jeudi 14 mai 2020

> Béatrice de Joris Mertens…

En plein cœur de l'hiver 1972, Béatrice est seule dans la foule dont elle ne se distingue que par son manteau rouge vif, comme un petit chaperon rouge au cœur de la forêt urbaine constituée de ceux qui se lèvent tôt, des nombreux véhicules et de la grisaille immobilière, qu'elle fend pour se rendre à son travail de vendeuse en maroquinerie aux Galeries La Brouette… 


Ce matin là, suivant le flux de la marée humaine vers le train qui doit l'amener à son travail, son regard est attiré par un sac* posé contre un pilier en acier du quai, tache rouge, comme elle…


Le soir venu, sa journée de travail aux Galeries La Brouette terminée, Béatrice rentre chez elle ; alors que son train dégorge sa masse de travailleurs désabusés, elle aperçoit à nouveau le sac rouge, toujours là, comme alanguit par cette journée passée contre le même pilier…
Béatrice rejoint son petit appartement par l'interminable spirale de son escalier qui l'aspire jusqu'au dernier étage d'un immeuble ancien, se plonge dans son lit et dans la lecture de Bonjour tristesse de Françoise Sagan…
Un nouveau matin, un nouveau trajet en train pour une nouvelle journée de travail… Quelle n'est pas sa surprise de voir le sac rouge toujours là, posé contre le même pilier  de la gare…
Une nouvelle journée harassante aux Galeries La Brouette s'achève, routine, retour à la case départ sous la pluie : arrivée à la gare, le sac rouge est encore, et toujours là…
Béatrice se décide à le prendre, et rentre chez elle sous une pluie battante, protégeant le sac, le serrant contre sa poitrine, le cœur battant, lui aussi,  sans nul doute  plus vite qu'à son habitude…
Arrivée chez elle, Béatrice ouvre le sac et en découvre le précieux contenu… et le fantastique entre en scène.



Il est certain que le besoin de créer des liens ou des filiations graphiques se fait de plus en plus ressentir depuis quelques années, aussi bien pour des raisons pratiques — arriver à distinguer ceci de cela dans le volume trop important de titres édités en Bande Dessinée — que pour des raisons commerciales évidentes… 
Nul doute que les paysages urbains de Joris Mertens feront penser immédiatement à Nicolas De Crécy, davantage encore par cette technique de traits de crayon bruts, (re)lâchés, nerveux et par les lumières et les teintes dominantes de gris-bleus…Si la technique finalisée du dessin crayonné est devenu une des facettes graphiques de la Bande Dessinée, notamment dans les œuvres de Blain, Cailleaux, Gaultier, l'univers de Joris Mertens m'a aussi fait penser (allez savoir comment se forment les associations d'idées graphiques ?) à Pourquié, avec ses Méduses plein la tête… 
Mais il faut dépasser ces liens et rester dans le plaisir immense que procure la lecture de Béatrice, tant par la maîtrise absolue de la narration graphique de Joris Mertens dans ce récit sans aucun texte, que par son immense talent de dessinateurs et de coloriste !
Certains constateront avec plaisir que cette histoire est constituée de plusieurs boucles se juxtaposant, dont l'une d'elle, et cela me touche particulièrement, est un hommage appuyé aux livres et à la lecture : cela commence dès la quatrième planche, lorsque Béatrice regarde la vitrine d'une librairie, et se poursuit discrètement tout au long de ces pages,  lorsque l'on voit , ici,  Béatrice plongée dans un roman, ou, , en train d'explorer les étagères d'une librairie, sous le regard surveillant du maitre des lieux, cela va sans dire !…
Parce qu'en ces temps là, oui Monsieur, oui Madame, les gens achetaient des livres dans… des librairies !

Béatrice - page 11 : le libraire surveille ses clients…

Béatrice est une véritable perle lumineuse dans la grisaille actuelle, un livre admirable à contempler et à lire avec délice : une très agréable surprise dans le panorama actuel de la Bande Dessinée !…
Sorti au début du mois de mars, alors que nous allions tous devoir plonger dans le nouveau monde inconnu du Grand Confinement, le livre est peut-être passé inaperçu du fait de la conjoncture. Maintenant que nous pouvons ressortir de nos tanières et retrouver une autre lumière que celles de tous nos écrans numériques, je ne peux que conseiller vivement de lire Béatrice afin de remettre un peu de vraie lumière dans nos pupilles… et du baume au cœur des lecteurs curieux !!!…
Une respiration graphique absolue dans une période où nous avant tant besoin de retrouver un nouveau souffle…
Béatrice est une invitation à un merveilleux voyage graphique lancée par Joris Mertens… 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Béatrice par Joris Mertens



Béatrice par Joris Mertens
Éditions Rue de Sèvres
Parution 4 Mars 202
112 pages 
Format 24 x 32 cm 
PVP 19
9782810216253




Valéry Ponzone




* suivant votre envie et votre localisation géographico-culturelle, vous pouvez changer le mot "sac" par : pochon, poche, sachet, bourse, cornet, voire cabas…


mercredi 6 mai 2020

> Notre société sortira-t-elle indemne de la crise du COVID-19 ?…

Peut-être aurait-il fallu un bon Roger Gicquel vintage pour véritablement sensibiliser tout le monde et faire respecter les règle de base, la Loi , du confinement obligatoire à cause du COVID19 avec une bonne frayeur salvatrice ?…

Une petite mise à jour  ?…

Roger Gicquel dans Le Journal de TF1 1976 - INA

On peut parfois ressentir cela  dès que l'on met le nez (bientôt sous un masque) hors de chez soi : la France a peur !…
Les gens se dévisagent dans la rue comme si, tels un Terminator, ils pouvaient détecter, repérer à distance les éventuels porteurs du virus du COVID-19 !… Mais ce n'est plus comme le chantait la Paradis, on s'dévisage — c'est certain — mais on ne s'envisage plus vraiment : la fashion tendance dans la rue serait plutôt au changement de trottoir …
À une dame d'un des beaux quartiers du coin à qui je lance en souriant et histoire de détendre l'atmosphère qu'on "lui fait peur",  alors qu'elle traverse la rue avant de prendre le risque de nous croiser, ma fille et moi, elle me répond gentiment "prudence" : jeu de sémantique, la peur, la lâcheté, la fuite ou la prudence devant l'invisible ? … Grand débat qui me rappelle peut-être un épisode de la série originale (surannée) de Star Trek, quand Spock doit convaincre une indigène extra-terrestre que tout ce que l'on ne voit pas peut-être dangereux (ou l'inverse : je ne sais plus ?) : comme l'air que l'on respire…
C'est la même chose dans les rayons du Carrefour City du coin où les clients évitent de se croiser, attendent presque que l'on sorte d'un petit rayon pour s'y engager, que l'on ait fini de se servir dans tel ou tel réfrigérateur avec sa porte légale, l'air de rien, sans siffler pour se donner un air dégagé non plus, on ne va pas jusque là, mais nous sommes dans l'esprit… Tout en constatant que ledit Carrefour City ne respecte pas tant que cela les règles de base de la distanciation sociale du Grand Confinement à faire passer en caisse dans l'urgence les (peu nombreux) clients, qui savent attendre patiemment en respectant la distance légale et minimum de un mètre, en file indienne : qui se retrouvent là au coude à coude, à quasiment se toucher, entre ceux qui posent leurs achats et ceux qui les rangent… Clients qui faisaient pourtant le maximum pour s'éviter… jusqu'au passage en caisse complètement incohérent !…

