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jeudi 26 janvier 2017

> Corto Maltese et la Guerre d'Espagne…

Depuis fort longtemps court une légende bédéphilo-urbaine sur la mort de Corto Maltese qui serait survenue pendant la Guerre d'Espagne (1936-1939) : version répétée, modifiée, transformée, ais surtout  mal interprétée, et propagée par tellement de lecteurs de ce monument de la Bande Dessinée mondiale…

Récemment, lisant par curiosité deux séries de BD de genre publiées chez Delcourt, dont une sur fond d'uchronie (j'adore les uchronies… a priori), je suis tombé sur deux pages dans lesquelles Corto Maltese est présent.

L'une de ces séries est dessinée par Kordey sur scénario de Pecau (il faut avoir lu Smoke de Kordey !) : Corto Maltese passe devant le peloton d'exécution, en 1937, à Barcelone…

Kordey+Pecau — Histoire Secrète tome 15
La chambre d'Ambre — Édition Delcourt, 2009

L'autre est dessinée par Calvez, toujours sur scénario de Pecau : il s'agit de l'uchronie (très décevante) dont je parlais : après que l'Allemagne ait remporté la Bataille de la Marne et sur fond de Révolution russe, dans laquelle les anarchistes français ont la part belle.
Corto Maltese est le marin qui livre des explosifs (pour les anglais !) aux français impliqués dans cette Révolution…

Calvez+Pecau — Jour J tome 04
Octobre noir — Édition Delcourt, 2010

Certains lecteurs s'appuient sur des pages de Bande Dessinée, hommages à Corto Maltese en les ayant mal lues, d'autres sur ce qu'ils pensent avoir lu / entendu ici ou là.
Cette planche de Giardino datant de 1981 situe la scène du peloton d'exécution à Malaga en février 1937 a dû beaucoup faire jouer l'imagination des uns et des autres…
Pourtant, cette page très fine et intelligente, est très elliptique puisque l'on ne voit absolument pas Corto Maltese vraiment mort, et, plus encore, ce que dit Bouche Dorée est assez explicite sur ce qui est vraiment et ce qui peut paraître réel
Mais, Corto Maltese est l'une des très rares séries qui doit vraiment faire travailler l'imagination de ses lecteurs et la faire voyager dans les limbes des fables dont il est le prolongement naturel…

Max Fridman, Hommage à Corto Maltese par Giardino
Version française publiée dans (A SUIVRE)


Max Fridman, Hommage à Corto Maltese par Giardino
Version italienne

Une lettre d'introduction à la première édition italienne de La Ballade de la Mer Salée (Une ballata del mare salato — 1967 : remarquez le sens différent entre le titre original italien et le titre français, par le changement de déterminant entre les deux) qui n'était malheureusement pas reprise ni dans la première édition française de 1975 chez Casterman, ni dans les nombreuses ré-impressions postérieures d'un titre de fonds, contredit depuis le début cette version de la mort éventuelle de Corto Maltese pendant la Guerre d'Espagne !
C'est dans cette lettre, citant elle-même une autre lettre écrite par Pandora, que l'on apprend dès le début qu'un Corto Maltese âgé se repose dans le jardin de la maison, le regard éteint, perdu au loin et peut-être plongé dans les souvenirs de tout ce qu'il a vécu durant cette vie plus que remplie, alors que son ami Tarao vient de mourir…

Hugo Pratt — Corto Maltese, Una ballata del mare salato
Version italienne

Cette lettre fut — enfin — reprise par Casterman en 1989, dans la première édition en couleurs de La ballade de la Mer Salée, reliée avec jaquette.
Il est noter qu'elle était déjà présente dans les éditions réalisées par J'ai Lu en 1986 : soit bien avant l'éditeur principal de Corto Maltese !
On la trouve enfin dans l'édition grand format noir&blanc (fac similé des originaux : seulement pour ce qui concerne le dessin en fait : le texte original étant en italien sur les originaux !) éditée pour l'anniversaire des 40 ans de la première publication de Corto Maltese dans la revue italienne Sergent Kirk chez Ivaldi : cette lettre était présente en tiré à part, coincée entre les premières gardes du livre…

