vendredi 1 février 2019

> Alex Barbier n'est plus…

C'est une sale nouvelle, qui me rend triste, très triste : j'aimais beaucoup Alex Barbier… 
Son travail, ses planches magnifiques et lumineuses…
Je me souviens qu'Alex Barbier est venu une fois à la librairie, en dédicace, et ce fut un moment fort. Il était arrivé alors que la nuit tombait tôt cet hiver là, un petit peu décontenancé en découvrant la librairie. Pas le lieu, mais l'adresse à laquelle il n'avait pas fait attention avant de venir.
Forcément, la rue Frédéric Sauton est la rue dans laquelle débouche celle des Trois Portes, adresse historique de Charlie Hebdo et Hara Kiri, où habitaient le Professeur Choron et Cavanna ! …
Ceux qui ne connaissent pas l'histoire du livre dans le Quartier Latin ne peuvent pas comprendre les interactions de certains lieux dans ce quartier si particulier de Paris !…

Alex Barbier, Nu - Aquarelle originale, 1985

Alex Barbier était décontenancé, troublé même car il lui était arrivé des histoires dans ma rue, à un moment où certains sombres crétins sévissaient dans les rues parisiennes, sortant certainement d'une soirée arrosée dans les locaux de Charlie Hebdo, ou bien alors du célèbre restaurant Le dodin bouffant, celui-là même qui servait de cantine aussi bien à l'équipe de Charlie Hebdo qu'à François Mitterrand…
Car lui aussi habitait le quartier, une rue parallèle, rue de Bièvres : il n'y avait donc pas que la brasserie Lip dans la vie culinaire de François Mitterrand, loin s'en faut !
Il faut imaginer tout ce beau monde se retrouver ensemble dans le même lieu par les hasards de leurs adresses respectives voisines : je doute fort que cela puisse être encore le cas de nos jours…
Je doute fort qu'un provocateur du niveau du Professeur Choron puisse chanter fort dans la salle où se trouve François Mitterrand, candidat à l'élection présidentielle de 1981 !…
Le dodin bouffant est devenu un pub machine à vendre de la bière quand Alex Barbier vient en dédicace ce soir là, quand ses souvenirs et ses émotions lui remontent à l'esprit et semblent un peu lui tortiller quelques nœuds intérieurs…

La séance de dédicace fut évidemment tranquille, peu de gens évidemment, mais de véritables lecteurs des livres de Bande Dessinée de Barbier : aquarelles qui glissent sur le papier, bouteilles de vodka sur la table à dessin, là haut, à l'étage de la librairie-galerie : nous semblions seuls au monde, comme avalés par la nuit obscure qui remplissait la grande fenêtre de la salle du premier étage !…
Un moment fort, dont je suis resté nostalgique… je me souviens davantage de la séance de dédicace que de l'exposition qui était sur les murs à ce moment là, même si je ne me souviens pas avoir demandé de dédicace pour moi : je n'y pensais quasiment jamais à cette époque !…

Alex Barbier — Autoportrait du vampire d'en face
Planche originale, 2001

Alex Barbier nous a quitté ce mardi 29 janvier dans la soirée et cela me rend très triste !…
Même s'il avait déjà choisi de la quitter il y a quelques années, c'est l'un des rares très, très grands artistes que la Bande Dessinée avait en son sein qui a disparu, qui nous laisse seuls dans la pénombre…

Alex Barbier, Visages "Paysage de chair"
Diptyque en sérigraphie à 40 exemplaires numérotés et signés
Éditions Squadro (Italie) 2000

Vous trouverez certainement ici ou là des articles, des billets qui vous expliqueront bien mieux que moi l'ensemble de son travai et l'impact de son œuvre…
Le mieux sera toujours de se replonger dans ses formidables livres, qui est, je sais que je me répète, une véritable œuvre, dont la plupart ont été remarquablement édité par FRMK, qui devrait mieux que moi vous parler d'Alex Barbier, de l'homme, de l'artiste, de son Festival Ploucs dans les Pyrénées et toutes ces sortes de choses…

Ciao Monsieur Barbier !…




Valéry Ponzone





jeudi 24 janvier 2019

> Rumiko Takahashi Grand Prix du Festival BD d'Angoulême 2019

Alors, là, sincèrement, je n'ai rien à dire !…
Je sais que ça va jaser dans les chaumières Franco-Belges (pas celles de condensation au gaz — collectors — de Franquin !), sur le pourquoi du comment du Festival International d'Angoulême et des attributions des Prix, mais quand on n'a rien à dire, il vaut vraiment mieux ne rien dire !…

Je n'allais pas faire un copier-coller de Wikipédia ou de l'info de l'AFP pour me donner un genre, alors que tout le monde, tous les médias, tous les sites internet vont déjà le faire !…

Juste : merci pour le moment…
Tiens, ça c'est pas mal comme formule non ?…
Il faudrait l'utiliser comme titre de livre un de quatre…


