vendredi 14 mars 2014

> Moebius, Chronique de l'Humanoïde Dissocié

Quand Métal Hurlant et Les Humanoides Associés se sont créés, Mœbius était l'un
des principaux humanoides associés de la nouvelle structure éditoriale.

Les Humanoïdes Associés
Logo (qui m'a toujours subjugué) par Moebius

Le tout premier livre édité sous ce label fut Le bandard fou, réédition du titre publié initialement
aux éditions du Fromage et rapidement épuisé.

Moebius, Le bandard fou - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1974

Mœbius étant plus présent que Druillet dans les pages de la revue Métal Hurlant (Druillet s'en détacha plus rapidement), chaque nouvelle histoire du Seigneur de l'Anneau© dans les pages de Métal était un événement.
Tout ce que Mœbius a fait de majeur sous ce nom a été édité par Les Humanoïdes Associés : de Arzach au Major fatal (dont la phénoménale histoire Le garage hermétique de Jerry Cornélius) en passant par des histoires majeures comme The Long Tomorrow, Escale sur Pharagonescia, sans oublier Les yeux du chat, Tueur de monde et la série John Difool


Moebius, Arzach - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1976

Moebius, Les yeux du chat - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1978


Moebius, Major fatal - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1979

Moebius, Tueur de monde - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1979

À cette époque Les Humanoïdes éditaient Mœbius : créaient les livres de Mœbius…
Il y eut à un moment une bascule assez étonnante; vers la fin des années 80 quand Les Humanoïdes Associés décidèrent de rééditer Mœbius dans la collection Pied Jaloux, en multipliant les petits pains et scindant certains livres comme Major Fatal qui se retrouva partagé en deux livres : Le garage hermétique et Les vacances du Major.

Moebius, Le garage hermétique 
Collection Pied Jaloux - Les Humanoïdes Associés, 1988

Moebius, Les vacances du Major
Collection Pied Jaloux - Les Humanoïdes Associés, 1990

Et, surtout, de rééditer Mœbius tel que les américains l'avaient édité aux USA.
Les histoires originellement en noir & blanc avaient été mises en couleurs pour le public américain (potentiel) et éditées sous le label Epic en 1987.
Un peu comme les films noir & blanc que le public américain serait soi-disant peu enclin à regarder parce qu'en noir & blanc et pas en couleurs (on se demande comment sont Sin City, Bone ou Calvin et Hobbes ?)…

Ce sont ces versions que Les Humanoïdes Associés choisirent de rééditer.
Cela impliquait tout simplement que les Humanoïdes rééditaient Mœbius tel que les américains l'avaient décidé (comment ? je me répète ?) !

Le plus symptomatique, est le simple fait que les deux livres d'illustration succédant aux fameux Mœbius par Mœbius - 30x30 Collection Folles Images, ou des titres présents dans la Collection Mœbius Oeuvres Complètes (la fameuse collection orangée ou saumon suivant l'angle et la position du soleil) furent des versions françaises de livres américains (il existe aussi des versions allemande, italienne…) : Chaos et Metallic Memories devinrent Chaos et Chroniques métalliques en 1991 et, ce, jusqu'aux éditions actuelles formatées dans un format classique BD dans la collection Mœbius Classique (fond blanc).

D'un livre d'images global potentiellement éditable ou originel, on passe au Chaos avec ces éditions, comme on multiplie les petits pains…

Moebius, Chaos - Edition Originale US
EPIC, 1991

Moebius, Chaos - Edition Originale française
Les Humamoïdes Associés, 1991

Moebius, Chaos
Les Humamoïdes Associés, 2011

Moebius, Metallic Memories - Edition Originale US
EPIC, 1991

Moebius, Chroniques métallique - Edition Originale française
Les Humamoïdes Associés, 1991

Moebius, Chroniques métalliques
Les Humamoïdes Associés, 2011


Cette nouvelle et plutôt laide collection Mœbius USA (avec "graphisme" à la bannière étoilé : je n'ai pas compté s'il y bien les 50 étoiles ?) éditée courant 2012 est assez étonnante : en doublon avec la collection Moebius Classique (fond blanc) qui présente l'édition noir & blanc du Garage hermétique, cette édition reprend encore les versions couleurs américaines.

Moebius, Le garage hermétique Classique
Les Humanoïdes Associés, 2011

Moebius, Les vacances du Major Classique
Les Humanoïdes Associés, 2011


Moebius, Le garage hermétique USA
Les Humanoïdes Associés, 2012

Moebius, Les vacances du Major USA
Les Humanoïdes Associés, 2012
En couleurs mais en présentant cela de façon assez étrange : au 4e plat des livres il est écrit que "Les Humanoïdes Associés sont revenus à la forme originelle de l'œuvre de Mœbius" (sic), tout en précisant plus haut que "pour le marché américain, toutes les planches originellement en noir et blanc sont colorisées et publiées peu après en France." (sic)
Il faudrait savoir ce qui est ou non originel (sic) et montrer un peu plus de cohérence : l'œuvre originelle de Mœbius est-elle en noir et blanc ou en couleurs ?
De toute façon c'est un peu plus compliqué que cela, Major Grubert…
La plupart effectivement, mais certaines, plus rares sont parues en couleurs directes…

Moebius, Escale sur Pharagonescia USA
4e plat - Les Humanoïdes Associés, 2012


Ne parlons pas de l'impact d'une histoire aussi forte que Cauchemar blanc : parue à l'origine en noir &blanc, et l'une des rarissime histoire de bande dessinée française politiquement très engagée à une époque où la société française était bien moins centriste que maintenant.
La retrouver dans cette version en couleurs est vraiment… nul.
La couleur casse complètement l'intérêt et la force de ce court récit et c'est bien dommage…
Et me pousse plutôt à plonger la tête dans le sac (ah ! ah ! humour !) qu'à la relire sous cette forme avariée
J'allais oublier de rappeler que le court-métrage de cinéma de Mathieu Kassowitz adapté de cette histoire de Mœbius est lui aussi en noir & blanc et certainement pas en couleurs !