Cette fameuse lettre qui, si tous les lecteurs avaient pu en avoir connaissance dès la première édition de Corto Maltese en français, aurait évité toutes ces dérives de l'imagination de toutes ces générations de lecteurs… Savoir que le personnage dont on lit les histoires a vieilli tranquillement, permet d'être rassuré quant à son destin, sachant toutes les aventures incroyables qu'il traverse, et, davantage, le caractère épouvantable et les menaces répétées de Raspoutine

Par acquis de conscience j'ai envoyé un message à ce sujet à Dominique Petitfaux, qui est la référence incontournable pour tout ce qui se rapporte à Hugo Pratt…
Il a eu la gentillesse de me répondre de façon précise, et a même remis mon esprit dans la bonne direction à propos d'un aspect que je prenais un peu trop au premier degré…

« Cher Valéry,

Pour répondre à la question que tu me poses, le plus simple est que je recopie ce que j’ai écrit dans «De l’autre côté de Corto» (édition de 2012, pages 33 - 34 ) :

En juillet 1936 commence la guerre civile espagnole (qui durera jusqu’en mai 1939). Corto s’enrôle dans les Brigades internationales ; Pratt m’a précisé qu’il avait notamment combattu en compagnie de John Cornford (fils de la poétesse anglaise Frances Crofts Cornford, elle-même petite-fille de Darwin), qui fut tué en Espagne. Tout le monde (y compris Pratt) perd ensuite la trace de Corto Maltese. Dans « Les Scorpions du désert », Cush, en janvier 1941, dit à propos de Corto Maltese : « Il paraît qu’il a disparu pendant la guerre d'Espagne »; on apprend aussi que Corto a envoyé d’Espagne à Cush un faucon, Al-Andaluz.
(…)
Hugo Pratt — Les Scorpions du désert page 97
Éditions Casterman

Hugo Pratt — Les Scorpions du désert page 108
Éditions Casterman

Le verbe « disparaître » étant ambigu, beaucoup de lecteurs, voire de critiques de bandes dessinées, ont imaginé que Corto Maltese était mort au cours de la guerre d’Espagne. Ses admirateurs et admiratrices peuvent être rassurés : il n’en est rien. Pratt me l’a confirmé, mais cela était implicite dans son introduction à « La Ballade de la mer salée » (longtemps absente, il est vrai, des albums français). Ce texte se compose d’une lettre qui cite une autre lettre (dont la date n’est malheureusemet pas précisée) écrite par Pandora. On y apprend que Corto et Tarao, âgés, sont allés vivre près de Pandora et qu’ils sont considérés par ses enfants comme des « oncles ».

Si tu te procures « De l'autre côté de Corto », tu auras encore beaucoup d’autres précisions et réflexions sur cette question. J’ai également étudié en détail cette lettre d’introduction dans le n°5 nouvelle série (janvier 2013) de « Bananas ».      
(…)
Ce que Pratt veut dire par « dernière guerre romantique », c’est que certains se sont engagés dans la guerre d’Espagne de façon romantique, pour défendre leurs idéaux, alors qu’ils auraient pu rester à l’écart, car elle ne les concernait pas directement. Ce n’est pas la guerre elle-même qui est romantique, Pratt connaissait trop la guerre pour la voir comme cela.  »
Dominique Petitfaux (janvier 2017).

