vendredi 6 juin 2014

> Gus Bofa, Le client sérieux…


LE CLIENT SÉRIEUX
Je prends ferme celui à 15 francs. Je vous paierai 7 francs
courant et le reste en quatre traites de 2 francs. Ça vous va ?
Gus Bofa, Dîner des Libraires, 1952

Sans commentaire.

Gus Bofa a tout compris, avec ce dessin de commande réalisé en 1952 pour le dîner des Librairies par le Cercle de la Librairie et le Syndicat des Éditeurs.
Ce menu illustré est un beau cadeau fait par un client extrêmement généreux et sympathique : ces clients là sont plus rares, donc plus précieux et intéressants (que ceux qui ont la mémoire très très courte)…
Car dans l'échange et le respect mutuel.

Merci Emmanuel.


Voici les autres volets de ce Menu.


Gus Bofa, Dîner des Libraires, 1952

Gus Bofa, Dîner des Libraires, 1952

Gus Bofa, Dîner des Libraires, 1952

samedi 31 mai 2014

> La pin-up du week-end… par Jeffrey Jones

Femme de dos par Jeffrey Catherine Jones
Aquarelle et crayon sur papier

Si vous ne connaissez pas le travail de Jeff Jones, il vaudrait mieux arrêter de passer autant de temps sur internet et commencer à vraiment vous cultiver en bande dessinée !…
Jeffrey Cathertine Jones 10 janvier 1944-19 mai 2011.

jeudi 29 mai 2014

> La BD sur la peau…

Encore mon nez (mes yeux plutôt!) dans des archives, mais papier cette fois ci, c'est ce qui est le plus rigolo, comme le diabolo.
Et là c'est vraiment plus que drôle isn't it ?!…
Tout début des années 70… Ça se voit aussi grâce aux coupes de cheveux, maintenant même dans des catalogues les gamins ont des coupes de BTS Action Commerciale et se prennent très au sérieux, comme leurs parents !…
Dans un magazine, pas de bande dessiné mais plutôt presse féminine, mode ou du même style (enfin si : au moins une page de Murphy, le Géant de Willy Vandersteen !)…
M'enfin, déjà Gaston Lagaffe
Pas comme l'autre tatoué de Ludlum — qui a plus que largement inspiré Van Hamme — dans la peau mais sur la peau…
Ce doit d'ailleurs être un des premiers tee-shirt Gaston Lagaffe ?… Les spécialistes le sauront mieux que moi
Amusant car le chapeau de ces pages modes enfants est :  "Les petits américains… en bermuda et tee-shirt"…
Il est certain que Gaston Lagaffe, ça se pose un peu là comme personnage fétiche des petits américains, surtout à cette époque !!…
En tout cas je sais pourquoi je n'aime pas les bermudas à carreaux (seersucker écossais) : c'est vraiment naze !

Me, myself and I
…dans un magazine dont je ne connais pas le titre !

Gaston Lagaffe c'est terriblement fort en fait…
C'est l'Anarchie dans le Royaume de (Belgique) la bande dessinée, l'anti-conformisme, l'underground made in Belgium !…
J'ai l'impression d'avoir toujours lu Gaston Lagaffe : je lisais le Journal de Spirou dans les années 70 (et le Journal de Tintin, et le Journal de Mickey, et Pif Gadget, et Picsou Magazine, et Mickey Parade, et Okapi, et Achille Talon Magazine, et Lucky Luke Mensuel pour passer à Pilote, Metal Hurlant, Charlie, (A Suivre), Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Super As, Circus, Pilote-Charlie, Métal Aventure, Rigolo, Les Cahier de la BD etc. : cherchez l'intrus ?!) tout en lisant en parallèle les Journal de Spirou de mon père des années 1953 à 1959 : j'ai donc vu l'apparition iconoclaste (au vrai sens du terme !) de Gaston dans les pages espiègles — mais très bien ordonnées — de l'hebdo…
Gaston Lagaffe faisait partie des séries de bandes dessinées que l'on m'offrait pour mes anniversaires ou Noël quand j'étais enfant…
Pourtant, si j'aimais beaucoup Gaston Lagaffe, c'est l'Univers de Spirou qui m'attirait le plus, surtout les histoires des années 50. Là, j'avais encore plus de chance, puisque je les lisais aussi bien dans le magazine qu'en édition originale dos carrés orange : toujours ceux de mon père…
D'où mon attachement, le réel côté Madeleine de P. pour les bandes dessinées de l'Âge d'Or en éditions originales que j'ai eues la chance de lire dès cette époque : de Spirou et Fantasio à Blake et Mortimer, de Tintin à Lucky Luke, de Blondin et Cirage à Gil Jourdan etc.
Malgré cette attirance, et cette nostalgie toujours plus tournée vers Spirou et Fantasio, je suis toujours revenu vers Gaston Lagaffe : par les livres de la série que l'on m'offrait régulièrement, et à chaque fois par des événements s'y rapportant…
Que cela ait été une nouveauté, puisque à partir des années septantes, Franquin ne crée plus que dans l'univers de Gaston, (hormis un nouvel essai dans la cave, donc réellement underground,  le Trombone Illustré, d'où sortiront les pages des Idées Noires) et je suis donc contemporain des sorties de cette période, ou des tirages de têtes, ces machins là débarquant dans le monde de la bande dessinée alors que je suis adolescent…

Plus récemment, ce sont les grands formats de Marsu Production et les rééditions des mêmes Marsu Productions des 5 premiers Gaston dits demi-formats, qui m'ont remis dans le bain de Gaston Lagaffe (alors que je les ai en édition originale sur une étagère)…

Franquin, Gaston L'intégrale tome 1, 1957-1958
Marsu Productions 2005

Retrouver le petit monde de Lagaffe dans sa chronologie et en grand format, a été le nouveau déclencheur, puis ces très belles/malines ré-éditions pour le Journal Le Soir, le second.
La meilleure idée d'édition prime du quotidien Belge, avec les mini-récits des Schtroumpfs !
Je me fiche bien que Gaston soit un anti-héros, c'est une notion dépassée et une définition facile, répétée un peu trop souvent… Comme si le critère de référence devait être le héros !?
Ridicule.
Il y a des personnages forts et héroïques, et fort heureusement il n'y a pas que cela. Des alternatives existent, dont Gaston Lagaffe personnage anti-conformiste au possible (je serais d'ailleurs plutôt tenté d'enlever "formiste"…).
C'est amusant de voir à quel point ce genre de personnage, caractère pour jouer sur le terme anglais, est fantasmé par les publics (cinéma ; littérature ; bande dessinée…) mais que la grande majorité de ces mêmes publics ne sait jamais comment l'appréhender si cela se présente à eux…

