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mardi 31 janvier 2017

> Des cartes de vœux… Avril

J'ai pioché ici ou là dans différentes boîtes d'archives pour en ressortir d'anciennes cartes de voeux de Bande Dessinée : cela ira peut-être un peu dans toutes les directions graphiques ?…

Le but est d'en montrer une (voire plusieurs) par jour, et ce jusqu'à la fin du mois puisque que l'on peut présenter ses vœux jusqu'au 31 janvier !…
J'ai moi-même envoyé mes propres vœux si souvent au tout dernier moment, que l'intégralité du mois n'y suffisait jamais !

C'est la fin du mois de janvier et le tout dernier jour pour pouvoir présenter ses vœux : le bouquet final —Broadway pour reprendre Reiser — avec ces 31 cartes de vœux de François Avril pour s'en mettre plein les yeux avec ce mois des cartes de vœux…
Je ne vois pas ce que La Maison de Valéry peut faire de mieux pour terminer ce mois de vœux avec vous ??…
Les premières sont certaines de celles que François Avril réalisait pour présenter ses vœux personnels, et la suite est un florilège choisi de cartes de vœux faites par différentes personnes…
Buena vista !!!…

Quoi de plus beau que terminer ce mois de janvier par Avril ?…

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 1987

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 1988

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 1991

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 1992

Avril pour ses vœux personnels
Impression en lithographie (avec texte) — 1993

Avril pour ses vœux personnels
Impression en lithographie (sans texte) — 1993

Avril pour ses vœux personnels
Impression en sérigraphie — 1987

Avril pour ses vœux personnels : NON ! Pour PLG en fait !
Impression en sérigraphie — 1995

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 1999
Imprimé par mézigue : cadeau pour l'auteur

Corbasson pour ses vœux personnels
Impression en offset (ton direct) — 2000
Imprimée par mézigue : "cadeau" pour l'auteur

Avril pour ses vœux personnels
Impression en quadrichromie — 2001
Imprimé par mézigue : cadeau pour l'auteur

Avril pour ses vœux personnels
Impression en offset — 2002

Avril pour ses vœux personnels
Impression en sérigraphie — 2003

Avril pour ses vœux personnels
Impression en offset — 2007

Avril pour les Éditions Anagraphis
Impression en sérigraphie — 198?

Avril pour les Éditions PMJ (?)
Impression en lithographie — 1993

Avril pour les Éditions Médicis
Impression en sérigraphie — 1995

Avril pour les Éditions PMJ
Impression en lithographie — 1996

Avril pour les Éditions Beaulet
Impression en offset — 1996

Avril pour des particuliers
Impression en sérigraphie — 1997

Avril pour les Éditions Christian Desbois
Impression en quadrichromie — 1998

Avril pour les Brochet Hervieux
Impression en sérigraphie — 1998

Avril pour les PP
Impression en quadrichromie — 1999

Avril pour Duran
Impression en quadrichromie — 1999

Avril pour la Librairie La comète de Carthage
Impression en quadrichromie — 1999

Avril pour son dentiste
Impression en offset (ton direct) — 2000

Avril pour la revue littéraire Lire
Impression en quadrichromie — 2001

Avril pour la Librairie La comète de Carthage
Impression en quadrichromie — 2001

Avril pour des particuliers
Impression en offset — 2001

Avril pour E. M.
Impression en quadrichromie — 2001

Avril pour des particuliers
Impression en sérigraphie — 2003



Bonne Année 2017 !!!
Que cette année soit Belle, Merveilleuse et remplie de sérénité…
Santé et prospérité !
Mes meilleurs vœux de bonheur pour cette nouvelle année !!!



Valéry Ponzone


jeudi 20 octobre 2016

> Victor Levallois rencontre Tintin à Berlin en 1952 par Stanislas…

Encore du Tintin ?…
Allons-y, puisque nous restons dans la semaine de quelques hommages au célèbre personnage à la houppe : en voici un par Stanislas.
Voici un beau dessin de Stanislas qui créait une rencontre inédite entre son personnage fétiche Victor Levallois et Tintin, les Dupondt et Milou à Berlin en pleine Guerre Froide
Brrrrrrrrrr…
L'action se passe juste avant Objectif Lune : mais que donc Tintin allait-il faire à Berlin cette année là juste avant de partir pour la Lune ?…