Dois-je parler du crétin que je vois au loin cracher, là-bas à un carrefour (de rues !) : le genre d'individu qui a tout compris à la période dans laquelle il vit, ce que je n'ai pas manqué de lui faire comprendre quand on s'est croisé, tellement la bêtise humaine n'a jamais manqué de m'énerver (un ou deux on dû s'en rendre compte à devoir compenser en pleurnichant dans des forums une fois rentrés chez eux, planqués derrière leur clavier ou un pseudo ?)…

Et nous sommes dans une zone relativement préservée, qui pourrait nous permettre de relâcher certaines tensions, d'avoir moins peur  : enfin, ici, jusqu'à présent, tout va bien, ou, en tout cas pas trop mal !??…

Dans notre Bande Dessinée, Manu Larcenet nous avait déjà mis dans l'ambiance, d'une autre peur…

Nic Oumouk, La France a peur par Larcenet
Éditions Dargaud

J'ai été très marqué par la lecture du cycle de Dune de Franck Herbert (pas cet immonde film de David Lynch !) : comme Muab'Dib, il ne faudrait jamais oublier de se réciter tel un mantra bene gesserit, qu'il ne faut pas avoir peur, car la peur est la petite mort de l'esprit…

"Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi."

Dune par Frank Herbert
Éditions Robert Laffont



Allez, on fait en sorte de se porter bien ?…




Valéry Ponzone


mardi 5 mai 2020

> Moebius aime vraiment beaucoup Mallet-Stevens…

Je regarde d'anciennes ventes aux enchères  d'originaux sur la toile et tombe sur ce bel original des Jardins d'Éros de Moebius…

Moebius Les jardins d'Éros
Portfolio Stardom 2005


J'ai acheté le portfolio il y a plusieurs années, mais j'avoue l'avoir peu regardé et comme il est rangé loin, très loin de moi… je ne le vois jamais, et l'ai très peu à l'esprit !


Moebius Les jardins d'Éros
Portfolio Éditions Stardom 2005 - 400 exemplaires numérotés et signés


Mais là, ce dessin sur l'écran m'interpelle particulièrement par l'architecture de la maison, que je trouve, tellement, tellement, tellement…

Je vais regarder mes livres d'architecture et, heureusement, j'ai ici le catalogue de Mallet-Stevens, édité par le Centre Pompidou en 2005, que je cherchais !


Robert Mallet-Stevens, L'œuvre complète
Centre Pompidou 2005

Je le feuillette, passe la série de dessin de cette Cité Moderne qui m'a toujours fait rêver (il y avait dans les années 80 un premier retirage en lithographie rassemblées en  portfolio, vendu par le Habitat du Centre Commercial de la Tour Montparnasse qui m'avait toujours fait envie, n'ayant jamais les moyens de me payer le tirage original de 1922 !) et j'arrive sur des dessins de projets de maisons, dont cette maison ouvrière pour Saint-Cloud…

Robert Mallet-Stevens Projet de maison ouvrière pour Saint-Cloud 1914
dans Robert Mallet-Stevens, L'œuvre complète - Centre Pompidou 2005

Robert Mallet-Stevens Projet de maison ouvrière pour Saint-Cloud 1914
dans Robert Mallet-Stevens, L'œuvre complète - Centre Pompidou 2005

By Grubert !…
Moebius a copié le dessin de Robert Mallet-Stevens : de la maison à la végétation du jardin très typique des dessins de Mallet-Stevens, jusqu'à la perspective, très légèrement modifiée !…
Perspective modifiée, mais pour ce qui concerne les proportions, je pense que si l'homme et la femme se lèvent et entrent dans la maison, ils se cogneront la tête au toit de l'entrée ?…

Shocking !…

Seuls de petits détails ont été modifiés, l'applique du mur de droite, une sorte de petit toit rajouté au-dessus de l'entrée sur la gauche, et surtout l'étage supérieur, ajouté, mais avec un toit typiquement Mallet-Stevens, dont on peut retrouver le principe dans d'autres dessins de lui.

Robert Mallet-Stevens Aquarium 1923 - encre de Chine sur papier
dans Robert Mallet-Stevens, L'œuvre complète - Centre Pompidou 2005

Je collectionne Moebius depuis que je suis adolescent, j'allais parfois en séance de dédicace au début des années 80 (Temps Futurs), et mon livre de Bande Dessinée préféré est Major Fatal (Le garage hermétique de Jerry Cornélius). Dessiner d'après des photos ou prendre, s'inspirer d'une architecture que l'on incorpore dans son univers fait partie du jeu : Joost Swarte ne nous a pas habitué à autre chose notamment avec l'architecture et ses typos à la Mallet-Stevens, entre autres sources d'inspiration…
Mais, là, c'est ni plus ni moins que le dessin de Mallet-Stevens qui est repris quasiment  tel quel, avec tous ses détails et toutes ses particularités, notamment le jardin lui-même !
Très gênant…
Davantage encore sachant que Isabelle Giraud est architecte : elle doit avoir la documentation dans ses bibliothèques et son cursus ne peut que lui faire reconnaitre du Mallet-Stevens au premier coup d'œil …
Très étrange ?…

D'autant plus que ce dessin précis, cette maison a aussi servi pour la bande dessinée publiée dans la revue Senso en 2005 : la végétation a laissé place au désert, puisque Les jardins d'Éros seront rajoutés en post-prod (sic) !… 
Tu parles d'un effet spécial…
Double utilisation de la même maison, du même dessin de Mallet-Stevens, pour deux supports différents : presse et édition sous forme de portfolio signé par Moebius…

Moebius Les jardins d'Éros page 6, dans Senso en 2005


Les dessins servant de prétexte à cette bande dessinée publiée dans Senso, très Inside Moebius d'ailleurs,  nous permettent de nous rendre compte qu'un des autres dessins a été modifié entre Senso et le portfolio Les jardins d'Éros, par des ajouts / suppressions de personnages : je vous laisse chercher ?…

Moebius Les jardins d'Éros dans Senso en 2005




Finissons avec un dessin de circonstance de Mallet-Stevens tiré de son portfolio Une cité moderne de 1922 : l'hôpital…
J'ai le sentiment que la modernité en a pris un sérieux coup en 2020…

Une forme d'hommage à celles et à ceux qui sont en première ligne depuis des semaines : de tout temps l'hôpital a représenté le dernier secours, le dernier recours pour espérer rester en vie ou se rétablir, grâce au dévouement et à l'abnégation de tous les personnels soignants : ce dont nos dirigeants politiques manquent cruellement depuis trop longtemps !…

Robert Mallet-Stevens Hopital 1922  dans Une cité moderne Éditions Massin 1922
dans Robert Mallet-Stevens, L'œuvre complète - Centre Pompidou 2005

L'homme statufié par Mallet-Stevens devant l'hôpital est Pasteur : n'oublions jamais que le jeune garçon sauvé de la rage était Alsacien !