Il est tout proprement sidérant qu'un tel personnage ait pu voir le jour dans cette période et dans une bande dessinée belge qui avait déjà posé toutes les bases de sa domination sur le medium dès l'Après-Guerre, en le codifiant et en le balisant jusqu'à l'explosion de tout cela, avec l'arrivée de Pilote (Mâtin, quel Journal !)… puis des années septantes, post Mai 68…
On ne se rendra jamais compte à quel point Gaston Lagaffe est (pré-) révolutionnaire, enfin, si : des Universitaires très érudits nous l'expliqueront, pour ma part je ne suis que sur un registre profondément émotionnel et instinctif.
Mais si l'on se remet dans le contexte des années de Guerre Froide et de post-reconstruction, pendant lesquelles tout le monde s'est remis à travailler très dur pour reconstruire l'Europe, et chercher à aussi construire une autre Europe, il est certain que Gaston Lagaffe est complètement à contre-courant de cet état d'esprit, mais aussi de la morale catholique pratiquante, scoute et emplie de (très) bonne volonté qui se dégage des pages du Journal de Spirou
Franquin, comme Hergé, ont d'ailleurs énormément travaillé, donné d'eux-mêmes, avec une pression si forte dans les années 50 qu'elle les a menés à la dépression, ce que l'on appelle de nos jours communément le burn-out en bon français…
Il est évident que Gaston Lagaffe a montré de façon inconsciente, et consciente, la Voie à André Franquin : il n'a fallu que très peu de temps pour que quelque chose casse chez son créateur, et qu'il  s'aperçoive qu'il devait lâcher quelque chose, s'alléger pour — enfin — se trouver.
Le fameux lâcher prise
Intéressant de discerner les méandres de l'esprit du créateur.
Jean Giraud- Mœbius a souvent répété que le créateur, l'artiste ne triche pas, ne peut rien cacher : on ne peut que deviner son état d'être à travers ce qu'il crée.
L'esprit de Franquin, appelons cela l'inspiration ou le génie, l'a poussé à créé Gaston Lagaffe qui débarque dans les pages de Spirou sans que lui-même, le personnage et son créateur, et encore moins les autres employés du beau Journal de Spirou ne sachent vraiment ce qu'il vient faire dans le Journal. Il commence par provoquer quelques accidents / incidents dans les pages du Journal (géniales interventions extrêmement créatives de Franquin!)…
Qui est-il / qui suis-je ?… Que fait-il là / que fais-je ici ?… Quel est son emploi / quel est mon but ?… Que va-t-il faire dans les pages de ce Journal de Spirou ? … etc.
Toutes question que devaient se poser si fortement Franquin, que c'est à travers la création de ce personnage qu'il se les est véritablement posées et, surtout, qu'il a trouvé les réponses dont il avait besoin afin de pouvoir continuer à créer, et choisit de s'alléger : avec le choix radical de ne plus faire Spirou et Fantasio

L'approche de la Quarantaine avec ses remises en question classiques, si puissantes, pour arriver à créer un nouveau personnage de bande dessinée qui lui correspondrait vraiment : très, mais alors, très très fort inconscient ou subconscient ou tout autre conscient ancré en lui !
Un personnage qui lui permit de répondre à ses questions existentielles, et qui devint un Classique de la bande dessinée franco-belge (et pas seulement des chaudières du même nom !), tout en régénérant et faisant durer quelques années de plus la grandeur du Royaume de la BD face à la République hexagonale…
Il y a Gaston Lagaffe, employé mais héros sans emploi, puis sur les écrans de cinéma Alexandre le Bienheureux qui fit scandale à sa sortie par les valeurs que le film véhiculait (nous sommes en 1967, et personne ne sait que c'est la fin d'une époque et des Trente Glorieuses…) et, bien avant tout cela, le cousin éloigné,  Monsieur Hulot qui dérègle toute la technologie et l'univers qui l'entoure, notamment dans Mon Oncle
Gaston Lagaffe et la poésie de son univers, la richesse de ses inventions et ses réels talents en ce domaine, son amour des animaux, ses amours platoniques avec Mademoiselle Jeanne, ses recettes de cuisine improbables (que la fusion et la molécule livrent maintenant dans les assiettes de certains restaurant), son anti-militarisme et son militantisme pour des causes chères aux yeux de Franquin, ses jeux permanents avec ses alter ego Jules et Bertrand, sa passion pour la musique et toutes ces sortes de choses

Franquin, Gaston 0, Gaffes et gadgets - Éditions Dupuis
ou : le drône spécial piquet de hamac…

Faire énormément de choses dans les bureaux de son employeur Dupuis, sauf… travailler !
Gaston Lagaffe c'est le personnage de LA Crise, qui voit le jour alors que tout va encore bien…
Enfin, jusqu'à ce présent ?…
Gaston est le Grand Saboteur du système, c'est le personnage qui le sape peu à peu et le sabordera au final, comme le seront éternellement les fameux contrats : un membre émérite de la 5e colonne de l'anti-productivité !

Gaston par Franquin
"… On le PAYE pour faire ÇA !"
in Spirou n° 1017 - 10 octobre 1957

Juste un tee-shirt… au tout début des années 70, dans quelques pages d'un magazine oublié…
Bon, bon, j'arrête là et je vais me… rhabiller !




