mercredi 16 janvier 2019

> Angoulême is Coming… Brrrr…

Very soon…
Angoulême is coming…
Brrrrr…

Angoulême is Coming © Valéry Ponzone - 2019

lundi 10 décembre 2018

> Chaland, Spirou et les pirates…

Je ne peux m'empêcher de mettre le descriptif un peu laborieux d'une vente sur Ebay du Spirou de Chaland, le plus récent (édité par Dupuis) : 

"Yves Chaland. Le Spirou de Chaland connu tout d’abord 2 éditions différentes dans les années 80′, mais pirates, donc non distribuées dans le circuit du livre normal. Puis en 1990, l’ édition intitulée » Cœurs d’acier » parue en tirage de tête signé par l’auteur, s’arracha des librairies spécialisées malgré un tirage de 1000 exemplaires. Cette version est , de mémoire, le dernier ouvrage que l’Artiste signa. Depuis il est devenu inabordable. En 1997 , les éditions » Humanoïdes associés » publièrent les intégrales de Chaland. Ce fût la première fois que Cœurs d’acier fut publié normalement en version tout public. Ces différentes éditions ne m’ont jamais convaincu. Voici donc pour la 1er fois en édition officiel le Spirou de Chaland en fac-similé. Il comprends l’intégralité de l’essai de cet auteur à reprendre l’un des héros le plus mythique du 9eme Art. Là, …. c’est convainquant !! Avec un dossier en avant et en arrière de l’album de pas moins de 65 pages il est d’office, l’indispensable de ce mois. Illustré de dessins inédits ou peu connu, cette version comporte 111 pages. Couverture cartonnée , dos toilé. Format : 16 cm / 26,50 cm Dépôt légal : octobre 2013 tirage limité mais non précisé."

Chaland — Spirou et le Bocongo
Éditions Dupuis, 2013

Il est suffisamment convaincu pour raconter un peu n'importe quoi… Je passe sur le style et le "avant" et "arrière" d'un livre qui fait très professionnel du livre…
"Tout d'abord" : le Spirou de Chaland fut d'abord publié en 1982 dans le magazine Spirou, SOUS LE TITRE "À la recherche de Bocongo", faut-il le préciser et il a connu bien davantage que deux éditions pirates !
Je me souviens d'au moins cinq différentes, et je viens d'en voir une sixième en photocopie vintage : en tout cas ce sont ceux que je dois avoir et peut-être doit-il y en avoir d'autres au moins un ou deux autres qui m'échappent…
Ces pirates furent bien évidemment distribués "dans le circuit du livre normal" (j'adore quand on aborde le principe de normalité !), c'est à dire que l'on pouvait trouver ces éditions dans des librairies, sur des stands de revendeurs dans des conventions ou  festivals de Bande Dessinée : voici au moins deux grands axes de la "normalité" du circuit du livre…
D'ailleurs pourrait-on m'expliquer ce qu'est une édition normale d'un livre de Bande Dessinée ?

Passons à l'édition de Spirou sous le titre de Coeurs d'acier, en édition limitée : que l'on "s'arrache" en 1990, un tirage limité signé par Chaland et tiré à seulement 1000 exemplaires n'est pas tellement étonnant, d'autant moins s'il s'agit d'un des grands classiques de la Bande Dessinée franco-belge : Spirou et Fantasio… C'est davantage le prix de vente à l'époque, de 480 FF si ma mémoire est bonne de ces deux ouvrages en coffret (simple cache-poussière en carton gris) qui en aurait plus freiné la vente. 
La vente n'était absolument pas limitée aux librairies spécialisées puisque la FNAC le vendait également en piles,  et au grand plaisir de ses clients appliquait son fameux "prix vert" -20% : les piles se réduisaient vite, certains en achetant plusieurs exemplaires…
J'avais acheté le mien chez Super Héros, Exposition Coloniale et séance de signature obligent, et j'avais ressenti une douleur certaine quand j'avais appris la différence de prix !…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Si Coeurs d'Acier "s'est arraché" sous cette forme luxueuse, c'est aussi parce que, contrairement aux éditions pirates précédentes, et, à la publication interrompue dans les pages du beau Journal de Spirou, l'histoire était - enfin - achevée sous cette forme,  grâce à la collaboration de Yann…
Ce fut une belle astuce pour finir cette histoire de Spirou au Bocongo, que d'en faire une récit illustré, avec des images hors texte glissées dans une enveloppe kraft à coller (ou pas) dans l'un des deux livres, tels les chromos d'albums Suchard d'antan, en veillant à ne jamais dessiner Spirou et Fantasio : il leur suffit de revêtir dès le début de l'histoire une tenue d'Homme Léopard pour être cachés et que le lecteur ne puisse distinguer que le bas du pantalon de groom de Spirou ici ou là… Encore une preuve, s'il en était besoin, de l'intelligence de Chaland et de Yann, et davantage de considérer leurs lecteurs comme des lecteurs intelligents pour saisir l'astuce graphique !…

Quoi que je devrais éviter de parler de celui qui n'avait jamais saisi le titre : Bocongo = Beau Congo !… Non, je n 'en parle pas… N'en parlons pas !…

Que cette édition soit devenue "inabordable" n'est pas tout à fait vrai  et très relatif… Par comparaison, les éditions de luxe de Chaland de Laurent Hennebelle, très récentes et non signées, le sont bien plus : revendues quasiment en permanence sur internet par des collectionneurs qui seraient  davantage investisseurs que lecteurs de Chaland !…
Ce tirage limité et signé par Chaland est encore moins "inabordable" quand on compare les prix très élevés pratiqués pour ces différentes éditions pirates de la seule première partie de l'histoire : des prix très proches parfois de celui de ce tirage signé de "Cœurs d'acier", certains proposés dans les 200 / 250 euros tout de même !…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Tome 1
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Tome 2
Tirage limité - Edition de Luxe - 1000 exemplaire numérotés et signés
Éditions Champaka Brussels, 1990

Quant au fait ce que soit le dernier ouvrage signé par Chaland, la mémoire de ce revendeur devrait vite lui en faire revenir la raison tragique ?!…

(les intégrales de Chaland) "Ce fut la première fois que Coeurs d'acier fut publié normalement".
Toujours cette histoire de normalité ?… En quoi consiste-t-elle en l'occurrence ?…
Il me semble que ce n'est pourtant pas Coeurs d'acier qui est reprise dans les intégrales citées, la couverture étant plus que trompeuse,  mais seulement Spirou et le Bocongo…

Chaland — Integrale Tome 4
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1997

Si Spirou revient en couleurs dans la quatrième intégrale de 1997, seule la partie BD, sans la fin de l'histoire présente seulement dans Coeurs d'acier est reprise dans ce volume et disparaitra dans la réédition du tome 4 des intégrales, en 2003 (jaquette enlevée et format différent). Et pour cause ! 
Dupuis a vite  "récupéré ce qui lui appartient" et a intégré cette histoire incomplète de Spirou et Fantasio par Chaland dans le quatrième volume Hors Série, prolongement de la Collection des Péchés de Jeunesse, qui permettait de présenter des récits courts éparpillés dans les pages du beau Journal de Spirou…
Chaland aux côtés de Jijé et Franquin… mais aussi Fournier.