Moebius, Cauchemar blanc - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1977

Moebius, Cauchemar blanc - Page 1
Les Humanoïdes Associés, 1977


Pour prendre un exemple précis, j'ai toujours été surpris de constater que Les Humanoïdes Associés préfèrent éditer une version mise en couleurs pour le marché américain d'une histoire comme Escale sur Pharagonescia, alors que celle-ci avait été publiée en couleurs (directes) dans les pages de Métal Hurlant : une mise en couleurs réalisées par Mandryka (à ce sujet : une édition allemande reprend en livre cette seule histoire avec cette mise en couleurs originelle made in Métal Hurlant !) qui plus est, un auteur réellement important dans l'histoire de l'émancipation de la bande dessinée française à partir des années 70…

Métal Hurlant n° 47 - janvier 1980 - couverture

Escale sur Pharagonescia, pl. 11 in Metal Hurlant n° 47
Couleurs de Mandryka

Moebius, Escale sur Pharagonescia USA
Pl. 11 - Les Humanoïdes Associés, 2012

Escale sur Pharagonescia, pl. 11 in Metal Hurlant n° 47
Couleurs de Mandryka

Moebius, Escale sur Pharagonescia USA
Pl. 18 - Les Humanoïdes Associés, 2012


Von Mœbius, Zwischenlandung auf Pharagonescia
Couverture édition allemande
Volksverlag, 1981


Personnellement je préfère nettement les couleurs originelles de Mandryka à la mise en couleurs made in USA que nous inflige avec mauvais goût ou paresse éditoriale Les Humanoïdes Associés à chaque fois qu'ils trouvent un prétexte pour recaser cette/ces version(s) couleur(s)…
Je crois me souvenir que cette histoire a aussi été publiée en noir & blanc originellement dans La déviation (Les Humanoïdes Associés, 1980) ?
Je n'ai pas mes livres sous les yeux : pas la possibilité de vérifier au moment de rédiger ces misérables lignes…

Moebius, La déviation - Edition Originale
Les Humanoïdes Associés, 1980


J'ai l'impression, à tort ou à raison, que Les Humanoïdes Associés sont passés à cette époque peu à peu à la remorque des éditions/versions américaines…
Oubliant même d'aller puiser dans leur propre vivier : en particulier la revue Métal Hurlant
Même pour éditer leur propre livres d'illustrations de Mœbius, voire LE livre d'illustration sur Mœbius que l'on attend toujours et encore. Pourtant, Les Humanoïdes Associés pourraient farfouiller dans ces pages et y dénicher quelques petites merveilles de l'espace, des dessins encore oubliés au fin fond des pages de Métal Hurlant !

Aussi étonnant en 2010, avec ce volumineux ouvrages de plusieurs centaines de pages :  Mœbius Oeuvres - Les Années Métal Hurlant (à noter que le titre est très proche de celui d'un livre de Chaland édité par Champaka en 1997 : même principe de compilation d'histoires courtes de Chaland dans sa période Métal Hurlant) avec ce livre présenté comme : "L'intégrale des bandes dessinées de Mœbius parues pendant sa période Métal Hurlant."
Mensonge volontaire, marketing ou simple ignorance ?
Certaines histoires venaient d'autres supports, comme La déviation parue dans Pilote en janvier 1973 (période antérieure à la création de Métal Hurlant) ou Barbe-Rouge et le cerveau pirate et, surtout, certaines petites choses ont été oubliées…
C'est toujours la même chose : c'est encore la presque intégrale qui nous fût proposée…

J'en suis toujours à me demander pourquoi Tueur de monde n'est toujours pas réédité : il s'agit pourtant là d'une des plus belles et plus poétiques des histoires de Mœbius !?…
Sous des faux airs, à sa sortie de livre collector rapide à lire, il s'agit là l'une des histoires majeures de Mœbius, quoi qu'on en pense !
Et ce récit aurait bien pris sa place dans cette fameuse (fausse) intégrale…


Moebius Œuvres, Les années métal Hurlant
Les Humanoïdes Associés, 2010

Chaland, Les années Métal
Champaka, 1997

Pour revenir vers cette très laide collection Mœbius USA éditée courant 2012, le gag est de lire l'accroche marketing du 4e plat, de ce qui fut le premier livre édité par Les Humanoïdes Associés : Le bandard fou.

Moebius, Le bandard fou USA
Les Humanoïdes Associés, 2012

Moebius, Le bandard fou USA
4e plat - Les Humanoïdes Associés, 2012

En effet, il est présenté comme "greffé" dans cette collection, avec mise en couleurs spéciale parce que seul titre non édité par les américains à l'époque…
Sous entendu, les américains seraient trop puritains (c'est un scoop ?)  pour lire cette histoire délirante ou si cul avec ce type en érection roccosifredienne pendant quasiment tout le livre, "cette histoire jugée trop licencieuse pour le marché américain très surveillé" (sic) : Code Hays encore actif ? Pas encore la NSA ? Mais, alors,  qui ???…
Sauf, que oui, ben non…
Epic, label de Marvel n'a peut-être pas édité cette histoire trop osée pour eux, et ne l'a pas donc pas colorisée comme on dit, mais oui, mais bon il est absolument faux de dire qu'il n'y a pas eu d'édition américaine du Bandard fou : Dark Horse Comics l'avait bien édité en 1990 sous le titre The Horny Goof…
Ce titre portant le numéro 0, certainement pour entrer dans la numérotation des autres livres de Mœbius parus chez Epic, la maquette étant proche de celle d'Epic

