dimanche 18 octobre 2026

> De la Commune de Paris au 17 octobre 2026…

C'est la nuit et je regarde une vidéo de Blast sur les manifestations de ce samedi 17 octobre 2026 à Paris : dans la foule un grande pancarte brandie devant une banderole : 

 

Paris 17 octobre 2026 proche de la Place de la République : un pancarte parmi d'autres…

Paris 17 octobre 2026 proche de la Place de la République (pancarte détail) 


Qui voit ça dans une vidéo d'une manifestation et pense discerner "son" Manara" ? Je me demande aussi si ce n'est un montage graphique d'après Tardi et son Cri du Peuple avec Jean Vautrin ET Manara : une sorte de remix graphique tel que l'on peut en faire en musique ? 

Une pancarte inspirée et certainement remontée d'après Manara — si c'est bien d'après lui — quand il avait œuvré dans les années 70 pour les éditions Larousse et son Histoire de France en bande dessinée…  Manara avait effectivement fait une vingtaine de page sur la Commune, cette période que l'on ne nous apprend pas ou quasiment pas, dans notre cursus scolaire jusqu'à la Terminale : comme ç'est bizarre… vous avez dit bizarre ? 

Voici le poster de Manara qui était joint au numéro 20 de cette Histoire de France en Bande Dessinée : ce n'est certainement pas le propriétaire actuel de Larousse qui n'a rien du romantisme d'une aurore boréale, qui permettrait qu'une Bande Dessinée sur la Commune de Paris soit publiée dans son groupe éditorial!!???…  

 

Milo Manara - L'Histoire de France en Bande Dessinée, Larousse 1978 "La Commune" Poster central

 

 

Je ne peux que vous recommander l'excellentissime série de Pacôme de Champignac Thiellement sur le même site de Blast (ou sur YouTube) et son Histoire de France, De César à Macron, L'empire n'a jamais pris fin. L'épisode sur la Commune est très intéressant, comme toute la série d'ailleurs, du début à la fin. La version d'un exégète sur notre Histoire, qui ne se présente pas comme historien. L'épisode sur Hara Kiri n'est pas en reste si l'on veut rester dans notre bulle de Bande Dessinée, ce doit être l'avant-dernier de la série d'ailleurs ?  

 

Hara Kiri numéro 81 - Juin 1968 - "Journal Bête & Méchant"


Le prétexte est tout trouvé pour réviser quelques affiches de Mai 68 et des Ateliers d'Art Populaire, et d'ailleurs : 

 






















  

Valéry Ponzone

 

samedi 17 octobre 2026

> Davodeau à l'heure du thé et Hiroaki dans la nuit étoilée…

Dans les années 2000, n'ayant pas assez à faire avec la librairie, les expositions ou l'édition, je me suis mis à faire de la diffusion / distribution : il faut croire que les journées ne devaient pas être assez chargées? 

Parmi les éditeurs diffusés, il y eut  L'Atelier Vertical from Bruxelles et ses très belles images imprimées en sérigraphie : Bezian, Boucq, Geerts, Pellejero, Lidwine …

L'une des estampes qui rencontra le plus de succès fut cette très jolie estampe de Davodeau : L'heure du thé. 

Étienne Davodeau - L'heure du thé L'Atelier Vertical 2006 - Impression en sérigraphie

 

J'aime aussi énormément cette estampe japonaise de Takahashi Hiroaki, Nuit étoilée publiée en 1926 au Japon… 

Takahashi Hiroaki, Nuit étoilée - Gravure sur bois 1926


Valéry Ponzone 

 

 

vendredi 16 octobre 2026

> Les hackers sans cœur aiment gâcher la nourriture…



Alors que les Restos du Cœur et autres associations dévouées retroussent déjà leurs manches et se préparent à une nouvelle campagne de lutte et de solidarité — de fraternité devrait-on dire — à l'approche de l'hiver, on découvre que les hackers planqués derrière leurs claviers ou dans" des fermes à manipulation numérique", eux, n'en ont absolument rien à carrer que des gens ne mangent pas en France, en Europe en Occident et partout sur la Terre (qui est ronde, ne l'oublions pas). 