Rumiko Takahashi Grand Prix du Festival BD d'Angoulême 2019





Valéry Ponzone



mercredi 23 janvier 2019

> Franquin, Gotlib et la danse des chats : Slowburn…

Je fais régulièrement ma revue de presse internet : je ne lis que très rarement ce qui se rapporte à la Bande Dessinée, au risque de me trouver crispé devant certaines critiques ou analyses rédigées avec trop d'erreurs ou d'approximation…
Je n'aurais pas dû lire le blog d'un certain Jean-Samuel Kriegk dans le Huffpost qui nous parle du Slowburn de Franquin et Gotlib !…
Le chapô veut tout dire dans les nombreuses errances qui vont suivre : "Slowburn - La collaboration oubliée de Franquin avec Gotlib " : désolé mon cher Jean-Samuel (nous ne nous connaissons pas, mais permettez que je vous appelle Jean-Samuel : je n'ai jamais eu l'occasion d'appeler qui que ce fut Jean-Samuel) mais, non, cette collaboration entre Franquin et Gotlib n'est pas oubliée.
Pas par moi.
Pas davantage, j'en suis certain, par de nombreux lecteurs, connaisseurs ou collectionneurs de Bande Dessinée : par vous peut-être, mais je trouve que si tel est le cas, ce statut auto-proclamé de "spécialiste passionné de la BD" (sic)  en prend de suite un coup !…

Il est bon et intéressant de rectifier ou préciser certains points : on va passer sur "les personnages de matous"… puisque certains parlent de nos jours de « l'humanité des animaux » (sic)… 
Il fut pourtant une époque bien plus heureuse, malgré la cicatrice du Mur de Berlin en pleine face de la Déesse Europe, où l'on pouvait rire (mais pas de tout et surtout pas avec n'importe qui, si l'on s'en souvient bien) de ce genre d'assimilation, grâce au génie de Pierre Desproges qui se moquait en 1986 dans l'une de ses Chroniques de la Haine Ordinaire, Monégascons,  de ce qui aurait été un lapsus de Stéphanie de Monaco qui aurait déclaré en s'insurgeant contre la tauromachie : « je suis contre la tauromachie. Après tout, les taureaux ne sont-ils pas des êtres humains comme les autres ? ». 
Pierre Desproges n'oubliant pas de préciser avec son esprit si caustique « qu'il ne s'agit pas de l'expression involontaire d'une tendance à la zoophilie. ».

Cela dit, il y a déjà eu plusieurs éditions de Slowburn : trois pirates et une véritablement officielle publiée en 1989 et faisant partie d'une collection éphémère mais élégante et connue de tous les affidés des librairies de Bande Dessinée : Comixland !
Du fait de la faillite de son distributeur, cet éditeur n'a pas pu se relancer et cette édition officielle a souvent été soldée par la suite, ou se retrouve de nos jours vendue sur internet comme collector…
J'ai d'ailleurs vendu le dernier exemplaires que j'avais il y a quelques années à la librairie à un des scénaristes de Lucky Luke.
Voici les éditions de Slowburn que je connais, antérieures à cette fameuse édition officielle de Fluide Glacial : la première pastiche aussi la collection Copyright de Futuropolis (encore plus largement soldée que celle de Comixland) éditée chez Futuropolis !…

Slowburn — Édition pirate, 1982

Slowburn — Édition pirate

Slowburn — Édition pirate

Slowburn — Édition officielle Comixland, 1989

Slowburn — Édition officielle Fluide Glacial, 2019

Je sens monter de la foule impressionnante de lecteurs, la question qui taraude tout le monde : THE COUÉCHIONNE :
"Qu'est-ce donc qu'un "spécialiste passionné de la BD" quasiment inconnu de tout le monde ?…"
Quelqu'un qui est capable "de reconnaître instantanément le dessin de Franquin" quand il ouvre un livre de Franquin et Gotlib…
Très, trop fort !…

Ne parlons pas du diagnostic médical sur l'état de santé de Franquin en 1977 : en tout cas Fluide Glacial "ne vient pas d'être créé cette année là" , mais existe depuis 1975 !
C'est dans le numéro 9 qu'apparaissent les dessins qui feront Slowburn, et on peut aussi voir cette collaboration comme un échange entre Franquin et Gotlib : si Gotlib essaye peut-être d'attirer Franquin chez Fluide Glacial on peut surtout dire que Franquin aura aussi attiré Gotlib dans les pages du beau Journal de Spirou : ce qui était bien moins évident a priori !
En effet, n'oublions pas les diverses collaborations de ce cher Marcel au légendaire supplément underground des Éditions Dupuis : Le trombone illustrée (dans la cave du Journal de Spirou), qui vécu du numéro 2031 du 17 mars 1977 au numéro 2062 du 20 octobre 1977…
Pour ce qui concerne les Idées Noires, elles commencèrent, et furent créées dans les pages du Trombone Illustré avant de repasser dans celles du numéro 18 de Fluide GlacialMagazine d'umour — pour s'y développer tranquillement dans des numéros postérieurs…

Mais tout le monde semble oublier le côté profondément féministe de cette histoire courte de Gotlib et Franquin, dans une période marquée par le désir affirmé d'accéder aussi au plaisir car "les hommes sont tous des égoïstes" !

Fluide Glacial numéro 9 — Février 1977

Puisque l'occasion m'est donnée de parler des éditions Comixland, je la saisis au passage !
Cette maison d'édition fut créée à la fin des années 80.
Propagandiste acharnée de Peignot, elle publia de très jolis petits livres d'illustrations de format carré avec des auteurs comme Loustal, Teulé, Slocombe, Willem, Avril, Walter Minus, Dupuy & Berberian, Juillard, Clerc et… Franquin et Gotlib…
Un petit peu chers à leur sortie (j'ai retenu un prix de 42FF ?), beaucoup de gens les ont découverts en piles soldées ici ou là, ce qui a permis à ces livres de continuer à vivre…

La collection Comixland : "Nous étions passionnés…"