Du 1er livre édité par Les Humanoïdes Associés en 1974 au volume 0 publié par les américains en 1990 : cela est très binaire finalement !…

Moebius, The Horny Goof
Dark Horse Comics, 1990

Autant arrêter là, avant de passer dans la terrible dimension bitmap du monde de l'esprit de Grubert : originellement en noir & blanc faut-il encore le préciser…

dimanche 16 février 2014

> Une autre (petite) histoire de foot… 

Un moyen de relever le niveau moyen de la création en bande dessinée avec cette vie de Didier Drogba en bande dessinée, présentée sur le site de France24.
C'est la conclusion de l'article qui est intéressante : en effet, c'est Didier Drogba ou tout au moins son éditeur que les grands éditeurs de bandes dessinées devraient engager pour diriger leurs catalogues.
Il semble être aussi bon pour marquer des buts (et il est très très fort dans cet exercice : rien à dire à ce sujet) que pour faire de l'édition.
Passons sur la côté "ce qui rentrera dans ma poche gauche ira dans celle de droite" (l'argent gagné sera versé à sa propre Fondation : même si celle-ci doit être une bonne Fondation, il est tellement plus facile d'être philanthrope avec sa propre fondation, n'est-il pas ?) : le plus fascinant est le fait de savoir à l'avance que sa vie en bande dessinée va faire des bénéfices !…
Trop grand. Trop fort.
Ce que je vois plutôt comme un bide annoncé en terme d'édition devrait faire des bénéfices…
Cela est garanti.

Incroyable. je me suis usé la santé et parfois mon capital passion à éditer des portfolios, estampes, tirages de luxes et/ou limités, livres et bandes dessinées (…) depuis 1988 si je me réfère au tout premier portfolio que j'ai édité… pour ne jamais rien gagner ni faire aucun bénéfices… voire ne perdre que de l'argent et de l'énergie.
Ni même acquérir le prestige de l'uniforme.
C'est cela que j'aurais dû faire plutôt qu'éditer des quasi premières bandes dessinées de certains auteurs : la vie en BD (pas en bande dessinée mais bien en BD) de stars du sport.

Ce qui est le plus incroyable dans cet article est le fait que le lien que la journaliste a créé dans le corps de son article sur le titre du tome 1 de ce merveilleux album de BD (il y en aurait plusieurs) est un lien qui nous amène directement sur la référence de la BD en vente sur le site… fnac.com !
Incroyable.
France24 chaîne et site internet d'information à vocation internationale (dont la référence à sa création était plutôt la BBC qu'une chaîne commerciale lambda), de service public qui plus est,  se permet dans les articles de certains de ses journalistes du site internet de proposer des liens commerciaux vers la Fnac !
Dans le corps de l'article, pas en publicité ou bannière présentes à côté de l'article : mais bel et bien dans le corps de l'article, donc par choix de la journaliste qui passe là pour un pur camelot ou rabatteur.
Cela m'étonnerait énormément que ce soit conforme au code de déontologie du journalisme !???…
D'ailleurs, l'intégralité des liens de l'article servent une promotion outrancière de ce livre, dont ne doivent bénéficier que très peu de réelles bandes dessinées créatives sur France24 : lien avec le profil Facebook de la BD (BD Officiel / Facebook), lien sur le site du livre lui-même avec Orange mis en avant un peu partout comme partenaire de cette BD, lien pour la Fondation Didier Drogba, liens sur ses clubs (Chelsea ; Galatasaray… mais pas Marseille ???) etc.
Cet article de France24 ressemble finalement plus à un publireportage qu'à un article de journaliste : même s'il est évident que ce n'est pas le genre d'article qui permet d'obtenir le Prix Albert Londres ou le Pulitzer, j'ai plus l'impression d'un travail de journaliste complètement hors-jeu…

Comme je l'ai dit, je pense que beaucoup d'autres bandes dessinées et auteurs auraient mérité ou apprécié qu'on leur fasse autant de promotion (gracieuse ?) même si j'ai plus l'impression qu'il s'agit là de servir la soupe
Pas besoin de faire une bonne bande dessinée de création ou de genre, c'est ce genre là qui attire les sponsors tels Orange ou… France24.

Fin des prolongations.
Séance de tirs au but.


Une BD qui sent le chef-d'œuvre absolu…
voire le Fauve d'Or à Angoulême ?

mercredi 12 février 2014

> Confusion…

Entendu dans la boutique Nespresso® du quartier de la Madeleine, à Paris, de la bouche d'un employé alliant patience et compétence, juste après le passage d'un client très certainement tout droit sorti de la cuisse de Jupiter (fort probablement) :

"Certaines personnes confondent pouvoir d'achat et savoir-vivre !…"

Terriblement vrai !!!…



mardi 11 février 2014

> Alan MOORE+O'NEILL dans la LETTRE DE CARTHAGE #5 - MARS 2000

J'ai retrouvé les maquettes de la Lettre de Carthage : ce fût la newsletter (comme on dit en bon français) d'informations de la libraire de son ouverture en 1997 à 2003 de mémoire.
Douze numéros, chacun envoyé à plusieurs centaines d'exemplaires pour informer des expositions, signatures ou nouveautés et surtout sorties de ce que j'ai édité au fil des années (portfolios, livres ; estampes ; affiches ; tirages de luxe ; collectors etc.) sans oublier certains ouvrages que j'ai distribués (j'aurais mieux fait de m'en abstenir !)…

Quelques rares textes furent écrits par d'autres personnes par amitié: les meilleurs, comparativement aux machins-trucs que je rédigeais à la va-vite pour juste présenter les choses (il fallait toujours tout faire en même temps)…

Voici le texte écrit par un ami pour présente Alan MOORE et Dave O'NEILL lors de la sortie des comics de The League of Extraordinary  Gentlemen :

