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mardi 7 avril 2020

> Yves Chaland, Une vie en dessins… (part tri)

Deux pages différentes pour parler d'une lettre de Chaland dans cette Vie en dessins : cela fait un peu répétition et contribue à cette impression latente de manque de structure du livre.
La première citation est dans les légendes en rouge…
La seconde fait partie du texte de référence, avec un manque de précision un peu étonnant : à force de ne vouloir passer que par des témoignages d'auteurs et de se valoriser à travers eux, on tombe dans le travers de la déformation des faits…

La Ligne Claire… par Chaland
dans Une vie en dessins - Éditions Champaka, 2019

La Ligne Claire… par Chaland
dans Une vie en dessins- Éditions Champaka, 2019

Présenter Floc'h comme "dépositaire" (sic) de cette lettre est en effet légèrement trompeur : la présentation correcte eut été de dire que Floc'h possède juste une photocopie d'une lettre destinée à un (jeune) lecteur de Chaland !…

Le second point a été relevé par le lecteur destinataire réel de cette lettre que Chaland lui avait envoyé :  il est encore plus étonnant de lire ce "et, avant tout, L'art moderne du néerlandais Joost Swarte" sous les touches du clavier du rédacteur ???
Chaland ne fait qu'énumérer trois titres, et n'a jamais fait une liste de classification qualitative mais une simple énumération : "L'art moderne n'a pas été situé en haut d'un podium qui n'existe pas !…", comme me le précise fort à propos le destinataire de cette fameuse lettre !…

"la Ligne Claire c'est 3 albums : 
- L'art moderne de Swarte
- Le rendez-vous de Sevenoaks de Floc'h
- Captivant de Chaland (modestement)"

Il est étrange de ne pas voir le nom de Cornillon, tout en sachant que Captivant est autant un hommage à l'âge d'or de la Bande Dessinée franco-belge qu'au comics US (plus récent que le Golden Age US, puisque certaines histoires sont proches, par exemple, du trait de Berni Wrightson !)…

La Ligne Claire… par Chaland
dans La lettre originelle !

Comme je suis certain que seuls les initiés connaissent ces trois titres, et, comme d'habitude, la maison de ne reculant devant aucun sacrifice, je vous offre les visuels des couvertures : 

L'art moderne de Joost Swarte
Éditions Les Humanoides Associés, 1980

L'art moderne de Joost Swarte
Éditions Futuropolis, 1985

Joost Swarte's Modern Art
Real Press Foundation, 1980
2000 ex. numérotés et signés