Il faut toujours contextualiser les choses : à l'époque de ce dessin, Stanislas n'avait pas encore projeté de se lancer dans Les aventures d'Hergé avec Fromental et Bocquet sous l'impulsion éditoriale de Yves Boniface from Reporter !…

Stanislas, Victor Levallois, Berlin, Juin 1952
Dessin original
Encre de Chine sur papier — XXe siècle

Ce dessin avait été imprimé en cette fin de XXe siècle en sérigraphie, pour un tirage de qualité, même s'il est collector, plutôt moyenne…
Un aussi beau dessin de Stanislas aurait mérité d'être vraiment mieux imprimé…

Stanislas, Victor Levallois, Berlin, Juin 1952
Sérigraphie couleurs — 180 ex. numéroté & signés
Éditions Sans Intérêt — XXe siècle

Il y aura plein de Tintin par Stanislas à la suite des Aventures d'Hergé justement : le truc malin qui aura permis de s'amuser !…

Cette autre très belle estampe, imprimée en sérigraphie par L'Atelier Éric Seydoux a été éditée lors de l'exposition organisée par Reporter à la Galerie Médicis (c'était blanc bonnet et bonnet blanc ou schtroumpfs verts et verts schtroumpfs, pour faire esprit Bande Dessinée, ou juste le plaisir d'écrire "schtroumpfs" sans vérifier que je ne me trompe pas !??).
Un très beau travail d'impression !…
Il faut noter le truc malin dont je parlais, comme dans cette estampe : dessiner un représentation de cette fameuse pièce de théâtre [Tintin en Inde] Le mystère du diamant bleu, avec Hergé et ce qui me semble être plutôt EP Jacobs tout heureux de l'accueil du public à la pièce…
"Ce qui me semble" car la pièce a été écrite par/avec Jacques Van Melkebeke, dit le proscrit ou celui dont on doit taire le nom… parce qu'il aurait été collabo option vert-de-gris… et je ne pense que ce soit lui avec Hergé ?…
Comme l'Histoire officielle de la Bande Dessinée nous apprend que Hergé et Jacobs se serait rencontré lors d'une représentation de cette pièce…
Ce serait amusant de publier cette pièce de théâtre (ou peut-être est-ce interdit ?) ou d'en faire au moins quelque chose, même s'il semble d'après le peu d'éléments connus du tapuscrit, que certaines petites choses auraient pu servir d'inspiration dans des histoires postérieures de Tintin ?…

Stanislas, Les aventures d'Hergé, Le mystère du diamant bleu
Sérigraphie couleurs — 1850 ex. numéroté & signés
Éditions Reporter — 1999

Plein de collectors de tous types furent aussi produits pour la sortie de ces Aventures d'Hergé :  les principaux furent la (longue) série d'ex-libris pour promouvoir l'album édité par Reporter…
Tout commença avec les deux vraies-fausses boîtes de vraies-fausses figurines — ça va devenir aussi compliqué que d'anciennes histoires de passeport — que j'ai éditées en 1999…

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîtes pour les figurines Numéros 1 + 2
Librairie-Galerie La comète de Carthage, Paris — 1999

La Maison de Valéry ® ne reculant devant aucun sacrifice, j'offrais 2 exemplaires de ce tirage !…
Un premier numéroté et signé par Stanislas, et un second non signé : celui-ci pouvait servir à vraiment s'amuser et à vraiment monter les deux boîtes pour occuper un dimanche grisâtre d'automne avec ses enfants : ce qui à cette époque reculée, changeait de tout ce temps passé devant un écran d'ordinateur, n'est-il pas ?…
Aaaah !… Se mettre plein de colle sur les doigts pour avoir le plaisir de voir ces boites montées et posées sur l'étagère du salon ou dans le buffet de famille… 

Voici les autres… si je n'en oublie pas que je ne connaîtrais pas ?…

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 3
Librairie Super Héros, Paris — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 4
Librairie Sans Titre, Bruxelles — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 5
Librairie Sans Titre, Bruxelles — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 6
Librairie Ty Bull, Rennes — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 7
Librairie Ici Même, Rennes — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 8
Librairie Azimuts, Montpellier — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 9
Librairie Oscar Hibou, Bordeaux — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 10
Galerie Médicis, Paris — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 11
Galerie Médicis, Paris — 1999

Stanislas,  Ex-libris pour Les aventures d'Hergé
Boîte pour la figurine Numéro 10
Het Besloten, Leuven — 1999