Une dernière histoire de chat avec Le Chat bleu des Dupuy-Berberian, l'un des derniers titres de la collection Comixland, dont voici un des dessin originaux qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler, dans son principe, Le miroir de Joost Swarte…
Ce magnifique dessin de l'adepte de la Ligne Claire® néerlandaise qui agrémentait les 4ème de couvertures des deux éditions du célèbre 30x40 Swarte édités par Futurolis, et orna le mur de ma chambre d'adolescent pendant des années tant ce dessin me subjuguait par ses innombrables lectures visuelles !…

Dupuy-Berberian, Le chat bleu - dessin original au trait

Joost Swarte, Le miroir
4ème de couverture du 30 x 40 SWARTE Futuropolis

Joost Swarte, Affiche Le miroir
Tirage signé "ouvert" — Format 50 x 70 cm

Clap! de fin pour Comixland : l'arrêt de leur distributeur les poussa dans le célèbre cul de basse-fosse des éditeurs passionnés… qui se font avoir par leur distributeur !…

J'y vois une résonance certaine avec mon humble travail d'édition, puisque la décision conjointe de Latino Imperato, Rackham version remix, et  de L'Association de ne pas continuer, ou persévérer,  avec le Comptoir des Indépendants m'a aussi planté de quelques factures de quelques milliers d'euros : les dernières factures de mises en place de mes livres de notamment Floc'h, de Juillard sur Louise et plus encore de mon gros Daniel Clowes Lloyd Llewellyn n'ayant jamais été payées, malgré l'immense trésorerie dont disposait L'Association (dévoilée suite à l' Asso Poutch, pour paraphraser le Rackham Poutch du siècle précédent, avant le remix Latino)…

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et visent à détruire les passionnés qui se démènent dans tous les sens à leur petit niveau pour arriver à faire leur maximum, produire, éditer des livres, des portfolios, des estampes, des tirages de luxe avec tout leur cœur et leur enthousiasme, faute d'être riches comme Crésus !…

Il faut toujours conclure sur un chanson :
Slowburn, c'est la danse, danse, danse des chats… S… L… O… W… B… U… R… N…
La danse, danse, danse des chats…




Valéry Ponzone



mercredi 16 janvier 2019

> Angoulême is Coming… Brrrr…

Very soon…
Angoulême is coming…
Brrrrr…

Angoulême is Coming © Valéry Ponzone - 2019





Valéry Ponzone



lundi 10 décembre 2018

> Chaland, Spirou et les pirates…

Je ne peux m'empêcher de mettre le descriptif un peu laborieux d'une vente sur Ebay du Spirou de Chaland, le plus récent (édité par Dupuis) : 

"Yves Chaland. Le Spirou de Chaland connu tout d’abord 2 éditions différentes dans les années 80′, mais pirates, donc non distribuées dans le circuit du livre normal. Puis en 1990, l’ édition intitulée » Cœurs d’acier » parue en tirage de tête signé par l’auteur, s’arracha des librairies spécialisées malgré un tirage de 1000 exemplaires. Cette version est , de mémoire, le dernier ouvrage que l’Artiste signa. Depuis il est devenu inabordable. En 1997 , les éditions » Humanoïdes associés » publièrent les intégrales de Chaland. Ce fût la première fois que Cœurs d’acier fut publié normalement en version tout public. Ces différentes éditions ne m’ont jamais convaincu. Voici donc pour la 1er fois en édition officiel le Spirou de Chaland en fac-similé. Il comprends l’intégralité de l’essai de cet auteur à reprendre l’un des héros le plus mythique du 9eme Art. Là, …. c’est convainquant !! Avec un dossier en avant et en arrière de l’album de pas moins de 65 pages il est d’office, l’indispensable de ce mois. Illustré de dessins inédits ou peu connu, cette version comporte 111 pages. Couverture cartonnée , dos toilé. Format : 16 cm / 26,50 cm Dépôt légal : octobre 2013 tirage limité mais non précisé."

Chaland — Spirou et le Bocongo
Éditions Dupuis, 2013

Il est suffisamment convaincu pour raconter un peu n'importe quoi… Je passe sur le style et le "avant" et "arrière" d'un livre qui fait très professionnel du livre…
"Tout d'abord" : le Spirou de Chaland fut d'abord publié en 1982 dans le magazine Spirou, SOUS LE TITRE "À la recherche de Bocongo", faut-il le préciser et il a connu bien davantage que deux éditions pirates !
Je me souviens d'au moins cinq différentes, et je viens d'en voir une sixième en photocopie vintage : en tout cas ce sont ceux que je dois avoir et peut-être doit-il y en avoir d'autres au moins un ou deux autres qui m'échappent…
Ces pirates furent bien évidemment distribués "dans le circuit du livre normal" (j'adore quand on aborde le principe de normalité !), c'est à dire que l'on pouvait trouver ces éditions dans des librairies, sur des stands de revendeurs dans des conventions ou  festivals de Bande Dessinée : voici au moins deux grands axes de la "normalité" du circuit du livre…
D'ailleurs pourrait-on m'expliquer ce qu'est une édition normale d'un livre de Bande Dessinée ?