LETTRE DE CARTHAGE #5
MARS 2000

"Après V pour Vendetta, après les Watchmen et autre From Hell, Alan MOORE revient avec une des séries les plus intrigantes de ces dernières années : suspense, humour et Intelligence [Service of course !] sont au rendez-vous des Aventures hors du commun de cette League of Extraordinary Gentlemen




Reconnaissons tout de suite que le principe de cette nouvelle série scénarisée par l’hirsute barde anglais est plutôt jouissif : prenez des personnages de fiction du 19ème siècle, rassemblez-les pour de nouvelles aventures apocryphes, et servez bien frais. Tout cela n’est pas original [voir les romans de P.J. Farmer liant The Shadow, James Bond, Tarzan…], mais l’utilisation qu’en fait Moore est tellement jubilatoire que l’on peut l’imaginer ricanant dans sa barbe lors de l’élaboration de l’intrigue. Dans un monde où les rapports de force sont subtilement différents du nôtre, l’arrière-plan politique de l’intrigue - qui fait de cette histoire une amusante uchronie - s’efface devant les exploits dignes des penny dreadfuls de cette Ligue des Extraordinaires Gentlemen. En voici les membres : Mr. Alan Quatermain, bien connu pour son incursion dans les mines du Roi Salomon ; le capitaine Nemo, que l’on ne présente plus ; Mr. Hawley Griffin, inventeur d’un sérum d’invisibilité ; le docteur Henry Jekyll - et bien sûr son alter ego - ; et enfin une certaine Miss Wilhelmina Murray, plus connue sous le nom de Mme Mina Harker, qui sait résister aux hommes, même quand ils ont les dents longues. Une bande d’aventuriers décatis [Quatermain est accro à l’opium], d’assassins en fuite [ni Hyde, ni Griffin ne sont des parangons de vertu], de femmes à la morale douteuse [ça ne se fait pas de fuir avec un étranger, même si c’est un comte]. Tout ce beau monde est rassemblé par un agent britannique [au service d’un certain “M”…], car dix ans après les exploits si bien médiatisés de l’Éventreur, l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais se retrouve menacé par un ennemi aux yeux bridés, le Péril Jaune incarné…j’ai nommé le diabolique Fu Manchu. Celui-ci a dérobé un échantillon de cavorite [relisez Les Premiers Hommes dans la Lune], ce qui pourrait lui permettre de prendre le contrôle des airs - il n’y avait guère que Robur et quelques autres pour savoir maîtriser le plus lourd que l’air, à l’époque. Mais ce n’est que le début d’une histoire qui ménagera quelques surprises au lecteur le plus blasé.
Au-delà de l’amusement procuré par ce gloubi-boulga fictionnel, on peut remarquer que MOORE et O’NEILL jouent sur de nombreux stéréotypes des histoires de l’époque : la place des femmes dans la société, le racisme anti-asiatiques, le colonialisme. Contrairement à ce qui se passe dans l’œuvre précédente de Moore, le très sérieux From Hell, ces thèmes on ne peut plus réalistes ne constituent pas l’intérêt principal de la série, mais pour le lecteur enclin au second degré, ils ajoutent au plaisir simple mais réel d’une intrigue bien ficelée.Comme à l’habitude, Moore s’est adjoint un dessinateur de premier plan, bien que peu reconnu, son compatriote Kevin O’NEILL. Celui-ci n’est connu en France que pour son travail sur la série Marshall Law, dont la première histoire fut jadis publiée par les éditions Zenda. Son dessin était alors tout d’exagération : des visages déformés par la haine, des corps sous stéroïdes, des bastons comme on n’en avait plus vues depuis Jack Kirby, tout cela seyait parfaitement à ce qui se présentait comme une satire cruelle et assassine du principe même des super-héros, vache à lait de la bande dessinée anglo-saxonne.
Pour The League, O’NEILL s’est assagi. Une composition très régulière, des corps bien proportionnés, des  visages plutôt réalistes, et des décors…ah, des décors à faire pâlir d’envie Tim Burton.
Dans le droit fil des ambiances steam-punk développées  depuis plusieurs années en science-fiction, voici que s’offre à nos yeux ébahis un Londres unissant la désolation d’un quartier de Limehouse malheureusement à peine exagérée et la démesure de monuments titanesques à la gloire de l’Empire, enchevêtrements de métal à côté desquels les pyramides d’Égypte passeront pour d’aimables jeux de Lego™. Le vaisseau de Nemo est lui aussi un bijou : sorte de calamar géant en acier trempé [“trempé”, le Nautilus : humour !], sa décoration intérieure ferait penser à de l’art déco version hindoue. En effet, loin du James Mason de la version Disney™, Nemo est ici dépeint comme un Hindou de haute caste - en accord avec les livres de Jules Verne - , un personnage désabusé que l’asservissement de son pays par les anglais a rendu quelque peu misanthrope, et qui pourtant accepte de servir l’Empire. Mais il n’est pas homme à se laisser longtemps abuser… Il est en fait l’exact opposé de Quatermain, qui reste manifestement fidèle à son image d’aventurier colonialiste. Griffin et Hyde, eux, ne sont là que pour gagner le pardon pour leurs crimes. Quant à Wilhelmina Murray, il s’agit probablement du personnage le plus intéressant. O’NEILL la dessine comme une jeune femme de belle allure qui, revenue de sa macabre aventure, a une fois pour toutes décidé qu’il n’y avait aucune raison qu’elle se soumette aux diktats de la moitié masculine de l’humanité. Ce qui nous donne de savoureux échanges entre cette divorcée anti- conformiste et les incurables machos que sont Quatermain et Nemo.
Une caractéristique secondaire de cette série est la volonté de Moore d’utiliser autant que possible des personnages déjà existants dans la fiction du 19ème siècle. Le lecteur va donc être entraîné dans une aventure où il pourra rencontrer au coin d’une rue des personnages comme Auguste Dupin [La Lettre Volée, ça vous dit quelque chose ?), un rescapé de Moby Dick…j’en passe et des moins connus.
Le moindre personnage, même de second plan - voire d’arrière-plan - est tiré d’un livre ou d’un autre. On peut donc se livrer à un divertissant jeu de piste,d’intérêt limité il est vrai pour le lecteur français, puisqu’une grande partie de ces personnages proviennent d’ouvrages anglo-saxons, le plus souvent de littérature populaire. Mais on trouve déjà sur la Toile des sites consacrés à cet exercice.
Cette série a provoqué aux États-Unis un tel engouement qu’une deuxième histoire est déjà annoncée, alors même que la première tarde à se terminer, puisque la cinquième partie accuse un retard d’environ un an et devrait paraître fin avril 2000. Moore a d’ailleurs fait part de son envie de développer toute une gamme d’histoires utilisant des personnages de fiction : dans une scène révélatrice, Murray contemple un tableau montrant des personnages du 18ème siècle, comme Gulliver Nul doute que si le public continue à être au rendez-vous, ce filon à la fois d’un grand potentiel commercial mais aussi tellement distrayant sera exploité au mieux par Moore, qui revient donc sur le devant de la scène grand public grâce à cette série et prouve une fois de plus la diversité de son talent. On peut affirmer sans grand risque que The League of Extraordinary Gentlemen satisfera aussi bien les lecteurs à la recherche d’un divertissement de qualité que ceux, plus rares, à l’attente de la prochaine grande œuvre de Moore, qui sera probablement liée à la  magie, un domaine pour lequel celui-ci montre un intérêt croissant. Ne craignez rien. Si Watchmen / Les Gardiens vous a fait oublier vos préjugés vis-à-vis des super-héros, Alan Moore réussira bien à vous faire oublier David Copperfield..."