Valéry Ponzone


mardi 27 mai 2014

> Acheter n'importe quoi à n'importe quel prix… Yves Chaland, TT Le cimetière des éléphants

— 28 avril 2014 — 11:12:29 Paris
— Chaland : Freddy Lombard, Tirage de Tête Le cimetière des éléphants —

J'ai conservé des visuels de ce Tirage de Tête du Cimetière des éléphants vendu 371 euros sur internet (prix de départ : 240 euros). Très correctement et honnêtement décrit par son vendeur dont j'ai dissimulé le nom (cela ne regarde personne !) , enfin le pseudo puisqu'il semble que sur internet on a honte de son nom : il précise l'état extérieur, "plats légèrement frottés" et surtout "marques de plis aux coins supérieurs des pages 5 à 15" et a la correction de mettre plusieurs photos, dont une avec l'un de ces plis…
Précisions importantes car quelques roublards sont assez flous dans ces descriptifs ou présentent des descriptifs et/ou visuels servant surtout à induire les gens en erreur : ce n'est pas le cas de ce vendeur…
Je reviendrai peut-être plus tard sur quelques expériences personnelles en tant qu'acheteur et collectionneur…


Ce que je n'ai pas compris est le prix atteint par cet exemplaire dont la vente s'est terminée fin avril : 371 euros !
Un membre de ce site a enchéri pour avoir un Tirage de Tête qui ne semble pas très beau, et, surtout,  dont 10 pages intérieures ont les angles plus que marqués ?…
De vrais plis, bien appuyés et bien marqués : et sur ce type de papier, ça ne pardonne pas…
Pire qu'un petite corne discrète en haut d'une page d'un livre de poche… au prix du livre de poche.
Que l'on paye aussi cher un livre présenté dans un tel état est quelque chose d'hallucinant.
Débile, comme disaient jadis les gamins dans les cours de récré !
Portnawak !!!…

Chaland, Freddy Lombard TT Le cimetière des éléphants
1er plat

Chaland, Freddy Lombard TT Le cimetière des éléphants
4e plat

Chaland, Freddy Lombard TT Le cimetière des éléphants
Garde avant avec justificatif de tirage…

Chaland, Freddy Lombard TT Le cimetière des éléphants
Une des pages intérieures avec le pli bien indiqué par le vendeur…

le dos

Le bas du dos semble bien marqué aussi, écrasé…
Les photos sont nombreuses et montrent bien les défauts, c'est donc en toute connaissance de cause que l'acheteur à voulu cet exemplaire à ce prix… et qu'il en a été satisfait : tant mieux pour lui !
Il vaut pourtant toujours mieux acheter un exemplaire plus cher mais avec bien moins de défauts aussi… marqués.
Même si cet achat n'est fait qu'avec l'arrière-pensée de valoriser ou constituer une collection !…
Quand on achète un livre dans un tel état, c'est souvent parce qu'on le trouve décoté, ce que ferait n'importe quel libraire, sans être d'ailleurs vraiment certain qu'on ait envie de l'acheter pour le revendre… et le présenter.

Ils furent cinq "collectionneurs" à se disputer ce merveilleux exemplaire dont même le prix de départ est assez élevé pour éviter toute excitation ou effet d'entraînement frénétique derrière son clavier parce que l'on part de très bas, du fameux euro symbolique : de vrais esthètes !…

Qu'attendre de vraiment rationnel dans un système tel que les enchères, que ce soit sur la toile ou dans un salle de vente, où l'on demande aux clients de fixer et décider leur prix d'achat ?…




Valéry Ponzone



lundi 26 mai 2014

> La (demie) pin-up du lundi… par Blutch

Je change les habitudes parce que c'est lundi, et je ne suis pas certain que la différence soit encore possible d'ici quelques temps, si j'en crois la conjoncture post-électorale et le repli sur soi que cela va engendrer…
Alors le côté haut et pin-up pour débuter la semaine et l'autre moitié, ce sera pour la fin  de semaine et vendredi : c'est poisson !…


Sirène par Blutch, 1998
Encre de Chine sur papier

Je me souviens d'une excellente nouvelle (pas très bien écrite pourtant) concernant une sirène, que j'ai lue adolescent un été, dans un vieux numéro d'Alfred Hitchcock Magazine trouvé dans les bibliothèques familiales je pense : un type tombe amoureux d'une sirène. Elle lui offre le choix : soit elle se transforme en femme et le rejoint sur la Terre ferme, soit lui est transformé en poisson et la rejoint sous l'eau pour vivre leur idylle…
Il choisit d'aller la rejoindre, je ne sais plus trop pour quelle raison il fait ce choix ?
La Vie sur Terre l'ennuyait ? Il est amoureux d'elle en tant que sirène et préfère ne rien changer à cela ? Il n'est pas fétichiste et adorateur des pieds féminins ou sait qu'il devra faire beaucoup de foot massage voire il connaît le prix des bas à cette époque là ?…
Il la rejoint sous l'eau, et là quelque chose d'important lui revient à l'esprit : le mode de reproduction des poissons n'est pas vraiment le même que celui des mammifères !!!…
Très fin. Jouant sur le dit et le non-dit très américain. La chute était très drôle.

dimanche 25 mai 2014

> Quand Dave Cooper rencontre Mœbius…

Deux dessins pour une histoire de Dave Cooper : invité par Angoulême il y a quelques années, il en profite pour faire passer Pip et Norton par Paris et leur faire rendre visite à  Mœbius chez lui…
Dave Cooper est un des rares génies du comics alternatif nord-américain : de Suckle à Crumple sans oublier Pressed Tongue (très, très cul) et le fascinant Weasel / Ripple, A Predilection for Tina (où le côté poussé à l'extrême du sujet traité bien différemment par Edmond Baudoin dans Le portrait)…
Dans Pip et Norton (sans oublier les autres crétins de  Dan and Larry), dont le tamdem ferait un peu trop-beaucoup penser à ce qu'ont fait bien plus tard Winshluss et Cizo dans Wizz et Buzz ou Trondheim dans Kaput et Zosky, qui est sa série la plus déjantée avec ses deux personnages bien crétins, on trouve une histoire dans laquelle les deux personnages rencontrent Mœbius dans sa factory / maison d'édition / atelier : bien peu de respect a priori, mais finalement énormément de respect pour Mœbius en lisant cette histoire.
Deux dessins (originaux) de cette histoire en exemple : tout d'abord cette représentation d'Arzach

Arzack vu par Dave Cooper, 2009
Pip sur Arzach invite Geneviève à le rejoindre…
Encre de Chine, encre rouge et crayon bleu sur papier

… et le moment où Mœbius cherche quelque chose — Geneviève en fait — sous ses planches originales…
Il se baisse et, ce qui doit arriver… arrive !
Et ce ne semble pas être le vent du Désert B qui se lève !!?…

Mœbius cherche Geneviève par Dave Cooper, 2009
Encre de Chine, encre rouge et crayon bleu sur papier

En prime un troisième et dernier dessin qui a servi pour cette histoire avec Pip et Norton qui montent dans la limousine aux chevrons qui les véhicule, avec son petit drapeau bleu-blanc-rouge sur l'aile gauche…
En fait cette histoire a été conçue par cases/vignettes séparées et remontées ensuite, avec mise en couleurs spécifique et lettrage, pour former les planches de bande dessinée…
Comme le fait un certain Enki Bilal depuis quelques livres : mais Dave Cooper est bien plus marrant et créatif à lire !
J''en termine là pour les dessins de cette histoire, parce que sinon je ne vais pas arrêter : je ne vais pas tout mettre non plus…