Ils s'en battent les flancs et ont trouvé un nouveau but dans la vie : gâcher des millions de tonnes de nourritures comestibles : si l'intelligence était vraiment répandue, cela devrait les discréditer à vie même s'ils ne sont que des nuisible absolus…


Valéry Ponzone 

 

mardi 13 octobre 2026

> Paris Nôtre-Dame, de Fédor Hoffbauer à André Juillard…

C'est certainement l'une des plus belles estampes en sérigraphie d'André Juillard qui a été éditée en 1997, et dont j'avais eu la chance de pouvoir exposer les différents états des passages en sérigraphie : ce qui avait permis à certains collectionneurs de comprendre — enfin — le principe de la sérigraphie et de ses passages couleurs.

Mais connaissez-vous la source iconographique de cette estampe de Juillard ?  

The sky is blue yellow… 

Fédor Hoffbauer - Paris, Notre-Dame 1595 (chromolithographie)

André Juillard - Paris, Notre Dame au XVIIe siècle (Totem, 1997)

André Juillard - Paris, Notre Dame au XVIIe siècle - version au trait (Totem, 1997)

André Juillard - Invitation Exposition (1997)

Fédor Hoffbauer - Paris, Notre-Dame 1750 (chromolithographie)

Fédor Hoffbauer - La cathédrale Notre-Dame et le palais de l'Archevêché en 1595 (dessin original) 


 

 

Valéry Ponzone

 

 

mercredi 7 octobre 2026

> Arzach, Tintin, Milou & Cie par un ami des années 90…

 En ouvrant un carton à dessin je retombe sur cet Arzach / Tintin qu'un ami m'avait offert en 1994, après avoir ressorti compresseur et aérographe de ses années à Estienne…

Un sacré beau dessin, et un très beau cadeau. 

Je ne mets pas le dessin trop grand afin d'éviter la récupération parasite ou commerciale sur plaque métal extrême-orientale ! 

 



Valéry Ponzone

 

 

lundi 5 octobre 2026

> Hergé : de Georges Barbier à Georges Rémi

Tintin et moi  est le premier livre d'entretien conduit par Numa Sadoul dans les années septantes dans lequel Hergé avoue avoir eu une enfance plus que sans histoire.

Dans le premier chapitre de cet ouvrage, intitulé Un enfant sage, Numa Sadoul interroge Hergé sur ses premières années et ses lectures. Hergé y décrit son enfance comme extrêmement monotone et sans relief, passée au sein d'un milieu petit-bourgeois étriqué.

« Mon enfance me paraît avoir été très grise... Elle s'est déroulée dans un milieu petit-bourgeois très moyen, à Bruxelles, et a été parfaitement sans histoire. Rien ne s'y passait. » (…)

et un peu plus loin

« Je lisais n'importe quoi... y compris les revues de mode de ma mère ! ».

Je me suis souvent demandé à quel point le style graphique de Georges Barbier avait pu influencer le jeune Georges Rémi, aussi bien dans son approche du trait, éminemment Ligne Claire avant la définition officielle du terme,  qu'un peu plus loin du fait de sa mémoire visuelle eidétique (absolue) ? 

Cela fait très, très longtemps que je m'interroge sur ce très beau dessin de Georges Barbier de la fin des années 1910, et réalisé pour un portfolio rarissime : Au bonheur du Jour ou Les Grâces à la Mode, édité chez Meynial en 1920… 

 

Georges Barbier, Chez la marchande de pavots - Portfolio Au Bonheur du jour, 1920
 

Ce dragon noir sinueux, toutes griffes dehors, sur ce fond rouge dans les style des rouges de Chine, sans oublier la thématique de La marchande de pavots avec ces élites décadentes alanguies, étendues sous le coup de la torpeur, sans oublier jusqu'au détail du vase asiatique placé sur la gauche du dessin : je n'ai jamais pu m'empêcher de rapprocher ce dessin de Georges Barbier de la mythique couverture du Lotus Bleu de Georges Rémi, devenu Hergé…

 

Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1936


Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1939 

 
Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1946

Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1936

Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1952

Hergé, Tintin - Le Lotus Bleu - Éditions Casterman, 1984

Les compositions peuvent être rapprochées par l'arc de cercle du dessin de Georges Barbier et le dragon d'Hergé qui est un cercle en lui même. Le sujet du Lotus Bleu étant le trafic d'opium depuis l'album précédent Les cigares du Pharaon d'ailleurs, on ne peut que voir là qu'une forme de résonance graphique & thématique : notamment avec les scènes de fumeries d'opium avec des notables et des Occidentaux couchés sur des nattes, dans une semi-pénombre, inhalant la fumée de leurs longues pipes.