F. Peneaud

> MOORE & O’NEILL, The League of Extraordinary Gentlemen
[Ed. America’s Best Comics]



La Lettre de Carthage n°5 - mars 2000
Couverture Al Séverin

lundi 10 février 2014

> Kyle BAKER dans la LETTRE DE CARTHAGE #4 - FÉVRIER 2000

J'ai retrouvé les maquettes de la Lettre de Carthage : ce fût la newsletter (comme on dit en bon français) d'informations de la libraire de son ouverture en 1997 à 2003 de mémoire.
Douze numéros, chacun envoyé à plusieurs centaines d'exemplaires pour informer des expositions, signatures ou nouveautés et surtout sorties de ce que j'ai édité au fil des années (portfolios, livres ; estampes ; affiches ; tirages de luxe ; collectors etc.) sans oublier certains ouvrages que j'ai distribués (j'aurais mieux fait de m'en abstenir !)…

Quelques rares textes furent écrits par d'autres personnes par amitié : les meilleurs, comparativement aux machins-trucs que je rédigeais à la va-vite pour juste présenter les choses (il fallait toujours tout faire en même temps)…

Voici le texte écrit par un ami pour présente Kyle Baker lors de la sortie en français de Pourquoi je déteste Saturne (Éditons Delcourt) :

LETTRE DE CARTHAGE #4
FÉVRIER 2000

"D’abord, c’est  plein d’hydrogène. Ensuite, c’est froid et beaucoup trop loin pour y passer un week-end en amoureux. Mais Anne a de toutes autres raisons pour détester Saturne.