Pasteur par Duval et Reding
dans Le Journal de Tintin numéro 280, 1954

Pasteur par Duval et Reding
dans Le Journal de Tintin numéro 280, 1954

Pasteur par Duval et Reding
dans Le Journal de Tintin numéro 280, 1954

Pasteur par Duval et Reding
dans Le Journal de Tintin numéro 280, 1954

Pasteur par Duval et Reding
dans Le Journal de Tintin numéro 280, 1954

Partir de Moebius en 2005, trouver la source avec Mallet-Stevens en 1914 et arriver à terminer sur une biographie de Pasteur par Reding en 1954 constitue une boucle temporelle des plus amusantes…




Portez-vous bien, et bien plus si affinités !…



Valéry Ponzone



Moebius
Mœbius
Moëbius
Moeb
Mœb

M.


lundi 4 mai 2020

> Yves Chaland et la tenue idéale contre le COVID-19…

En juin 1980, Chaland publie dans la presse magazine (un vieux truc en papier que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre !) la plus branchée de la place de Paris et de la Galaxie (cf. plus haut !) la tenue idéale pour lutter contre la propagation du COVID-19 : quarante ans d'avance !!!…

Une tenue complète et vraiment, mais vraiment protectrice !…


Bob Fish par Yves Chaland
dans Métal Hurlant numéro 54 - juin 1980

Il est vrai que son client Monsieur Swartenbroeckx tient plus d'Howard Hugues que de votre voisin avec sa paranoïa des microbes et des odeurs !!!…
Tiens encore un Swarte-machin-chose : certainement un hommage appuyé à Joost Swarte, mais que signifierait la fin de son nom de famille ?…

Comme Bob Fish, protégeons-nous bien, et pas avec cet espèce de bikini reconverti en masque de protection qui aurait été vendu par un Super U de Montpellier : si cela est vrai, c'est assez terrible, non ?…


Valéry Ponzone



dimanche 26 avril 2020

> La musique après la danse : le Boléro de Ravel…

N'oublions pas que nous n'étions pas plongés dans la pénombre du Grand Confinement depuis deux semaines, que l'Orchestre National de France nous offrait cette intérprétation d'un tube  absolu par l'intermédiaire du tube internet !…





Fort, émouvant, grandiose !!!…
Merci à eux !…


La version longue de l'Orchestre philarmonique de Radio France, en 2018, est pas mal aussi, même si je suis sûr que certains lui préféreront un orchestre allemand ou d'autres nationalités !?…






Portez-vous bien, et plus encore !!!…



Valéry Ponzone


samedi 25 avril 2020

> La danse reste un moment de beauté inégalée …

On peut accuser le coup sous le flot des différentes informations — trop souvent contradictoires — que l'on suit lors de ce qui est déjà la Grand Confinement… Être sidérés par ce que l'on apprend et dépités par la bêtise humaine qui semble ressortir de ses trous à rats ici et là…
Mais, fort heureusement, il y a de nombreuses initiatives un peu partout par des musiciens, des artistes, des acteurs ou bien des danseurs qui font preuve d'ingéniosité avec les outils technologiques dont nous diposons, et nous permettent de voir des parcelles de beauté assemblées,  comme des gestes artistiques et ne peuvent que nous redonner du baume au cœur : et cela fait du bien, immensément de bien !…

Regardons, admirons, amusons-nous et émouvons-nous sans oublier de partager certains de ces beaux moments, comme celui que les danseurs du ballet de l'Opéra de Paris partagent avec nous…





Ces moments où les femmes et les hommes de bonne volonté font des choses qui vont bien au-delà de la crise que nous vivons, ces moments qu'il faudra arriver à faire passer au-dessus de l'ambiance générale actuelle dans nos souvenirs : merci à eux !




Portez-vous toujours, et plus encore, si affinités, bien ! 




Valéry Ponzone



jeudi 23 avril 2020

> Franquin, Chaland et la traction avant…

C'est la période pour relire de bon vieux Spirou et Fantasio à ma fille : elle lit énormément elle dévore des livres, des bandes dessinées, ses Petits Quotidiens et ses revues Milan ou Bayard (c'est le même groupe maintenant), mais —heureusement ! — elle aime encore qu'on lui lise des histoires…

Après Le gorille a bonne mine, Les pirates du silence, on vient de passer aux Chapeaux noirs par Jijé et Franquin : je ne lis pas les quatre histoires dans l'ordre , et la deuxième devient Mystère à la frontière de Franquin…

Spirou et Fantasio, Les chapeaux noirs par Jijé et Franquin
Éditions Dupuis

… et badaboum, dans l'arbre la voiture des trafiquants de drogue : une Traction Avant Citroën jaune citron… pour une citron ????…


Spirou et Fantasio, Les chapeaux noirs par Jijé et Franquin
Éditions Dupuis

Spirou et Fantasio, Les chapeaux noirs par Jijé et Franquin (détail)
Éditions Dupuis


Voyons, voyons : mais c'est bien sûr, il y en a une autre traction avant Citroën jaune citron !!…


La traction avant par Yves Chaland
dans le portfolio Citroën et la BD 1984
Estampe en sérigraphie - 650 ex. numérotés et signés

Celle que Chaland a réalisé pour Citroën en 1984 et magnifiquement imprimée en sérigraphie par l'Atelier Caza…
Comme chez Franquin, , la Traction Avant Citroën jaune citron rentre dans un arbre de plein fouet  : une des images de Chaland parmi celles qui racontent le plus de choses,  du petit chat noir perdu au milieu de la route que la conductrice a évité poussant la Citroën à sortir de route et  percuter cet arbre — un pommier ? —  qui, fort heureusement est recouvert d'une affiche de Loto avec la corne d'abondance, signe de chance et de bonne fortune : effectivement, le conducteur et la passagère de la Traction Avant ont été littéralement éjectés de la voiture, mais ont plein de chance !…
D'autant plus de chance, qu'ils sont au milieu de pommes quasiment d'or : symbole ancien d'immortalité…
Le chef scout avec son faux air de Clifton (totem : Héron Mélomane), accourt du camp scout tout proche, trousse de secours à la main : heureusement qu'il n'était pas allé faire un tour aux feuillées ! … 
Une construction en triangle (encore ces diagonales, non pas du fou mais qui rendent fou ?) avec le regard qui circulent dans le dessin de façon naturelle et automatique pour passer de l'impact à sa cause, et trouver la raison de tout en remontant de la voiture détruite par l'impact contre l'arbre vers le chaton noir qui miaule puis vers sa propriétaire, sorte de Mère Michel,  qui le recherche et l'appelle panier rempli d'autres chatons blancs, à la main…

