se préparant : sur le modèle des syndicats britanniques sous Thatcher (je crois que ça s'est passé comme cela), en constituant une cagnotte commune solidaire pour aider les auteurs que cela pénaliseraient trop sur le plan pécuniaire ?…

Pour schématiser, la chaine du livre fonctionne énormément sur le flux de nouveautés, qui doivent compenser les retours, avec quelques exemplaires vendus entre les aller-retours de cartons : dès lors qu'un décalage s'opère, pour des raisons diverses et variée,  nul doute qu'il se posera des problèmes de gestion si le flux de nouveautés est rompu…

Il ne faudra surtout pas oublier de bien communiquer et bien expliquer (la pédagogie) pour surtout avoir les librairies et les lecteurs du côté des auteurs : j'ai vaguement parlé de cela à un scénariste qui racontait un peu n'importe quoi sur le site de France Info, mais il n'a pas relevé plus que cela…

Les scénaristes américains ont fait grève, il n'y pas si longtemps que cela, et les USA ne sont pas réputés pour savoir le faire autant que nous !



Valéry Ponzone



lundi 26 mars 2007

Bilal de Luxe

Alors quand Casterman va éditer un Tirage de Luxe (ou de Tête, ou Limité etc.) de la complète Sommeil du Monstre, la trilogie augmentée en quatre volumes, nous pouvons craindre le pire. Imaginez le travail du libraire (bon, il est vrai que ce n'est pas en cela qu'il est compliqué mais en des choses bien autres !) à qui l'on propose un ouvrage à 350 euros sans que le commercial - et celui avec lequel nous travaillons pour Casterman / Fammarion connait plutôt très bien son affaire et son travail - ne puisse nous donner de réelles informations définitives... Il est vrai qu'une édition de luxe, différente du reste du catalogue de bandes dessinées formatées proposés à un tel prix, et devant faire vibrer la fibre collectionneuse des amateurs de Bilal et tirer la bande dessinée vers la bibliophilie, vendue à ce prix mà ne mérite absolument pas d'être définie et "cadrée" dès sa conception !?…Mais dans monde vivent donc ces gens, hormis derrière leur bureau-bulle ? Il est évident que les librairies en commandent par dizaines (à ce prix là pas de souci) et plus encore qu eles collectionneurs signeront à l'avance leur chèque en blanc d'un montant de 350 euros pour un livre dont on ne sait si peu... Si en fait un vague et très passe-partout projet de maquette de couverture calqué sur les éditiosn de luxe du Cri du Peuple de Tardi (bonjour l'édition différente et soignée propore à la bibliophilie !), le fait d'être à 800 ex. quand on le commande et de passer à 999 ex. un mois plus tard... Ne surtout pas savoir si'il y aura une image signée ou non dans l'ouvrage... Et toujours un mois plus tard nous apprenons la présence - ouf ! indispensable en bande dessinée ! - d'un DVD inédit de 9 minutes : Bilal pendant ses vacances d'été ? Cela on le sait pas !!
Quel mépris et dédain pour libraires et lecteurs / collectionneurs de ce type d'ouvre : alors, effectivement, quand on sait le peu de soin apporté à ce type de réalisation par un ex-grand éditeur de bande dessinée, pour un livre dispensable car touchant un public restreint, on peut projeter cela sur le reste de leur façon de concevoir l'édition et la diffusion de leurs livres de bande dessinée - quels qu'ils soient - et les trouver très dédaigneux et, plus encore, ignorants des principes mêmes en usage dans le monde du livre !… Parlons aussi du manque de respect évident pour ceux et celles prêts à engloutir 350 euros dans un livre signés Bilal : peut-être devraient-ils un peu plus aller sur le terrain et savoir ce qu'est le monde du livre, plutôt que le considérer du haut de leur bureau climatisés voire du fond des verres distribués dans les Salons du Livre ? Et peut-être se dire, ou avoir à l'esprit que quand on va proposer un livre à un tel tarif, on fait aussi en sorte de savoir comment il sera avant d'envisager un tel prix ! Normalement un prix de livre est fixé sur son prix de revient : comment peuvent-ils fixer un prix de vente aussi élevé sans savoir le contenu réel de ce livre à l'avance ? Tout simplement en déconsidérant le collectionneur, et en le prenant pour l'éternel pigeon prêt à tout : belle mentalité messieurs de Casterman...
Cela dit, il paraît que Bilal décide de quoi il en retourne pour cet ouvrage : nul doute qu'il a calculé la somme d'argent qu'il doit toucher pour fixer le prix de vente de cette édition de luxe du Sommeil du Monstre ? Que les collectionneurs sachent que certains éditeurs travaillent en amont avant toute chose sur ce qu'ils ont envie de concrétiser (travail est le mot clef !), avant même d'en savoir le prix en aval !
Autre mœurs, autre état d'esprit !… Et merci de faciliter le travail des libraires, qui sont d'ailleurs si souvent responsables de tout pour les distributeurs et les éditeurs, surout du boulot que eux mêmes ne font pas sur le terrain !…