Le rendez-vous de Sevenoaks par Floc'h et Rivière
Édtions Dargaud, 1977

Le rendez-vous de Sevenoaks par Floc'h et Rivière
Édtions Dargaud, 1977

Remarquez la photos de auteurs au 4e plat du livre : ils sont avec leurs casques coloniaux sous le bras… Cela a-t-il donné une idée à Chaland pour son Freddy Lombard sur la piste du Cimetière des éléphants ?…
Je connaissais deux magasins spécialisés dans les tenues coloniales : un dans les beaux quartiers, dans le 7e arrdst parisien, sur le boulevard Saint-Germain, proche de la rue Solférino et de l'Assemblée Nationale et un autre plus étrangement placé rue de la Roquette, dans le 11e arrdst, proche de la Bastille.
Sont-ils encore ouverts à ce jour ?… J'en doute fort ???…
[Personnellement je m'étais acheté un casque colonial,  en pensant à Freddy Lombard affrontant la moiteur de la jungle,  chez Pier Import, rue de Rivoli, au milieu des années 80 : il n'était pas de qualité coloniale mais pas cher du tout !…  D'ailleurs ceux d'entre vous qui venaient — vraiment — à la librairie et ont vu des expos underground, dans la cave (pas celles au 1er étage) doivent se rappeler l'avoir vu posé négligemment sur une vitrine en teck : jusqu'à ce que je me décide à le jeter, la toile extérieure réagissant très mal au temps qui passe !…]
Je me demande si le second magasin n'aurait pas pu donner d'autres idées à Chaland pour son Cimetière des éléphants ?… En effet, la rue de la Roquette n'est pas loin de la rue Daval où se trouvait la librairie de Jean-Marie, spécialisée en scoutisme, en bandes dessinées anciennes et littérature populaire, enfantinat : Aux livres d'Alésia… Chaland habitait pas très loin, de l'autre côté de la place de la Bastille, rue de Lyon (comme Freddy Lombard : étaient-ils voisins de palier ?) et Chaland a dessiné la carte de visite de la librairie Aux Livre d'Alésia (hé oui, Chaland achetait ou échangeait ses bandes dessinées anciennes ailleurs que chez Chic-Bull à Bruxelles : Aux livre d'Alésia, Lutèce, Roland Buret, L'oreille cassée etc. !)…
Hé oui, ami lecteur (si tu n'es pas un ami lecteur, passe ton chemin et continue à répandre ton âme noire sur tes forums préférés !), savais-tu que Chaland habitait au 59 rue de Lyon, à Paris dans le XIIe arrdst, et qu'il n'y a que dans ce blog merveilleux et gracieux que tu peux apprendre, émerveillé et stupéfait, que Freddy Lombard habitait la même adresse !…
Entre l'ombre sous la semelle empruntée à Pat'Apouf ou ce genre de chose, si ce ne sont pas de véritables révélations, que sont-ce ?
Mais, oui, que sont-ce donc !!??…

Adolphus Claar, Carte de visite personnelle de Chaland

Adolphus Claar lit un album à damiers : j'en reparle un peu plus loin dans ce billet…

Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1984 - Planche 1
Freddy rentre chez lui avec son tableau au 57 rue de Lyon, Paris XIIe

Freddy Lombard, Le cimetière des éléphants par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1984 - Planche 8
Freddy rentre chez lui au 57 rue de Lyon, Paris XIIe

57-59 Rue de Lyon Paris XIIe
©Alphabet -Street view

Voici la carte de visite de la librairie Aux livres d'Alésia en interlude graphique : elle lie les plaisirs du scoutisme (qui ne sont pas solitaires, même si depuis quelques temps, surtout aux USA on en apprend pas mal sur le scoutisme et… enfin… bon, ce n'est pas le moment de parler de ces histoires glauquissimes…) et de la lecture : on ne lit pas en mangeant ou à table, mais en marchant, on peut le faire !!!… La RN10 de la borne kilométrique chère à Chaland est sur la Nationale qui nous emmène à Bordeaux : mais qui me dira où l'on se trouve quand on est à 120 kilomètres de Paris ???…

Aux livres d'Alésia - Carte de visite par Yves Chaland

J'ai un vieille blague de Binet, dans L'institution, qui me revient en mémoire, mêlant les kilomètres, la distance, et la ville de Tours, mais avec ces histoires de scoutisme, je vais botter en touche…

Je vous raconterai bien la première fois que j'ai voulu aller dans cette librairie, je pensais qu'elle était rue d'Alésia, qui n'est pas une rue parisienne trop longue pourtant…
Cette bonne blague !…

Captivant par Chaland et Cornillon
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1979

Captivant par Chaland et Cornillon
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1979

La maquette de Chaland pour cette Collection Pied Jaloux est d'autant plus référentielle que sa texture, on dit patterns maintenant dans les sites de graphisme, avec ces minis losange, ou cette grille, ne peut que rappeler discrètement les célèbres 4e plats "à damiers" de l'élégante Collection du Lombard
Dans un précédent billet, je vous ai montré le mythique 4e plat "peau d'ours" de la Collection du Lombard, il est temps de passer aux damiers qui ont succédé, afin de continuer notre parcours vers la connaissance extrême de la Bande Dessinée de collection, et l'extase de la Connaissance !!??…
Vous remarquerez que l'on ne trouve pas Michel Vaillant dans ces plats arrières à damiers de la Collection du Lombard, mais d'autres personnages moins connus…