Portfolio Citroën et la BD par Chaland, Clerc,
Forest, Juillard, Liberatore, Margerin, Martin,
Moebius, Darrow et Teulé.
650 ex. numérotés et signés - Citroën 1984

André Franquin et Yves Chaland : une filiation graphique naturelle, surtout en tombant sur cette séquence des Chapeaux noirs !…

Chaland réutilisera plus tard la Traction Avant Citroën jaune citron pour les aventures à l'est de Freddy Lombard, Sweep et Dina : Vacances à Budapest, qui sera édité en 1988…

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Planche 8
Éditions Les Humanoides Associés 1988

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Planche 8 - détail
Éditions Les Humanoides Associés 1988

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Planche 11 - détail
Éditions Les Humanoides Associés 1988
"Lazlo a cassé l'auto !!!…"

Je ne vais pas parler des voitures jaunes citron dans la BD, la Dauphine de Gil Jourdan et les autres Tractions Avants, celle de L'affaire Tournesol par Hergé, ou celle partie Sur l'étoile par Moebius, déjà pour Citroën, mais seulement parler de ces Citrons jaune citron de Chaland… 
La Traction Avant jaune créées pour le portfolio Citroën et la BD se retrouve aussi en couvertures des différentes éditions de cette Aventure de Freddy Lombard, Vacances à Budapest

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Couverture édition courante
Éditions Les Humanoides Associés 1988

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Couverture édition de luxe - 999 ex. numérotés et signés
Éditions Les Humanoides Associés 1988

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Couverture entière édition de luxe - 999 ex. numérotés et signés
Éditions Les Humanoides Associés 1988

C'est plutôt bien la couverture de l'édition de luxe — 1er et 4e plats — en format entier, à plat !!!… 
J'étais un peu désapointé à l'époque de la sortie de cette édition de luxe (pour ceux qui l'ont achetée en 1988) car la couverture de l'édition de luxe ne se distinguait pas vraiment de celle de l'édition courante, sauf pour la couleur du fond et le principe conservé de la couverture composée sur les plats avant et arrière du livre…
Chaland n'avait pas du tout habitué ses lecteurs à cela, puisque quasiment tous ses tirages de tête étaient agrémentés de couvertures inédites et complètement différentes de celles des éditions courantes, et, à mon humble avis, largement plus belles que les couvertures courantes (sauf pour Bob Fish ?)…
Peut-être était-il débordé ? …
Peut-être n'était-il plus lui-même tant excité que cela par ces éditions de luxe trop pléthoriques dans le monde de la Bande Dessinée à la fin des années 80 ?… Nous entrions d'ailleurs progressivement dans la baisse de la courbe de production (et de vente !) des éditions de luxes et autres portfolios. Quelques éditeurs emblématiques allaient arrêter peu à peu : Carton ; Ludovic Trihan ; Aedena  ; Phigi-Jonas etc. 
Certains avaient vraiment trop abusé du principe de bibliophilie un peu factice : entre les gros éditeurs qui en faisaient parce que le concurrent en faisait, et ne privilégiait pas vraiment la qualité, et les petits éditeurs qui étaient aussi entrés dans la danse, pour ne souvent que faire de la trésorerie en considérant les collectionneurs comme des pigeons, tant pour les prix, les tirages trop importants et la qualité intrinsèque proposée, la bulle des années 80 ne pouvait qu'exploser… avant de se regonfler dans les années 90 (mais ceci est une autre histoire !)…

Freddy Lombard, Vacances à Budapest par Chaland
Couverture Collection Humanos Pocket (grande poche !)
Éditions Les Humanoides Associés 2008

Les Humanos reprennent en 2008 la version couleurs de la couverture de l'édition de luxe de 1988 pour une édition Pocket pas chère du tout, mais mal imprimée de mémoire, et destinée à des poches de trafiquants de jambons de pays sous l'Occupation ?…

Chaland reprend ce dessin de La Traction Avant,  du portfolio Citroën et la BD, pour une estampe éditée par Anagraphis en 1990. Fidèle à son habitude il redonne vie à ce dessin, et en modifie quelques détails ici et là et surtout, ce qui donne l'impression de modifications plus importantes, la mise en couleurs.

L'accident par Yves Chaland
Estampe en sérigraphie - 200 ex. numérotés et signés
Éditions Anagraphis 1990

Les deux voitures changent de couleurs, la jeune femme éjectée de la Traction Avant a pris le temps de changer de robe, mais pas la conductrice qui a causé l'accident… La Mère Michel qui a perdu son chaton noir a aussi changé de robe, et le chef des scouts a changé de mouvement (scout) dans la période séparant les deux tirages… 
Je suis infichu de vous dire de quels mouvements il s'agissait ?… 
Les autres modifications relèvent du détail : le principal étant le redressement de la borne kilométrique et la localisation possible de l'accident, sur la Route Nationale 7, celle là même qui doit passer par Roanne (tu l'as celle-là ?) ou par Saint-Étienne (et toi, tu l'as aussi cette autre ?) d'ailleurs ?…
Le village à l'arrière-plan est assez typique, avec la forme du clocher de l'église qui me fait un peu  penser aux églises savoyardes, comme celles de Megève ou Combloux qui auraient des silhouettes plutôt proches…

J'ai déjà esquissé dans différents billets de ce blog à quel point je trouve le texte d' Une vie en dessins inintéressant (hum ! hum !…) : sa conclusion est bizarre,  avec cette impression de vouloir aller dans un sens qui échappe un peu à l'auteur, à lier ainsi l'alignement des voitures de luxe impeccablement alignées dans les soutes du  F-52 à la disparition de Chaland, soulignant qu'il n'avait pas le permis de conduire. Il eut fallu vraiment mieux connaître son œuvre,  au plus profond de soi suis-je tenté d'écrire, et avoir été lecteur d'époque, et plus encore si affinités : collectionneur,  plongé dans ses livres ou dans la collectionnite ou quel que soit le mot qui correspondra le mieux, pour réussir un parallèle, une métaphore au niveau de l'événement !