Passons à l'édition de Spirou sous le titre de Coeurs d'acier, en édition limitée : que l'on "s'arrache" en 1990, un tirage limité signé par Chaland et tiré à seulement 1000 exemplaires n'est pas tellement étonnant, d'autant moins s'il s'agit d'un des grands classiques de la Bande Dessinée franco-belge : Spirou et Fantasio… C'est davantage le prix de vente à l'époque, de 480 FF si ma mémoire est bonne de ces deux ouvrages en coffret (simple cache-poussière en carton gris) qui en aurait plus freiné la vente. 
La vente n'était absolument pas limitée aux librairies spécialisées puisque la FNAC le vendait également en piles,  et au grand plaisir de ses clients appliquait son fameux "prix vert" -20% : les piles se réduisaient vite, certains en achetant plusieurs exemplaires…
J'avais acheté le mien chez Super Héros, Exposition Coloniale et séance de signature obligent, et j'avais ressenti une douleur certaine quand j'avais appris la différence de prix !…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Si Coeurs d'Acier "s'est arraché" sous cette forme luxueuse, c'est aussi parce que, contrairement aux éditions pirates précédentes, et, à la publication interrompue dans les pages du beau Journal de Spirou, l'histoire était - enfin - achevée sous cette forme,  grâce à la collaboration de Yann…
Ce fut une belle astuce pour finir cette histoire de Spirou au Bocongo, que d'en faire une récit illustré, avec des images hors texte glissées dans une enveloppe kraft à coller (ou pas) dans l'un des deux livres, tels les chromos d'albums Suchard d'antan, en veillant à ne jamais dessiner Spirou et Fantasio : il leur suffit de revêtir dès le début de l'histoire une tenue d'Homme Léopard pour être cachés et que le lecteur ne puisse distinguer que le bas du pantalon de groom de Spirou ici ou là… Encore une preuve, s'il en était besoin, de l'intelligence de Chaland et de Yann, et davantage de considérer leurs lecteurs comme des lecteurs intelligents pour saisir l'astuce graphique !…

Quoi que je devrais éviter de parler de celui qui n'avait jamais saisi le titre : Bocongo = Beau Congo !… Non, je n 'en parle pas… N'en parlons pas !…

Que cette édition soit devenue "inabordable" n'est pas tout à fait vrai  et très relatif… Par comparaison, les éditions de luxe de Chaland de Laurent Hennebelle, très récentes et non signées, le sont bien plus : revendues quasiment en permanence sur internet par des collectionneurs qui seraient  davantage investisseurs que lecteurs de Chaland !…
Ce tirage limité et signé par Chaland est encore moins "inabordable" quand on compare les prix très élevés pratiqués pour ces différentes éditions pirates de la seule première partie de l'histoire : des prix très proches parfois de celui de ce tirage signé de "Cœurs d'acier", certains proposés dans les 200 / 250 euros tout de même !…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Tome 1
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Tome 2
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Quant au fait ce que soit le dernier ouvrage signé par Chaland, la mémoire de ce revendeur devrait vite lui en faire revenir la raison tragique ?!…

(les intégrales de Chaland) "Ce fut la première fois que Coeurs d'acier fut publié normalement".
Toujours cette histoire de normalité ?… En quoi consiste-t-elle en l'occurrence ?…
Il me semble que ce n'est pourtant pas Coeurs d'acier qui est reprise dans les intégrales citées, la couverture étant plus que trompeuse,  mais seulement Spirou et le Bocongo…

Chaland — Integrale Tome 4
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1997

Si Spirou revient en couleurs dans la quatrième intégrale de 1997, seule la partie BD, sans la fin de l'histoire présente seulement dans Coeurs d'acier est reprise dans ce volume et disparaitra dans la réédition du tome 4 des intégrales, en 2003 (jaquette enlevée et format différent). Et pour cause ! 
Dupuis a vite  "récupéré ce qui lui appartient" et a intégré cette histoire incomplète de Spirou et Fantasio par Chaland dans le quatrième volume Hors Série, prolongement de la Collection des Péchés de Jeunesse, qui permettait de présenter des récits courts éparpillés dans les pages du beau Journal de Spirou…
Chaland aux côtés de Jijé et Franquin… mais aussi Fournier.

Spirou,et Fantasio, Hors série Tome 4
Fantasio et le Fantôme et 4 autres aventures
Éditions Dupuis, 2003

Cela dit, cette édition, éditée par Dupuis en 2013, avec sa couverture rouge et son dos toilé,  n'est absolument pas un fac-similé : sinon de quoi ???… 
Fac-similé des originaux ? Non.
De l'édition originale ? Pas davantage…
Il s'agit simplement de la première publication du Spirou de Chaland dans sa forme originale (c'est écrit en toutes lettres au 4e de couverture), c'est à dire tel qu'il a été publié en noir et blanc dans le journal de Spirou, mais toujours limité à la seule version bande dessinée de la première partie de Spirou et  le Bocongo

Par ailleurs, c'est oublier trop vite que Coeurs d'Acier a bien été réédité intégralement en 2008 par son seul éditeur d'origine : Champaka Brussels !
Il s'agit là, à ce jour,  de la seule et première édition complète et en un seul volume de Coeurs d'acier par Chaland "normale et officielle" pour reprendre le jargon du vendeur : l'édition intégrale de cette histoire…
Quant à ce que ce vendeur soit (ou ne soit pas ) convaincu par toutes ces éditions des années 80 et 90 n'est pas vraiment intéressant en soi (on s'en contrefiche un peu de ses convictions) :  je trouve juste très amusant qu'il le soit davantage par une édition incomplète chez Dupuis avec la seule première partie de cette histoire,  que par une édition intégrale avec l'histoire complète !?…
Cela démontrerait-il la différence entre le feuilletage d'un livre pour certains,  et l'envie de lecture plus profonde des autres…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Intégrale
Éditions Champaka Brussels, 2008

Puisque nous parlons de ces éditions pirates, autant les présenter…


Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (broché) - 1000 exemplaire numérotés

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié + dos toilé) - 450 exemplaire numérotés