Un petit jeu pour les vrais nostalgiques ?…
Si je ne me trompe pas, il ne resterait que quatre librairies sur toutes celles qui avaient participé plus qu'activement à la mise en avant et à la réussite des Aventures d'Hergé version Reporter ?…





Valéry Ponzone

vendredi 16 mai 2014

> Télérama Paris N° 254 - 29 octobre 1997

Ah ! Ah ! Ah ! Ah !…
Je suis tombé sur ce document historique en triant des photos dans des sauvegardes !
Je ne sais plus qui a pu me scanner ce document et me l'envoyer à l'époque ?
Je ne sais même pas où est le n° de Télérama lui-même, et je ne l'ai jamais scanné de mon côté…
Mais, je sais que ça va faire rire certains !
Jeune et large d'épaule (on the road again)…

J'ai ouvert la librairie-galerie La comète de Carthage en septembre 1997, et j'ai eu l'immense chance d'avoir ce papier dans le successeur du Petit Journal de Télérama, fin octobre 1997…
Je n'ai jamais su pour quelle raison : promis- juré, je n'ai payé personne (ce n'est donc pas du publi-reportage), et tout est dit dans l'article, discret… pas de relationnel (en fait le mot pour résumer ce concept : timide), donc pas de réseau…
Mais le fait est que…
La photo avait été un moment intéressant : je déteste les photos pour une raison bien particulière, et être obligé de poser pour celle-ci m'avait poussé à me forcer un peu-beaucoup-passionnément !
Mais c'était dans Télérama, enfin, dans son supplément parisien, et ayant été lecteur assidu de l'hebdomadaire, je ne pouvais qu'accepter avec le plaisir !…

Tout est dit, et je me demande encore pourquoi des gens sont étonnés et semblent
attendre la brosse à reluire et l'hypocrisie qui l'accompagne plutôt que prendre les choses comme elles sont perceptibles ?…
C'était dans le journal pourtant !?

Télérama Paris N° 254 - 29 octobre 1997
Me, myself and I à La comète de Carthage

Ce ne fut pas là mon quart d'heure de célébrité, je l'ai déjà eu de très longues années avant cette date, et ce n'est jamais quelque chose qui m'a attiré, loin s'en faut !…
La tranquillité est bien plus satisfaisante : surtout pour lire des bandes dessinées…

Un petit jeu (de toute façon, je ne sais pas si beaucoup de monde lit ce blog ?) : il y a huit cadres derrière moi.
Je ne tiens pas compte de celui tout en haut à gauche dont on ne voit qu'une toute petite partie…
Celui ou celle* qui me donne les auteurs et titres des estampes encadrées se verra offrir un cadeau collector, de préférence une image pour rester dans l'esprit…
Si, si : et elle sera signée.





* enfin, hormis si c'est un celui ou celle dont le relationnel serait plus mauvais que le mien…

jeudi 10 avril 2014

> Propaganda… suite

Encore du baume au cœur*, toujours agréable quand cela vient d'un support totalement objectif et éloigné du petit monde de la BD : sur un site italien consacré à la Culture et aux sorties dans la capitale du Monde de la Galáxie de l'Univers,  Parigi Grossomodo, un article sur les meilleures librairies parisiennes, et, c'est incroyable,  je suis dedans.

Le migliori librerie di Parigi


Surtout, surtout, aux côtés de librairies historiques comme La Hune, Joseph Gibert, Shakespeare and Company (enfin, la deuxième, pas la première, véritablement historique surtout pour Joyce), La librairie gourmande etc.

Voici le texte, pour une petite leçon d'italien : c'est facile, plus que l'anglais en fait.
Je m'en suis rendu compte un jour à la Galerie Nationale d'Art Moderne de Rome, dans la Villa Borghese (je recommande,  et qui plus est  il n'y a jamais personne : vous y verrez un très beau Modigliani, un très beau Van Dongen, et aussi un très très beau Klimt : un  tableau véritablement majeur, Les trois âges de la femme) : je me suis trompé de plaquette explicative, et je lisais l'italienne sans me rendre compte  (oh ! le crétin !) tout de suite que ce n'était pas l'anglaise…
Le français est tellement proche de l'italien, que j'avais l'impression de lire une plaquette en français alors que cette langue est quasiment toujours absente des Musées romains...