Pïp et Norton en VIP par Dave Cooper, 2009
Encre de Chine, encre rouge et crayon bleu sur papier

En super prime-plus, pour en terminer — vraiment — avec ce clin d'œil, une des planches de Weasel / Ripple qui est certainement ce que Dave Cooper a fait de plus fort…
Le rapport de l'artiste et de son modèle, Tina, dans une relation qui vire à l'obsession absolue pour l'artiste…
Impressionnant.
Un réel chef-d'œuvre : Dave Cooper entraîne ses lecteurs dans les méandres et le tourbillon qui s'emparent du dessinateur, comme une force irrésistible face à laquelle il ne peut rien…
Cette planche m'a été offerte en l'An 2000, un bien beau cadeau.
Je ne crois pas qu'aucun des livres de DC était traduit en français à cette époque là ?…
Je les commandais et les proposais en versions anglaises in the text depuis quelques années… comme tant d'autres auteurs et/ou titres quand j'y repense !

Weasel par Dave Cooper, 2000
Encre de Chine sur papier

Weasel #1 par Dave Cooper
Ripple A Predilection for Tina part 1
Fantagraphics Books (USA), 1999

vendredi 23 mai 2014

> Mœbius et la vraie Vie…

"Je pense que la Vie, la vraie Vie, c'est d'avoir des problèmes… C'est pas de vivre sans problème…
Et la vraie Vie, c'est de rouspéter contre les problèmes qui arrivent, et de les résoudre du mieux qu'on peut…
(Mais) La satisfaction absolue, c'est intéressant, en tant que rêve, en tant que plan…"

Jean Giraud - Mœbius
in Mœbius Redux - Une Vie en images
(Avanti Media ; Arte + ZDF + Canal D & Co. ; 2006)



samedi 17 mai 2014

> La pin-up du week-end… par Blanc-Dumont

La voici, la voilà…
Elle est belle, elle est belle ma pin-up…
Et très distinguéééééééééééée !
Un dessin de Michel Blanc-Dumont datant des années 80 : il faudrait aller vérifier l'année exacte dans L'univers de Blanc-Dumont publié par Dargaud, mais je ne l'ai plus. Il s'y trouve très réduit, perdu dans le coin d'une page…
J'ai le dessin, mais pas ce livre…
Amusant : les livres sont plus importants que les dessins originaux pourtant, même si certains semblent perdre cela de vue…


Cow-girl par Michel Blanc-Dumont
Gouache et encre de Chine sur carton 20/10e
(Années 80)

vendredi 16 mai 2014

> Télérama Paris N° 254 - 29 octobre 1997

Ah ! Ah ! Ah ! Ah !…
Je suis tombé sur ce document historique en triant des photos dans des sauvegardes !
Je ne sais plus qui a pu me scanner ce document et me l'envoyer à l'époque ?
Je ne sais même pas où est le n° de Télérama lui-même, et je ne l'ai jamais scanné de mon côté…
Mais, je sais que ça va faire rire certains !
Jeune et large d'épaule (on the road again)…

J'ai ouvert la librairie-galerie La comète de Carthage en septembre 1997, et j'ai eu l'immense chance d'avoir ce papier dans le successeur du Petit Journal de Télérama, fin octobre 1997…
Je n'ai jamais su pour quelle raison : promis- juré, je n'ai payé personne (ce n'est donc pas du publi-reportage), et tout est dit dans l'article, discret… pas de relationnel (en fait le mot pour résumer ce concept : timide), donc pas de réseau…
Mais le fait est que…
La photo avait été un moment intéressant : je déteste les photos pour une raison bien particulière, et être obligé de poser pour celle-ci m'avait poussé à me forcer un peu-beaucoup-passionnément !
Mais c'était dans Télérama, enfin, dans son supplément parisien, et ayant été lecteur assidu de l'hebdomadaire, je ne pouvais qu'accepter avec le plaisir !…

Tout est dit, et je me demande encore pourquoi des gens sont étonnés et semblent
attendre la brosse à reluire et l'hypocrisie qui l'accompagne plutôt que prendre les choses comme elles sont perceptibles ?…
C'était dans le journal pourtant !?

Télérama Paris N° 254 - 29 octobre 1997
Me, myself and I à La comète de Carthage

Ce ne fut pas là mon quart d'heure de célébrité, je l'ai déjà eu de très longues années avant cette date, et ce n'est jamais quelque chose qui m'a attiré, loin s'en faut !…
La tranquillité est bien plus satisfaisante : surtout pour lire des bandes dessinées…

Un petit jeu (de toute façon, je ne sais pas si beaucoup de monde lit ce blog ?) : il y a huit cadres derrière moi.
Je ne tiens pas compte de celui tout en haut à gauche dont on ne voit qu'une toute petite partie…
Celui ou celle* qui me donne les auteurs et titres des estampes encadrées se verra offrir un cadeau collector, de préférence une image pour rester dans l'esprit…
Si, si : et elle sera signée.





* enfin, hormis si c'est un celui ou celle dont le relationnel serait plus mauvais que le mien…

mardi 13 mai 2014

> Prophétie

J'ai eu une vision.
À propos d'Angoulême.
La Ville ne retrouvera pas sa splendeur passée (???). Non.
À propos du Festival de la saucisse-frites et du cognac ET de la BD qui s'y déroule chaque année…
Je vais la jouer humble avec les visions : une année je visionnais bien Edmond Baudoin se voir attribuer — enfin —  le Grand Prix de la Ville d'Angoulême, et c'est Trondheim (!!!) qui l'a eu…
Pour quoi ? Et pour quel résultat : modifier le prix Alph-Art en hommage à Hergé, et plutôt très élégant avec ce crayonné sur du verre transparent,  par des Fauves qui récompenseraient mieux les prix destinés à la Jeunesse que ceux d'un bande dessinée que l'on souhaiterait considérer comme adulte, en tout cas, moins cour de récréation !…
Oser faire cela… Remplacer Hergé comme un vulgaire vizir…
Ça sent le fauve, depuis lors, effectivement !
Plus proche de nous, je me suis dit qu'avec le retour des Passagers du Vent, il y avait là un bon moyen de réconcilier un auteur (qui plus est apporte beaucoup à ses confrères et à la défense du statut d'auteur vis à vis des éditeurs) et la bande dessinée grand public avec cette série devenue un classique du genre…
Héeeeeeeeeeee… Non ! François Bourgeon ne l'a pas eu.
Remarquez, le système est fait de telle façon, que tous les auteurs qui le mériteraient ne pourront être Grand Prix de la Ville d'Angoulême.
Il n'y a pas soit un millénaire, soit une date anniversaire tous les ans pour rattraper certains coups.
Dommage…