Spirou,et Fantasio, Hors série Tome 4
Fantasio et le Fantôme et 4 autres aventures
Éditions Dupuis, 2003

Cela dit, cette édition, éditée par Dupuis en 2013, avec sa couverture rouge et son dos toilé,  n'est absolument pas un fac-similé : sinon de quoi ???… 
Fac-similé des originaux ? Non.
De l'édition originale ? Pas davantage…
Il s'agit simplement de la première publication du Spirou de Chaland dans sa forme originale (c'est écrit en toutes lettres au 4e de couverture), c'est à dire tel qu'il a été publié en noir et blanc dans le journal de Spirou, mais toujours limité à la seule version bande dessinée de la première partie de Spirou et  le Bocongo

Par ailleurs, c'est oublier trop vite que Coeurs d'Acier a bien été réédité intégralement en 2008 par son seul éditeur d'origine : Champaka Brussels !
Il s'agit là, à ce jour,  de la seule et première édition complète et en un seul volume de Coeurs d'acier par Chaland "normale et officielle" pour reprendre le jargon du vendeur : l'édition intégrale de cette histoire…
Quant à ce que ce vendeur soit (ou ne soit pas ) convaincu par toutes ces éditions des années 80 et 90 n'est pas vraiment intéressant en soi (on s'en contrefiche un peu de ses convictions) :  je trouve juste très amusant qu'il le soit davantage par une édition incomplète chez Dupuis avec la seule première partie de cette histoire,  que par une édition intégrale avec l'histoire complète !?…
Cela démontrerait-il la différence entre le feuilletage d'un livre pour certains,  et l'envie de lecture plus profonde des autres…

Chaland — Spirou, Cœurs d'acier Intégrale
Éditions Champaka Brussels, 2008

Puisque nous parlons de ces éditions pirates, autant les présenter…


Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (broché) - 1000 exemplaire numérotés

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié + dos toilé) - 450 exemplaire numérotés

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié + dos toilé) - 26 exemplaire marqués de A à Z


Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Edition pirate 1984 (relié pleine toile + image collée)

Chaland — Spirou, À la recherche de Bocongo
Relié ; façon demi-formats Dupuis dos rond imprimé etc.
Edition pirate Dupont et Dupond 1984 — 500 exemplaire numérotés

Le premier au format des strips est assez commun, au regard des suivant, touts reliés. Mais ce fut le premier sorti et on le trouvait facilement un peu partout, en particulier sur le beau comptoir ancien de la toute petite librairie Album (la vraie : celle de Yves Rasquain au 6 rue Dante dans le 5ème arrdst).
De nos jours, il est vendu parfois très cher sur Ebay à plus de 150 euros, qu'un autre vendeur peut décrire, en osant tout  et en racontant n'importe quoi :

"Très rare édition originale de 1984, pirate mais acceptée par l'auteur, du Spirou d'Yves Chaland, format 21X9,5 , en parfait état, en particulier aucune usure sur le dos, n°153/1000."

Bien entendu : "édition originale pirate mais acceptée par l'auteur". Pourquoi pas ?… Il y a les légendes urbaines et il y a les rumeurs de la Bande Dessinée… propagée grâce au BDM qui écrivait que la plupart des éditions pirates ont été acceptées par l'auteur.
Combien exactement ? Trois ou quatre sur les cinq / six ?… On le le saura jamais…

Le cinquième est également parfois en vente et (encore) un autre vendeur peut aussi écrire n'importe quoi dans son descriptif : 
"Les aventures de Spirou . Par Yves Chaland . Album pirate ( accepté par Yves Chaland )  édité par Dupont et Dupond en 1984"
Celui-ci était à 200 euros. Mais le livre est nettement plus beau que le premier : aucune comparaison.
Même s'il s'agit encore d'une édition pirate.

Je reviens sur la plupart des ces éditions pirates qui auraient été "acceptées par Chaland" (sic) : c'est certainement pour cette raison que dans le numéro 125 de Métal Hurlant de novembre 1986, Yves Chaland fit un dessin et un billet à ce sujet, repris en 1997 en couverture des Années Métal, tirage limité édité par Champaka Brussels ?

Chaland - Autoportrait de l'artiste à la Convention de la BD, 1986

Dans Métal Hurlant le commentaire de Chaland étaient sans équivoque : "à la Convention de la BD en septembre dernier, de mes propres œuvres ne vis-je pas un pirate ? Subito, je le passe derrière mon dos : volé, le voleur ! Les stands, derrière, restent cois, chacun pour soi."…
A priori, on peut reconnaitre le deuxième pirate avec le visuel…
On peut l'éliminer illico de la liste de "la plupart des pirates acceptés par Chaland". Cela signifierait-il pour autant que les autres tirages sont ceux qui auraient été acceptés par Chaland ?
J'en doute… 
D'autant plus que cette précision, qui en arrange certains, est apparue dans un BDM, comme par enchantement, au beau milieu des années 2000 alors que tel n'était pas le cas dans les éditions précédentes contemporaines de la sortie de ces éditions pirates !?… 