lundi 11 décembre 2006

La torpille

Torpedo est né sous le pinceau habile et trempé dans l'encre de Chine d'Alex Toth, qui n'a semble-t-il pas souhaité continuer avec ce personnage trop sombre pour lui. Bernet reprend l'affaire en main et exécute le contrat... Une quinzaine d'albums vont suivre de cette collaboration avec Enrique Abuli, parfois inégale il est vrai, surtout dans les dernières histoires, mais toujours sombres et noires à souhait … Torpedo est un tueur à gages, un malfrat, un salaud mais un vrai indépendant (ou un alternatif suivant le point de vue !). Torpedo ne respecte rien aux USA, et ne respectait déjà rien dans sa Sicile natale : même Clint est balayé d'une chiquenaude, c'est dire… Je ne vais pas faire ici une critique profonde et affectée des histoires de gangters, de contrats et de réglements de comptes concoctées par Bernet et Abuli : il vaut mieux les lire. Et, il y a suffisamment de pseudo critiques et bonnes notes données sur la bande dessinée un peu partout pour éviter d'en rajouter une dose sans intérêt ! Le fait est que si les albums courants sont passés en couleurs au tome 4, sans grande nécessité (je me demande si c'est au tome 4 ou après qu'ils ont reçu le Prix du Meilleur Album Etranger à Angoulême d'ailleurs ?) , les éditions Vent d'Ouest ont l'excellente idée (qui plus est, plus un choix économique qu'esthétique) de sortir en cette fin d'année 2006 une Intégrale de tous les tomes qu'ils ont publiés, en version noir & blanc. Absolu et magnifique : 640 pages d'excellente bande dessinée bien noire par l'un des meilleurs dessinateurs de bande dessinée de genre européen, en format classique et relié !… Pour seulement 35 euros : hallucinant non ? Une preuve de plus que les éditeurs sont capables de proposer quelques heures de lecture pour un prix réellement abordable !!! Mais qu'attendent-ils pour généraliser le principe et arrêter de privilégier le côté onéreux et soit-disant bibliophilique (avec une fabrication industrielle, on croit rêver !) de la bande dessinée européenne ? Que les dernières générations de lecteurs aient disparues sous leurs piles de livres ?

mercredi 6 décembre 2006

Y'en a jamais trop !

Il faut le dire, tout le petit monde de la bande dessinée râle, rouspète, vitupère, renacle, et voudrait que "cela change" mais tous y participent : il y a trop de livres de bande dessinée qui sont publiés entre la fin du mois d'aôut et la fin du mois de décembre. Entre rentrée, et dernière percée suplémentaire en vue des arbres de Noël, les librairies sont assaillies, envahies et débordées par la profusion, et - il faut le dire - une certaine incapacité à parfois faire des choix réels ou draconiens quant à ce qui nous est proposé par les soldats du front que sont les vaillants commerciaux du livre…

Mais, si cette rentrée 2006 ne fait pas exception à la règle d'autant moins, qu'à chaque nouvelle rentrée nous avons encore plus de bandes dessinées qui nous sont livrées, il faudrait parfois arrêter de parler de quantité et enfin s'intéresser à la qualité ? Pour ma part, cette année est l'une des rares où dans ce flot incessant de cartons livrés par des transporteurs aimables comme des portes de prisons, je trouve une aussi grande qualité ! Nous connaissons tous le raisonnement virant à l'équation mathématique : dans tout domaine de création nous pouvons compter sur 10% de qualité et 90% de productions médiocres voire moins si affinités ; Tardi dans les années 80, et juste pour surenchérir un poco, poussa le raisonnement jusqu'à l'extrême limite des 99 % (dans les pages de PLG) - qui rappellera à certains les scores électoraux mirifiques de la Bulgarie d'avant 1989 - et fit vibrer et se trémousser le Landernau de la BD de cette époque…

Warren Ellis, l'un des scénaristes yankees post-Alan Moore parmi les plus malin, dans l'une de ses chroniques sur le ouebe (sans babel) tint gloabalement le même discours mais en poussant le raisonnement dans son retranchement et application la plus pragmatique (il est américain…) : gardons à l'esprit cette valeur constante de 10% de création intéressante, créative et émergeant de l'ensemble stagnant ou regressif et - au contraire - réclamons un volume encore plus important de publications (ou de création), notre petit 10% restera toujours à cette hauteur mais sera proportionnellement plus important puisque fonction du volume global : nous n'en tirerons que davantage de bénéfices !