Allez, je me lance…
Alors l'an prochain :  je vois, je vois…
C'est sûr et certain car j'ai eu une vision concernant le Festival d'Angoulême : le journal Libération fera un numéro spécial entièrement illustré par des auteurs de bande dessinée !
Voilà, je me suis lancé.
Je prends de gros risques…*









* d'autant plus qu'avec ce qu'il se passe à Libération en ce moment, personne ne peut être certain de son futur immédiat…
On aura donc peut-être un numéro Spécial du Monde à la place lors du prochain Festival d'Angoulême ?
Non… Je décooooonne : c'est pire au Monde en ce moment. Il n'y a plus personne hormis les abonnés !

lundi 12 mai 2014

> Alef-Thau par Arno… ma première fois.

J'ai rangé un carton et suis tombé sur la toute première planche originale que j'ai achetée*.
Une planche d'Alef-Thau, par le prodigieux Arno…
Je lui ai acheté cette page, en la choisissant parmi d'autres, une après-midi de printemps en 1987…
J'ai eu par la suite d'autres planches ou dessins originaux d'Arno, que je n'ai pas gardés.
Peut-être certains étaient-ils plus flamboyants ?
Mais le fait est que c'est toujours cette planche de lui que j'ai préféré conserver.
Hé ! C'était ma première fois !
Ma première planche…
C'est toujours un souvenir qui procure une certaine émotion !!!…

C'est le parallèle entre les deux actions qui m'avait intéressé.
Vais-je parler de temporalité pour faire le malin ? Non.
Et surtout surtout il y avait les deux filles, les deux personnages féminins.
De vraies guerrières : je me demande si cela ne s'est pas généralisé dans la bande dessinée bien avant que cela ne devienne un classique dans le cinéma de genre californien ?
Autant Diamante m'énervait en permanence, autant l'autre guerrière, qui aurait dû tuer Alef-Thau avant de tomber amoureuse de lui grâce à une fléchette, me plaisait plus !…
Mais je sais bien que c'est surtout la partie basse de cette planche qui m'a attiré et plus encore la toute dernière case, avec le mouvement et le départ de cet espèce de module, et la plongée sur la ville avec son architecture toute moebiusienne !

J'ai revu quelques fois Arno par la suite : nous nous rencontrions le plus souvent vers République, soit chez sa mère qui habitait dans le quartier, soit dans une des brasseries qui bordent la place…
Un dessinateur très jeune et plus que doué : je me souviens toujours des différentes séances de signatures de lui auxquelles j'ai assisté : les dessins qu'il faisait dans ces moments là étaient particulièrement beaux. Il ne trichait pas.

Arno, Aleph-Thau tome 3 Le roi borgne
Planche originale 29 du livre
Encre de Chine et gouache blanche



* dont je n'ai fait qu'un photo avec mon machin-chosephone sur moi. Pas eu envie de la traîner jusque vers mon scanner Epson : c'est dimanche. Jour de repos, normalement…




Valéry Ponzone


lundi 28 avril 2014

> Liberatore, Paperino vs Donald…

Deux cartes postales éditées en Italie et en France dans les années 80.
Deux hommages à Paperino (Italie) et Donald (France) par l'immense Liberatore.
Deux visions différentes pour un même dessin (un peu FGTH ?), deux légendes très différentes…
Pour le clin d'œil et la différence d'approche culturelle…

Liberatore, I love Paperino (à gauche), Editori Del Griffo (Italie, 1984)
Liberatore, Donald fuck (à droite), Editions Aedena (France, 1985)

Liberatore, I love Paperino (à gauche), Editori Del Griffo (Italie, 1984)
Liberatore, Donald fuck (à droite), Editions Aedena (France, 1985)

dimanche 27 avril 2014

> Vuillemin sauvait déjà la Gauche en… 1995


J'ai retrouvé mes anciens numéros de La Mouise réalisé par mon regretté voisin, Le Professeur Choron (rue des 3 portes Paris 5e, juste à côté de la librairie pour ceux qui ignorent le côté historique du Quartier).
La question se posait déjà, se pose encore et se posera toujours semble-t-il…
En tout cas Vuillemin me fera toujours autant rire !
No comment


Vuillemin, Qui peut sauver la Gauche ?
in La Mouise, Hors-série Campagne Présidentielle, 1995
 L'affiche capitale qui secoue les puces





Valéry Ponzone

 

jeudi 10 avril 2014

> Propaganda… suite

Encore du baume au cœur*, toujours agréable quand cela vient d'un support totalement objectif et éloigné du petit monde de la BD : sur un site italien consacré à la Culture et aux sorties dans la capitale du Monde de la Galáxie de l'Univers,  Parigi Grossomodo, un article sur les meilleures librairies parisiennes, et, c'est incroyable,  je suis dedans.

Le migliori librerie di Parigi


Surtout, surtout, aux côtés de librairies historiques comme La Hune, Joseph Gibert, Shakespeare and Company (enfin, la deuxième, pas la première, véritablement historique surtout pour Joyce), La librairie gourmande etc.

Voici le texte, pour une petite leçon d'italien : c'est facile, plus que l'anglais en fait.
Je m'en suis rendu compte un jour à la Galerie Nationale d'Art Moderne de Rome, dans la Villa Borghese (je recommande,  et qui plus est  il n'y a jamais personne : vous y verrez un très beau Modigliani, un très beau Van Dongen, et aussi un très très beau Klimt : un  tableau véritablement majeur, Les trois âges de la femme) : je me suis trompé de plaquette explicative, et je lisais l'italienne sans me rendre compte  (oh ! le crétin !) tout de suite que ce n'était pas l'anglaise…
Le français est tellement proche de l'italien, que j'avais l'impression de lire une plaquette en français alors que cette langue est quasiment toujours absente des Musées romains...