Je reviens sur le cinquième pirate que l'on appelle parfois le "demi-format à la Gaston" : avec une anecdote de libraire. Un "client" passe un jour (pas vraiment client en fait : il ne m'a jamais acheté grand chose et m'a "planté" pour un livre réservé puis acheté ailleurs !) pour me demander cette édition de Spirou de Chaland qu'il a vu chez un ami Belge collectionneur. Il me demande d'ailleurs "le Spirou de Chaland édité en Belgique"(sic).
Je ne comprends pas sur le moment mais en le lui décrivant très précisément je comprends qu'il s'agit de celui-ci. Il est vrai qu'il est écrit en page titre "Dupont et Dupont — Bruxelles 1984", mais le fait est que c'est son ami collectionneur qui lui a affirmé qu'il s'agit d'une édition Belge en le lui présentant !…
Il est toujours étonnant que des collectionneurs d'un auteur soient si mal informés et propagent n'importe quoi.
Cette très jolie édition — il faut bien l'avouer : elle est très réussie — a bien été réalisée en France et pas à Bruxelles,  par… Jean-Christophe Menu et Stanislas, et non pas par "Dupont et Dupond" !
C'est certainement la raison pour laquelle il est si bien fait et est largement plus intéressant que tous les autres : un livre en lui même !…
Ils ne sont pas du tout partis en vacances au Bocongo mais, de façon plus pragmatique, cela aurait servi à éditer le numéro du Lynx à Tifs avec un  "Docié Chaland… en révélant à Chaland qu'ils avaient édité ce tirage pirate ?…

Le lynx Numéro 6 — 100 pages
"Docié Chaland", 1986
Tirage limité à 2500 exemplaires

Le quatrième est également en demi-format et toilé noir avec image volée au 1er plat : il avait un tirage restreint et ne correspond certainement pas aux types d'ouvrages que Chaland appréciaient comme tirages de têtes : en relisant ses entretiens, on peut constater qu'il rejetait ce principe de tirage toilé avec image collée…

Devrais-je conclure que "la plupart" ne se limiterait vraiment qu'au tout premier, celui un peu cheap, en format strip et broché un peu cheap et pas particulièrement bien réalisé ? J'en doute fort (de café Jaquemotte, évidemment).

Alors d'où sort cette sentence extraite du BDM ? D'une séance de table tournante chez un médium de l'Argus de la Bande Dessinée ?…
Et ces arguments de vente bidons des vendeurs qui les proposent ?…

Je me souviens que Chaland avait écrit une lettre dans les années 80 à propos d'un autre pirate qui se diffusait en librairie, tapée à la machine - Underwood ? : adressée aux libraires de Bande Dessinée pour leur demander de ne pas acheter le pirate toilé rouge grand format des Exploits du Géant qui circulait, annonçant que ces planches devaient être reprise dans un luxueux livre sur la publicité et la Bande Dessinée…
Le dessin publié dans Métal Hurlant en 1986, puis cette lettre : soyons sérieux, Chaland n'a jamais "accepté la plupart de ces éditions pirates".


Le mieux est d'aller demander à Isabelle Beaumenay elle-même…




Valéry Ponzone


samedi 8 décembre 2018

> Le tag bien serré…

La photo qui m'a fait le plus marrer, alors que la période ne s'y prêterait pas trop, est celle-ci.

@Maud Tambellini

Ce n'est évidemment pas l'état de la chaussée, et encore moins les dégradations visibles mais le tag sur la façade du Starbuck® : "PAYE TES IMPOTS !".
Très bon.
Ce qui prouve à nos gouvernants qu'au moins un Gilets Jaunes incarne davantage l'Esprit Français que ce qu'ils pourraient penser !…
Si je m'interroge toujours sur le simple fait que l'on aille boire un café chez Starbuck®, surtout dans les grandes villes ou les alternatives pullulent, tant le café n'y est pas bon, très cher si on le ramène à sa qualité et le service aléatoire ?…
Cela ne cesse de m'interpeler ? 
Il y a un passage savoureux dans un épisode des Sopranos ou deux membres de la Famille de Tony Soprano sont dans un café qui ressemble à ce genre de chaîne : Paulie Gualtieri, le plus âgé des deux, commence à râler : ils leur (aux italiens) ont tout volé et ils arrivent à gagner plein d'argent sur leur (des Italiens) dos !…

In the coffe shop avec Paulie in Les Sopranos

On apprend récemment que N'golo Kanté, joueur de football Champion du Monde paiera plus d'impôts au Royaume-Uni qu'Amazon et Starbuck réunis : et comble de l'ironie, c'est le Sun qui l'encense !…

D'un autre côté, si les soutiens intellectuels et/ou artistiques (ne parlons pas politiques) ne sont pas légions en direction des Gilets Jaunes, certains devraient peut-être s'en abstenir, ou plus simplement la fermer : quand je découvre qu'un de ces soutiens people est Polnareff, je ne peux que continuer à rigoler… sachant qu'il a quitté notre Beau et Doux Pays de France en 1973 pour ne pas payer d'impôts.
Michel,  si tu veux aider tes nouveaux amis, reviens donc en France et comme le dit le tag : "PAYE TES IMPOTS! "et joue là comme Kanté !…

Les quotidiens in, comme on disait jadis, on convié le super spécialiste de couleurs pour nous expliquer le jaune au cas on l'on serait crétins, ou simplement ignorants à ne pas savoir certaines de ses significations évidentes : des briseurs de grèves (qui n'a pas vu Billy Elliot ou lu Lucky Luke ?) à l'Étoile Jaune que ces salauds de nazis obligeaient les Juifs à coudre sur leurs vêtements (Saint-Louis les obligeaient à coudre une rouelle jaune en des temps tout aussi reculés)…
Donc, allons y pour lire dans Les Inrocks ou dans Libération les entretiens avec Michel Pastouraud et ses illuminations colorées. J'ai des livres de lui et il m'agace souvent profondément. Il multiplie un peu les lieux communs et dans l'ensemble de ses affirmations péremptoires, il y a forcément des choses intéressantes, mais d'autres - la plupart - très crispantes, surtout parce que très éthno-centrées…
Comme spécialistes du Moyen Age, je préfère nettement ceux des romans de Fred Vargas !…
Qui ne sait pas que le jaune, en fait un jaune particulier, était "le jaune cocu" pour employer le terme commun : même les gamins dans les cours de récré étaient au courant ?…
Le plus évident est de constater qu'il n'a rien compris aux Gilets Jaunes en pensant qu'ils ont choisi la couleur jaune, pour les représenter politiquement et les compare - entre autres - aux Communistes qui ont déjà le Rouge, aux Socialistes qui ont le Rose (enfin, en ce moment plutôt le blues)… Il leur conseille d'ailleurs de plutôt choisir l'orangé ! 
Il n'a donc rien saisis et surtout pas que le choix a été avant toute chose fait sur un support - le gilet - que les automobilistes sont tous obligés d'avoir dans leur véhicule, et qu'il est effectivement jaune,  de fait, par nature couleur réfléchissante dans son option fluo !?…
Lui semble vraiment manquer de capacités de réflexion… ou devrait faire une mise à jour (update) très rapidement…