Collection du Lombard - 4e plat damiers

Collection du Lombard - 4e plat damiers


Même si Chaland donne une explication sur la suite inéluctable de la Ligne Claire®, et pour pinailler, il manque à mon sens un titre parmi ceux cités par Chaland qui, correspond d'ailleurs mieux à la définition de la Ligne Claire® que Captivant : Berceuse électrique, extraordinaires Aventures au XXe Siècle de Ray Banana par Ted Benoit !…
Voilà un livre ultime qui correspondait absolument à la Ligne Claire® telle que définie par Joost Swarte, avec une ambition d'écriture et graphique extrêmes, ne serait-ce que par longueur de ces aventures chapitrées et digne d'un roman en Bande Dessinée : un roman (A SUIVRE)…


Ray Banana, Berceuse électrique par Ted Benoit
Éditions Casterman 1982


La Ligne Claire® définie par Joost Swarte, on en parle, on en parle, ici et là depuis les années 80, mais hormis être un concept connu que de rares élites dont certains se sont emparées afin de se faire passer pour des esthètes (à leurs propre yeux ?), qu'est-ce vraiment pour l'auteur néerlandais malheureusement si peu connu ?…
Lors de ma visite au Musée Hergé dans cette riante bourgade de Louvain-la Neuve (entre Noël et le Jour de l'An, imaginez le côté riant avec de la neige tout du long du long trajet de train et un froid de canard dont on aurait piqué les plumes pour mettre dans les couettes Ikea…), j'ai eu la chance de tomber, outre sur un très beau lieu dont l'architecture intérieure est l'œuvre de Swarte justement, sur une belle exposition temporaire consacrée au magnifique Lotus Bleu d'Hergé (ou sur Hergé et Tchang, maintenant que j'y repense ?) …

Il y avait cette citation de Swarte inscrite sur l'un des murs de l'exposition : 
"La Ligne Claire désigne une manière de dessiner qui implique les principes suivants. Les surfaces sont délimitées par une ligne d'épaisseur constante avec des contours francs, elles sont mises en couleurs par aplats, sans ombrages ni hachures."
Joost Swarte

C'est effectivement clair, net et précis !… Pour celles et ceux toujours désireux de mettre un peu n'importe qui et n'importe quoi derrière ce label de Ligne Claire® au risque de déroger à la Loi et de s'attirer les foudres du Créateur !!!…

Adolphus Claar par Yves Chaland
Éditions Magic-Strip 1983

Presqu'aussi clair qu'Adolphus Claar, dont le seul nom évoque cette Ligne Claire®, Klare Lijn en néerlandais, définit par Joost Swarte : cette seule référence patronymique est complètement oubliée dans cette Vie en dessins à multiplier les références et/ou écoles, on en oublie l'évidence,  à disserter sur le style Atome qui aurait été inventé (à l'insu de leur plein gré ?) par les vieux maîtres de l'Age d'Or (pas "grands" maîtres mais bien "vieux" !) : ils n'ont rien inventé de ce genre, ce sont des "exégètes postérieurs" qui ont cherché à coller des étiquettes un peu partout par cette volonté farouche de classifier, étiqueter ou mettre dans des tiroirs, avant les vitrines ou les cimaises tels les collectionneurs de papillons (je ne peux que vous conseiller de relire Docteur Poche de Wasterlain !) !… 
Pourquoi ne pas parler du style Atome, on trouvera bien un jour le style Eiffel pour des auteurs de Bande Dessinée (Schuiten ?), mais oublier avant toute chose que Adolphus Claar ne peut faire que référence à la Klare Lijn, et à la Ligne Claire, j'en reste baba, comme on dit dans Barbe-Rouge (je ne peux que vous conseiller de relire Barbe-Rouge de Charlier et Hubinon) !!!…