Voilà une mise au clair qui a le mérite de l'être vraiment, et de savoir que tout cela est déjà présent de façon explicite dans les deux ouvrages cités par Dominique Petitfaux, que je remercie encore une fois chaleureusement pour ses réponses détaillées et précises…

Voici la lettre dont il est question, que les lecteurs francophones ont dû attendre près de 15 ans pour la découvrir : encore fallait-il racheter un livre qu'ils avaient peut être déjà en version noir et blanc, ce qui n'était pas forcément envisageable…
J'ai moi-même la première édition du livre de Petitfaux dont il est question dans sa réponse, De l'autre côté de Corto, mais je n'ai pas racheté l'édition de 2012 — même si augmentée — au prétexte qu'il faudrait tout racheter, sinon on n'en finit plus. On a tendance à considérer comme déjà dans la bibliothèque ce qui est ré-édité par l'éditeur, même si la nouvelle édition devrait logiquement remplacer l'ancienne dans ce genre de cas…
Économiquement parlant, il vaut tout de même mieux acheter d'autres nouveaux livres que x fois le même à chaque ré-édition…
Ce serait bien que Casterman mette cette lettre à disposition des lecteurs sur son site en haute définition, afin que chacun puisse l'imprimer si l'envie lui prend, et la glisser dans son ancienne édition de La ballade de la Mer Salée.
D'autres éditeurs pourraient de leur côté utiliser ce moyen vraiment interactif d'offrir des documents annexes, collectors ou simplement complémentaires aux livres qu'ils éditent : un bon moyen de donner envie aux lecteurs d'aller sur leur site et d'agrémenter leurs Bandes Dessinées…


Hugo Pratt — Corto Maltese, La ballade de la Mer Salée
Éditions Casterman couleurs — 1989


Indépendamment de cette soit-disant mort de Corto Maltese pendant la guerre d'Espagne — qui ne fut donc qu'une disparition — il est difficilement compréhensible (voire impardonnable) que Casterman ne l'ait pas incluse dès les premières éditions de La ballade de la Mer Salée, puisqu'elle était dans l'édition italienne originelle et participe grandement à la légende du personnage, présenté ici comme réel, Pratt n'étant que l'auteur ayant recueilli le récit de cette ballade !
Pratt se présentait comme ce que sont véritablement les créateurs : un passeur…

Cette légende ou une façon très agréable de brouiller les piste, de donner un parfum de réel à la fable : cela était déjà le cas dans les premiers livres en langue française de Corto Maltese édités par Publicness, avec cette introduction et la présentation des personnages de l'histoire appuyée par des photos de Hugo Pratt en leur compagnie…

Si Hugo Pratt n'était que l'auteur ayant recueilli le récit de La ballade de la Mer Salée, n'oublions pas — cela est si important et, surtout si beau et si poétique — que le narrateur de cette grande et magnifique fable est l'océan Pacifique : 
"Je suis l'océan Pacifique et je suis le plus grand de tous les océans."(…)

Ainsi commença cette aventure, un 1er novembre 1913… de qui allait devenir l'une des plus extraordinaires séries de la Bande Dessinée mondiale.



Valéry Ponzone


dimanche 8 janvier 2017

> Des cartes de vœux… Hugo Pratt

J'ai pioché ici ou là dans différentes boîtes d'archives pour en ressortir d'anciennes cartes de voeux de Bande Dessinée : cela ira peut-être un peu dans toutes les directions graphiques ?…

Le but est d'en montrer une (voire plusieurs) par jour, et ce jusqu'à la fin du mois puisque que l'on peut présenter ses vœux jusqu'au 31 janvier !…
J'ai moi-même envoyé mes propres vœux si souvent au tout dernier moment, que l'intégralité du mois n'y suffisait jamais !

Quatre exemples de cartes de vœux de Hugo Pratt avec le célèbrissime Corto Maltese…
Qu'y a-t-il à dire sur Corto Maltese, hormis le fait qu'il faut lire ses aventures, les lire et les relire, encore et toujours…

Hugo Pratt pour Saggay
Impression en sérigraphie — 1991

Hugo Pratt pour Casterman
Impression en quadrichromie — 1990

Hugo Pratt pour les Édtions Christian Desbois
Impression en offset — 2002

Hugo Pratt pour les Éditions Vertige Graphic
Impression en sérigraphie — 1991




Bonne Année 2017 !!!
Que cette année soit Belle, Merveilleuse et remplie de sérénité…
Santé et prospérité !
Mes meilleurs vœux de bonheur pour cette nouvelle année !!!