Si Georges Barbier dessinait dans de nombreuses revues particulièrement dans les années 10 et 20 du siècle dernier : dans des revues satiriques telles Le Rire ou La Baïonnette, mais c'est principalement dans les revues de mode de l'époque qu'il se fit connaitre (et reconnaitre internationalement !) sur le plan graphique. Principalement à travers les pages du Journal des Dames et des Modes, Vogue France,  Modes et manières d'aujourd'hui (…), et surtout de La Gazette du Bon Ton, revue très luxueuse dont les illustrations étaient réalisées au pochoir, tout comme ce portfolio Au Bonheur du Jour.

Il est fort improbable que la mère du jeune Georges Rémi ait été abonnée à La gazette du Bon Ton, mais, dans la mesure où Alexis Remi (le père d'Hergé) travaillait dans une maison de confection pour hommes (Maison Waucquez à Bruxelles), on pourrait légitimement penser que les catalogues de mode, les revues professionnelles de tissus et les publications d'élégance — même aussi prestigieuses — circulaient presque obligatoirement dans ce milieu professionnel pour observer les tendances?

Un dessin comme cette Marchande de Pavots de Georges Barbier a-t-il été vu par un Georges Rémi adolescent, dans une revue de mode prestigieuse ou un magazine d'art?

A-t-il pu être stocké dans un coin du cerveau de Georges Rémi qui, devenu Hergé 15 ans plus tard, lorsqu'on lui demande de dessiner une couverture percutante pour son nouveau livre de Bande Dessinée sur le thème de la Chine et de l'opium, voit la puissance de son inconscient artistique faire surface : le dragon noir se cabre et s'enroule sur lui-même de nouveau sur ce fond rouge si spécifique? 

Quoi qu'il en soit, il parait évident que l' Atelier Hergé Publicité lancé en 1930 a été influencé par l'esthétique, le trait et le style Art Déco de Georges Barbier (sans oublier Cassandre…) pour tous les travaux de commande pour des réclames qu'Hergé traitaient dans cette nouvelle structure dérivée de son activité de dessinateur. Du traitement des silhouettes et des drapés, au minimalisme chromatique et l'utilisation de l'aplat, sans oublier les compositions géométriques et les lettrages…

Réminiscence graphique?

 

Hergé - Liseuse publicitaire La glace polie A.M.G.E.C., 1928

 

 

Valéry Ponzone

 

 

mardi 29 septembre 2026

> EP Jacobs ou L'affaire énigmatique du mystère du piège des planches volées

Cette étrange affaire révélée en 2017 dans les pages du journal Le Soir par Daniel Couvreur vient de rebondir en cette rentrée 2026. Je ne vais pas rendre compte et répéter ce qui a déjà été dit et écrit un peu partout à ce sujet plus que triste. On peut discuter de la ligne de défense des uns et des autres puisque certains des principaux galeristes  et experts de bande dessinée ont été inculpés, ainsi que d'énormes collectionneurs, sans oublier ceux qui se taisent et cachent leurs originaux spoliés sous leur matelas en espérant passer à travers les mailles du filet ? 