"Per gli appassionati di BD

La cométe de Carthage
4, rue Frédéric Sauton
75005 Parigi
Nel cuore del quartiere latino, a pochi metri dal Lungosenna, questa libreria specializzata nel fumetto è il posto dove andare se, appassionati della nona arte, siete alla ricerca di qualcosa di veramente particolare o se, semplicemente, volete immergervi in questo mondo aiutati da una persona competente. In questo caso, editore delle edizioni LE 9ème MONDE, il proprietario dei luoghi è l’uomo che fa per voi: probabilmente uno dei più grandi esperti in Bande Dessinée di Parigi, saprà aiutarvi e guidarvi nelle ricerche più difficili."

Grazie a voi

Qui plus est le rédacteur de l'article qui ne s'est pas présenté, semble en savoir plus sur ma librairie, sur son emplacement et mon activité d'éditeur que bon nombre de professionnels de la profession officiant dans la BD !
C'est ce qui m'impressionne le plus !
Ce que savent certains ou l'ignorance des autres ?
À vous de deviner (un indice : j'aurais pu ajouter "crasse")…

Ciao



* Hé oui ! Cela vous étonne : je préfère que l'on comprenne ce que j'ai fait depuis mon ouverture, et que l'on apprécie tout cela que le contraire !
Pas forcément que l'on aime, ça c'est un autre plan, mais bel et bien que l'on apprécie.

dimanche 6 avril 2014

> Yves Chaland, les Cauchemars (fétichistes) du Jeune Albert…

Ce dessin de Chaland en Hommage à Hergé, réalisé pour le G.G.E.F. de Rudler (ce groupement graphique éditait des tirages de luxes kitschos au possible avec le recul, tel celui d'un Homme dans la Foule de Floc'h avec du vrai tissu Dormeuil pour la couverture, ou encore La peau de Léopard de Ted Benoit avec un vraie-fausse peau de léopard synthétique : de très mauvais goût somme toute, mais aussi des dérivés de l'univers de Tintin : le fétiche Arumbaya en résine ou le sceptre d'Ottokar bien doré) aurait pu faire partie des Cauchemars du Jeune Albert : on sent dans ce dessin le même esprit que dans le portfolio…
Le dessin a aussi été publié dans le livre collectif Fétiches (sous un couverture de Bilal), puis au trait dans le catalogue Chaland Explorateur (Reporter, 1990) et a dû être repris en couleurs dans le gros livre édité par Champaka sur le travail de Chaland illustrateur
J'aurais pu le présenter dans ma Petite histoire de pirogues… : avec celle qui glisse discrètement sur le fleuve tout à l'arrière-plan…
La version au trait, ainsi que celle de la plaquette de présentation du Groupe,  et trois variantes de mises en couleurs au fil des ans…

Le Jeune Albert et le Fétiche
Hommage à Hergé ; 1985

Le Jeune Albert et le Fétiche
Hommage à Hergé ; 1985
in Catalogue G.G.E.F. (en photocopie)

Le Jeune Albert et le Fétiche
Hommage à Hergé ; 1985

Le Jeune Albert et le Fétiche
Hommage à Hergé ; 198?
Carte postale

Le Jeune Albert et le Fétiche
Le Collectionneur de bandes Dessinées n°69 ; 1992

Ce dessin original était exposé à L'exposition coloniale 1990 dont je parlais précédemment…
Il n'avait pas été vendu pendant l'exposition et je l'avais vu derrière le bureau du Seigneur de Super Héros au fond du magasin quelques temps après l'exposition…
Un peu plus cher…
La masse noire du tronc de l'arbre au premier plan me gênait un peu. Je la trouvais trop présente et imposante. je crois que les traces blanches en réserve pour marquer le relief de l'écorce avaient été faites à la gouache blanche, ainsi que les stries de l'insecte.
Je vais être sincère, je le suis toujours de toute façon, je n'avais pas su regarder ce dessin !
Et je le regrette, car il est admirable, tant dans son idée (un hommage à Hergé pas si appuyé que cela tout en l'étant vraiment) que dans sa composition et sa réalisation.

Être collectionneur c'est aussi se frustrer bêtement, avec de fausses-bonnes raisons, et laisser parfois (souvent ?) passer de belles choses.

Je me demande encore si Yves Boniface souhaitait conserver ce dessin pour lui, ou si quelqu'un, et ce n'est pas ce qui manque, de plus malin que moi avait eu le bon goût de le lui acheter cette année là ?

jeudi 3 avril 2014

> Yves Chaland, les Cauchemars du Jeune Albert…

Je viens de récupérer un exemplaire du portfolio de Chaland, Cauchemars.
Cela me fait plaisir de pouvoir le présenter à la librairie…
Ce portfolio fait partie de mes préférés dans ce domaine de l'édition : certainement l'un des quatre, cinq parmi ceux que j'aime le plus… voire celui que j'aime le plus !
Vous voulez connaître les autres ? Non ?…
Tant pis, j'en indique quelques uns tout de même (plus que cinq d'ailleurs)  !…
Dans le désordre, Defective Stories de Charles Burns ; Die Mauer de Enki Bilal ; Citroën et la BD par différents auteurs dont Chaland, Mœbius, Forest, Juillard, Gillon, Clerc… ; Chantal Thomass des Dupuy-Berberian ; La cité feu de Mœbius & Darrow ; Les yeux d'Alla de Rabaté ; Un, deux, trois de Jean-Claude Götting ; Farewell Ladies de Hugo Pratt ; Enfin de Joost Swarte ; L'Express de Schuiten et Renard ; Parapsychologie de Mœbius…

Cauchemars est le second portfolio réalisé par Chaland (je ne tiens pas compte du portfolio  Les exploits du géant, collector et objet publicitaire conçu dans un autre esprit, comparativement à des portfolios pensés pour l'édition) et il est tout simplement magnifique.
Comme toujours chez Chaland, que ce fût pour ses estampes ou pour son précédent portfolio F-52, celui-ci est réalisé avec beaucoup de finesse et d'intelligence


Chaland, portfolio Cauchemars - Couverture
Reliure pleine toile avec marquage au fer
L'Atelier (Paris) , 1986

Ce portfolio a été édité en 1986 par L'Atelier.
Atelier de sérigraphie qui imprimait aussi bien pour d'autres éditeurs (Central Union ; Reporter ; Décalage ; Alain Beaulet ; Stardom ; Le 9ème Monde…) que pour ses propres productions (L'Atelier ; l'A.P.P.A.R. ; L'Atelier Médicis ; L'Atelier Eric Seydoux…) faisant certainement parti des meilleurs Ateliers d'Arts européens…
D'un format carré 25,5 x 25,5 cm, il prend place dans la CollectionCarré créée par L'Atelier !
À la suite du portfolio Escales de Loustal (1986) et avant les portfolios Je me souviens de Floc'h (1987), et Nocturnes de Mattotti (1989) qui constituera le dernier angle de cette collection, Cauchemars est composé de six planches entièrement imprimées en sérigraphie 6 passages couleurs sur un papier Vélin d'Arches 270 grammes, ainsi que de deux planches imprimées en noir seul, sur un papier offset gris 250 grammes qui font office de planche titre et de planche de justificatif de tirage.