Valéry Ponzone


mardi 27 janvier 2015

> La gauche de la gauche (sic) remporte les élections législatives en Grèce…

On nous enseigne depuis les bancs de l'école certains principes forts dont les principaux sont la Liberté (avec en option la liberté d'expression) et la Démocratie…
Cette Démocratie héritée de la Grèce Antique dont nos amis Américains sont les principaux commerciaux à travers la Planète…
On parle depuis ce dimanche 25 janvier 2015 énormément des résultats des élections en Grèce et de cette victoire de la Gauche Radicale, qui n'a rien de valoisienne pour le fait !
Cette alternative démocratico-électorale grecque pourrait-elle être une forme de Salut, venant une fois encore de ce pays si important dans notre Histoire ?
Juste une interrogation, mais si cette Nation nous a apportée la Démocratie, peut-être est-elle capable de nous apporter autre chose d'aussi important ?

Par Zeus, le retour de la Grèce sur le devant de la scène politique européenne et des médias est un formidable prétexte pour se replonger dans la bande dessinée à la grecque :

Commençons par un Classique, avec un bon petit Alix de derrière les sarmentis : un des titres parmi les plus romantiques de la série du jeune éphèbe gaulois, adopté par un aristocrate romain vit cette aventure en plein cœur de la Grèce…
Jacques Martin aurait préféré que son principal héros soit grec plutôt que romain : allez savoir pour quelle raison ?
Variation de couvertures entre la version courante, la version limitée sortie en grand format il y a quelques années avec 4e plat dit aux damiers (anachronique puisque ces plats appartiennent à l'histoire de la Collection du Lombard — éditée par Le Lombard dès les années 50 du siècle dernier — et que ce titre n'a JAMAIS été édité par Le Lombard !)…
Ou : les éditeurs refonde l'histoire de collections qu'ils n'ont jamais éditées (il y avait eu un précédent chez Casterman dans les années 80 avec Alix l'Intrépide en édition de luxe signée avec ce 4e plat dit Peau d'Ours… toujours marque de fabrique des éditions du Lombard).
J'ai découvert Alix tout gamin, les lisant Place du Poulinat à Verrières-le-Buisson en face de chez mes grands-parents. Un de mes copains me prêtait les BD de son père entre deux matches de foot acharnés.
Quelques uns m'ont marqué beaucoup plus que d'autres, dont celui-ci (antiquité grecque oblige) sans oublier Les légions perduesLe tombeau Étrusque, Iorix le Grand, Le spectre de Carthage
Il n'avait pas La griffe noire que je n'ai lu qu'après, et qui est pour moi l'un des meilleurs de la série : aussi bien pour le dessin que pour l'intrigue, très dense et pleine de rebondissements (mais pas pour Casterman semble-t-il puisqu'il ne fait pas partie de leur sélection Hommage / Anniversaire de la série…
Revenons à ce Dernier Spartiate : la première couverture est assez captivante, pensez-donc Alix acculé contre un mur par les Grecs…
Enfin, par les Spartiates…
La plongée avec notre regard qui rase les panaches des soldats laissant entrapercevoir Alix en très fâcheuse posture, rajoute à l'effet grandiose recherché et donnait envie d'ouvrir le livre et découvrir cette histoire…


Martin - Alix, Le dernier Spartiate- série courante
Couverture actuelle - Éditions Casterman

La couverture du tirage grand format dont je parlais procure la même sensation, tout en donnant un côté encore plus désespéré : là, Alix est mis à terre avec toutes ces lances aux mains des hoplites qui convergent vers notre héros aux cheveux de soleil…


Martin - Alix, Le dernier Spartiate
Édition spéciale grand format - Éditions Casterman, 2010