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié + dos toilé) - 26 exemplaire marqués de A à Z


Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié pleine toile + image collée)

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Relié ; façon demi-formats Dupuis dos rond imprimé etc.
Edition pirate Dupont et Dupond 1984 — 500 exemplaire numérotés

Le premier au format des strips est assez commun, au regard des suivant, touts reliés. Mais ce fut le premier sorti et on le trouvait facilement un peu partout, en particulier sur le beau comptoir ancien de la toute petite librairie Album (la vraie : celle de Yves Rasquain au 6 rue Dante dans le 5ème arrdst).
De nos jours, il est vendu parfois très cher sur Ebay à plus de 150 euros, qu'un autre vendeur peut décrire, en osant tout  et en racontant n'importe quoi :

"Très rare édition originale de 1984, pirate mais acceptée par l'auteur, du Spirou d'Yves Chaland, format 21X9,5 , en parfait état, en particulier aucune usure sur le dos, n°153/1000."

Bien entendu : "édition originale pirate mais acceptée par l'auteur". Pourquoi pas ?… Il y a les légendes urbaines et il y a les rumeurs de la Bande Dessinée… propagée grâce au BDM qui écrivait que la plupart des éditions pirates ont été acceptées par l'auteur.
Combien exactement ? Trois ou quatre sur les cinq / six ?… On le le saura jamais…

Le cinquième est également parfois en vente et (encore) un autre vendeur peut aussi écrire n'importe quoi dans son descriptif : 
"Les aventures de Spirou . Par Yves Chaland . Album pirate ( accepté par Yves Chaland )  édité par Dupont et Dupond en 1984"
Celui-ci était à 200 euros. Mais le livre est nettement plus beau que le premier : aucune comparaison.
Même s'il s'agit encore d'une édition pirate.

Je reviens sur la plupart des ces éditions pirates qui auraient été "acceptées par Chaland" (sic) : c'est certainement pour cette raison que dans le numéro 125 de Métal Hurlant de novembre 1986, Yves Chaland fit un dessin et un billet à ce sujet, repris en 1997 en couverture des Années Métal, tirage limité édité par Champaka Brussels ?

Chaland - Autoportrait de l'artiste à la Convention de la BD, 1986

Dans Métal Hurlant le commentaire de Chaland étaient sans équivoque : "à la Convention de la BD en septembre dernier, de mes propres œuvres ne vis-je pas un pirate ? Subito, je le passe derrière mon dos : volé, le voleur ! Les stands, derrière, restent cois, chacun pour soi."…
A priori, on peut reconnaitre le deuxième pirate avec le visuel…
On peut l'éliminer illico de la liste de "la plupart des pirates acceptés par Chaland". Cela signifierait-il pour autant que les autres tirages sont ceux qui auraient été acceptés par Chaland ?
J'en doute… 
D'autant plus que cette précision, qui en arrange certains, est apparue dans un BDM, comme par enchantement, au beau milieu des années 2000 alors que tel n'était pas le cas dans les éditions précédentes contemporaines de la sortie de ces éditions pirates !?… 

Je reviens sur le cinquième pirate que l'on appelle parfois le "demi-format à la Gaston" : avec une anecdote de libraire. Un "client" passe un jour (pas vraiment client en fait : il ne m'a jamais acheté grand chose et m'a "planté" pour un livre réservé puis acheté ailleurs !) pour me demander cette édition de Spirou de Chaland qu'il a vu chez un ami Belge collectionneur. Il me demande d'ailleurs "le Spirou de Chaland édité en Belgique"(sic).
Je ne comprends pas sur le moment mais en le lui décrivant très précisément je comprends qu'il s'agit de celui-ci. Il est vrai qu'il est écrit en page titre "Dupont et Dupont — Bruxelles 1984", mais le fait est que c'est son ami collectionneur qui lui a affirmé qu'il s'agit d'une édition Belge en le lui présentant !…
Il est toujours étonnant que des collectionneurs d'un auteur soient si mal informés et propagent n'importe quoi.
Cette très jolie édition — il faut bien l'avouer : elle est très réussie — a bien été réalisée en France et pas à Bruxelles,  par… Jean-Christophe Menu et Stanislas, et non pas par "Dupont et Dupond" !
C'est certainement la raison pour laquelle il est si bien fait et est largement plus intéressant que tous les autres : un livre en lui même !…
Ils ne sont pas du tout partis en vacances au Bocongo mais, de façon plus pragmatique, cela aurait servi à éditer le numéro du Lynx à Tifs avec un  "Docié Chaland… en révélant à Chaland qu'ils avaient édité ce tirage pirate ?…

Le lynx Numéro 6 — 100 pages
"Docié Chaland", 1986
Tirage limité à 2500 exemplaires

Le quatrième est également en demi-format et toilé noir avec image volée au 1er plat : il avait un tirage restreint et ne correspond certainement pas aux types d'ouvrages que Chaland appréciaient comme tirages de têtes : en relisant ses entretiens, on peut constater qu'il rejetait ce principe de tirage toilé avec image collée…

Devrais-je conclure que "la plupart" ne se limiterait vraiment qu'au tout premier, celui un peu cheap, en format strip et broché un peu cheap et pas particulièrement bien réalisé ? J'en doute fort (de café Jaquemotte, évidemment).