Ces six planches couleurs nous présentent les cauchemars du Jeune Albert, qui, malgré son âme pure et droite le jour, peut-être envahit par un subconscient plus complexe pendant son sommeil…
Grâces aux pigments des encres de sérigraphie, ces six planches éclatent et rayonnent de mille feux…Présentées dans un emboîtage entièrement toilé bleu marine, avec marquage au 1er plat,  le tirage total de ce portfolio est de 850 exemplaires, dont 800 exemplaires commercialisés, signés par Yves Chaland et numérotés en chiffres arabes, et L exemplaires hors-commerces, réservés à l'auteur et à l'éditeur, signés par Yves Chaland et numérotés en chiffres romains…
Voilà pour la présentation : place aux images…


Chaland, portfolio Cauchemars - Planche titre
L'Atelier (Paris) , 1986

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 1
L'Atelier (Paris) , 1986

Géométrie : l'attaque des équerres et des compas.
Il ne manque que le rapporteur : éléments indispensables à l'élève
qui risquait gros à les oublier ; s'en sert-on encore après sa scolarité ?…

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 2
L'Atelier (Paris) , 1986

Sciences naturelles : l'écorché,  amusante inversion entre la planche
anatomique qui représente un homme habillé en costume et, surtout,  ce que
les élèves ont accroché sur les porte-manteaux au fond de la la salle de la classe…

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 3
L'Atelier (Paris) , 1986

Musique : servir d'amuse-bouche pour la surprise-party…

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 4
L'Atelier (Paris) , 1986

Sport : la dislocation de l'esprit dans l'effort musculaire…

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 5
L'Atelier (Paris) , 1986

Histoire : le curé vient-il sauver ce pauvre Albert de son court-bouillon ?

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche 6
L'Atelier (Paris) , 1986

Géographie : le ciel tombe sur la tête et le sol se dérobe sous les roues
du vélo du Jeune Albert : une façon d'étudier les couches sédimentaires…

Chaland, portfolio Cauchemars - Planche justificatif de tirage
L'Atelier (Paris) , 1986

Après avoir admiré les magnifiques planches de ce portfolios, qui prend toute sa force en voyant réellement les planches imprimées en sérigraphie, il faut surtout revenir et s'attarder sur les deux planches en noir seul : les deux planches titre et de justificatif de tirage.
C'est aussi dans ces deux planches que résident la finesse et l'intelligence de Chaland : qu'elles soient en une seule couleur sur papier gris les rend plus discrètes : on a vraiment l'impression que ce ne sont que deux planches destinées à encadrer le principal, les six planches couleurs constituant la matière principale de ce portfolio.
Certes.
Mais plus que cela.
Ces deux planches plus que toutes autres présentent véritablement les Cauchemars du Jeune Albert

Ce sont ces fameuses dernières minutes de sommeil, si courantes, précédant l'éveil,  pendant lesquelles notre subconscient se précipite, s'emballe, et submerge notre esprit de rêves et d'images toutes plus complexes et surréalistes les unes que les autres.
Des séquences très courtes, que l'on pense plus longues que le temps qui s'est réellement écoulé, qui se bousculent dans notre esprit, très souvent pendant ces quelques minutes où l'on a prolongé le sommeil après la première sonnerie du réveil-matin mécanique…
Le réveil en gros plan sur la première planche indique l'heure et l'heure prévue du réveil du Jeune Albert
La dernière planche, en-deçà du texte de justificatif de tirage et de la signature de l'artiste, qui ont leur importance évidemment (!!) mais focalisent l'attention du collectionneur, nous montre un Jeune Albert encore en pyjama dans son lit quasiment sens dessus-dessous : il est en retard, bien sûr !
Tout le monde remarque que l'on aperçoit à travers la fenêtre un autre élève, protégé de la pluie sous sa capeline, qui, lui, est déjà sur le chemin de l'école…

Bravo l'Artiste !

Les rêves sont particulièrement présents des les histoires de Chaland, que ce soit Freddy Lombard (cf le décrochage narratif qui fait glisser le récit pendent les Guerres Puniques et le siège de Carthage dans La comète de Carthage) ou Adolphus Claar (qui se réveille alors que tout se dérègle en oubliant qui il est).
Dans les pages du Jeune Albert, le rêve représente autre chose, et permet, un peu comme dans ce portfolio, à Albert d'accéder à un autre monde : un autre espace-temps.
Cela est particulièrement évident dans la dernière histoire, longue celle-ci, de la première édition du Jeune Albert : Vengeance.
Seule succession de demie-planches constituant une histoire longue de 8 demie-planches au total cette histoire est, forcément, à part dans le recueil des planches du Jeune Albert publiées par Métal Hurlant en 1985.
Albert a commencé par se prendre une sévère correction et ne pense qu'à échafauder des plans afin d'assouvir sa vengeance et éliminer cette rancœur qui le tenaille…


Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 1
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 2
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 3
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 4
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 5
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 6
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 7
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985

Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 8
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985
Ce qui est particulièrement intéressant est l'apparition de Ubu en planche 2, dès le premier rêve du Jeune Albert.
C'est Ubu qui le conseille et lui recommande de se venger de l'humiliation subie, ou le simoun se lèvera et (le Jeune Albert) pourrira desséché dans ce désert de sable
Du rêve on passe au monde créé par Alfred Jarry : la pataphysique entre dans les pages les plus surréalistes du Jeune Albert, tout en étant les plus humaines : qu'y-a-t-il de plus ancré au tréfonds de l'âme humaine que la vengeance ?