Celle qui suit est une couverture spéciale anniversaire : elle reprend une des recherches de couvertures de Martin et, disons le tout net : elle est beaucoup moins intéressante que la couverture originale !
Tout l'effet recherché dans ce que Martin avait choisi comme couverture définitive est perdu avec ce projet valorisé ainsi.
Étonnante façon de commémorer un anniversaire que de faire dessiner un nouvelle couverture par un sous-doué de Jacques Martin ?
Ce n'est pas Marylin qui chante Happy Birthday Mister President à JFK !…
Le général spartiate qui nous fait face ouvre une brèche, un sillon qui casse tout l'effet recherché dans ce qui a toujours été l'une des plus belles couvertures de cette série !

Alix, Le dernier Spartiate, édition Spécial Anniversaire
Couverture redessinée (!!!) - Éditions Casterman, 2013

Dans Le cheval de Troie on retrouve le dernier Spartiate… ça se passe en Grèce, enfin non : Troie n'est pas en Grèce, mais fait tellement partie des récits d'Homère que je localise la Cité en Grèce…
L'histoire : je ne peux pas en dire plus, je n'étais plus un enfant et je ne lisais plus Alix dans ces années là…
Mais je ne pense pas que ce puisse être plus mauvais que la superproduction hollywoodienne avec Brad "cheveux aux vents" Pitt, ou alors, il eut fallu vraiment le faire exprès (je sais bien que la BD est publiée bien avant le film en question…) !


Martin - Alix, Le cheval de Troie
Couverture actuelle - Éditions Casterman, 1988

Sparte a aussi inspiré une autre BD antique d'un auteur américain plus habituée aux super héros tragédiens qu'aux Tragédies Grecques, qui, même s'il dissimule la réalité historique, ce qui n'est pas étonnant quand on connait ses positions politiques (plutôt à l'extrême opposé du résultat des élections grecques de ce week-end), a le mérite d'exister (je voulais la placer un jour celle-ci : je n'ai jamais entendu une phrase aussi stupide !).
Le sujet, un film que j'ai vu gamin aussi (Non ! je n'aime pas les film  de gladiateurs pour répondre de suite à la question possible) : La bataille des Thermopyles (1962).
Vaguement plus esthétisant, disons servi par une mise en couleurs grandiose de Lynn Varley.
L'intérêt était de lire les deux versions : la publication en comics en version à la française (verticale pour ceux qui ne savent pas) tout en étant déjà pensée pour une publication en format à l'italienne (donc… horizontale). rarissime aux USA pour du comics, hormis évidemment pour ce qui fait partie du comics strip.
La couverture est très belle.
Le logo 300 plutôt très réussi.
Les films, eux,  sont très mauvais (parce qu'il y a eu une suite !).

Miller + Varley, 300
Éditions Rackham


Revenons aux classiques européens, avec le célèbre couple britannique Blake et Mortimer, que, curieusement, leur créateur EP Jacobs n'a jamais envoyé en Grèce.
Cette reprise de Jean Van Hamme se passe en Grèce. Certainement à la période où le pays avait une inflation maximale : car s'il y a bien une histoire qui ne nécessitait pas autant de pages et d'albums, c'est bien celle-ci : deux albums pour une histoire avec une intrigue aussi épaisse que la feuille de papier à cigarette séparant Laurent Fabius et François Mitterrand Président!
Beaucoup de lecteurs comparent cette histoire avec le troisième Indiana Jones : le film de Lucas/Spielberg a au moins le mérite d'être une bonne comédie d'aventure…
Le genre de Blake et Mortimer que l'on peut lire en diagonale en cinq minute chrono (lecture zen pour la presse sur internet) et retourner bronzer sous le soleil grec.
Par contre il faut remettre ses lunettes de soleil pour le deuxième tome : le dessin est plutôt horrible indigeste.
Mon grand-père envoyait des cartes de voeux des Chevaliers de l'Ordre de Malte (on reste dans le voisinage de la Grèce) peintes avec la bouche, les pieds ou les oreilles bien mieux réussies graphiquement…
Arriver à reprendre un classique de l'École Belge, d'un,  si ce n'est, avec Hergé, LE dessinateur parmi les plus perfectionnistes et méticuleux,  pouvoir le dessiner avec ses mains, et être publié à des centaines de milliers d'exemplaires, relève d'un tour de force que je n'ai jamais compris ? Si ce n'est qu'il frise la magie !…
Je suis dur ? Mais, la vie est dure !… Et la BD chère !!!…