Alors d'où sort cette sentence extraite du BDM ? D'une séance de table tournante chez un médium de l'Argus de la Bande Dessinée ?…
Et ces arguments de vente bidons des vendeurs qui les proposent ?…

Je me souviens que Chaland avait écrit une lettre dans les années 80 à propos d'un autre pirate qui se diffusait en librairie, tapée à la machine - Underwood ? : adressée aux libraires de Bande Dessinée pour leur demander de ne pas acheter le pirate toilé rouge grand format des Exploits du Géant qui circulait, annonçant que ces planches devaient être reprise dans un luxueux livre sur la publicité et la Bande Dessinée…
Le dessin publié dans Métal Hurlant en 1986, puis cette lettre : soyons sérieux, Chaland n'a jamais "accepté la plupart de ces éditions pirates".


Le mieux est d'aller demander à Isabelle Beaumenay elle-même…




Valéry Ponzone


samedi 8 décembre 2018

> Le tag bien serré…

La photo qui m'a fait le plus marrer, alors que la période ne s'y prêterait pas trop, est celle-ci.

@Maud Tambellini

Ce n'est évidemment pas l'état de la chaussée, et encore moins les dégradations visibles mais le tag sur la façade du Starbuck® : "PAYE TES IMPOTS !".
Très bon.
Ce qui prouve à nos gouvernants qu'au moins un Gilets Jaunes incarne davantage l'Esprit Français que ce qu'ils pourraient penser !…
Si je m'interroge toujours sur le simple fait que l'on aille boire un café chez Starbuck®, surtout dans les grandes villes ou les alternatives pullulent, tant le café n'y est pas bon, très cher si on le ramène à sa qualité et le service aléatoire ?…
Cela ne cesse de m'interpeler ? 
Il y a un passage savoureux dans un épisode des Sopranos ou deux membres de la Famille de Tony Soprano sont dans un café qui ressemble à ce genre de chaîne : Paulie Gualtieri, le plus âgé des deux, commence à râler : ils leur (aux italiens) ont tout volé et ils arrivent à gagner plein d'argent sur leur (des Italiens) dos !…

In the coffe shop avec Paulie in Les Sopranos

On apprend récemment que N'golo Kanté, joueur de football Champion du Monde paiera plus d'impôts au Royaume-Uni qu'Amazon et Starbuck réunis : et comble de l'ironie, c'est le Sun qui l'encense !…

D'un autre côté, si les soutiens intellectuels et/ou artistiques (ne parlons pas politiques) ne sont pas légions en direction des Gilets Jaunes, certains devraient peut-être s'en abstenir, ou plus simplement la fermer : quand je découvre qu'un de ces soutiens people est Polnareff, je ne peux que continuer à rigoler… sachant qu'il a quitté notre Beau et Doux Pays de France en 1973 pour ne pas payer d'impôts.
Michel,  si tu veux aider tes nouveaux amis, reviens donc en France et comme le dit le tag : "PAYE TES IMPOTS! "et joue là comme Kanté !…

Les quotidiens in, comme on disait jadis, on convié le super spécialiste de couleurs pour nous expliquer le jaune au cas on l'on serait crétins, ou simplement ignorants à ne pas savoir certaines de ses significations évidentes : des briseurs de grèves (qui n'a pas vu Billy Elliot ou lu Lucky Luke ?) à l'Étoile Jaune que ces salauds de nazis obligeaient les Juifs à coudre sur leurs vêtements (Saint-Louis les obligeaient à coudre une rouelle jaune en des temps tout aussi reculés)…
Donc, allons y pour lire dans Les Inrocks ou dans Libération les entretiens avec Michel Pastouraud et ses illuminations colorées. J'ai des livres de lui et il m'agace souvent profondément. Il multiplie un peu les lieux communs et dans l'ensemble de ses affirmations péremptoires, il y a forcément des choses intéressantes, mais d'autres - la plupart - très crispantes, surtout parce que très éthno-centrées…
Comme spécialistes du Moyen Age, je préfère nettement ceux des romans de Fred Vargas !…
Qui ne sait pas que le jaune, en fait un jaune particulier, était "le jaune cocu" pour employer le terme commun : même les gamins dans les cours de récré étaient au courant ?…
Le plus évident est de constater qu'il n'a rien compris aux Gilets Jaunes en pensant qu'ils ont choisi la couleur jaune, pour les représenter politiquement et les compare - entre autres - aux Communistes qui ont déjà le Rouge, aux Socialistes qui ont le Rose (enfin, en ce moment plutôt le blues)… Il leur conseille d'ailleurs de plutôt choisir l'orangé ! 
Il n'a donc rien saisis et surtout pas que le choix a été avant toute chose fait sur un support - le gilet - que les automobilistes sont tous obligés d'avoir dans leur véhicule, et qu'il est effectivement jaune,  de fait, par nature couleur réfléchissante dans son option fluo !?…
Lui semble vraiment manquer de capacités de réflexion… ou devrait faire une mise à jour (update) très rapidement…

Nous sommes dans notre beau pays de France et, parfois, certaines valeurs y sont complètement inversées : en effet, les opposants (timides) aux Gilets Jaunes seraient des foulards rouges… Il n'est pas précisé si le foulard doit être un carré Hermès, mais si l'on considère que les foulards rouges sont du côté du pouvoir en place (et les Gilets Jaunes en opposition), il est très étonnant limite de reprendre la couleur rouge et le support - le foulard - des Résistants Communistes ? 
Cela dit, le plus étonnant dans tous ces articles, ces brèves, ces mouvements de contestations et ces couleurs que certains s'approprient, est que personne, et encore moins le "spécialiste des couleurs" ou les journalistes qui l'interrogent, ne fait le rapport avec des informations de mouvements de contestations pourtant largement relayées en leur temps dans ces mêmes médias !…À croire qu'ils ne les lisent pas ????…
Gilets Jaunes vs foulard rouges : cela m'a immédiatement fait penser à la Thaïlande et à ses mouvements très durs (aéroports bloqués…) et affrontements nombreux entre les chemises jaunes (partisans du Roi) et chemises rouges (partisans du 1er Ministre Thaksin) il y a quelques années…