Un Ubu, qui donne cela en version bichromie :

Ubu - Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 2
Le Jeune Albert + Les horreurs de la Guerre + Absences
Tirage de Luxe 1000 exemplaires numérotés
© Champaka, & Chaland, 1991

Des Cauchemars on passe aux rêves du Jeune Albert et au monde de Ubu.
Sans être fidèle à celui dessiné par Alfred Jarry lui-même :

Alfred Jarry, Ubu Roi

L'inspiration graphique de Chaland est plutôt celle d'une peinture de Max Ernst :

Max Ernst, Ubu Roi
Huile sur toile ; Format 100 x 81 cm
Collection Musée Georges Pompidou

Reprise pour la couverture d'un des nombreux livres de Ubu Roi, celui de la Collection Folio :

Alfred Jarry, Ubu Roi
Folio Classique, Éditions Gallimard

MàJ Juin 2015 : Et comme je suis partisan de l'Éducation des Masses laborieuses et exploitées par des rythmes de travail infernaux, j'ai profité d'un visite au Musée Pompidou, que je préfère appeler Beaubourg (même si ma grand-mère allait au cinéma avec Georges et Léopold) avec ma petiote, pour prendre une photo du véritable tableau de Max !
Avec son cadre c'est plus mis en valeur : et même avec mon Iphone, le rendu est meilleur que le visuel récupéré plus haut sur la toile !!??…


Max Ernst, Ubu Roi
Huile sur toile ; Format 100 x 81 cm
Collection Musée Georges Pompidou

À la fin de cette histoire de Vengeance, le serviteur onirique du Jeune Albert se prénomme Max.
En référence certainement avec Max Ernst dont Chaland s'inspire pour son propre Ubu dessiné ?…

Une parenthèse à propos de l'avant-dernière case dans laquelle on voit le Jeune Albert et Max, son serviteur : cette image m'a toujours fait penser à la dernière page de Ma vie de Floc'h éditée dans la même collection chez Les Humanoïdes Associés : désert, dunes, colonnes antiques en ruine, le vent se lève à l'arrière-plan…
L'association d'idée par excellence. L'association visuelle plutôt.
Même collection que Le Jeune Albert chez le même éditeur.
(Chaland a fait le portrait de Floc'h pour le 4e plat de cette première édition de Ma vie, et cette dernière page.)
La boucle et la parenthèse se referment…

Floc'h,  Ma vie - page 45
© Les Humanoïdes Associés, 1985
Vengeance, in Le Jeune Albert - planche 8
© Les Humanoïdes Associés, & Chaland, 1985


Ubu représenté par Chaland dans les pages du Jeune Albert…

En avril 1990, Yves Boniface, co-créateur de la librairie Super Héros à Paris organise l'Exposition Coloniale 1990 de Chaland dans les murs de sa librairie (il la quittera un peu plus tard pour se consacrer à Reporter, la Galerie Médicis, et L'Atelier Médicis).
Séance de dédicace organisée, notamment pour la publication de l'édition de luxe de Cœur d'acier par les éditions Champaka.
J'ai acheté deux dessins lors de cette exposition, pas assez d'argent pour m'offrir une planche originale et celles qui m'auraient plu ont été déjà réservées… et de toute façon pas assez d'argent.
Elles étaient pourtant proposées à 3800 FF de jadis de mémoire…
J'entends déjà le refrain classique de certains pseudos collectionneurs, prophètes à rebours : "si j'avais su, j'aurais tout acheté !…"(sic).
Oui, bien entendu.
Ils n'achètent jamais rien, mais auraient toujours tout acheté 20 ans après aux prix de 20 ans avant, ou 20 ans avant en connaissait les prix pratiqués 20 ans après pour rester dans un raisonnement en forme d'anneau de Möbius !

Comme je suis là un peu avant l'heure d'arrivée de Chaland, pouvant attendre avant mais pas pendant pour cause d'entraînement sportif à assurer, je discute au fond de la librairie, comme souvent, avec Yves Boniface.
N'en déplaise à certains, plutôt imbus d'eux-mêmes, c'est l'avantage de l'échange avec un interlocuteur, libraire en l'occurrence, qui permet d'apprendre et savoir un peu plus de choses sur la bande dessinée…
Il me présente un projet futur pour lequel il prend déjà des réservations : cela signifie la certitude du projet.
Un livre qui sera intégralement réalisé en sérigraphie, comportant de nombreuses estampes avec de nombreux passages couleurs, 8/12 de mémoire, et imprimé par L'Atelier.
Façon livre d'artiste, en édition très limitée…

Ubu Roi par Yves Chaland.

La fourchette de prix était déjà fixée et permettait à Yves Boniface de noter les réservation et tester les afficionados de Chaland, et le potentiel du projet en cours.
Je réserve avec enthousiasme, mon nom est mis sur son fameux cahier de réservation à la suite d'autres personnes : je n'étais pas du tout le premier, un ou deux nom devaient déjà être présent dans ce cahier.

Je parlais d'association d'idées, d'associations visuelles.
Le fait est que lorsque Yves Boniface me présenta ce projet d'édition, je visualisais de suite en juxtaposition ce que Chaland avait fait avec Ubu dans les pages du Jeune Albert et ce portfolio Cauchemars édité et imprimé par L'Atelier…

Enfant, je rêvais souvent de titres de bande dessinée que l'on ne trouvait pas ou plus en librairie…
Comme un trésor plus important que tout, à devoir ramener de mes rêves vers le monde réel.
Parfois, j'aimerais m'endormir et, comme le Jeune Albert, discuter avec Ubu
Qu'au fil de l'échange Ubu me dévoile — enfin — ce livre mystérieux, ce beau projet qui aurait dû prendre vie sous le pinceau d'Yves Chaland…
Et, peut-être, pouvoir ramener avec moi quelques unes de ces images, tout comme enfant je pensais ramener dans la réalité ces bandes dessinées oniriques.

Mais Chaland s'en est allé, peut-être rejoindre Ubu et converser avec lui ?
Comme le Jeune Albert s'enfonçant dans le désert pour trouver on ne sait quelle Illumination, je ne peux qu'imaginer ce qui aurait pu être…

Ubu Roi par Yves Chaland.
Cela me fait encore et toujours rêver !

Le Jeune Albert + Les horreurs de la Guerre + Absences
Tirage de Luxe 1000 exemplaires numérotés
© Champaka, & Chaland, 1990

Chaland est né le 3 avril 1957.
Je vous le dis, il est toujours vivant.
Tant que nous nous intéresserons à son œuvre, à ses histoires, à ses livres, à ses dessins, à son univers, il sera vivant…
Tant que des regards s'émerveilleront à découvrir ce qu'il a pu créer, il restera vivant.
Tant que tout ce qu'il a fait restera vivant en nous…




Valéry Ponzone