Sous une couverture décevante - l’originale était bien plus originale - voici enfin traduit un des albums U.S. les plus amusants de ces dernières années. Kyle  BAKER n’en était pas à son coup d’essai avec cette comédie de moeurs : un premier album solo paru en 1988 et disponible actuellement chez  Marlowe and  Company, The Cowboy Wally Show, confirmait le talent d’humoriste apparu en 1987 dans ses dessins  pour la série de DC Comics The Shadow, un bijou d’humour très noir, ou même l’adaptation en B.D. de films comme Howard The Duck - une daube totale,  il faut bien le reconnaître. Cowboy Wally racontait  la carrière d’un animateur-acteur de la télé américaine, producteur de séries à côté desquelles Hélène et les garçons pourrait passer pour un chef-d’oeuvre comme Twin Peaks.
Avec un noir et blanc très sobre et une science consommée des expressions faciales,  BAKER livrait une satire de la télé populaire, lui qui écrit pour elle depuis longtemps.
Déjà présente dans cet album, l’utilisation de dessins à mi-chemin entre l’illustration et la B.D. accompagnés de texte situé sous ou à côté des cases va caractériser les œuvres suivantes de BAKER. Celui-ci puise donc depuis ses débuts aux sources de la  bande dessinée, avant l’utilisation des bulles, pour créer des oeuvres pourtant très ancrées dans leur époque. Son art consommé du rythme, qui doit beaucoup au  slapstick des débuts du cinéma au plan narratif, mais qui est aussi en évidence dans les chutes de ses blagues hilarantes, n’est égalé que par sa maîtrise de la complémentarité texte-image.Pour reprendre la classification établie par Scott Mac Cloud dans L’Art Invisible, BAKER utilise à merveille certaines combinaisons entre le mot et le dessin : le type “additif” où texte et image font passer le même sen, ici amplifié, et le type ‘interdépendant”, où une synergie, une création de sens, se produit entre le texte et l’image. Quand cette virtuosité est mise au service d’un humour où figurent en bonne place des jeux de mots bien tirés par les cheveux [bon courahe au traducteur !], le résultat atteint des sommets de folie douce
En 1999 est paru chez DC Comics / Vertigo son troisième album, You Are Here, dans des couleurs par ordinateurs genre cellulo. Un trait qui oscille entre les bébêtes à la Disney et le gore à la De Palma, un méchant qui ressemble à Mitchum dans La Nuit Du Chasseur, un homme qui voit son passé lui revenir en pleine figure, tout cela crée une atmosphère plus âpre que celle de Cowboy Wally, atmosphère que l’on retrouve dans son dernier album en date, paru pour la fin de l’année chez  DC, I Die at Midnight.
Le 31 décembre 1999, un homme largué par sa copine décide de se suicider en avalant des  médicaments, mais ladite copine surgit bien inopportunément, décidée, elle,
à faire la paix. S’ensuit une course contre la montre en 64 pages dans un New- York  prêt au passage à l’an 2000. Une course-poursuite pour récupérer un remède aux médicaments absorbés, mais aussi contre un gros bras cinglé et violent épris
de la copine en question. Un réveillon pas comme les autres... Ces deux derniers albums, à l’humour toujours présent mais où les personnages sont confrontés à des psychopathes réellement malfaisants, annoncent peut-être une évolution chez le comique léger que fut jusqu’à présent BAKER.
Léger, mais dangereux : il a récemment provoqué la destruction du tirage d’un comic. Il y dessinait une courte histoire humoristique où l’on découvrait les déboires de la baby-sitter de Superman bébé. Une ambiance à la Tex Avery qui a terrifié l’éditeur DC Comics quand ils ont découvert le super-bébé grésillant joyeusement dans un four
à micro-ondes. De peur qu’un parent imbécile n’essaie la même chose avec son gosse et les poursuive en justice, ils ont fait pilonner ce comic. De la naissance d’un collector
de Kyle BAKER...
Entre Cowboy Wally et You Are Here se situe donc Pourquoi je Déteste Saturne,  paru en 1990 chez DC. Le noir et blanc est là rehaussé de l’utilisation élégante
d’une couleur de fond, choix délibéré de la part de  Baker puisque des projets comme Justice Inc. [une mini-série dérivée de The Shadow] ou l’adaptation B.D.
de De l’Autre Côté du Miroir, pour le défunt éditeur First Comics, avaient montré son art de la couleur.
Le point fort du dessin de BAKER, ces contorsions faciales en phase parfaite avec un texte soigné aux petits oignons, est lui aussi à l’honneur. Le personnage principal de cette histoire est une jeune femme nommée Anne, dont la soeur légèrement fêlée est poursuivie par son ex, un jaloux dangereux...et prétend venir de Saturne.
Vive la famille ! 
Anne est une femme moderne : elle écrit une chronique pour un magazine branchouillard, se débrouille très, très bien sans les mecs, si, si, s’habille en noir et passe beaucoup de temps à discuter de sexe avec son meilleur copain, Ricky. Une new-yorkaise des
années 80, quoi. Qui va traverser les U.S.A. à la recherche de sa soeur quand l’ex vient la menacer. De quoi effectivement détester Saturne ! 
Tout cela est aussi bavard et amusant qu’un bon  épisode  de sitcom, les  considérations loufoques sur les hommes, les femmes et tout le tintouin succédant aux calembours et vacheries. Même lors des apparitions de l’ex qui se fait de plus en plus pressant,
le ton reste léger et hystérique. Comment échapper à un type assez riche pour faire condamner un immeuble, se demande Anne. Heureusement pour elle, on apprend
à se servir des armes lourdes, sur Saturne..."

F. Peneaud


La Lettre de Carthage n°4 - février 2000
Couverture Pascal Rabaté


dimanche 9 février 2014

> RICCI dans la LETTRE DE CARTHAGE #2 - MAI 1999

J'ai retrouvé les maquettes de la Lettre de Carthage : ce fût la newsletter (comme on dit en bon français) d'informations de la libraire de son ouverture en 1997 à 2003 de mémoire.
Douze numéros, chacun envoyé à plusieurs centaines d'exemplaires pour informer des expositions, signatures ou nouveautés et surtout sorties de ce que j'ai édité au fil des années (portfolios, livres ; estampes ; affiches ; tirages de luxe ; collectors etc.) sans oublier certains ouvrages que j'ai distribués (j'aurais mieux fait de m'en abstenir !)…

Quelques rares textes furent écrits par d'autres personnes par amitié : les meilleurs, comparativement aux machins-trucs que je rédigeais à la va-vite pour juste présenter les choses (il fallait toujours tout faire en même temps)…

Voici le texte écrit par un ami pour présenter Stefano Ricci, lors de l'exposition montée au mois de mai 1999 à la librairie-galerie La comète de Carthage :