"Per gli appassionati di BD

La cométe de Carthage
4, rue Frédéric Sauton
75005 Parigi
Nel cuore del quartiere latino, a pochi metri dal Lungosenna, questa libreria specializzata nel fumetto è il posto dove andare se, appassionati della nona arte, siete alla ricerca di qualcosa di veramente particolare o se, semplicemente, volete immergervi in questo mondo aiutati da una persona competente. In questo caso, editore delle edizioni LE 9ème MONDE, il proprietario dei luoghi è l’uomo che fa per voi: probabilmente uno dei più grandi esperti in Bande Dessinée di Parigi, saprà aiutarvi e guidarvi nelle ricerche più difficili."

Grazie a voi

Qui plus est le rédacteur de l'article qui ne s'est pas présenté, semble en savoir plus sur ma librairie, sur son emplacement et mon activité d'éditeur que bon nombre de professionnels de la profession officiant dans la BD !
C'est ce qui m'impressionne le plus !
Ce que savent certains ou l'ignorance des autres ?
À vous de deviner (un indice : j'aurais pu ajouter "crasse")…

Ciao



* Hé oui ! Cela vous étonne : je préfère que l'on comprenne ce que j'ai fait depuis mon ouverture, et que l'on apprécie tout cela que le contraire !
Pas forcément que l'on aime, ça c'est un autre plan, mais bel et bien que l'on apprécie.

mardi 11 février 2014

> Alan MOORE+O'NEILL dans la LETTRE DE CARTHAGE #5 - MARS 2000

J'ai retrouvé les maquettes de la Lettre de Carthage : ce fût la newsletter (comme on dit en bon français) d'informations de la libraire de son ouverture en 1997 à 2003 de mémoire.
Douze numéros, chacun envoyé à plusieurs centaines d'exemplaires pour informer des expositions, signatures ou nouveautés et surtout sorties de ce que j'ai édité au fil des années (portfolios, livres ; estampes ; affiches ; tirages de luxe ; collectors etc.) sans oublier certains ouvrages que j'ai distribués (j'aurais mieux fait de m'en abstenir !)…

Quelques rares textes furent écrits par d'autres personnes par amitié: les meilleurs, comparativement aux machins-trucs que je rédigeais à la va-vite pour juste présenter les choses (il fallait toujours tout faire en même temps)…

Voici le texte écrit par un ami pour présente Alan MOORE et Dave O'NEILL lors de la sortie des comics de The League of Extraordinary  Gentlemen :

LETTRE DE CARTHAGE #5
MARS 2000

"Après V pour Vendetta, après les Watchmen et autre From Hell, Alan MOORE revient avec une des séries les plus intrigantes de ces dernières années : suspense, humour et Intelligence [Service of course !] sont au rendez-vous des Aventures hors du commun de cette League of Extraordinary Gentlemen




