vendredi 11 novembre 2016

> Serge Clerc et la Science-Fiction en intégrale…

Non, ce ne sera pas une histoire de mathématiques… Rassurez-vous.
Mais the big book est enfin sorti : je l'attendais comme on attend toujours Serge Clerc d'ailleurs…
Un gros livre, une somme désespérée et tant espérée… ou tout au moins attendue.
La question qui me taraude est de savoir pourquoi cette attente qu'un ami a réussi a réactiver au niveau de mon tiroir "envie" dans ma petite caboche ?
Peut-être — et très certainement — parce que ce livre me fait retourner au moins 35 ans en arrière !
Ce qui n'est pas rien et encore moins offert à tout le monde…
Voilà, en fait, le véritable élixir de jouvence, ou bien alors le voyage spatio-temporel qui nous permet de filer sur les lignes infinies du temps pour nous régénérer et rajeunir (on appelle cela la relativité en faisant simple) ?…
La question a son importance, mais la réponse… 

Voilà la bête…
Je ne parle pas de la magnifique et resplendissante pin-up qui accroche tant le regard grâce à sa poitrine généreuse ses yeux dans lesquels on souhaiterait se noyer…
Le livre est beau, presque autant que la pin-up de couverture d'ailleurs… ce qui n'est pas une mince affaire, surtout quand on voit l'épaisseur de cette intégrale de près de 400 pages !
Tirée à 2500 exemplaires, tous signés par Serge Clerc via un tirage couleurs inséré et relié au début du livre : ce n'est pas tant que cela, tout en étant un gros tirage pour ce type d'ouvrage, flirtant entre l'intégrale thématique compilation des histoires de SF en Bande Dessinée de Serge Clerc, et le Art Book / recueil d'illustrations sur le même thème, avec tous les dessins, couvertures, recherches voire dédicaces (!?) qui les accompagnent dans un ordre chronologique…
On y trouve les récits courts tels Les merveilles de l'univers, ou la  Route de la gloire,  histoire de 15 pages faite avec Rodolphe qui commençait à être scénariste ( c'est aussi le titre d'un roman de Heinlein, dont il existe une édition en CLA Opta illustrée par… Moebius !)
Et, bien évidemment la reprise de tous les livres épuisés : principalement Captain Futur (la couverture est très mal reproduite dans mon exemplaire ? alors que les noirs sont plutôt pas mal) ou Sam Bronx et les robots… qui n'est pas le Sam Bronx de Phil Perfect, mais ça va devenir compliqué.
Un bon prétexte pour nous recaser Mélanie White, sur scénario de Manchette (qui n'était pas l'exclusivité de Tardi) : si je l'ai lu quand je l'ai acheté à l'époque (hé oui !), je me souviens toujours de la tête des collectionneurs de Serge Clerc quand je leur sortais ce livre, entre autres collectors, estampes ou choses plus rock'n roll du Dessinateur Espion® !…
Cette fois-ci, ils ne vont pas pouvoir y échapper…

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture encore emballée avec son totocollant marketing…
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture encore emballée : pour voir l'épaisseur (c'est la tranche !)
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture : déballé sans son totocollant = devoir garder l'emballage !
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> Clerc en pin-up boy et l'image signée : numérotation sidérale…
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… la surprise du 1er plat
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… la surprise du 4e plat
Éditions Dupuis — 2016

Serge Clerc — Science-Fiction Intégrale
> La couverture sous la jaquette… (presque) ouverte
Éditions Dupuis — 2016