Adolphus Claar par Yves Chaland
Affiche promotionnelle
Éditions Magic-Strip 1983


Adolphus Claar est un héros positif : voilà peut-être le maître mot qui définit le mieux Yves Chaland, le simple fait de positiver, malgré tous les doutes et toutes les interrogations qui devaient le tenailler autant que quiconque : mais c'est bien ce positivisme qui ressort de l'univers qu'il a su créer et nous offrir pour la postérité !…
Cet allant indéniable qui rime si bien avec Chaland !!!…



Valéry Ponzone






mercredi 21 décembre 2016

> Père Noël vu par… Cornillon

Noël approche et quelques Pères Noël bien délicats vont venir pour marquer l'instant sacré de la Trêve…

Cornillon,  Slim Kentucky (1978)
in Captivant —  Éditions Les Humanoïdes Associés 1979

Slim Kentucky se déguise en Père Noël pour passer un Joyeux Noël avec ses amis Indiens, qui lui avaient pourtant volé Silver, son fidèle destrier…

Il va sans dire que je laisse à Luc Cornillon, soit l'auteur, l'entière responsabilité de son texte…

Comme je le disais précédemment (c'est tellement agréable de se citer !…) : Chaland et Cornillon c'est vraiment Captivant !…

Paix sur la Terre aux Hommes et aux Femmes de Bonne Volonté !…



Valéry Ponzone


vendredi 7 octobre 2016

> Valhardi et les charmes de Bangkok…

C'est amusant de constater que certaines bandes dessinées européennes ont dû être faites avec de très anciennes encyclopédies traînant depuis des générations dans certaines familles, avec un angle de vue très ethno-centré !
Pour commencer cette Bande Dessinée de 1950 nous situe l'action au Siam (sur la carte comme dans les dialogue : "c'est beau le Siam", constate Jacques) : alors que le Siam est devenu la Thaïlande depuis 1939 !
La mise à jour a dû mettre quelques décennies pour arriver à Bruxelles ?
Ou Valhardi n'avait nison Routard, ni son Lonely Planet avec lui ? 

Très étonnant dans les pages d'un illustré pour les jeunes dont le rôle éducatif et hautement pédagogique était tellement mis en avant).

Paape+Charlier, Valhardi et Jacques…
in Le Journal de Spirou numéro 613 du 12 janvier 1950
© Dupuis + Paape&Charlier

Dès le début le ton est donné : comparer un temple bouddhiste comme le Wat Arun avec la Tour Eiffel est d'une finesse incroyable avec cette introduction "le temple Wat Aroun — temple de l'aurore — est à Bangkok ce que la Tour Eiffel est à Paris."
Il faut oser mettre sur le même plan un édifice religieux, de quelle que religion que ce soit, avec une Tour en poutrelles de fer qui n'a jamais eu aucun rôle défini hormis devenir un monument visité par les touristes, avec encore quelques antennes…
La Wat Arun serait plutôt à la Ville de Bangkok, ce qu'est la Cathédrale Nôtre-Dame à Paris.
Même en 1950 !!!

Le Temple Wat Arun © Me, myself and I

La suite est toute aussi intéressante, dans le genre éducation de nos chers enfants avides de connaissances…
Il ne faut pas s'étonner — en leur ayant mis ce genre d'idées dans la caboche — que certains aient eu tant de mal à évoluer…
"C'est-y pas malheureux de devoir obéir à une femme!" se lamente l'un des deux gangsters de l'histoire (case 3 avec flèche rouge devant)…

Paape+Charlier, Valhardi et Jacques…
in Le Journal de Spirou numéro 629 du 4 mai 1950
© Dupuis + Paape&Charlier

Renchérit par un "Ma parole, c'est une femme qui commande !" dans la 2e case du numéro sorti 2 semaines après…
Heureusement que cette femme qui commande a la répartie cinglante : "Oui, une femme qui commande! Pourquoi pas?"

Paape+Charlier, Valhardi et Jacques…
in Le Journal de Spirou numéro 631 du 18 mai 1950
© Dupuis + Paape&Charlier

Damned !
Mais ça ne s'arrête donc jamais ?…
Le lecteur moyen doit avoir 10 ans en 1950 : les déferlantes féministes des années septantes ont dû surprendre plus d'un ancien lecteur de Spirou arrivé à maturité dans cette décennie !!!
Tu parles d'une maturité !