LETTRE DE CARTHAGE #2
MAI 1999

"Il serait facile et futile à la fois, de tenir un discours élogieux, rempli de multiples superlatifs, sur Stefano RICCI. Ce jeune artiste d’origine italienne présente un style graphique tout à fait particulier ; à la lisière de la bande dessinée contemporaine, son dessin s’apparente à la peinture, et, il est fort aisé de regarder ses ouvrages d’un point de vue purement pictural.
Sans doute nous pose-t-il de manière aiguë le problème de la reconnaissance de la bande dessinée comme expression artistique à part entière; le “neuvième art” jouit encore d’une réputation peu propice et possède, encore et toujours, de nombreux détracteurs. Si RICCI permet d’ouvrir un peu plus l’accès à la “BD”,  en nous offrant une nouvelle voie à explorer, nous ne pourrons nous en plaindre. Il eût été évidemment souhaitable que ce moyen d’expression, composante culturelle indéniable, soit reconnu auparavant, mais soyons assurés que les personnes frileuses à l’égard de la bande dessinée, seront de plus en plus acculés dans leur étroitesse d’esprit grâce à des ouvrages tels que Tufo, ou bien encore Anita.
Tufo, d’après un scénario de Philippe de Pierpont, met en scène la confrontation de l’Homme face  à l’art, mettant en scène une cantatrice déchue qui va mener jusqu’à son terme sa quête de l’infini. La mort devient un acte libérateur, seul rempart face à l’absurdité de la vie. L’unique issue, l’unique finalité prend la forme de cette symbiose entre le corps humain et l’œuvre engendrée. Le dessin, aux contours incertains, est la sublimation de cette conception, à la fois aride par sa dureté, et fertile par l’infini qu’elle engendre; l’utilisation de panels de gris accentue lui aussi l’étroite relation qui se crée entre le dessin et la vie: les cases se fondent entre elles et se dilatent jusqu’à nous, jusqu’au présent intemporel de notre lecture…
Anita, d’après un scénario de Gabriella Giandelli, marque déjà une rupture: l’apparition de la couleur en est l’élément le plus apparent, mais nous ne saurions réduire cette évolution vers une certaine “maturité artistique”, à ce simple fait. Le dessin semble s’étendre; les cases s’agrandissent au point de former dans la plupart des cas sinon des diptyques [du moins des images se répondant les unes aux autres par une recherche de la complémentarité]dans l’utilisation des couleurs, voire des tableaux, renforcés par un lien textuel.
Mais ne nous y trompons pas, il s’agit bel et bien de bande dessinée. L’effet rendu, et sans doute escompté, est une contemplation de chacune des cases/pages; le rythme semble se ralentir inexorablement jusqu’à saisir l’instant dans sa nudité la plus crue. Nous ne pouvons ne pas penser alors à certaines œuvres cinématographiques, où l’image se déconnecte d’un récit linéaire au point de devenir langueur… De la même manière, Stefano RICCI saisit un portrait d’Anita d’une justesse et d’une précision quasi diabolique. Elle-même photographie les déchets de notre société par le biais des restes alimentaires, laissés négligemment ou consciencieusement dans nos assiettes. Si Bukowski le faisait de manière beaucoup plus scatologique, ces deux artistes ne semblent finalement pas si éloignés l’un de l’autre dans leur démarche: ne cherchent -ils pas à cerner ainsi une intimité que nous ne considérons généralement qu’avec indifférence, voire dégoût ? Les couleurs, notamment les rouges vibrants, accentuent la profondeur de l’album: elles sont le reflet des charbons ardents que nous inflige le dessinateur.
Le choix fixé par Stefano Ricci d’utiliser dorénavant le titre générique de Dépôt Noir pour ses recueils de dessins et travaux illustratratifs ne surprendra donc personne. Le lecteur y trouvera à chaque fois quelques facettes de la large palette graphique dont il dispose. De nombreuses césures apparaissent dans le dessin, et le texte en profite parfois pour s’enrouler dans certaines de ses illustrations…
Le portfolio qui paraîtra aux Éditions Le 9ème Monde dans le courant du mois de juin ne pourra donc être que fort prometteur au regard de ce qui a déjà été réalisé.
L’exposition qui se déroulera à partir du 10 juin, et ce, jusqu’au 31 juillet 1999 à la librairie-galerie La comète de Carthage, réunira plusieurs planches originales d’Anita, mais également les dessins originaux de Dépôt Noir, le portfolio conçu spécialement à cette occasion, sans oublier certains des dessins extraits du livre publié au début de cette année par les Éditions Fréon…
Cette exposition nous permettra de constater à quel point le dessin de Ricci est dense et torturé. Le pastel est littéralement écrasé contre la feuille; le papier gratté jusqu’à la dernière fibre et de cette matière quasiment informe surgit la magie de la vie : que la lumière soit ! "

V. Lefieux

lundi 3 février 2014

> François AVRIL… de Carthage

Un très sympathique client est passé la semaine dernière et m'annonce "me connaître, sans encore me connaître puisqu'il a la librairie encadrée sous les yeux en permanence chez lui" : grâce à un dessin de François AVRIL qu'il a acheté récemment lors d'une vente aux enchères…
Il me propose gentiment de m'envoyer un visuel par la toile : aussitôt proposé, aussitôt reçu.
Un très beau dessin avec la particularité, à l'arrière-plan, de voir la librairie s'appeler effectivement  "… de Carthage"…

© Avril
Collection privée

samedi 1 février 2014

> Made in…

Pour le clin d'œil : retrouvé en feuilletant un ancien numéro de Métal Hurlant…
On oublie parfois que la Hollande n'est pas que la patrie de la Klare Lijn (1) !

Heu… Le clin d'œil est à droite…enfin… si je puis m'exprimer ainsi…

Page 1, sommaire et publicité in Metal Hurlant n° 36
© Chaland pour Eldorado, 1978


(1) "La ligne claire désigne une manière de dessiner qui implique les principes suivants : les surfaces sont délimitées par une ligne d'épaisseur constante avec des contours francs, elles sont mises en couleurs par aplats, sans ombrages ni hachures."
Joost Swarte
(citation affichée dans le cadre de l'Exposition Hommage à Tchang ; Musée Hergé, Louvain-la-Neuve - Belgique ; 2009)

vendredi 31 janvier 2014

> Charles BURNS : couleurs or not couleurs ?…

Quand ToXic était présenté  par son excellent éditeur français, à sa sortie en 2010, on pouvait lire sur son blog :
"Explorant dans ce dyptique sa fascination pour Hergé et William Burroughs, Charles Burns, pour sa première bande dessinée en couleurs (…)"

Cela m'avait fait un peu tiquer…

Lorsque le deuxième volume La Ruche est sorti, rebelote : 
"Cet automne, nous sommes fiers de vous présenter La Ruche, le deuxième opus de cette série en couleur (Toxic étant le tout premier livre en couleur de Charles Burns) (…)