Pour ce qui est du livre dans sa forme, Dupuis est passé du classique dos carré de la collection Patrimoine au dos rond / arrondi… ce qui va trancher avec les deux précédentes intégrales de Serge Clerc (qui sont en fait les deux suivantes : volonté de faire aussi compliqué que Star Wars ?) déjà présentes dans la bibliothèque : mais peut-être cela est-il un choix afin de vraiment différencier cette période de celles de Phil Perfect et de la musique ?
Il me semble que c'est le seul livre de la collection Patrimoine à passer au dos rond, à la mode depuis Futuropolis, Casterman et autres éditeurs… même moi avais fait ce choix pour l'intégrale de Lloyd Llewellyn de Daniel Clowes que j'ai éditée !…
Au déballage, la jaquette est plutôt du genre fragile que sensible. Le papier est trop léger, heureusement qu'il a été pelliculé pour lui donner un tant soit peu de main, mais il va falloir manipuler le livre avec d'infinies précautions : qui tient son livre avec la jaquette encore dessus — que l'on enlève souvent pour lire le livre lui-même — la marquera certainement. 
Il aurait été préférable d'augmenter légèrement le grammage voire de faire une jaquette américaine…
Un effort camarade : la jaquette protège et met aussi le livre en valeur… C'est le lecteur qui va devoir protéger sa jaquette… rapidement.
Celle-ci risque vraiment de s'abimer vite puisque ce livre ne se lira pas d'une traite (à moins de chercher à faire une cure de sommeil en maison spécialisée ?)…
Malgré toutes les précautions prises par les collectionneurs : mains propres et stérilisées, ongles manucurés et coupés, gants blancs en coton spécialement adapté à la manipulation de documents précieux et éviter de répandre l'acidité des mains sur le papier (attention de ne pas avoir les mains abimées telles que Dionnet et Pirus nous l'ont décrit dans Rose profond !), puis lecture en elle-même : verre de cognac prêt sur la table basse près de son fauteuil préféré, femme(s) et enfant(s) sortis pour faire les courses de Noël et musique douce en toile de fond sonore : je conseille The Clash ou The Cramps (hé, on ne va pas lire un Jonathan et, sincèrement, Mike Oldfield me fait vomir les tympans !)…
Et Vangelis ne marche que si l'on regarde Blade Runner

Je l'ai donc feuilleté. Plusieurs fois d'ailleurs. J'ai picoré et pioché ici ou là…
Ça me rappelle comme j'ai lu Le journal du même Serge Clerc : en prenant des passages au gré de ce qui accrochait mon regard et absolument pas de façon stricte de la première à la dernière page…
J'hésite pour ce gros livre entre foisonnement, richesse, somme exhaustive (la totale ?)  et compilation.
Tellement il y en a dans tous les sens.
On passe d'histoires de Bande Dessinée, à des illustrations, à des recherches, à des couvertures de livres : je verrai à la lecture si cela passe et se digère avec légèreté. 
Mais quoiqu'il en soit, l'envie est là, grande. Elle se développe tel un alien qui veut sortir retrouver maman Sigourney…
Le choix de la chronologie, a priori plus simple pour la mise en page et apparemment plus cohérente peut être un piège pour le lecteur: on peut aussi choisir de chapitrer ce type de livre, les histoires en Bande Dessinée d'un côté, et la face cachée de la planète illustration d'un autre…
Le papier me parait un chouïa léger, on perçoit une légère transparence parce que Serge Clerc dessinait vraiment pour le noir & blanc, parfois rehaussés de trames manuelles : les lèvres sont souvent bien noires…
On peut considérer qu'un grammage supérieur aurait eut un impact (on dit impacté dans le monde du marketing actuel : beurk !) probable sur le prix de vente public (PVP fixée par le seul éditeur) de cette édition intégrale et l'éditeur a certainement préféré ne pas écorner notre budget pré Noël…
Un aparté…
Intégrale qu'il faut bien évidemment et absolument aller acheter dans une librairie spécialisée en Bande Dessinée.
C'est déjà très difficile pour elles, encouragez les spécialisés dans votre domaine de prédilection plutôt que tout autres types de librairies : sinon les bandes dessinées ne se vendront plus que chez les gros du net ou dans des ZAC…
Un libraire spécialisé quel qu'il soit doit être défendu… Toujours. Ami, partout etc.
Même quand vous ne vous en rendez pas compte…

Il est dommage de ne pas m'avoir demandé le scan de cette première planche de L'étoile de Vega qui devait être la suite d' Exterminateur 17 de Bilal et Dionnet : je l'aurais fourni avec plaisir…
Je vous l'offre, à vous mes lecteurs fous (de me lire !)  : la page sans le logo titre, pour voir le dessin de Clerc et ce magnifique étoilé de l'espace intersidérale dans son intégralité…
Le logo est juste dessous : vous pouvez maintenant jouer à reconstituer tout seul — comme un grand — la page en kit à la suédoise

Serge Clerc + Dionnet — L'étoile de Vega
> Planche originale page 1
Sans le logo titre

Serge Clerc + Dionnet — L'étoile de Vega
> Logo titre original
Compose toi même la maquette de cette planche…