Il est assez évident que nous sommes dans cette logique implacable de surproduction (dans bien des secteurs de l'activité humaine, faudrait-il dire) dans le petit monde de la bande dessinée,chaque nouvelle année dépassant allègrement la précédente, mais cette année pour ma part, je trouve justement encore plus d'extraordinaires livres de bande dessinée à découvrir et lire ! La qualité est bien au rendez-vous, et cela fait bien longtemps que je n'avais pas trouvé autant de plaisir de lecture, d'aussi bonnes surprises dans ce que l'édition de bande dessinée peut proposer et produire en une période aussi dense et inflationniste… Merci donc à tous les éditeurs sur-producteurs, car, finalement ces 10% sont devenus encore bien meilleurs !

jeudi 30 novembre 2006

Quartier Lointain

Si Casterman est connu - voire reconnu - pour certaines errances éditoriales depuis maintenant presque une décennie, avec des modifications et changements incessants de collections, de maquettes, de formats et d'orientations éditoriales, il est amusant de voir ce que cela donne avec l'un des auteurs phares de la bande dessinée d'auteur japonaise de leur catalogue, mais - un fois n'est pas coutume - avec un côté plus que positif pour le dernier titre publié.
Édité à l'origine dans la fameuse Collection Manga du même Casterman, qui y alignait sans grand entrain les titres les uns après les autres,et sans grand soin non plus, d'auteurs japonais et européens édités par les japonais (Baru ; Beb Deum ; Varenne etc.), Jiro Taniguchi a fait son apparition dans le paysage éditorial francophone avec l'excellent L'Homme qui Marche (promenade bucolique à travers les rues de Tokyo par un homme décidant de flâner plutôt que d'aller travailler ; amusant d'en rapprocher le sujet du Voyage de Baudoin, édité aussi par les japonais ?) et le moins excellent Chien Blanco… Clap de fin de l'introduction... Ensuite viendront les 3 tomes du Journal de Mon Père en format standard de la bande dessinée européenne et brochés. Parmi les seuls titres maquettés de cette période avec des magnifiques 1/3 ; 2/3 ; 3/3 imprimés sur les dos des livres qui iront jusqu'au bout de cette sublime idée de mise en forme graphique, donnant l'impression à l'heureux possesseurs des ouvrages de ce type d'acheter des tiers (ou des quarts suivant la série) d'histoire en bande dessinée. Certainement le seul domaine de création capable d'afficher sans trop se poser de questions qu'il propose aux lecteurs des "morceaux de récits tronçonnés" avec ce type d'unité de mesure trop assimilable aux poids et mesures ?
Passons… Après cette première révélation, pour certains, que la bande dessinée japonaise ne se limitait pas qu'à Goldorak ou à Dragon Ball pourtant très bons dans leur genre, surtout Dragon Ball d'ailleurs (pourtant, en traduction nous avions déjà eu Otomo chez Glénat ; Tatsumi chez Artefact ; Gen #1 chez Les Humanos ou bien encore Tezuka avec Les 3 Adolph ou Bouddha chez Tonkam qui publia également Amer Béton de Matsumoto etc. etc.) arrive le carton commercial avec Quartier Lointain au début de la Collection Écritures…
Il aura fallu que Casterman édite Quartier Lointain en deux volumes séparés dans cette collection, avec deux - voire trois versions - des deux volumes rassemblés dans un coffret, pas beaucoup plus réussi au niveau de la maquette, avec changement de papier entre temps (du Centaure Ivoire au Bouffant a priori) pour - enfin - découvrir en cette fin d'année 2006 et son cortège d'intégrales, de coffrets complets, vides, à moitiés vides ou à pleins suivant son approche de la chose une très belle édition intégrale reliée avec une splendide jaquette reprenant la couverture originale japonaise !
Il était vraiment temps d'avoir quelques années plus tard une édition réussie de ce titre n'est-il pas ? Le plus étonnant, allez, je vous le donne en mille, est de se trouver nez à nez - ou plutôt œil à œil - avec les premières pages de cette histoires en… couleurs ! Fascinant ! Et non, ce n'est pas un gadget : cela revêt une importance loin d'être négligeable dans cette histoire. Tout simplement parce que le début de l'histoire en couleurs correspond au présent, quand le personnage principal "adulte" se trouve dans le train après son repas d'affaires un peu trop arrosé, le passage couleur / noir & blanc symbolise ce si particulier décrochage temporel présent/passé avec l'arrivée progressive du train vers la ville natale de l'homme d'affaires quelque peu émêché !
Il a donc fallu attendre un peu plus de quatre ans pour obtenir ce fameux mieux-lisant culturel ! Merci Casterman de nous avoir privé de cela : toujours la même hsitoire, plus on attend plus on est certain d'avoir la meilleure édition, et que reste-t-il à ceusses qui font le succés du début de ces titres ? Que nous reste-t-il à découvrir afin d'explorer le filon jusqu'au bout : l'intégrale de Quartier Lointain avec un coffret ? Non, il y aura mieux à faire, pour reprendre l'idée jetée par Vincent B., qui n'a absolument aucun lien de parenté avec David B., je tiens à le préciser : une future intégrale dans le sens de lecture originel (japonais et de droite à gauche pour tout dire). Misons sur cette nouvelle idée digne des meilleurs esprits marketing et tant pis pour le formidable travail d'adaptation de Frederic Boilet…