Nous sommes dans notre beau pays de France et, parfois, certaines valeurs y sont complètement inversées : en effet, les opposants (timides) aux Gilets Jaunes seraient des foulards rouges… Il n'est pas précisé si le foulard doit être un carré Hermès, mais si l'on considère que les foulards rouges sont du côté du pouvoir en place (et les Gilets Jaunes en opposition), il est très étonnant limite de reprendre la couleur rouge et le support - le foulard - des Résistants Communistes ? 
Cela dit, le plus étonnant dans tous ces articles, ces brèves, ces mouvements de contestations et ces couleurs que certains s'approprient, est que personne, et encore moins le "spécialiste des couleurs" ou les journalistes qui l'interrogent, ne fait le rapport avec des informations de mouvements de contestations pourtant largement relayées en leur temps dans ces mêmes médias !…À croire qu'ils ne les lisent pas ????…
Gilets Jaunes vs foulard rouges : cela m'a immédiatement fait penser à la Thaïlande et à ses mouvements très durs (aéroports bloqués…) et affrontements nombreux entre les chemises jaunes (partisans du Roi) et chemises rouges (partisans du 1er Ministre Thaksin) il y a quelques années…

Mêmes couleurs mais soutiens qu'elles représentent complètement inversés… étonnant que le parallèle n'ait a priori pas encore été fait : j'espère juste que ça ne finira pas de la même façon !…

Chemises rouges vs Chemises jaunes en Thaïlande, 2011

Par convergence des couleurs, les Gilets Jaunes seront-ils bientôt rejoints par les petits pulls jaune citron, ceux négligemment jetés sur les épaules pendant les apéritifs du Gaou / Cap Bénat, là, pas loin des villas où se trouvent les sections locales du Rotary ou du Lion's Club ?…






Valéry Ponzone



vendredi 7 décembre 2018

> Mœbius Paris Feu ou Cité Paris ?…

Une photo de Paris que l'on retrouve parfois ici ou là dans la presse et dans des Banques d'Images :


Paris, France - vers 2015 : Vue de la Tour Eiffel par GavinHellier

la Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche

Éditions Aedena, 1985

Cette photo de Paris la nuit est tirée d'une vidéo, et vient de sites de banques d'images, depositphotos®, ou alamy banque d'images, et est très souvent reprise dans des annonces de voyagistes ou dans des énièmes articles à la con sur l'immobilier à Paris dans la presse… 
Il suffit de faire un recherche de Gogol® pour le comprendre…
Enfer : elle fait penser à ce dessin de La Cité feu créé par Moebius et Darrow en 1985 et repris dans le portfolio du même nom.

Ce portfolio est certainement, par son contenu, son format au-delà de la moyenne de ceux édités à cette époque, son thème, sa réalisation (…) l'un des plus beaux porfolios jamais édités dans le Monde la Bande Dessinée et par Mœbius, poussé quelque peu dans ses extrémités graphiques par Darrow…

Un libraire qui n'y connait pas grand chose avait écrit dans son site quelques grosses conneries bêtises à son sujet : toujours le même souci avec ceux qui n'ont pas vécu ces périodes de la Bande Dessinée, et prétendent refaire un historique en propageant des informations fausses, reprises pour argent comptant (trop cher, je n'ai pas le temps, pas le temps…) par des collectionneurs induits en erreur à l'insu de leur plein gré® !…

Ce portfolio fait partie de mes préférés dans ce domaine de l'édition : certainement l'un des quatre, cinq parmi ceux que j'aime le plus… voire celui que j'aime le plus !…
Vous voulez connaître les autres ? Non ?…
Tant pis, j'en indique quelques uns tout de même (plus que cinq d'ailleurs)  !…
Dans le désordre, Cauchemars de Chaland, Defective Stories de Charles Burns ; Die Mauer de Enki Bilal ; Citroën et la BD par différents auteurs dont Chaland, Mœbius, Forest, Juillard, Gillon, Clerc… ; Chantal Thomass des Dupuy-Berberian ; La cité feu de Mœbius & Darrow ; Les yeux d'Alla de Rabaté ; Un, deux, trois de Jean-Claude Götting ; Farewell Ladies de Hugo Pratt ; Enfin de Joost Swarte ; L'Express de Schuiten et Renard ; Parapsychologie de Mœbius…

Voici la reliure et les planches intérieures…

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Reliure
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche titre signée
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche (avec les 4 portraits mis en couleurs par Arno)
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Planche
Éditions Aedena, 1985

Ce portfolio La Cité feu a été édité en 1985 par les Éditions Ædena, sises rue des Cordeliers, à Paris, dans le 13e arrondissement où j'allais parfois, et où je suis allé cette année là pour acheter mon exemplaire…
Ædena créée par Jean Annestay était le prolongement éditorial de son autre structure antérieure et contemporaine (?) : Gentiane, déjà fortement tournée vers l'édition de portfolios (Blueberry de Giraud ; Futurs magiques de Mœbius…), de tirages de têtes (La dernière carte + La tribu fantôme de Blueberry), estampes en sérigraphie (Mœbius ; Giraud ; Forest ; Juillard ; Walter Minus…), de séries de cartes postales et livres d'illustration de Giraud ou de Mœbius, comme La mémoire du futur, mais aussi d'auteurs comme Torrès (portfolio Babylone), Liberatore, Veyron, Juillard (portfolio  et estampe Buk), Walter Minus,  Philippe Bertand, Cadelo (portfolio Strappi), Bilal (cartes postales), Ted Benoit (Fall Guy en cartes postales sérigrahiées)…

Cette Cité feu viendrait d'un ancien projet de film d'animation d'après une histoire de Jean Appel Guery : Geof Darrow a fait les crayonnés, Mœbius a encré sur papier transparent / calque et a été rendu fou par les crayonnés du géant ricain, complètement inconnu à cette époque !…