Reconnaissons tout de suite que le principe de cette nouvelle série scénarisée par l’hirsute barde anglais est plutôt jouissif : prenez des personnages de fiction du 19ème siècle, rassemblez-les pour de nouvelles aventures apocryphes, et servez bien frais. Tout cela n’est pas original [voir les romans de P.J. Farmer liant The Shadow, James Bond, Tarzan…], mais l’utilisation qu’en fait Moore est tellement jubilatoire que l’on peut l’imaginer ricanant dans sa barbe lors de l’élaboration de l’intrigue. Dans un monde où les rapports de force sont subtilement différents du nôtre, l’arrière-plan politique de l’intrigue - qui fait de cette histoire une amusante uchronie - s’efface devant les exploits dignes des penny dreadfuls de cette Ligue des Extraordinaires Gentlemen. En voici les membres : Mr. Alan Quatermain, bien connu pour son incursion dans les mines du Roi Salomon ; le capitaine Nemo, que l’on ne présente plus ; Mr. Hawley Griffin, inventeur d’un sérum d’invisibilité ; le docteur Henry Jekyll - et bien sûr son alter ego - ; et enfin une certaine Miss Wilhelmina Murray, plus connue sous le nom de Mme Mina Harker, qui sait résister aux hommes, même quand ils ont les dents longues. Une bande d’aventuriers décatis [Quatermain est accro à l’opium], d’assassins en fuite [ni Hyde, ni Griffin ne sont des parangons de vertu], de femmes à la morale douteuse [ça ne se fait pas de fuir avec un étranger, même si c’est un comte]. Tout ce beau monde est rassemblé par un agent britannique [au service d’un certain “M”…], car dix ans après les exploits si bien médiatisés de l’Éventreur, l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais se retrouve menacé par un ennemi aux yeux bridés, le Péril Jaune incarné…j’ai nommé le diabolique Fu Manchu. Celui-ci a dérobé un échantillon de cavorite [relisez Les Premiers Hommes dans la Lune], ce qui pourrait lui permettre de prendre le contrôle des airs - il n’y avait guère que Robur et quelques autres pour savoir maîtriser le plus lourd que l’air, à l’époque. Mais ce n’est que le début d’une histoire qui ménagera quelques surprises au lecteur le plus blasé.
Au-delà de l’amusement procuré par ce gloubi-boulga fictionnel, on peut remarquer que MOORE et O’NEILL jouent sur de nombreux stéréotypes des histoires de l’époque : la place des femmes dans la société, le racisme anti-asiatiques, le colonialisme. Contrairement à ce qui se passe dans l’œuvre précédente de Moore, le très sérieux From Hell, ces thèmes on ne peut plus réalistes ne constituent pas l’intérêt principal de la série, mais pour le lecteur enclin au second degré, ils ajoutent au plaisir simple mais réel d’une intrigue bien ficelée.Comme à l’habitude, Moore s’est adjoint un dessinateur de premier plan, bien que peu reconnu, son compatriote Kevin O’NEILL. Celui-ci n’est connu en France que pour son travail sur la série Marshall Law, dont la première histoire fut jadis publiée par les éditions Zenda. Son dessin était alors tout d’exagération : des visages déformés par la haine, des corps sous stéroïdes, des bastons comme on n’en avait plus vues depuis Jack Kirby, tout cela seyait parfaitement à ce qui se présentait comme une satire cruelle et assassine du principe même des super-héros, vache à lait de la bande dessinée anglo-saxonne.
Pour The League, O’NEILL s’est assagi. Une composition très régulière, des corps bien proportionnés, des  visages plutôt réalistes, et des décors…ah, des décors à faire pâlir d’envie Tim Burton.
Dans le droit fil des ambiances steam-punk développées  depuis plusieurs années en science-fiction, voici que s’offre à nos yeux ébahis un Londres unissant la désolation d’un quartier de Limehouse malheureusement à peine exagérée et la démesure de monuments titanesques à la gloire de l’Empire, enchevêtrements de métal à côté desquels les pyramides d’Égypte passeront pour d’aimables jeux de Lego™. Le vaisseau de Nemo est lui aussi un bijou : sorte de calamar géant en acier trempé [“trempé”, le Nautilus : humour !], sa décoration intérieure ferait penser à de l’art déco version hindoue. En effet, loin du James Mason de la version Disney™, Nemo est ici dépeint comme un Hindou de haute caste - en accord avec les livres de Jules Verne - , un personnage désabusé que l’asservissement de son pays par les anglais a rendu quelque peu misanthrope, et qui pourtant accepte de servir l’Empire. Mais il n’est pas homme à se laisser longtemps abuser… Il est en fait l’exact opposé de Quatermain, qui reste manifestement fidèle à son image d’aventurier colonialiste. Griffin et Hyde, eux, ne sont là que pour gagner le pardon pour leurs crimes. Quant à Wilhelmina Murray, il s’agit probablement du personnage le plus intéressant. O’NEILL la dessine comme une jeune femme de belle allure qui, revenue de sa macabre aventure, a une fois pour toutes décidé qu’il n’y avait aucune raison qu’elle se soumette aux diktats de la moitié masculine de l’humanité. Ce qui nous donne de savoureux échanges entre cette divorcée anti- conformiste et les incurables machos que sont Quatermain et Nemo.
Une caractéristique secondaire de cette série est la volonté de Moore d’utiliser autant que possible des personnages déjà existants dans la fiction du 19ème siècle. Le lecteur va donc être entraîné dans une aventure où il pourra rencontrer au coin d’une rue des personnages comme Auguste Dupin [La Lettre Volée, ça vous dit quelque chose ?), un rescapé de Moby Dick…j’en passe et des moins connus.
Le moindre personnage, même de second plan - voire d’arrière-plan - est tiré d’un livre ou d’un autre. On peut donc se livrer à un divertissant jeu de piste,d’intérêt limité il est vrai pour le lecteur français, puisqu’une grande partie de ces personnages proviennent d’ouvrages anglo-saxons, le plus souvent de littérature populaire. Mais on trouve déjà sur la Toile des sites consacrés à cet exercice.
Cette série a provoqué aux États-Unis un tel engouement qu’une deuxième histoire est déjà annoncée, alors même que la première tarde à se terminer, puisque la cinquième partie accuse un retard d’environ un an et devrait paraître fin avril 2000. Moore a d’ailleurs fait part de son envie de développer toute une gamme d’histoires utilisant des personnages de fiction : dans une scène révélatrice, Murray contemple un tableau montrant des personnages du 18ème siècle, comme Gulliver Nul doute que si le public continue à être au rendez-vous, ce filon à la fois d’un grand potentiel commercial mais aussi tellement distrayant sera exploité au mieux par Moore, qui revient donc sur le devant de la scène grand public grâce à cette série et prouve une fois de plus la diversité de son talent. On peut affirmer sans grand risque que The League of Extraordinary Gentlemen satisfera aussi bien les lecteurs à la recherche d’un divertissement de qualité que ceux, plus rares, à l’attente de la prochaine grande œuvre de Moore, qui sera probablement liée à la  magie, un domaine pour lequel celui-ci montre un intérêt croissant. Ne craignez rien. Si Watchmen / Les Gardiens vous a fait oublier vos préjugés vis-à-vis des super-héros, Alan Moore réussira bien à vous faire oublier David Copperfield..."