Je vous laisse, je dois justement m'occuper de ma fille…



Valéry Ponzone



PS : Cela dit, il faut bien avouer que le dessin de Paape de cette époque est extrêmement intéressant et dynamique…
Le trait s’empâtera un peu et  se figera plus tard, malheureusement : le Eddy Paape de cette époque n'aurait pas démérité à se retrouver dans les pages du célèbre illustré Captivant, ne fut-il pas ?

mercredi 22 janvier 2014

> Yves Chaland et Luc Cornillon c'est Captivant !

Captivant est sorti sous forme de livre en 1979 : comme le recueil d'une revue illustrée sortie des archives personnelles des deux auteurs, Yves Chaland et Luc Cornillon…
Il est amusant de constater différentes versions et quelques modifications entre les diverses publications et éditions de certaines histoires : tant au niveau du choix de mise en couleurs et/ou valeurs de couleurs, que dans la forme. 
Prenons une histoire de Noël 1954 réalisée par le seul Chaland : Le Noël de Lucia.
Paradoxe spatio-temporel, la première publication de cette histoire de trois pages,  à laquelle se greffe une fiche bricolage de bas de page, se fait dans le numéro 36 de la revue mensuelle Metal Hurlant du 1er décembre 1978, dont voici la couverture :

Métal Hurlant n° 36 - décembre 1978 - couverture

Cette première version a une mise en couleurs très différente de celle à laquelle les lecteurs du livre ont pu être habitués...
Le graphisme du titre Le noël de Lucia pourrait laisser à penser que Chaland avait vu le travail de Swarte sur les titres de certaines de ses histoires de Jopo de Pojo ?…

Le Noël de Lucia, pl. 1 in Metal Hurlant n° 36
Le Noël de Lucia, pl. 2 in Metal Hurlant n° 36
Le Noël de Lucia, pl. 3 in Metal Hurlant n° 36

Une trèszoulie mise en couleurs avec, justement, plein de couleurs. 
L'histoire complète court sur trois pages, et, la fin de l'histoire en elle-même est sur un strip en haut de la page ; le bas de la page étant occupé par un fiche bricolage pour construire sa propre crèche électrique de Noël…
La petite chose à remarquer dès à présent est la petite scène de cul (c'est le Noël de Lucia !) en haut à gauche, avec sa mise en couleurs toute en chaleur, heu… pardon, couleurs chaude : c'est la passion !…

Le premier livre compilant les histoires disparates publiées dans Métal Hurlant par les sieurs Chaland et Cornillon sort donc en 1979 : Captivant. 
Chez les Humanoides Associés.
Une belle couverture très intrigante et pleine de mystère n'est-elle pas ?
Un 4ème plat à damiers, plutôt option micro-damiers avec du jaune et du vert histoire de faire résonance avec la mythique Collection du Lombard...
La photo des auteurs était systématique dans la célèbre Collection Pied Jaloux des Humanoïdes Associés (je ne pense pas qu'aucune autre Maison d'Edition de bande dessinée n'ait jamais porté un nom aussi fort et conceptuel) : cela était une excellente idée, permettant tout simplement au lecteur de mettre un visage sur les auteurs dont il dévorait les livres.
Et ainsi de continuer à rêvasser  à de magnifiques aventures, dont celle lui permettant de côtoyer ces artistes aux parfums d'encens ramenés des rivages orientaux d'où ils tiraient leurs œuvres majestueuses et improbables…
Je m'égare : cela servait surtout à reconnaître lesdits auteurs quand on les attendait alors qu'ils arrivaient largement en retard aux séances de signatures organisées pour promouvoir la vente des livres…
Notons au passage je magnifique jeu de mot retenu pour cette collection. Pieds Jaloux…
Allons, quoi, c'est facile…
On dirait le titre d'une chanson de Gotainer : hé oui, Monsieur, on a des Lettres où l'on n'en a pas !…