Le fait est que cette précision fut souvent reprise dans différent supports, comme ici :
"Or là, justement, dans ce challenge de l’immatérialité à dessiner, Burns trouve matière à sa plus belle idée : l’invitation de la couleur. Par delà les enjeux décoratifs ou l’hommage à Tintin, la couleur apparait, pour la première fois chez ce génie du noir et blanc, pour incarner une valeur : celle du temps disparu de l’amnésie."

ou
"Toxic est le premier livre en couleurs de Burns, qui nous avait jusqu'alors habitués à un dessin en noir et blanc qui faisait ressortir la précision de son trait et la finesse de ses hachures, instaurant un contraste entre la douceur de son expression graphique et la morbidité fascinante de ses bandes dessinées. "

Jusqu'à la fiche Wikipedia de Charles Burns (on peut se demander qui l'a rédigée ?) : 
"En novembre 2010, Charles Burns débute une nouvelle saga de trois opus dont le premier intitulé Toxic fait d'explicites références aux Aventures de Tintin d'Hergé. Dans cet ouvrage, le premier de Burns en couleurs, il multiplie les aller-retour du rêve à la réalité."

et une chronique dans Les Inrocks (déjà vue) : 


Les Inrockuptibles #779 - 11/2010

C'était amusant et cela implique que j'ai une bibliothèque spatio-temporelle qui ferait des aller-retours entre des mondes parallèles…

Si tel n'est pas le cas, des années après, un mystère me hante encore et toujours…
Je me demande encore comment sont ces livres de Charles Burns


Burns Big Baby - Blood Club
1000 ex. numérotés et signés ; relié
(édition US)
Kitchen Sink 1992


Burns Big Baby - Blood Club
Broché (édition US)
Kitchen Sink 1992

Burns Big Baby - Blood Club
Page 3  (édition US)
Kitchen Sink 1992

Burns Big Baby - Blood Club
Collection Himalaya (édition française)
Loempia 1995

Burns Big Baby - Blood Club
Page 13 (édition française)
Loempia 1995


Burns Big Baby La malédiction de l'homme-taupe
Relié (édition française)
Magic Strip 1991

Burns Big Baby La malédiction de l'homme-taupe
Page 15 (édition française)
Magic Strip 1991

Mes yeux sont-ils des kaleïdoscopes ou les pages de ces deux histoires de bande dessinée sont bien en couleurs ?

Je n'ai pas numérisé toutes les éditions : il faut savoir que Big Baby Curse of The Molemen a une édition US originelle, celle française de Magic Strip est à l'identique (une très beau livre d'ailleurs !), et que Big Baby Blood Club en version française Loempia / Himalaya (qui avait racheté Magic Strip si je ne me trompe pas ?) a également une version luxe : le comix est présenté dans une emboîtage entièrement toilé noir et accompagné d'une estampe en sérigraphie couleurs numérotée et signée par Burns (un très beau tirage d'ailleurs)…

Et toutes ces éditions sont bien avec des pages intérieures en… couleurs !
Tout simplement.
Après El Borbah édité en 1985 par Les Humanoides Associés (évidemment, ce furent les premiers à publier Burns en français, dans les pages de Métal Hurlant, puis dans la Collection Pied Jaloux), puis la réédition complète sous le titre Defective Stories en 1989 chez Albin Michel, tous deux en noir et blanc, ces deux titres de Big Baby ont été les suivants à être publiés en français… et en couleurs.

That's all (in full-colors) folks !!!

jeudi 30 janvier 2014

> Fabrice TARRIN, c'est le schtroumpf…schtroumpf… schtroumpf…

S'il y a bien un dessinateur qui s'amuse comme un petit schtroumpf avec ses re-visitations de classiques de l'école franco-belge; c'est Fabrice TARRIN !…

Deux exemples de ses hommages à ses références graphiques, parmi d'autres : une manière pour lui de faire ses gammes ou de s'essayer à différentes techniques, avec souvent un regard décalé et amusant du dessinateur à l'œil pétillant et malicieux…

"Espiègle Tarrin !…"

© Tarrin ; Franquin ; Peyo etc.
© Tarrin ; Franquin etc.

dimanche 26 janvier 2014

> Propaganda…

Le mois dernier en tout début d'après-midi un des nombreux groupes de touristes qui sillonnent le quartier s'arrête comme souvent devant la librairie…
Pour un fois je suis au rez-de-chaussée et entend un peu le laïus adressé au groupe de seniors qui découvrent le quartier avec un guide.
Cela arrive souvent, les groupes sillonnent les petites rues de et vont jusqu'au au fond de l'impasse située en face, dans laquelle aurait sévi une célèbre empoisonneuses au XVIIe siècle…
Qu'elle n'est pas ma surprise d'entendre prononcer le nom de La comète de Carthage !?…
Alors que le groupe commence à démarrer, je traverse la librairie (c'est rapide) et avise le dernier mâle solitaire resté à l'arrière du troupeau et lui demande, intrigué, à quoi il se réfère pour avoir entendu ainsi le nom de ma librairie…
Très gentiment, il me propose d'aller chercher la photocopie du texte qu'utilise leur guide…

Voici le livre, que j'ai payé au prix public de vente plutôt que le commander et bénéficier de la remise d'usage : Balades et petits histoires parisiennes (Marjolaine Koch  ; Hachette 2012), et l'extrait.

C'est la gloire. Les affaires reprennent :
"Une librairie de bandes dessinées, La comète de Carthage est d'ailleurs un excellent repaire" du Quartier Latin !…

Pas contre il est absolument faux de considérer que la mairie fait quoi que ce soit pour préserver cette spécialité historique du quartier : en l'occurrence la concentration de librairies et éditeurs dans la Quartier Latin !
La mairie n'a en tout cas jamais rien fait pour le repaire (sic) que je serais d'après l'auteure de ce guide !
Dommage…