F. Peneaud

> MOORE & O’NEILL, The League of Extraordinary Gentlemen
[Ed. America’s Best Comics]



La Lettre de Carthage n°5 - mars 2000
Couverture Al Séverin

lundi 10 février 2014

> Kyle BAKER dans la LETTRE DE CARTHAGE #4 - FÉVRIER 2000

J'ai retrouvé les maquettes de la Lettre de Carthage : ce fût la newsletter (comme on dit en bon français) d'informations de la libraire de son ouverture en 1997 à 2003 de mémoire.
Douze numéros, chacun envoyé à plusieurs centaines d'exemplaires pour informer des expositions, signatures ou nouveautés et surtout sorties de ce que j'ai édité au fil des années (portfolios, livres ; estampes ; affiches ; tirages de luxe ; collectors etc.) sans oublier certains ouvrages que j'ai distribués (j'aurais mieux fait de m'en abstenir !)…

Quelques rares textes furent écrits par d'autres personnes par amitié : les meilleurs, comparativement aux machins-trucs que je rédigeais à la va-vite pour juste présenter les choses (il fallait toujours tout faire en même temps)…

Voici le texte écrit par un ami pour présente Kyle Baker lors de la sortie en français de Pourquoi je déteste Saturne (Éditons Delcourt) :

LETTRE DE CARTHAGE #4
FÉVRIER 2000

"D’abord, c’est  plein d’hydrogène. Ensuite, c’est froid et beaucoup trop loin pour y passer un week-end en amoureux. Mais Anne a de toutes autres raisons pour détester Saturne.