Rappelons-nous que Mœbius épurait son trait à cette période…
Cela avait déjà commencé quelques années auparavant avec Blueberry qui prenait "un nouveau visage" suivant l'expression consacrée dans le portfolio édité par Gentiane. On pouvait effectivement le constater dans la Dernière Carte, 21e Blueberry, que Giraud avait mœbiusé au possible, sans aller au-delà de limites acceptables pour J. M. Charlier et ses lecteurs (je ne parlerai pas des couleurs… je ne parlerai pas des couleurs… je ne parlerai pas des couleurs…)…
Il faut se rappeler que Mœbius vivait toutes sortes d'expériences : attendre les extra-terrestres avec Appel Guéry et ses affidés dans son île du Pacifique, le New Age et ses cristaux (première période vintage du genre : les caissons à isolation sensorielle se développaient en Californie…), la dégustation de bons petits plats macrobios, sans oublier ses suites fantastico-vénitiennes. Période très féconde d'où écloront des dessins en grand nombre dont une Bande Dessinée publicitaire à l'origine, mais néanmoins cristalline par essence : Sur l'Étoile (Gentiane pour Citroën) qui déboucha plus tard sur le cycle Les mondes d'Edena, sans oublier la série majeure d'estampes en sérigraphie de Mœbius : Starwatcher, images alliant la science-fiction, le monde New Age, l'Alchimie (pour la troisième de la série) et celui des cristaux…
Mœbius avait quitté ses mondes pointillistes et hachurés de la SF des années 70, des dessins pour Opta ou ses CLA, aux diverses histoires de Bande Dessinées qui marquèrent les rétines de ses lecteurs à la plume rougie par le feu : de La déviation à Arzach… en passant par les pages de Blueberry Ballade pour un cercueil et la couverture de La jeunesse de Blueberry : il avait déjà modifié son trait en s'engageant dans la saga de John Difool et son pyramidal Incal, pour le rendre plus esthétique, plus pictural dès le début des années 80 avec tous ses travaux d'illustrations destinés notamment à des portfolios et estampes…

Lieutenant Blueberry, Ballade pour un cercueil par Giraud et Charlier
Dessin pour les gardes
Éditions Dargaud, 1974

Arzach par Mœbius
La double page mythique
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1976

Et, surgit cette Cité Feu, et les crayonnés riches en détails de toutes sortes, et démentiels de Geof Darrow, qui poussèrent Mœbius dans ses retranchements graphiques pour les encrer, lui qui semblait aller vers des solutions graphiques simplifiées, épurées !…

Fort heureusement, Mœbius releva le défi : Ædena faisait à la manière de Maritie et Gilbert Carpentier, beaucoup de duos avec Mœbius (Liberatore+Mœbius pour une estampe Starwatcher, par exemple) et cela permit à son éditeur de réaliser ce somptueux portfolio au format impressionnant, à tel point que certaines planches durent être rainées au centre, tant leurs dimensions furent hors normes !…

Les couleurs furent aussi réalisées par Mœbius (sauf les quatre portraits sous La rue dont Arno réalisa les couleurs) : ce qui a toujours pour effet de renforcer l'ambiance mœbiusienne de ces dessins. Les mises en couleurs de Mœbius sont toujours différentes, plus riches et plus intéressantes, bien que quelques très grand(e)s coloristes se soient penché(e) sur ses planches…

On trouvera en périphérie de la Cité feu  de nombreuses petites cités, accolées au portfolio : en effet, à l'instar des éditions Magic-Strip, qui initia la multiplication des petits pains et inventa les produits dérives d'un produit dérivé (en l'occurrence un portfolio parmi les premiers du genre : L'Express de Schuiten & Renard, duquel découlèrent des séries de cartes postales sous pochettes, un tirage très grand format avec spirale type calendrier géant…), il fut tiré diverses images, dont certaines au pochoir (bien avant ceux de Christian Desbois / Escale à Paris) ou en offset. Dont Le hall qui aurait pu prendre place dans ce portfolio (seule la partie droite du dessin, du seul Mœbius,  orne la planche de justificatif de tirage du portfolio dans une version au trait).

Le hall par Mœbius et Darrow
Quadrichromie - 150 exemplaire numérotés et signés
Éditions Aedena, 1985

Ce portfolio eut une édition américaine, même deux d'ailleurs : une avec la même reliure que l'édition française, à 100 exemplaires signés, proposées par Starwatcher Inc. sur le marché américain, et une autre dans un chemise brochée à fond noir plutôt très bien mise en forme…
Voici mes deux visuels, quand je les mettais en vente sur le web : je suis souvent tombé sur des parasites qui ne se fatiguaient pas trop et reprenaient mes visuels si spécifiquement mis en forme par moi-même, que ce soit pour ce portfolio ou pour d'autres d'ailleurs…
Jusqu'au point de retrouver récemment ce même visuel sur amazon. fr !!!
Ce parasite a tout de même "fait l'effort" d'enlever la deuxième couverture, la chemise brochée que je vendais avec la reliure française

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Visuel numéro 1
Éditions Aedena, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
Visuel numéro 2
Éditions Aedena, 1985

Parmi les quelques beaux tirages et/ou affiches promotionnelles, voire des tirages en noir et blanc de certains des dessins du portfolio, il y eut La rue reprise au pochoir  : 

La Cité feu par Mœbius et Darrow
La rue
Dessin original sur calque, 1985

La Cité feu par Mœbius et Darrow
La rue - Pochoir
Éditions Aedena, 1985


La Cité feu devint City of Fire aux USA et Dark Horse réédita en 1993 l'ensemble des dessins dans un autre portfolio made in USA : c'est à dire dans un grande enveloppe / chemise, incluant notamment ce très beau dessin Le Hall dans la suite…
Passant un matin des années 90 chez Stardom avenue de la Bourdonnais pour chercher une commande, je me souviens avoir vu l'ensemble des dessins de La cité feu étalé par terre par Claudine Giraud : un projet de livres les rassemblant était dans l'air.
Projet qui ne vit jamais le jour, à mon grand désespoir…






Valéry Ponzone


mardi 4 décembre 2018

> Yves Chaland : Freddy Lombard se restaure…

Un ami m'envoie parfois des photos de chez lui, de ses bibliothèques, de ses cadres, de ses étagères remplies de livres, de statues et toutes ces sortes de choses
Ce jour là je reçois cette image de Chaland qu'il vient de retrouver dans une pile : 

Freddy Lombard et la Piste Sanglante par Yves Chaland
Poster magazine Eppo, 1983 (?)
Mais Bon Dieu de bon sang de bois de pétard de sort !…
Évidemment que je connais ce dessin et sais qu'il est dans un numéro de la revue Eppo.
Un numéro que je recherche depuis si longtemps !!!…
Je n'avais jamais vu le tirage poster qui est en fait un "EPPOster" : quelle chance de pouvoir au moins savoir à quoi il ressemble !…