Ce doit être cela la véritable malédiction des trente deniers pour le lecteur de Blake et Mortimer : ce second tome !?…


Blake et Mortimer Tome 31364947974645464
La malédiction des trente deniers - Éditions Blake et Mortimer

Blake et Mortimer Tome 31364947974645465
La malédiction des trente deniers - Éditions Blake et Mortimer

Pourtant Jean Van Hamme a déjà fait par le passé, à ses débuts, une extraordinaire histoire de bande dessinée se déroulant en Grèce : Epoxy.
Avec l'un des plus grands dessinateurs classiques de l'École Belge : Paul Cuvelier (comme je viens de me trouver une toute petite peinture de Cuvelier — un nu de femme —  dont je ne suis pas peu fier : parce que ça fait longtemps que j'en voulais une, et que là c'est entré dans mon tout petit budget !).
Epoxy c'est du corps nu et de la sensualité et sur fond d'Olympe Grec, et c'est une très belle histoire, contemporaine malgré ce que l'on peut en penser de prime abord…
C'est un véritable chef d'œuvre.
Sans faire le snob de base, il vaut mieux trouver une des premières éditons : en bichro marron voire celles en noir et blanc (chez Horus puis Marcus) qu'une des éditions plus récentes avec tentatives de mises en couleurs (chez Lefrancq pour commencer le massacre) : c'est infâme.
Réédité par Le Lombard plus récemment, avec une couverture immonde qui devait se vouloir un peu racoleuse (ou visant le lectorat de Manara sur un quiproquo ?), puis sans cette couverture, revenant à la maquette de couverture des éditions Losfeld/Horus/Marcus : mais comme je viens de voir qu'un coloriste est associé à la fiche de présentation de l'album sur le site du Lombard, ce doit être encore une version en couleurs donc toute bidon.
Je sais bien que c'est un préjugé, mais l'esprit est ainsi fait que l'on appelle aussi cela de l'instinct.


Cuvelier + Van Hamme, Epoxy
Éditions Losfeld, 1968
> Chef d'œuvre de Van Hamme et Cuvelier !!!!!!


Nous avons une autre série toujours (encore !) de Jacques Martin avec un personnage vraiment Grec cette fois ci : cette nouvelle étoile s'appelle Orion, mais eut certainement plus d'éditeur que d'exemplaire vendus ?
Quatre livres, dont voici trois couvertures : 

Jacques Martin, Orion Tome 1, Le lac sacré
"Vous ! Laissez-moi donc faire du surf sur mon rocher !…"

Jacques Martin, Orion Tome 2, Le Styx
"Oh !… Par Zeus de Zeus !!… Ils ont raté la marche !!!!…
Ils vont rejoinde Hadès, Dieu des Enfers et du Monde Chthonien",
rétorqua aussitôt le jeune éphèbe en levant les bras vers
les Cieux de l'Olympe en posant sa main gauche sur son front
après avoir jeté au sol bouclier et lance…

Jacques Martin, Orion Tome 4, Les oracles
"Aujourd'hui, temps couvert et risque d'orage"

Nous avons aussi en rayon, une série d'espionnage plus moderne, bien ficelée : 

Béhé + Boisset, Minuit à Rhodes Tome 1
Éditions Vents d'Ouest, 1995

Béhé + Boisset, Minuit à Rhodes Tome 2
Éditions Vents d'Ouest, 1995

Béhé + Boisset, Minuit à Rhodes Intégrale
Éditions Vents d'Ouest, 1997


Des classiques, comme Lili… (Lili, Aggie, comme Bibi Fricotin et Les Pieds Nickelés : ça aussi je lisais quand j'étais tout minot) :