Parce que la seule véritable conclusion digne d'intérêt et très fortement symbolique réside surtout dans l'édition de cette dernière estampe : L'accident !!!…

Il faut se souvenir que c'était d'ailleurs sur cette image que le gros Chaland Illustrateur, édité chez Champaka, se clôturait avant de tourner la page pour tomber sur l'autoportrait de Chaland réalisé pour l'exposition Chaland Explorateur, et quitter la partie iconographique du livre…
Ce choix n'était certainement pas du tout anodin !?…

Comme Franquin, comme davantage encore Tillieux, Yves Chaland a dessiné de nombreuses voitures dont quelques poursuites et accidents mémorables,  mais cette dernière sérigraphie était symbolique à plus d'un titre car c'est sa dernière estampe signée éditée en 1990 : c'est un accident de voiture et on ne peut pas passer à côté de cela !…

Il y a d'abord eu chez certains de ses lecteurs, la tristesse et une sorte de vide immense en apprenant sa disparition : de par nos ages — nous étions jeunes et larges d'épaule… — c'était un peu comme la perte d'un grand frère, celui qui nous éblouissait et nous procurait un sourire de satisfaction sur nos juvéniles visages de lecteurs avides d'autre choses, de lire ses nouvelles histoires de Bande Dessinée, ou découvrir ses nouvelles trouvailles graphiques et/ou narratives dans de simples dessins, qui dépassaient si souvent la simplicité apparente de la Ligne Claire®, du Style Atome™ et de toutes les étiquettes que certains se complaisent à lui coller systématiquement en oubliant de vraiment regarder (lire ?) ce que Chaland faisait, à l'image de ces visiteurs de musées qui lisent rapidement les cartels mais glissent sur les œuvres exposées qu'ils accompagnent : encore et toujours le doigt, plutôt que la Lune peut-être ?…

Dès lors qu'il s'agissait d'un accident de voiture, beaucoup de gens qui suivaient et collectionnaient Chaland à cette époque, ont aussi eu une autre pensée à l'esprit  : ce qui est vraiment troublant n'est pas tant que Chaland ait dessiné tant de belles voitures, ou que certaines aient été bien rangées dans les soutes du F-52 sorti en 1989 — ses voitures sont encore mieux rangées dans le garage de Plein Gaz en 1984 ou dans Le Grand Palais pour Le salon de l'Auto 1953 en 1987 ! —  ou que certaines de ses planches de Bande Dessinée ou illustrations parmi les plus marquantes représentaient des accidents de voitures (Le carrefour en 1986), ou cette phrase griffonnée sur le vif en 1978 dans une des planches d' Un amour déçu, qui sera reprise dans  Captivant en 1979 — "Merde, Tillieux est mort ! Tout fout le camp ! " … dans un accident de voiture ! —  mais surtout,  que la dernière sérigraphie grand format de Chaland que l'on pouvait voir encadrée dans les librairies que nous fréquentions,  du fait de la nouveauté et de l'actualité éditoriale de cette année 1990, représentait cet accident de voiture !!!!…

Une façon de fermer graphiquement le ban que nous ne pouvions pas ignorer, ne pas avoir à l'esprit visuellement et, de fait,  très, TRÈS symbolique…

Plus que tout…



Valéry Ponzone






PS : J'aurais pu aussi montrer et parler de la statue reprenant le dessin avec cette même Citroën  jaune, du 4e plat de "Vacances à Budapest", mais c'est tellement moche que je me demande comment Isabelle Beaumenay a pu accepter cette horreur absolue ?  Mais qui peut acheter cela, plutôt qu'acheter ou essayer de découvrir de nouveaux auteurs de Bande Dessinée ?????… Hormis l'idée pompée sur Aroutcheff des personnages de BD avec des voitures, Freddy, Sweep et sa grosse tête, Dina avec son visage écrasé (…) ne ressemblent à rien et surtout pas au dessin de Chaland !…


mercredi 22 avril 2020

> Franquin, une Idée Noire d'anticipation…

Je me replonge avec délectation dans d'anciens numéros du Trombone Illustré, ce fabuleux supplément incroyablement underground, fait dans la cave des honorables éditions Dupuis, par d'anciens Maîtres de la Bande Dessinée ayant viré punks en cette mémorable année 1977 : Franquin, Delporte, Roba, Gotlib, Jijé, Peyo, Sirius, Hausman…

Il faut avoir été lecteur du Journal de Spirou, gamin adolescent dans la France giscardienne à cette période, pour se rendre véritablement compte de la portée incroyable de ce supplément qui contenait les seules huit pages réellement intéressantes à lire dans le magazine Spirou !… 
Et, ce, des années avant Les hauts de pages, qui détruisirent toute la rédaction de Spirou, ou Les Innommables des enfants terribles de la Bande Dessinée marseillaise : Yann et Conrad…

Je retombe avec stupéfaction (Mille bombes !) sur cette ancienne Idées Noires du grandissime André Franquin (ses Idées Noires ont débuté dans Le Trombone Illustré !) : by jove, nous sommes le 16 juin 1977, God Save the Queen des Sex Pistols est déjà sorti, Let's There Be Rock d'AC/DC va sortir la semaine suivante, mais dans ce dixième numéro du Trombone Illustré, Franquin et Delporte nous expliquaient déjà la situation déplorable dans laquelle nos gouvernements successifs de banquiers, de gestionnaires et de comptables inféodés à leurs idéologies allaient saboter au fil des décennies nos hôpitaux et tout notre système de santé publique ("Hé,  il ne faut pas oublier l'Éducation Nationale !!") !…

Monsieur Boulier, non content de diriger les maisons d'édition et de distribution, dirige aussi nos pays !…

Nous sommes proche de l'été dans les pages du beau Journal de Spirou, et cela fait donc déjà plus de quarante ans que la casse a été commencée : certains auteurs de Bande Dessinée comme Franquin et Delporte s'en rendaient-ils déjà suffisamment compte à ce point ?…
Quoi qu'il en soit, cela leur a permit de faire cette planche toute en humour noir, mais finalement très… morale !… 


Argent trop cher

Idées Noires par Franquin et Delporte
dans Le Trombone Illustrée, dans la cave du beau
(dans Le) Journal de Spirou numéro 2040 du 16 juin 1977

Idées Noires par Franquin et Delporte
dans Le Trombone Illustrée, dans la cave du beau
(dans Le) Journal de Spirou numéro 2040 du 16 juin 1977



C'était un secret de polichinelle en fait car tous les collégiens de l'époque savaient aussi que…





Mince !… Quand j'y pense, je n'écoute vraiment plus du tout cela depuis des… décennies !!!



Portez-vous toujours, et encore, bien !!!…



Valéry Ponzone


dimanche 19 avril 2020

> Moebius et l'Alchimiste Suprême…

Un autre très beau dessin de Moebius : celui de l'image imprimée en sérigraphie sous le nom de Starwatcher numéro 3…
Ou peut-être est-ce l'Alchimiste Suprême, celui qui nous trouvera le remède miracle afin de nous tirer de cette très mauvaise passe dans laquelle nous sommes tous plongé.es ?…

Portez-vous toujours bien !!!

Moebius Starwatcher 3 estampe en sérigraphie
Éditions Aedena 1985

Moebius
Mœbius
Moëbius
Moeb
Mœb

M.




Valéry Ponzone


samedi 18 avril 2020

> Moebius et le chemin du Cristal…

Juste envie de mettre un beau dessin de Moebius pour ce week-end : on a beaucoup besoin de beauté et de poésie en ce moment, même si elles sont cristallines !…

Portez-vous bien ! 