Il est certain que Collection Pied Jacon, ça ne claque pas le même façon.
C'est un concept beaucoup plus récent utilisé en marketing pour la bande dessinée… 

Captivant - couverture
Première édition Collection Pied Jaloux 1979
Captivant - 4e plat
Edition Originale Collection Pied Jaloux 1979

Dans le livre / recueil, l'histoire de Lucia fait partie du numéro 381 de Captivant en date du 2 aôut 1954 : un numéro Spécial Noël, évidemment... 
Aux côtés d'une belle histoire de Noël, elle aussi très morale, de Cornillon, avec le grand Sam Kentucky :  qui n'a rien à envier au Red Ryder de Fred Harman, qui passaient dans les pages de Spirou…
Il est entendu que Captivant paraissait le jeudi : le passage au mercredi comme RTT pour les écolier n'est arrivé que dans les années soixante-dix (septantes) en France. 
Cet avantage social pour les scolaires vient d'ailleurs d'être raboté sérieusement depuis la rentrée scolaire 2013 : encore un acquis social qui est éliminé de l'échiquier. 
Comme il n'y a quasiment plus de revue de bande dessinée pour les enfants…
Les illustrés de bande dessinée sortaient donc tous le jour de repos des enfants : c'était une drôle de coïncidence et une sacrée chance de ne pas s'ennuyer au lieu d'aller jouer au foot ou faire ses devoirs…
C'est la TV qui a chamboulé tout ça : putain de télé…

Captivant numéro 381 - couverture
in Captivant recueil ; 1979

L'histoire de Lucia voit sa mise en couleurs modifiée pour cette publication dans ce "recueil" Captivant : on passe en bichromie et la joyeuse petite frise étoilée présente sur les pages dans Métal Hurlant a disparu…
Le papier est de type couché mat (ou satimat ? ou couché-quelque-chose : pas la peine de jouer à l'esthète sûr de tout). 

Le Noël de Lucia pl. 1
in Captivant 1ère édition ; 1979
Le Noël de Lucia pl. 2
in Captivant 1ère édition ; 1979
Le Noël de Lucia pl. 3
in Captivant 1ère édition ; 1979

La petite scène de cul (c'est toujours le Noël de Lucia !) en haut à gauche, est bien là…
Avec sa mise en couleurs à dominante rouge : les corps s'entremêlent toujours dans une pirouette kamasutresque…

Le livre est épuisé dans les années quatre-vingt et sa valeur monte… monte… monte.
Les Humanoïdes Associés ont lancé la Collection Les Yeux de la Tête (tout un programme) en 1983 avec des titres comme La nuit porte conseil de Dodo et Ben Radis avec une jaquette dite "feu de plancher"© posée sur la toile noire de cette histoire à ambiance polar, ou Ça roule de Jano, hommage au Dinky Toys…
La ré-édition de Captivant prendra sa place dans cette belle collection aux côtés d'auteurs comme Ted Benoit avec Bingo Bongo et son combo congolais (1987) ou, plus tard, son ami François Avril avec Soir de Paris (1989 ; scén. Petit-Roulet)…
Changement de programme du fait de la nouvelle collection : le collectionneur / lecteur aura droit à un livre avec un magnifique dos rouge toilé afin de mieux rappeler les livres d'antan et la percaline.
Le papier est un papier offset crème ou ivoire suivant l'angle du soleil ou l'avis de chacun : quoi qu'il en soit, le rendu des couleurs est bien différent et peut-être mieux : plus dans l'esprit des histoires…
Pour le reste c'est toujours un recueil de Captivant par Chaland ET Cornillon : depuis 2002 tout le monde sait que l'on ne change pas une équipe qui gagne !…
Le logo de la Collection apparaît au 4e plat passe bien le temps et reste plutôt pas mal maintenant que je le revois.
Apparition des fameux codes barres qui commencent à se généraliser depuis les années 80.
Les noms des auteurs sont moins affirmés et mis en avant que dans la première édition : plus discret…