Sous une couverture décevante - l’originale était bien plus originale - voici enfin traduit un des albums U.S. les plus amusants de ces dernières années. Kyle  BAKER n’en était pas à son coup d’essai avec cette comédie de moeurs : un premier album solo paru en 1988 et disponible actuellement chez  Marlowe and  Company, The Cowboy Wally Show, confirmait le talent d’humoriste apparu en 1987 dans ses dessins  pour la série de DC Comics The Shadow, un bijou d’humour très noir, ou même l’adaptation en B.D. de films comme Howard The Duck - une daube totale,  il faut bien le reconnaître. Cowboy Wally racontait  la carrière d’un animateur-acteur de la télé américaine, producteur de séries à côté desquelles Hélène et les garçons pourrait passer pour un chef-d’oeuvre comme Twin Peaks.
Avec un noir et blanc très sobre et une science consommée des expressions faciales,  BAKER livrait une satire de la télé populaire, lui qui écrit pour elle depuis longtemps.
Déjà présente dans cet album, l’utilisation de dessins à mi-chemin entre l’illustration et la B.D. accompagnés de texte situé sous ou à côté des cases va caractériser les œuvres suivantes de BAKER. Celui-ci puise donc depuis ses débuts aux sources de la  bande dessinée, avant l’utilisation des bulles, pour créer des oeuvres pourtant très ancrées dans leur époque. Son art consommé du rythme, qui doit beaucoup au  slapstick des débuts du cinéma au plan narratif, mais qui est aussi en évidence dans les chutes de ses blagues hilarantes, n’est égalé que par sa maîtrise de la complémentarité texte-image.Pour reprendre la classification établie par Scott Mac Cloud dans L’Art Invisible, BAKER utilise à merveille certaines combinaisons entre le mot et le dessin : le type “additif” où texte et image font passer le même sen, ici amplifié, et le type ‘interdépendant”, où une synergie, une création de sens, se produit entre le texte et l’image. Quand cette virtuosité est mise au service d’un humour où figurent en bonne place des jeux de mots bien tirés par les cheveux [bon courahe au traducteur !], le résultat atteint des sommets de folie douce
En 1999 est paru chez DC Comics / Vertigo son troisième album, You Are Here, dans des couleurs par ordinateurs genre cellulo. Un trait qui oscille entre les bébêtes à la Disney et le gore à la De Palma, un méchant qui ressemble à Mitchum dans La Nuit Du Chasseur, un homme qui voit son passé lui revenir en pleine figure, tout cela crée une atmosphère plus âpre que celle de Cowboy Wally, atmosphère que l’on retrouve dans son dernier album en date, paru pour la fin de l’année chez  DC, I Die at Midnight.
Le 31 décembre 1999, un homme largué par sa copine décide de se suicider en avalant des  médicaments, mais ladite copine surgit bien inopportunément, décidée, elle,
à faire la paix. S’ensuit une course contre la montre en 64 pages dans un New- York  prêt au passage à l’an 2000. Une course-poursuite pour récupérer un remède aux médicaments absorbés, mais aussi contre un gros bras cinglé et violent épris
de la copine en question. Un réveillon pas comme les autres... Ces deux derniers albums, à l’humour toujours présent mais où les personnages sont confrontés à des psychopathes réellement malfaisants, annoncent peut-être une évolution chez le comique léger que fut jusqu’à présent BAKER.
Léger, mais dangereux : il a récemment provoqué la destruction du tirage d’un comic. Il y dessinait une courte histoire humoristique où l’on découvrait les déboires de la baby-sitter de Superman bébé. Une ambiance à la Tex Avery qui a terrifié l’éditeur DC Comics quand ils ont découvert le super-bébé grésillant joyeusement dans un four
à micro-ondes. De peur qu’un parent imbécile n’essaie la même chose avec son gosse et les poursuive en justice, ils ont fait pilonner ce comic. De la naissance d’un collector
de Kyle BAKER...
Entre Cowboy Wally et You Are Here se situe donc Pourquoi je Déteste Saturne,  paru en 1990 chez DC. Le noir et blanc est là rehaussé de l’utilisation élégante
d’une couleur de fond, choix délibéré de la part de  Baker puisque des projets comme Justice Inc. [une mini-série dérivée de The Shadow] ou l’adaptation B.D.
de De l’Autre Côté du Miroir, pour le défunt éditeur First Comics, avaient montré son art de la couleur.
Le point fort du dessin de BAKER, ces contorsions faciales en phase parfaite avec un texte soigné aux petits oignons, est lui aussi à l’honneur. Le personnage principal de cette histoire est une jeune femme nommée Anne, dont la soeur légèrement fêlée est poursuivie par son ex, un jaloux dangereux...et prétend venir de Saturne.
Vive la famille ! 
Anne est une femme moderne : elle écrit une chronique pour un magazine branchouillard, se débrouille très, très bien sans les mecs, si, si, s’habille en noir et passe beaucoup de temps à discuter de sexe avec son meilleur copain, Ricky. Une new-yorkaise des
années 80, quoi. Qui va traverser les U.S.A. à la recherche de sa soeur quand l’ex vient la menacer. De quoi effectivement détester Saturne ! 
Tout cela est aussi bavard et amusant qu’un bon  épisode  de sitcom, les  considérations loufoques sur les hommes, les femmes et tout le tintouin succédant aux calembours et vacheries. Même lors des apparitions de l’ex qui se fait de plus en plus pressant,
le ton reste léger et hystérique. Comment échapper à un type assez riche pour faire condamner un immeuble, se demande Anne. Heureusement pour elle, on apprend
à se servir des armes lourdes, sur Saturne..."

F. Peneaud


La Lettre de Carthage n°4 - février 2000
Couverture Pascal Rabaté