Moebius  Mœbius Crystal - Stabur Graphics 1985



Moebius
Mœbius
Moëbius
Moeb
Mœb
M.



Valéry Ponzone



mardi 14 avril 2020

> Yves Chaland, Freddy Lombard La paroisse diabolique

J'ai reçu ces documents par courrier au tout début des années 90 : avec un beau cachet de la Poste du Puy-en-Velay, pour ceux qui connaissent …

Je me suis toujours demandé qui avait fait ce machin là : Frère Luc , est-ce toi ?…
Et quelle était l'intention derrière tout cela : faire entrer la référence au BDM peut-être ?… En tout cas il n'y a jamais été inséré, quoi que ce ne soit pas un grand exploit d'y être, ou non d'ailleurs…

Si quelqu'un a des infos au sujet de ce soit-disant collector ??…

Les aventures de Freddy Lombard
La pariosse diabolique

Courrier du "Cercle des Amis de Chaland"


En fait, ce devait juste être un super canular…
Il y en a qui s'amusent comme ils le peuvent, même en plein mois de juillet…




Valéry Ponzone


lundi 13 avril 2020

> Yves Chaland et La comète de Carthage… 

• Vente Sotheby's 2017
YVES CHALAND (1957-1990)
Freddy Lombard - Tome 3 La Comète de Carthage
Planche 42 Les Humanoïdes Associés - 1986
Un joyau taillé dans l’encre de Chine pour l’un des albums centraux de Freddy Lombard ! Cette page particulièrement originale dans sa construction appelle irrémédiablement le regard vers sa dernière case. On y passe d’un dessin où traits et aplats de noir tranchent sur le blanc du papier à une dernière figure dessinée en négatif à partir d’un noir prédominant. Difficile de ne pas penser au S.O.S. Météores de Jacobs auquel Chaland semble rendre hommage ici. Fidèle à la ligne claire qu’il a su réinventer dans les années 80, Yves Chaland travaille ici sur deux moitiés de planche totalement différentes. À la première, très découpée - elle compte sept cases !- la seconde répond par une succession de quatre plans verticaux homothétiques. Les trois premières cases de ce très haut strip constituent un zoom arrière dans lequel le corps de Freddy Lombard dessine une diagonale. La toute dernière case y fait écho, entièrement construite quant à elle sur une autre diagonale, plus vertigineuse.
Encre de Chine sur papier
54 x 42 cm


• Éditions Champaka Brussels
L’ouvrage « Les archives Freddy Lombard » revisite cette série, à bien des égards atypique et révélatrice de la personnalité et des aspirations d’Yves Chaland. Chaque album de « Freddy Lombard » illustre la volonté de l’auteur d’explorer un des « pays » de « sa » bande dessinée. « Le testament de Godefroid de Bouillon » flirte avec les « Johan et Pirlouit » de Peyo. « Le cimetière des éléphants » revisite avec délectation les aventures africaines de « Spirou et Fantasio » : « La corne du rhinocéros » et « Le gorille à bonne mine ». « La comète de Carthage » fait mine de regarder du côté de « S.O.S. Météores » de Jacobs, pour mieux s’en aller vers des territoires personnels. « Vacances à Budapest » et, surtout, « F.52 » seront autant de balades particulières dans un univers de première force. « Les archives Freddy Lombard », ouvrage à tendance bibliophilique, se veut un « making of » à rebours de la série. Il est constitué de photos et croquis de repérages, crayonnés de planches, d’illustrations et planches modifiées (car, entre la parution dans « Métal Hurlant » et l’album, Chaland redessinait toujours certaines cases, parfois des planches entières). Truffé d’anecdotes, le texte de José-Louis Bocquet (auteur des « Années Métal », déjà sur Chaland et chez Champaka) est d’un grand intérêt historique. Il a été nourri par des interviews réalisées par Eric Verhoest auprès des proches de Chaland: François Avril, Isabelle Beaumenay-Joannet, Serge Clerc, Luc Cornillon, Floc'h, Jean-Luc Fromental, Yann Le Pennetier et Didier Pasamonik.
http://www.champaka.be/les-livres/chaland/les-archives-freddy-lombard-yves-chaland



La première description est celle d'une planche originale de Chaland, Freddy Lombard La comète de Carthage vendue chez Sotheby's…
La seconde est celle sur le site de l'éditeur du livre Les archives Freddy Lombard (vendu 125 euros soit le double du prix à sa sortie par son propre éditeur : je ne savais pas cela était possible ?)…

Les archives Lombard d'Yves Chaland
Éditions Champaka

Envolées lyriques faites pour mieux vendre et/ou vendre au plus cher (quand un libraire parle d'un de ce qu'il a dans son fonds, avec un prix marqué donc fixé,  certains pensent qu'il essaye de le "placer",  par contre dans le cadre de ventes aux enchères, là où le but est de pousser les collectionneurs à acheter au plus cher, donc à fixer eux-mêmes un prix élevé par une rivalité exacerbée, cela est accepté ? drôle d'époque…) cette planche qui serait " un joyau taillé dans l'encre de Chine" : cela fait un peu  salamalecs, en oubliant quelques évidences… 

Voici déjà le visuel de la planche en question récupérée sur un site : avez-vous remarqué la rapidité récente avec laquelle les acheteurs de planches originales en salles de vente aux enchères les mettent sur des sites ?… Une planche vendue / achetée 15 000 euros (hors frais) tout de même, allez hop, illico presto sur internet…
Drôle d'époque…

Freddy Lombard, La comète de Carthage planche 42
par Yves Chaland

Chaland ne travaille pas sur deux moitiés de planches totalement différentes, même si les découpages sont différents, ce n'est pas un gauffrier pour les paresseux du découpage, la planche est linéaire dans la mesure où elle raconte la même séquence : aucune rupture dans cette planche, et il ne faut pas s'appesantir ainsi sur la partie haute et la partie basse : il n'y en a pas vraiment !  Elle est vraiment conçue sur trois bandes, avec les deux premières cases identiques encadrant la séquence du centre, puis la deuxième bande — qui centre la planche par leur horizontalité — avec deux cases de mêmes formats, auxquelles vont répondre les quatre cases verticales (ce ne sont pas des "plans" mais des cases, ou des rectangles) égales  dans la séquence (l'homothétie implique davantage un changement de taille agrandissement ou réduction, en conservant la proportion géométrique format A4 > format A3 par exemple)… tout en étant de mêmes largeurs que les deux cases de la première bande : celles à gauche et à droite.
À la rigueur, si on devait séparer cette planche, cela se ferait davantage entre la première bande (ce sont des strips, mais j'aime bien la bande puisque nous parlons de Bande Dessinée et pas de Comics Strip) et le reste de la page, les deux bandes suivantes…
Qui forment cet ensemble deux cases horizontales / quatre cases verticales : comme une subdivision digne de la reproduction chez les organisme unicellulaires : un devient deux, là, passage d'une case horizontale de la deuxième bande,  à deux cases verticales situées juste en dessous…
L'axe central est commun par l'espace intertextuel (??) cher aux exégètes (et aux universitaires qui vont peut-être bientôt s'approprier le discours de la méthode de la Bande Dessinée, après l'avoir tant dédaignée ?) , qui est le même pour les deuxième et troisième bande :  nous pouvons  même tous remarquer en chœur et avec gaspation (merci qui ?… merci Schlingo !) que le centre de la page — l'axe central —  est prolongée graphiquement, volontairement ou non, consciemment ou non, par/avec Freddy Lombard lui-même, alternativement de face puis de dos, et,  en pleine négociation serrée au sujet de cette fameuse patte de lapin !
La dernière bande est bien un zoom arrière, en plongée qui plus est, avec la diagonale créée avec le corps allongé de Frédéric, alias Freddy Lombard (il faut toujours chercher les diagonales dans les planches de Chaland depuis que Dupuy-Berberian ont raconté l'anecdote de leur page faite à l'origine pour un numéro de Junior pour le Crédit Lyonnais : Chaland les avait félicités pour une diagonale qu'ils avaient faite… par hasard !) d'ailleurs prolongée par le sous-marin…