Captivant - couverture
Deuxième édition ; Collection Les Yeux de Têtes 1987
Captivant - 4e plat
Deuxième édition ; Collection Les Yeux de Têtes 1987
Captivant numéro 381 - couverture
in Captivant Deuxième édition ; 1987
Captivant numéro 381 Pl. 1
in Captivant Deuxième édition ; 1987
Captivant numéro 381 Pl. 2
in Captivant Deuxième édition ; 1987
Captivant numéro 381 Pl.3
in Captivant Deuxième édition ; 1987

Mais, mais… ??…
Que se passe-t-il ?…
Nous devrions retrouver notre fameuse petite scène de cul…
Elle a disparu : tout simplement. Incroyable.
Pas au coin de ma rue, mais au coin de la page…
Disparu.
Incredible de by jove !!!
Regardez en haut, la case à gauche…
Case noire avec quelques bulles marquant l'effort du couple, ou la suggestion et l'imagination doivent prendre le pas sur la première version si explicite.
Ou alors, explication beaucoup plus rationnelle (comme quoi il faut parfois réfléchir dans la vie), il y a eut un court circuit lors de l'allumage de la fameuse crèche électrique : les plombs ont sauté entre les deux versions ?…
Il est vrai qu'à cette époque nous pouvions encore être en 110v, et le passage au 220v, ou un mauvais contact …
Que sais-je ?…
Oui : ce doit être plutôt cela la bonne explication…

Je me demande toujours s'il s'agit d'un choix artistique autrement nommé "ellipse" pour faire bien, ou alors une forme d'auto-censure ou bien encore le résultat d'un échange entre l'éditeur et l'auteur ?…
Il faudrait que je me renseigne vraiment un jour, et que j'arrête de me contenter de l'histoire de la crèche qui ferait sauter les plombs… tous les plombs.

Mais je le dis tout net et sans détour : c'est tout simplement fou !…

Deuxième édition épuisée et surtout souvent soldée : les fameux "retours" qui repassaient en circuit solde dans les années 90.
Il faut attendre 1996 & 1997 et les éditions des différents livres de Chaland sous forme d'intégrale (quatre volumes) pour retrouver Captivant dans le tome 3 avec une chronologie étrange car Bob Memory est une histoire antérieure à Bob Fish si je ne m'abuse, comme disait ce bon vieux docteur :

Chaland, Intégrale vol. 3 - couverture (jaquette)
Les Humanoides Associés ; 1997

Les premières intégrales ont des jaquettes sur les couvertures et sont d'un format agréable : 24,5 x 30,7 cm.
Les intégrales re-sortiront en 2003, format un peu agrandi en hauteur et sans jaquette…
De légères modifications au niveau de la maquette (pas très réussie de toute façon) : on remarque de suite que Bob Fish a dû prendre un bon coup de soleil entre les deux éditions : un coup du célèbre Magenta certainement ?…
Les titres placés dans le corps de l'immeuble à gauche passent d'un bel orange complémentaire au vert à un simple blanc.
Le logo CHALAND voit apparaître un magnifique "ombré"…
Ce vert particulier et ces codes couleurs étaient souvent visibles en graphisme dans les années quatre-vingt-dix (nonantes) et viennent souvent des sites internet qui commençaient à pulluler dans ces années là : in memoriam pour les start up qui ont engouffré tant de millions des investisseurs au nez fin…
Personnellement je trouve ce choix pas terriblement bien senti : aucune ambiance polar, là où un beau bleu nuit, comme l'ancienne couverture de Bob Fish, voire un gris-bleu serait d'un bien meilleur effet…
Enfin, pour ce que j'en dis…

Chaland, Intégrale vol. 3 - couverture
Les Humanoides Associés ; 2003
(après ses vacances aux Bahamas)

Pour ce qui concerne juste Captivant dans ces intégrales, Le Noël de Lucia reprend la version des Yeux de la Tête, le papier change et on revient au bon vieux couché mat standard que tous les imprimeurs aiment tant refiler…