Mêmes couleurs mais soutiens qu'elles représentent complètement inversés… étonnant que le parallèle n'ait a priori pas encore été fait : j'espère juste que ça ne finira pas de la même façon !…

Chemises rouges vs Chemises jaunes en Thaïlande, 2011

Par convergence des couleurs, les Gilets Jaunes seront-ils bientôt rejoints par les petits pulls jaune citron, ceux négligemment jetés sur les épaules pendant les apéritifs du Gaou / Cap Bénat, là, pas loin des villas où se trouvent les sections locales du Rotary ou du Lion's Club ?…






Valéry Ponzone



vendredi 7 décembre 2018

> Mœbius Paris Feu ou Cité Paris ?…

Une photo de Paris que l'on retrouve parfois ici ou là dans la presse et dans des Banques d'Images :


Paris, France - vers 2015 : Vue de la Tour Eiffel par GavinHellier

la Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche

Éditions Aedena, 1985

Cette photo de Paris la nuit est tirée d'une vidéo, et vient de sites de banques d'images, depositphotos®, ou alamy banque d'images, et est très souvent reprise dans des annonces de voyagistes ou dans des énièmes articles à la con sur l'immobilier à Paris dans la presse… 
Il suffit de faire un recherche de Gogol® pour le comprendre…
Enfer : elle fait penser à ce dessin de La Cité feu créé par Moebius et Darrow en 1985 et repris dans le portfolio du même nom.

Ce portfolio est certainement, par son contenu, son format au-delà de la moyenne de ceux édités à cette époque, son thème, sa réalisation (…) l'un des plus beaux porfolios jamais édités dans le Monde la Bande Dessinée et par Mœbius, poussé quelque peu dans ses extrémités graphiques par Darrow…

Un libraire qui n'y connait pas grand chose avait écrit dans son site quelques grosses conneries bêtises à son sujet : toujours le même souci avec ceux qui n'ont pas vécu ces périodes de la Bande Dessinée, et prétendent refaire un historique en propageant des informations fausses, reprises pour argent comptant (trop cher, je n'ai pas le temps, pas le temps…) par des collectionneurs induits en erreur à l'insu de leur plein gré® !…

Ce portfolio fait partie de mes préférés dans ce domaine de l'édition : certainement l'un des quatre, cinq parmi ceux que j'aime le plus… voire celui que j'aime le plus !…
Vous voulez connaître les autres ? Non ?…
Tant pis, j'en indique quelques uns tout de même (plus que cinq d'ailleurs)  !…
Dans le désordre, Cauchemars de Chaland, Defective Stories de Charles Burns ; Die Mauer de Enki Bilal ; Citroën et la BD par différents auteurs dont Chaland, Mœbius, Forest, Juillard, Gillon, Clerc… ; Chantal Thomass des Dupuy-Berberian ; La cité feu de Mœbius & Darrow ; Les yeux d'Alla de Rabaté ; Un, deux, trois de Jean-Claude Götting ; Farewell Ladies de Hugo Pratt ; Enfin de Joost Swarte ; L'Express de Schuiten et Renard ; Parapsychologie de Mœbius…

Voici la reliure et les planches intérieures…

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Reliure
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche titre signée
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche (avec les 4 portraits mis en couleurs par Arno)
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

Ce portfolio La Cité feu a été édité en 1985 par les Éditions Ædena, sises rue des Cordeliers, à Paris, dans le 13e arrondissement où j'allais parfois, et où je suis allé cette année là pour acheter mon exemplaire…
Ædena créée par Jean Annestay était le prolongement éditorial de son autre structure antérieure et contemporaine (?) : Gentiane, déjà fortement tournée vers l'édition de portfolios (Blueberry de Giraud ; Futurs magiques de Mœbius…), de tirages de têtes (La dernière carte + La tribu fantôme de Blueberry), estampes en sérigraphie (Mœbius ; Giraud ; Forest ; Juillard ; Walter Minus…), de séries de cartes postales et livres d'illustration de Giraud ou de Mœbius, comme La mémoire du futur, mais aussi d'auteurs comme Torrès (portfolio Babylone), Liberatore, Veyron, Juillard (portfolio  et estampe Buk), Walter Minus,  Philippe Bertand, Cadelo (portfolio Strappi), Bilal (cartes postales), Ted Benoit (Fall Guy en cartes postales sérigrahiées)…

Cette Cité feu viendrait d'un ancien projet de film d'animation d'après une histoire de Jean Appel Guery : Geof Darrow a fait les crayonnés, Mœbius a encré sur papier transparent / calque et a été rendu fou par les crayonnés du géant ricain, complètement inconnu à cette époque !…