Si la scène reste unitaire sur toute la planche, et dans un périmètre très restreint, entre les personnages, dans le décor de cette calanque (ou crique ? je passais mes vacances au Cap Bénat et la côte n'a pas le même relief ?), la mise en forme bouge beaucoup, avec des champs / contre-champs entre les cases 1 et 5 — les deux cases encadrant la première bande — puis la même chose pour la deuxième bande, enfin,  ce jeu de profondeur de champs dans la dernière bande assez impressionnant à la relecture pour animer, faire vivre une planche de transition, de dialogue théâtralisé avec un certain crescendo : partant d'une situation burlesque, comique presque ridicule avec cette histoire de patte de lapin dérobée par Freddy Lombard, qui revêt une importance si grande aux yeux de son propriétaire qu'il est prêt à tuer pour la récupérer (assommer Freddy et le laisser dans l'eau ne peut pas être bon que pour le teint !),  passant par la sauvetage de Freddy par Alaïa, arme au poing, finissant, enfin,  par la fuite d'Alaïa, précédée d'un monologue d'adieu très flaubertien, qui nous est offert puisque que Freddy est toujours inconscient, pour véritablement s'achever avec la case dans laquelle le sous-marin s'enfonce dans les profondeurs marines sous nos yeux, comme un rideau se ferme sur la scène qui se termine alors que nous peinons à reprendre notre soufflle : de la comédie — burlesque — à la tragédie absolue, en une seule planche, avant d'entrer dans la scène finale de La comète de Carthage, qui commence dès la page suivante, page de droite…

Mais, mais, mais ???… Personne ne semble voir que la descente du sous-marin, que l'acheteur de la planche compare sur le site  à "une descente aux Enfers" (sic), c'est osé dans la Méditerranée,  d'autant plus qu'un sous-marin devrait pouvoir remonter à la surface,  mais je m'égare… il faut revenir sur le sous-marin, qui descend, disais-je, dans la Méditerranée comme… la comète fendant la nuit azuréenne au fur à mesure qu'elle s'approche / s'éloigne de la Terre…
Pour constituer un enchaînement et une transition graphique discrète , mais très efficace, et, surtout, d'une intelligence rare : du bas de la page de gauche au haut de la page de droite !

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Dernière case planche 42 + Première case planche 43

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Première case planche 31

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Dernière case planche 33

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Dernière case planche 42

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Première case planche 43


Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Planche 44


Hé ouais, hé ouais, ça n'a l'air de rien, mais ce pourrait presque être un vrai métier, même si tout le monde s'en contrefiche !…

Comme je vous sais intelligents (j'ai osé mettre au pluriel mais peut-être n'y-a-t-il qu'un seul lecteur de ce billet, voire aucun ?) , vous aviez vu tout seul la belle diagonale de la planche 44…
Cette transition graphique de la planche 42 à la planche 43, est vraiment plus évidente dès lors que l'on ouvre La comète de Carthage et … qu'on le lit : les deux mises en couleurs renforcent cette transition graphique, cet enchaînement, par des teintes similaires pour les deux trainées (plus net dans le livre que sur mes scans)  : sillage sub aquatique du sous-marin / queue de la comète !



Je comprends parfois les polémiques intéressantes sur lesquelles je tombe sur le fait que les planches originales ne devraient pas être dispersées car elles forment un tout, un ensemble indissociable au même titre qu'un manuscrit littéraire dont on ne vendrait a priori  pas les pages ou chapitres séparément : cette position se défend autant son opposée… surtout si le lecteur ne pense pas ou ne voit pas sa planche dans l'ensemble de l'histoire dont elle est extraite.

Pour en finir une bonne fois avec le descriptif commercial de cette planche pour la vente Sotheby's, la dernière case n'est absolument pas un négatif : voilà la case en question en négatif.
C'est bien de se regarder écrire, mieux encore de regarder ce que l'on écrit.

Freddy Lombard, La comète de Carthage par Yves Chaland
Éditions Les Humanoïdes Associés 1986
Dernière case planche 42 en négatif

Mais ce n'est pas du tout cela qui m'intéressait vraiment dans ces deux argumentaires commerciaux : 
- Difficile de ne pas penser au S.O.S. Météores de Jacobs auquel Chaland semble rendre hommage ici.
- « La comète de Carthage » fait mine de regarder du côté de « S.O.S. Météores » de Jacobs, pour mieux s’en aller vers des territoires personnels.

Hum, hum.
La comète de Carthage inspirée par ce fabuleux Blake et Mortimer, SOS Météores ???…
Freddy, Sweep et Dina à Cassis vs Blake et Mortimer à Paris ???…
Est-ce possible de vraiment lire cela ?… Car hormis la pluie, je ne vois vraiment pas le lien entre les deux histoires, mais vraiment pas ???…
Car il n'y en a pas du tout à mon humble avis hormis une manie récente de vouloir trop lier tout ce qu'a créé Chaland à un ou à des classiques de l'École Franco-Belge, en oubliant souvent des références mineures pour certains mais peut-être majeures dans son œuvre (je citerais Fripounet et Marisette de Bonnet dont Chaland possédait plus de livres que de Jacobs ou Hergé !…), tout simplement parce qu'inconnues de trop de lecteurs.

Faut-il vraiment toujours faire de la référence référentielle comme certains aiment à faire de la politique politicienne ? 