Captivant numéro 167 - couverture
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997
Captivant numéro 381 - couverture
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997


Sur ces deux couvertures de numéros de Captivant, on distingue la création d'une sorte de joli bandeaux rouge, sur la gauche,  au niveau du "dos" (comme les numéros de Captivant devraient être brochés ce serait au niveau des piques)…

Captivant numéro 381 Pl. 1
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997
Captivant numéro 381 Pl. 2
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997
Captivant numéro 381 Pl. 3
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997

Toujours notre petite scène de cul mais la version du Noël de Lucia ne bouge pas : on garde la lumière éteinte pour la partie de jambes en l'air et Lucia et son génie / bon samaritain…
Pourtant ce n'est vraiment pas la première fois en eux deux !?…

Ce qui est amusant dans ces intégrales est le fait que l'éditeur a cru bon de créer un numéro de Captivant en plus : un moyen d'intégrer quelques histoires qui traînaient dans Métal Hurlant et qui n'avaient pas encore été publiées en livre comme Neige Rouge (in Metal Hurlant numéro 70 de décembre 1981).
L'idée eût pu être bonne mais avec plus de bon sens que de véritable réflexion : la couverture des deux éditions de 1979 & 1987 sert pour ce numéro "inédit" de Captivant : numéro 389 du 25 septembre 1954.
La véritable bonne idée eut été de le placer à la bonne place : après le numéro 387 !
Ne serait-ce que parce que cela correspond à une annonce intérieure dans ce numéro 387 : sur le personnage de scout revenant la semaine suivante, mais, surtout, parce que il est plus cohérent que Le retour de Gégène (l'histoire la plus intéressante qui restait inédite en livre) se trouve après les autres histoires de Gégène !

Captivant numéro 387 - couverture originale
Collection privée

Cela aurait fait une véritable bonne surprise aux lecteurs, nouveaux ou anciens, de Captivant : un numéro inséré sur lequel on tombe en lisant le livre…
Ooooh ! Surprise…
Quitte d'ailleurs à plus communiquer sur le fait que les Intégrales présentent du "matériel" inédit, resté soit dans les pages de Métal Hurlant soit repris dans Les années Métal édité par Champaka en 1997…
Dans la mesure où Captivant était fait par Chaland ET Cornillon, il eut été normal que ce nouveau numéro comporte un peu plus de pages de Cornillon  : il en reste quelques unes dans les pages de certains Métal Hurlant…
Plutôt que mettre cette bande détournée sur le film Furyo, chronique venant de Starfix d'ailleurs…
Il reste des strips de Roger Bonnet inédits dans des numéros de Métal Hurlant, pas tous présents dans Captivant : je me demande pourquoi ils n'ont pas trouvé leur place dans ce nouveau numéro ?


Captivant numéro 389 - couverture
in Chaland Intégrale vol. 3 ; 1997

Pour finir, deux versions d'une page annonce commerciale passée dans Métal Hurlant numéro 27 de mars 1978 et qui se retrouve en couleurs dans Captivant
Vous trouverez cette version couleurs dans l'une ou l'autre des éditions présentées et pourrez comparer par vous-même l'excellent travail de mise en couleurs qui nous laisse croire à une vraie publicité dans années 50 pour des personnages tel Jean Valhardi

Ce sera Captivant !

Jack Peterson © Chaland
in Métal Hurlant numéro 27

Jack Peterson © Chaland
Bleu pour la mise en couleurs







Valéry Ponzone



PS : Si vous voulez vraiment — mais vraiment — rigoler un bon coup, il suffit de passer ce texte en traduction offerte par Google Translate (à droite il y a un menu déroulant avec différentes langues) en Anglais for example : Yves Chaland devient Yves Barge…
Ouaips : c'est vraiment barge.
Mais c'est super drôle à lire.
Si Google Translate avait existé plus tôt, André Breton n'aurait rien créé du tout et serait resté dormir dans sa chambre d'hôtel de la Place du Panthéon !