Eppo je connais depuis longtemps et, de temps en temps, quand ça me prend,  je recherche les numéros :  je n'en ai que quelques uns. C'est la croix et la bannière pour les trouver… 
Pourtant des revues dont Chaland a fait la couverture, ou, dont on trouve quelque chose de lui sous la couverture, j'en ai pas mal… 

Mais ces Eppo me résistent : surtout ce fameux numéro avec "EPPOster" central de lui, entre des posters des Beatles, de Johan Cruyff, de Franka par Kuijpers ou de Storm par Don Lawrence…

Mais ce qui me frappe tout de suite se trouve dans le dessin lui-même. Quelque chose m'interpelle. Ce dessin de Freddy Lombard est connu pour avoir été repris pour la première estampe de Freddy Lombard, Sweep et Dina éditée par la Librairie Chic Bull en 1983, avec pour cadre un no man's land tout ce qu'il y a de plus inquiétant, situé sous un pont du chemin de fer Belge et/ou Bruxellois…
Mais oui… mais non : ce n'est pas vraiment le même dessin. Cela est évident,  tant un détail important de la composition ne peut que sauter aux yeux 
Je n'ai qu'à chercher dans mon ordinateur pour recouper cela  : j'ai dans mon disque dur toutes les estampes de Chaland. Un coup de Photoshop®, et hop l'image s'ouvre rapidement…

Freddy Lombard et la Piste Sanglante par Yves Chaland
Estampe 199 exemplaires numérotés et signés
Éditions Chic Bull, 1983

C'est bien cela : cette version est totalement inédite. Chaland a une nouvelle fois modifié et remanié en profondeur un dessin déjà existant pour une édition postérieure imprimée en sérigraphie, destinée à être numérotée et signée !
Incroyable !
Ce poster sur lequel je n'arrive pas à mettre la main depuis des années est en plus une version inédite : damned de by jove !…
Si le décor a subit peu de modifications, Freddy Lombard, lui, a complètement changé.
Il est nettement plus réaliste. Le détail de la composition qui m'avait sauté tout de suite aux yeux est sa houppe qui sort du cadre : tel un sapiens sapiens, Freddy s'est nettement redressé !…
Ce qui est modifié tient du détail : la jambe gauche de Sweep est moins "élastique", "tordue", le Freddy modifié dégage l'arrière-plan et cela implique quelques adaptations : Dina peut montrer la courbe de son bras droit ("elle est trop belle la dame !", clame ma fille en voyant l'image sur l'écran)… Et, pour aller dans plus loin dans le détail : tout au fond de l'image, si l'on perd la lumière d'un lampadaire, on gagne celle d'un mat éclairé, en haut d'un bloc d'immeubles qui se découpent dans l'obscurité et apparaissent par la magie de la fée BTP…
Les changements dans les gammes couleurs choisies pour les deux versions renforcent l'impression de versions qui seraient radicalement plus différentes…

J'ai une relation amusante avec cette estampe : en effet, à sa sortie, elle fut annoncée dans une revue de Bande Dessinée (ce que les moins de vingt ans etc.). J'ai souvenir de Circus, mais cela reste à vérifier : en fait la brève était étrangement tournée, ou je l'avais mal lue. Pour moi il s'agissait de l'annonce de sortie d'un tirage de tête de Freddy Lombard par Chaland au prix de 325 FF (toujours de mémoire). J'ai donc enfourché mon RER Ligne B vers Paris et suis allé d'abord chez Album, les vraies librairies, celles de Jean-Jacques Rasquain rue Monsieur Le Prince, vers Luxembourg (Paris, 6è arrdst) et celle de Yves Rasquain rue Dante (Paris, 5e arrdst) : pour ceux qui racontent n'importe quoi dans les forums, je ne me mets pas en avant Jean-Louis qui était anecdotique car ce sont surtout Yves et Jean-Jacques qui représentaient Album (sans oublier leur sœur Corinne et la Reine Mère, véritable tour de contrôle de surveillance avant la généralisation de la vidéo). À cette époque, la librairie Temps Futurs devaient encore exister avec Stan Barets aux commandes du vaisseau spatial ?…
Mais aucune de ces librairies n'a entendu parler de ce "tirage de tête" de Chaland.
Bon… Que faire ?… Autant aller à la librairie Glénat, celle située rue Lafayette / Rue Taitbout à Chaussée d'Antin (Paris, 9ème arrdst).  C'est pour cela que je pense encore que l'info devait venir de Circus : j'ai dû faire un lien naturel Circus / Librairie Glénat, car sa situation géographique me poussait beaucoup plus loin au cœur de la métropole !…
J'entre dans la librairie, pose ma question : là, pas de souci, il faut que j'aille voir en bas, dans l'espace d'exposition qui était une sorte de tout petit couloir ne débouchant sur rien du tout, plutôt une hernie rectangulaire au sous-sol de la librairie, au fond sur la droite, avec un mur miroir au fond (ceux qui y allaient pourront se souvenir) Un peu étonné de devoir aller en bas, car les tirages de têtes et portfolios se trouvaient davantage au rez-de-chaussée de la librairie ?…
Je m'engage dans l'escalier, fait un peu le tour du fonds des livres présentés au sous-sol et vais dans ce couloir / hernie : là, stupéfaction ! 
Gosh !
Il y a bien "du" Chaland" mais il s'agit d'une estampe encadrée avec sa belle baguette noire brillante (c'était à la mode à l'époque, :  ça a duré quelques années) et accrochée avec les autres images…

Ah ! ah ! ah !, fais-je en mon fort intérieur (je ris). Je me suis trompé, il s'agit d'une annonce de sortie d'une sérigraphie de Chaland et non pas d'un tirage de tête (il faudrait un jour que je retrouve ce Circus pour vérifier les raisons pour lesquelles j'ai été insidieusement induit en erreur ?)…
Elle est très belle, mais je n'achète pas vraiment de sérigraphie, je n'en ai pas du tout les moyens : je peux me faire offrir parfois un portfolio ou un tirage de tête pour un anniversaire ou Noël, quand il s'agit de Mœbius ou Chaland, mais là pas possible. Cela fait longtemps que je me suis raisonné en m'auto distillant un concept fort simple : "les sérigraphies ne m'intéressent pas" ! .
"Mon œil", comme écrivait Alain Rémond dans Télérama quand la revue était intéressante à lire, c'est juste que je n'en ai pas les moyens;  et qu'il faut bien se convaincre d'une façon ou d'une autre !…

Donc retour à la case départ et attente du prochain tirage de tête ou portfolio de Chaland

Je n'ai pu avoir cette estampe qu'au tout début des années 90 : il a dû se passer une bonne dizaine d'années. Un client suisse avec qui je discute me parle de cette image qu'il sait être encore chez son libraire habituel (helvéte) à tel prix de vente. Je suis intéressé !… Il m'a bien ferré le bougre. Il me la ramène et, hop, la sérigraphie est au double du prix annoncé au préalable ! Hé, hé, hé. Le petit malin qu s'est fait une bonne marge sur mon dos, surtout par rapport au premier prix annoncé.
C'est comme cela que j'ai — enfin — eue cette estampe de Chaland… pour la ranger avec d'infinies précautions… dans un carton à dessin.