En octobre 2017 certains collectionneurs tel Carbonnieux étalaient leurs originaux sur internet, dans ce fameux esprit blingbling du site et hérité des années Sarko (vous savez, cet ancien Président de la République Française sous bracelet électronique)… Lui allait un peu plus loin en tentant de renvoyer Daniel Couvreur, journaliste, dans les cordes en le citant avec un espèce de morgue non dissimulée pour commenter son original de Blake et Mortimer par EP Jacobs :

"Projet pour LE poster édité à la sortie de l'album en 1962. "Dessin rare que Jacobs avait fait encadré dans sa maison du Bois des Pauvres. Il faisait partie des pièces de musée léguées à sa Fondation et figure pourtant aujourd'hui dans une collection privée" (dixit Mr D. Couvreur, journaliste au journal Le Soir, dans son article du 17/09/2017).
Commentaire
Projet très abouti du rarissime poster édité au moment de la sortie de l'album en 1962 aux Editions du Lombard.
Dessin acheté à la Galerie Maghen en février 2016, et donc avec remise d'une facture ....
Le dessin "au propre" de ce poster sera finalement recyclé pour illustrer la couverture du dossier Edgar-Pierre JACOBS paru dans le Journal Tintin du 14/10/1971.
Il fut également repris à diverses reprises pour illustrer des publications telles que Un Opéra de papier.
La technique est celle des crayons de couleurs mêlés à un trait fin de la plume et de SON encre de Chine.  Au dos figure le traditionnel crayonné servant à la correction de Jacobs avec l'aide de sa table lumineuse!
"

Avant de vite retirer son dessin et cette entrée de son compte sur ce site… pourtant les commentaires des génufléchisseurs de service étaient tous très élogieux sur cette fameuse "pièce de musée", qui était surtout une pièce de musée volée à la Fondation Jacobs, et qui n'aurait jamais dû sortir de ses coffres sauf pour une exposition dans… un musée !

 

Jacobs - Le piège diabolique : le bel original de Carbonnieux en 2017…

 

Passons… Cela dit depuis le début les lignes de défenses ou de prétextes de tous les intervenants professionnels galeristes, experts ou collectionneurs sont assez sidérants par leur ignorance affichée, ou par le simple fait de nous prendre pour ds imbéciles : dans les deux cas, méritent-ils vraiment d'être professionnels ou de prétendre s'y connaitre et maitriser vraiment leur sujet ? 

J'ai fini par ressortir mon premier BDM qui était rangé au fond d'une penderie chez ma mère décédée cette année  : le premier que j'ai acheté est celui de 1981-1982, à la FNAC Montparnasse pour être précis.  Une très belle couverture de Franquin pour les éditions de l'Amateur n'est-ce pas ? 


BDM 1981-1982 - Couverture de Franquin Gaston Lagaffe
 

Il fallait vraiment que je l'ai plutôt que parler d'un souvenir sans visuel : à la page 407 commence le chapitre sur les planches originales avec des estimations, et page 420, cette entrée sur EP Jacobs, coincée entre Hubinon et Jijé : 

 

BDM 1981-1982 - Jacobs et les planches originales…

 Cette information a circulé dans d'autres ouvrages, et je crois même que Jacobs aborde le sujet dans son "Opéra de papier".

Tout le monde de la Bande Dessinée est au courant depuis toujours de ces sept planches volées, et par déduction que toutes les autres planches sont en la possession de EP Jacobs : tout simplement. Et on n'aborde même pas le sujet des études, recherches et esquisses sur calque pour Blake et Mortimer…

Qui peut oser prétendre ne pas le savoir sauf à se décrédibiliser comme professionnel dans la Bande Dessinée (galeriste ; expert ; librairie ; journaliste ; collectionneur ; directeur de la collection de Untel etc.) puisque cela ne démontrait que son… ignorance ? Nous avons toujours été au courant, et il m'est même arrivé d'aborder le sujet dans les années 90 ou 2000, parfois avec des amis très proches de tel ou tel galeriste. Je suis curieux de savoir si Jacques, François, Michel ou Patrick, et les autres, ont malgré tout cédé aux sirènes ? 

Tout le monde est au courant que EP Jacobs conservait tous ses originaux, planches encrées et calques de recherches et qu'il avait veillé à les préserver à travers sa Fondation, qui a dû être a priori la première dans le monde de la Bande Dessinée… prétendre le contraire avec cette formule éculée  "je n'étais pas au courant" n'est-il pas un peu décalé ? 

 

 

 

 Valéry Ponzone