Rappelons-nous que Mœbius épurait son trait à cette période…
Cela avait déjà commencé quelques années auparavant avec Blueberry qui prenait "un nouveau visage" suivant l'expression consacrée dans le portfolio édité par Gentiane. On pouvait effectivement le constater dans la Dernière Carte, 21e Blueberry, que Giraud avait mœbiusé au possible, sans aller au-delà de limites acceptables pour J. M. Charlier et ses lecteurs (je ne parlerai pas des couleurs… je ne parlerai pas des couleurs… je ne parlerai pas des couleurs…)…
Il faut se rappeler que Mœbius vivait toutes sortes d'expériences : attendre les extra-terrestres avec Appel Guéry et ses affidés dans son île du Pacifique, le New Age et ses cristaux (première période vintage du genre : les caissons à isolation sensorielle se développaient en Californie…), la dégustation de bons petits plats macrobios, sans oublier ses suites fantastico-vénitiennes. Période très féconde d'où écloront des dessins en grand nombre dont une Bande Dessinée publicitaire à l'origine, mais néanmoins cristalline par essence : Sur l'Étoile (Gentiane pour Citroën) qui déboucha plus tard sur le cycle Les mondes d'Edena, sans oublier la série majeure d'estampes en sérigraphie de Mœbius : Starwatcher, images alliant la science-fiction, le monde New Age, l'Alchimie (pour la troisième de la série) et celui des cristaux…
Mœbius avait quitté ses mondes pointillistes et hachurés de la SF des années 70, des dessins pour Opta ou ses CLA, aux diverses histoires de Bande Dessinées qui marquèrent les rétines de ses lecteurs à la plume rougie par le feu : de La déviation à Arzach… en passant par les pages de Blueberry Ballade pour un cercueil et la couverture de La jeunesse de Blueberry : il avait déjà modifié son trait en s'engageant dans la saga de John Difool et son pyramidal Incal, pour le rendre plus esthétique, plus pictural dès le début des années 80 avec tous ses travaux d'illustrations destinés notamment à des portfolios et estampes…

Lieutenant Blueberry, Ballade pour un cercueil par Giraud et Charlier
Dessin pour les gardes
Éditions Dargaud, 1974

Arzach par Mœbius
La double page mythique
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1976

Et, surgit cette Cité Feu, et les crayonnés riches en détails de toutes sortes, et démentiels de Geof Darrow, qui poussèrent Mœbius dans ses retranchements graphiques pour les encrer, lui qui semblait aller vers des solutions graphiques simplifiées, épurées !…

Fort heureusement, Mœbius releva le défi : Ædena faisait à la manière de Maritie et Gilbert Carpentier, beaucoup de duos avec Mœbius (Liberatore+Mœbius pour une estampe Starwatcher, par exemple) et cela permit à son éditeur de réaliser ce somptueux portfolio au format impressionnant, à tel point que certaines planches durent être rainées au centre, tant leurs dimensions furent hors normes !…

Les couleurs furent aussi réalisées par Mœbius (sauf les quatre portraits sous La rue dont Arno réalisa les couleurs) : ce qui a toujours pour effet de renforcer l'ambiance mœbiusienne de ces dessins. Les mises en couleurs de Mœbius sont toujours différentes, plus riches et plus intéressantes, bien que quelques très grand(e)s coloristes se soient penché(e) sur ses planches…

On trouvera en périphérie de la Cité feu  de nombreuses petites cités, accolées au portfolio : en effet, à l'instar des éditions Magic-Strip, qui initia la multiplication des petits pains et inventa les produits dérives d'un produit dérivé (en l'occurrence un portfolio parmi les premiers du genre : L'Express de Schuiten & Renard, duquel découlèrent des séries de cartes postales sous pochettes, un tirage très grand format avec spirale type calendrier géant…), il fut tiré diverses images, dont certaines au pochoir (bien avant ceux de Christian Desbois / Escale à Paris) ou en offset. Dont Le hall qui aurait pu prendre place dans ce portfolio (seule la partie droite du dessin, du seul Mœbius,  orne la planche de justificatif de tirage du portfolio dans une version au trait).

Le hall par Mœbius et Darrow
Quadrichromie - 150 exemplaire numérotés et signés
Éditions Aedena, 1985

Ce portfolio eut une édition américaine, même deux d'ailleurs : une avec la même reliure que l'édition française, à 100 exemplaires signés, proposées par Starwatcher Inc. sur le marché américain, et une autre dans un chemise brochée à fond noir plutôt très bien mise en forme…
Voici mes deux visuels, quand je les mettais en vente sur le web : je suis souvent tombé sur des parasites qui ne se fatiguaient pas trop et reprenaient mes visuels si spécifiquement mis en forme par moi-même, que ce soit pour ce portfolio ou pour d'autres d'ailleurs…
Jusqu'au point de retrouver récemment ce même visuel sur amazon. fr !!!
Ce parasite a tout de même "fait l'effort" d'enlever la deuxième couverture, la chemise brochée que je vendais avec la reliure française

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Visuel numéro 1
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Visuel numéro 2
Éditions Aedena, 1985

Parmi les quelques beaux tirages et/ou affiches promotionnelles, voire des tirages en noir et blanc de certains des dessins du portfolio, il y eut La rue reprise au pochoir  : 

La Cité feu par Mœbius et Darrow
La rue
Dessin original sur calque, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
La rue - Pochoir
Éditions Aedena, 1985


La Cité feu devint City of Fire aux USA et Dark Horse réédita en 1993 l'ensemble des dessins dans un autre portfolio made in USA : c'est à dire dans un grande enveloppe / chemise, incluant notamment ce très beau dessin Le Hall dans la suite…
Passant un matin des années 90 chez Stardom avenue de la Bourdonnais pour chercher une commande, je me souviens avoir vu l'ensemble des dessins de La cité feu étalé par terre par Claudine Giraud : un projet de livres les rassemblant était dans l'air.
Projet qui ne vit jamais le jour, à mon grand désespoir…






Valéry Ponzone