Reprenons le lien entre cet "EPPOster" de Freddy Lombard et sa version modifiée en sérigraphie. Je ne peux que faire une chose devant ces différences importantissimes pour l'histoire de la Bande Dessinée : demander à mon ami s'il peut m'envoyer ce poster pour le numériser et, en parler dans ce blog, avec pour but évident d'éduquer les masses laborieuses, et, de clamer à la face du monde éberluée cette splendide découverte (qui a du être faite bien avant moi !?).
Numériser ce dessin me permettra également d'en imprimer un exemplaire en plus grand format pour mon ami, qui décorera ainsi son intérieur avec goût… Mais aussi d'en avoir une trace numérique ou papier pour moi : pas bête, n'est-ce pas ?…
Mon ami est très gentil. Il m'expédie ce tirage illico presto plusieurs mois après en avoir parlé, et tant qu'à faire il l'accompagne de livres pour ma fille et pour moi : des albums de La famille Passiflore de Jouannigot (toujours délicieux à lire), le coffret Eightball de Daniel Clowes  chez Fantagraphics, et plein d'autres belles surprises de ce genre !…
Merci encore l'ami !…

Je reçois le carton, déballe et avise le poster : oups !…
Ce qui était dissimulé par la vitre du cadre sur la photo, par les reflets et le reste saute aux yeux en direct : 

AVANT
Freddy Lombard et la Piste Sanglante par Yves Chaland
Poster magazine Eppo, 1983 (?)

Il s'agit bien d'un poster de magazine à gros tirage. Si l'époque était encore à l'analogique, le papier devait être rempli de plein de bonne fibres de bois et il a bien jauni avec le temps. C'est un exemplaire pour abonné, avec 3 beaux plis (central & ceux du pliage en deux). Le papier a bien souffert, des endroits abîmés, et d'autres distendus, car collé sur un papier carteux etc. Et ce beau logo "EPPOster… Freddy Lombard", en haut à gauche, dans le dessin…
Je numériserai en très haute définitions, mais rien n'y fera, aucune magie à attendre, tous les défauts seront apparents si je l'imprime tel quel. Malgré la qualité de tout mon matériel de mon ami Epson®, aucun tour de passe-passe de retouche graphique n'y est inclus en plug-in
En étudiant le dessin scanné en très haute définition, pouvant l'agrandir à une autre échelle sur mon écran je vois encore plus de problèmes : toute la panoplie, des décalages de couleurs, des transparences de textes du verso, ou des reports des rouleaux d'imprimerie, ce qui n'est pas étonnant avec un papier aussi fin, le trait lui-même est scratché, plutôt moche et pas très net et les couleurs plutôt ternes etc.
Voici quelques détails :

Pli central intérieur… 
Plie central intérieur et papier marqué… 
Plie central intérieur et papier distendu par la colle… 
Pli central intérieur…

Que faire ?…
Scanner : c'est fait.
Il ne reste qu'à retravailler complètement l'image, réparer les marques, enlever les plis " spéciaux abonnés", les traces diverses et variées en allant parfois travailler au pixel près et au travail : restauration numérique d'un dessin de Yves Chaland…

J'y ai passé des dizaines d'heures… un boulot incroyable pour arriver à faire au final un excellent tirage pour mon ami. Et, parce que le challenge d'arriver à retrouver, au final, un beau dessin de Chaland est forcément immense dans mon cœur : cela me faisait énormément plaisir de travailler ainsi sur ce dessin !…
Refonte totale des couleurs, retrouver un beau trait… J'avais plusieurs options pour arriver au meilleur résultat final, j'ai choisi la plus compliquée, la plus longue et la plus précise pour être certain du résultat.
Mais j'y suis, jusqu'au dernier moment je retouche ici ou là, ou fais tel ou tel choix sur la teinte etc.

Puis - enfin - mise en marche de mon imprimante Digigraphie® Epson®. J'ai le choix entre plusieurs qualités de papier parmi les trois ou quatre marques que j'ai l'habitude d'utiliser en fonction de la destination du tirage, un beau papier 100% coton, et j'opte pour un fine art smooth pour le tirage de mon ami, et un fine art textured pour le mien et, en route mauvaise troupe : deux ou trois essais sur un papier Epson de grammage inférieur puis je lance "les" impressions,  après avoir vérifié le moindre détail jusqu'au bout.
Rien que du très classique en fin de compte !
Pour arriver au résultat ci-dessous (sans le filigrane : il sert juste à éviter la récupération systématique des images que je mets dans ce blog, sans même me demander quoi que ce soit)…

APRÈS
Freddy Lombard et la Piste Sanglante par Yves Chaland
Poster magazine Eppo, 1983 (?)

Avant-après.
J'ai maintenant imprimé ce dessin entièrement restauré en format A2.
Je regarde. J'admire le rendu des couleurs qui claquent !
Je suis tout simplement heureux du résultat !
Heureux !…
Très heureux !…
Je laisse reposer jusqu'au lendemain et retour à la base pour la mise sous cadre, afin de valoriser le dessin et "voir ce que cela donne sous cadre".
Encore mieux, encore plus heureux…