Je rembobine, tel le zoom arrière de cette planche 42… et je m'essaye aussi à la référence… 
Été 2017, nous sommes en vacances dans les Alpes pour marcher… une envie me prend de relire un ancien Collection du Lombard ayant pour cadre la montagne, je cherche et trouve sur internet une édition originale de Jari dans la tourmente : c'est bête, je sais mais pas pour la même raison que celle à laquelle tu penses cher lecteur de mes élucubrations, "c'est bête" disais-je, car j'en ai déjà un exemplaire chez moi, très abîmé, mais je commande tout de même celui que je dégotte. Le prix est correct et l'album semble en bon état… et le vendeur peut surtout me l'envoyer.
Mais qui commande un album de Jari en éditon originale au Lombard pendant ses vacances ?…
Moi !…
Réception rapide, je déballe et inspecte le livre sur le balcon ensoleillé, protégé par la chaîne du Mont-Blanc : les points Tintin sont bien présents, les plats et le dos sont plutôt très bien, la garde avant est fendue entre le plat et le cahier : le vendeur ne le m'avait pas indiqué mais le prix étant ce qu'il est, il ne faut pas exagérer non plus!

Jari dans la tourmente par Reding
Collection du Lombard 1961

Je le feuillette : j'adore l'odeur (si le livre n'est pas moisi ou sorti d'une cave humide !) et davantage encore les couleurs et les papiers de anciennes éditions du Lombard, même de séries que je n'aime pas trop (je n'aime pas du tout Michel Vaillant, et pourtant j'en ai lu, mais les voitures et moi, bof, bof), et Jari me plaisait enfant, le tennis en toile de fond certainement (ce sont les années où j'ai tant joué au tennis avec entraînements encadrés hebdomadaires et le toutim) et en feuilletant, bam, la révélation, alors que j'ai pourtant déjà lu ce Jari plusieurs fois par le passé : 
Je vous le dis, mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, en fait la bande dessinée la plus proche de La comète de Carthage n'est certainement pas SOS Météores mais bel et bien ce Jari dans la tourmente !…

Ce village de montagne (attention spoiler !) coupé du monde, coupé de tout à la suite d'un avalanche, cette ambiance de fin du monde, cette angoisse latente après que la Dent du Géant se soit effondrée sur le glacier du Boratt,  ait crevé une poche d'eau faisant déferler le Nantgris sur le  village de Priolans détruisant tout sur son passage !…

Jari dans la tourmente par Reding
Collection du Lombard 1961
L'eau déferle sur le village

Jusqu'à la découverte de ruines romaines, station thermale oubliée au cours des siècles qui pourraient faire penser aux ruines de la Villa de Phidias dans La comète de Carthage ?…


Jari dans la tourmente par Reding
Collection du Lombard 1961
Les ruines romaines

Je n'irai pas jusqu'à rapprocher la couleur de l'avion de Jari identique à celle du sous-marin de La comète… ni même la façon de dessiner les masses de roches qui s'effondrent dans les deux livres (très Kirby aussi d'ailleurs ?) mais je pense qu'il y a davantage de liens entre Jari dans la tourmente et La comète de Carthage qu'entre La comète de Carthage et SOS Météores, hormis la pluie, comme je l'ai déjà écrit…

Je vous disais que j'avais déjà un exemplaire de ce Jari chez moi, mais dans un état misérable, même si je l'ai récupéré couvert : comme vous pouvez le constater vous-même !

Jari dans la tourmente par Reding
Collection du Lombard 1961

Mais, fort heureusement  il a bien ses 10 point Tintin (je plaisante mon père découpait les siens !) à la dernière page, et surtout, vous remarquez le tampon de… la Bibliothèque pour tous de Nérac !

Jari dans la tourmente par Reding
Collection du Lombard 1961
Le point Tintin est bien présent

Il s'agit donc de l'exemplaire ayant appartenu à Chaland, d'où la référence possible, résurgence inconsciente, entre La comète de Carthage et Jari dans la Tourmente pour des détails qui me semblent plus prégnants que ce l'on peut tirer de SOS Météores, cité, je pense, juste pour lier La comète de Carthage à ce grand classique de l'histoire de la Bande Dessinée… et mieux vendre ? 

Lorsque j'ai exposé les planches de La comète de Carthage en 1997, François Avril m'avait appris une chose très intéressante, et je suis toujours étonné que des années plus tard — sauf erreur de ma part — cela n'ait jamais été repris par ailleurs… Avril sait plein de choses intéressantes de ce genre, mais ne parle jamais de cela dans les livres, ou se perd dans des anecdotes / analyses un peu fausses et sans grand intérêt (celle des Tirages de Tête de Chaland dans Une vie en dessins est réellement… anecdotique et vire à la légende urbaine du chapô de Freddy Lombard des anciennes éditions du BDM,  style réalité modifiée et comme le rédacteur du texte ne recoupe ou ne vérifie pas, tout en semblant ne pas avoir été contemporain de ces TT ou avoir lu Chaland pendant les périodes en question…) : lors de cette exposition  je ne peux que constater étonné que les planches de La comète de Carthage sont de deux formats différents !
La première partie de l'histoire est dans un format plus petit, plus classique du format des planches originales de Chaland que j'avais pu voir ici ou là, Le cimetière des éléphants exposées chez Super Héros en 1990 ; Adolphus Claar exposées chez Super Héros en 1983 ; Bob Fish en vente chez Album d' Yves Rasquain, sauf évidemment Le Jeune Albert exposées chez La Marque Jaune en 1985 (qui n'est pas une galerie parisienne contrairement à ce qui est écrit dans le gros Chaland Illustrateur !)  ou Le testament de Godefroid de Bouillon évidemment… puis à un moment, en cours d'histoire,  les planches de La comète de Carthage changent de format et deviennent plus grandes, prennent davantage d'ampleur… 
Désolé, mais je n'ai pas une mémoire si extraordinaire qui me permettrait de me rappeler à quel planche cela commence, quoiqu'il en soit, devant mon étonnement face à ce phénomène étrange en plein milieu du même album, Avril répondit à mes interrogations quasi métaphysiques : si j'ai bien retenu la leçon, Chaland avait vu les grandes planches de Floc'h et avait trouvé que cela donnait une belle dimension graphique au dessin. Il en a donc profité pour s'essayer à un format plus grand en cours de réalisation de La comète de Carthage
Je crois qu'il est revenu à son format habituel par la suite, car encrer trop haut, du fait d'un plus grand format de feuille à dessin, devait le gêner ?…

De toute façon, chacun sait qu'il n'y a pas que la taille qui compte, sinon où irions-nous ma bonne dame, n'est-ce pas ??…

Il est vrai que Chaland avait dans son fameux carton à dessin Dalbe toilé vert, celui dont Avril parle dans Portrait de l'artiste ( je crois ?) chez Champaka, une ou deux plutôt très grandes planches de Floc'h, de ce qui aurait dû être l'Affaire Vera Lindsay… dont la première est présentée sur le même site que la planche 42 de La comète de Carthage dont il est question plus haut, mais par un autre collectionneur  que celui — devenu depuis lors gros vendeur en chambre non déclaré tout en profitant des Assedic  — à qui je l'avais cédée à l'époque…



Valéry Ponzone