Al Gerard + Blonay, Lili en Grèce
Éditions Vents d'Ouest

…Ou Pif Poche : quand on voit ce cliché absolu sur la Grèce et les grecs, pourtant par une presse communiste plutôt orientée sur l'aspect "si tous les hommes de bonnes volonté se donnaient la main" (un peu comme les … scouts, non ?), en tout cas sur le rapprochement et le respect mutuel, nous sommes tous frères etc. avec ce genre de couverture on se dit que l'on part de loin, de très loin !

Pif Poche numéro 166, En Grèce
Éditions Vaillant, 1976


Il nous reste le plus grand voyageur que la bande dessinée nous a apportée : Corto Maltese.
La maison dorée de Samarkand n'est pas vraiment en Grèce puisque c'est à… Samarkand qu'il faut se rendre,  mais comme cette fable de Corto Maltese commence à Rhodes, je ne peux que l'insérer dans ces lectures grecques.
La maison dorée de Samarkand est le dernier des bons albums de Corto Maltese.
Que chacun choisisse sa couverture préférée : en fait, pour mézigue, il n'y a que la première qui vaut la peine d'avoir dans sa bibliothèque.
Un de ces jours quand j'aurais vraiment du courage, et, plein de temps je ferai quelque chose sur les couvertures de Corto Maltese et un comparatif : les plus hideuses furent sans conteste celles éditées à l'aube du troisième millénaire (c'est un des nombreux bugs de l'An 2000 passés sous silence !)…


Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Édition originale noir&blanc - Éditions Casterman, 1986

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Version couleurs - Éditions Casterman, 1992

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Version noir&blanc - Éditions Casterman, 2001
(maquette de couverture immonde)

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Version petit format - Éditions Casterman, 2009

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Éditions Casterman, 2009

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
 Éditions Casterman, 2010

Hugo Pratt,
Corto Maltese, La maison dorée de Samarkand
Version noir&blanc - Éditions Casterman, 2012

Et pour la fin, le classique absolu qui a dû visiter toutes les cultures d'Europe et bien au-delà des Océans et de la Méditerranée : Astérix aux jeux Olympiques, des génies Albert Uderzo et René Goscinny.
Toutes les couvertures : si Dargaud conservaient toujours la même pour les nombreusses réimpressions, depuis le passage chez Hachette, la multiplication des couvertures doit faire perdre leur latin aux lecteurs d'Astérix.
Ça frise parfois le mauvais goût : voyez l'avant-dernière couverture…
Avant de revenir à, finalement, une couverture très proche de l'originale.
Comme quoi… il n'y a que dans les vieux chaudrons et cætera.
Quoi qu'il en soit : l'un des meilleurs albums d'Astérix le Gaulois. mais ils le sont tous meilleurs à partir d'Astérix et Cléopâtre (mais on s'arrête chez nos voisins belges) !

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Dargaud, 1968

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Hachette, 1997

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Hachette, 2005

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Hachette, 2007

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Hachette, 2008
"Mais qu'est-ce que c'est que cette couverture ?"

Uderzo + Goscinny, Astérix aux Jeux Olympiques
Éditions Hachette, 2011

Malgré toutes ces bandes dessinées se déroulant en Grèce, c'est un personnage secondaire  — archétype absolu — qui est incontestablement le plus célèbre Grec de la bande dessinée :  on revient presque toujours au(x) même(s) auteur(s) semble-t-il…
Non, il ne s'agit pas de Demis Roussos : je n'ai jamais entendu parler de sa biographie en bande dessinée, ou alors j'ai raté ce titre… de Pluie et de larme(s)


Mais bel et bien de…


Rastapopoulos
© Hergé Moulinsart ; Casterman i tutti quanti y compris la Syldavie et la Bordurie




Valéry Ponzone