Il y a quelques années, ce même ami me demandait ce qu'était ces fameux "tirages pigmentaires" qu'il voyait proposés ou mis en avant ici et là. Il s'étonnait de la dénomination en elle-même : les encres de sérigraphies étant par définition des encres avec pigments… comme celles pour les impressions d'art en général.
Bien vu.
Je lui ai fait un historique, avec le distingo du label  "digigraphie®" d'Epson très spécifique et déposé, et le giclee des ricains, et ces fameux "pigmentaires" qui peuvent être faits avec d'autres imprimantes que les Epson, voire des machines bas de gamme puisque le terme est générique…
J'utilise ces grosses imprimantes Epson pour ces types d'impressions depuis une dizaine d'années maintenant, j'avoue que la multiplication de tirages commercialisés, conjugué avec la quasi disparition de l'estampe en sérigraphie dans la Bande Dessinée, m'a un peu surpris. Plus encore avec les prix pratiqués par certains sur des tirages qui ne le méritaient pas vraiment. ou alors le ratio prix de revient, prix de vente devenait largement plus important que celui en usage dans le monde de l'édition ?
Ou comment "se sucrer" allègrement sur le dos des éditeurs et acheteurs !???… aucun digigraphe ne va me faire croire qu'imprimer de cette façon entraîne les mêmes contraintes (et résultats) qu'une impression en sérigraphie !…
Cela me ferait penser au gars dans la finance qui arrive à faire croire que son travail est un métier et est plus fatiguant que celui d'un médecin, voire d'un/une infirmière et / ou un/une enseignante (et surtout plus important pour la collectivité !…
Cela a "commencé" avec un tirage d'Ever Meulen reprenant le dessin de la fresque faite dans le cadre de l'année de la BD à Bruxelles (Belgique, Capitale de l'Union Européenne) en 2008. Tiré sur un papier qui ne devait pas être du 100% coton, et certainement en rouleau (roll mais pas mops), ce tirage était vendu au prix hallucinant de 350 euros pour un tirage à 50 exemplaires signés par Ever Meulen.
L'autre exemple est la multiplication des petits pains tirages en Digigraphie® par Stardom/Moebius Production, avec des nombres d'exemplaires signés par Moebius, très aléatoires sur le tirage global faussement justifié suivant chaque référence (et cela reste une donnée inconnue), toujours vendus 250 euros pour un tirage en format 50 x 70 cm non signé par l'auteur (au même prix que lorsqu'ils étaient signés), cela est très très cher. Ou, pour rester sur Chaland, ces agrandissement "géants" des cases (comme un retour aux débuts de l'édition d'estampes en sérigraphie dans le monde de la Bande Dessinée par Repérage / Décalage, et des cases agrandies de E.P. Jacobs, puis Franquin, Mœbius, Alex Raymond etc.), vendus également à des prix géants, davantage encore quand un libraire les récupère pour les revendre (1500 euros puis 1200 euros quelques jours plus tard pour une case agrandie du Testament de Godefroid de Bouillon sur Ebay : même à seulement 3 exemplaires, ce genre de vente semble prendre le Godefroid de bouillon chez les collectionneurs qui ont un minimum de discernement et c'est bien normal : quel intérêt que ce prix prohibitif, plus élevé que pour une estampe d'époque numérotée et signée par Chaland !!!?…)
Je ne parlerais pas de la risographie qui apparait depuis peu : ce n'est rien d'autre que du photocopieur avec des gammes couleurs très limitées, pour résumer crument la technique en question (Riso est une marque de photocopieur numérique), donc une absence de liberté graphique totale pour un rendu très spécifique !…
Comment peut-on essayer de mettre cela au même niveau que de la sérigraphie, de la lithographie ?… Cela m'échappe surtout en constatant certains prix de vente (enfin pas partout, heureusement : pas sur le lien donné)!…
Il suffirait d'appeler le tampon à la patate, patagraphie (ou potatographie pour faire angliscime ?) pour que cela devienne du tirage d'art ?
Il y avait bien des éditeurs qui éditaient avec intérieurs en photocopies, sans savoir si cela durerait vraiment dans le temps (certaines poudres finissent par faire les pages se coller entre elles…) et couvertures en sérigraphie ???…

Passons… et revenons au bonheur simple avec la re découverte de ce dessin de Chaland exhumé d'un Eppo vintage

Ce dessin fait forcément résonance, avec un précédent billet de ce blog, sur l'Art du découpage dans l'œuvre de Chaland, mais aussi et surtout avec d'autres images du même Chaland.
Si son découpage était prégnant, un dérivé du principe se fait jour : celui du sang et davantage, celui de la piste sanglante (roulements de tambour et frissons garantis !)…

Cela constitue un véritable chassé-croisé entre les deux thèmes développés par l'Artiste tout du long de son œuvre graphique. Dont je reprends quelques visuels parmi les plus connus…

Yves Chaland, It's Alive !
Sérigraphie 4 passages couleurs - 100 ex. n°/signés
Éditions Déesse, 1986

Yves Chaland, It's Alive !
Version trichromie in Chaland
Éditions Champaka Brussels, 1995

Yves Chaland, Crime dans la rue Morgue
100 ex. n°/signés in Portfolio WFCBA
Éditions Déesse, 1983

Yves Chaland, Crime dans la rue Morgue
Sérigraphie couleurs - 110 ex. n°/signés
Éditions Champaka, 1986

Yves Chaland, Portfolio F-52
Planche numéro 4 : le découpage est terminé…
Éditions Déesse, 1986

ves Chaland, Drame dans l'atelier
Sérigraphie couleurs — 110 ex. n°/signés
Éditions Champaka, 1988
Yves Chaland, Le carrefour
Dessin publicitaire pour Letrachrome
Letraset, 1986

Yves Chaland, Le carrefour
Sérigraphie couleurs — 190 ex. n°/signés
Éditions Anagraphis, 1986

Il y ainsi celui qui passent ainsi du temps et consacrent leur énergie à faire ce genre de chose, juste pour le plaisir de redonner vie à un dessin d'un de ses auteurs préférés… et faire aussi plaisir à l'un ou de l'autre de ses afficionados !…
J'ai envoyé son exemplaire à mon ami qui l'avait bien mérité, puisqu'il est le déclencheur, et il m'a semblé ravi ! À tel point que ce nouveau tirage sur papier plus prestigieux et couleurs restaurés allait détrôner son "EPPOster" original sur ses murs, juste le temps de lui trouver un autre cadre plus grand…

Mon exemplaire a rapidement rejoint un mur, à côté d'autres images de Chaland ou d'Avril: le côté c'est presque moi qui l'ai fait ayant supplanté une autre image de Chaland signée qui se trouvait dans ce cadre : et voilà pour le plaisir des yeux ce que cela donne.
Je peux dorénavant, moi aussi, comme le Jeune Albert qui restaure son Spirou contre l'Invisible, épater mes amis !…

Mise sous cadre
Epates tes amis en encadrant ton tirage unique de Chaland !





Valéry Ponzone