Un vrai regret : que l'image signée soit reliée dans le livre. Celui-ci étant filmé dès sa sortie de l'imprimerie, elle eut pu être (c'est français ?) juste insérée afin que celui qui l'aime puisse la mettre sous cadre sur un mur et décorer ainsi son intérieur d'un beau dessin de Serge Clerc.
Ce n'est 'qu'une' quadrichromie, mais tout de même, la relier ainsi, sur le modèle des éditions signées de la collection Aire Libre : bof, bof, bof
Le pire est cette numérotation mécanique : aaaaaaargh !
L'horreur… Le mauvais goût sous ce beau dessin !
J'offre toutes les idées du monde à qui en a besoin (rhooo, le prétentieux : non mais vous entendez ça !)…
Au minimum, faire imprimer le tirage/nombre "2500" d'après une numérotation écrite par l'artiste pour faire illusion (et Serge Clerc a une super belle écriture et/ou signature !) et prendre une petite main (un stagiaire ou apprenti en métier du livre/ édition dans le milieu) pour écrire la numérotation à la main et au crayon…
Ce type de numérotation mécanique peut être conservée pour numéroter le livre sous son colophon ou dans une page de justificatif de tirage : il s'agit là d'une illustration pleine page d'introduction à l'ouvrage…
Il eut mieux valu numéroter le livre lui-même de cette façon et laisser le tirage de ce dessin juste signé par Serge Clerc…
Dupuis a peut-être retrouvé les numéroteurs qui servaient pour leurs tirages de têtes des années 80, ceux à douze millions d'exemplaires ?
Je sais bien que c'est fait en machine (comme les tickets de tombola par exemple), mais tout de même…
Et, toujours le même souci pour un livre de cette pagination et donc volume/temps de lecture : l'absence de signet pour marquer sa page…
Cela est une quasi constante dans l'édition de Bande Dessinée : les livres sont devenus de plus en plus gros (et lourds) et la mode des intégrales s'est ajoutée à ces éditions : il n'y a quasiment jamais de signet, alors que le moindre Pléïade en contient au moins deux…
Il faut toujours trouver un marque-ta-page ou un machin, un ticket, un papier qui traîne pour savoir où reprendre son (gros) livre de Bande Dessinée… et, parfois beaucoup plus tard puisqu'on le lit tranquillement, à son rythme.
Je me demande si les éditeurs lisent les gros livres qu'ils éditent, eux ou leurs confrères, et surtout s'ils marquent les coins des pages de ceux qu'ils liraient ?
J'imagine le collectionneur de Bande Dessinée qui cornerait l'angle d'une page de sa bande dessinée : certains feraient une attaque en essayant juste d'imaginer la scène !…

Il ne reste que la taille des textes de légendes des différents documents ou récits, avec certains en cyan : un bon moyen de me faire remarquer que ma vue a baissé, même si je m'obstine à ne pas porter de lunettes et à faire des exercices avec GlassesOff. J'aurais parfois apprécié une typo un tout petit peu plus grosse et un bleu plus soutenu que ce cyan qui vibre (les commentaires de Serge Clerc himself) devant mes pupilles, peut-être trop dilatées à la découverte de tous ces magnifiques dessins du Dessinateur Espion®…

J'ai été très déçu de ne pas être dans les remerciements (mais non ce n'est pas vrai du tout : je plaisaaaaante !) : pourtant, en feuilletant cette intégrale, je me suis au moins souvenu  avoir vendu, pour la plus grande joie de l'auteur, la grande majorité des pages originales de Captain Futur & Co

Nul doute que je vais prendre plaisir à retrouver cette inoubliable ambiance des années 70 et cette Science-fiction que j'ai toujours tant appréciée… et dont Serge Clerc fut un incroyable acteur !
Ce qui est le plus important reste le contenu de cette Intégrale et de retrouver toute cette période incroyable dans l'œuvre de Serge Clerc, mêlant vaisseaux spatiaux, tueurs et aventuriers de l'espace sans états d'âme et ces pulpeuses pin-ups aguichantes et aguicheuses à sauver, telles des Hélène de Troie du futur : sans oublier ce style ciselé tel un orfèvre de l'humour décalé qui caractérisait tant de Serge Clerc…

Comme je le disais à mes clients : "bonne lecture !"




Valéry Ponzone

 

jeudi 10 novembre 2016

> Usual Suspect Ted Benoit…

Ted Benoit fît énormément de recherches et de travaux préparatoires pour sa reprise de Blake et Mortimer sur scénario de Jean Hamme :  L'affaire Francis Blake
Ce premier fac-similé d'un crayonné original que j'ai exposé à La Maison de Verre en 1996 (Exposition L'affaire Ted Benoit — Automne 1996) servait à calculer les rapports de tailles entre les différents protagonistes de L'affaire Francis Blake : il est amusant de constater que le supérieur de Blake — le Colonel Dorian Cartwright — était chauve à l'origine…

Ted Benoit — Blake et Mortimer, L'affaire Francis Blake
Fac-similé du crayonné original
© Éditions Blake et Mortimer — Dargaud, 1996

Deuxième version plus poussée et quasi définitive et le Colonel Dorian Cartwright a récupéré une belle chevelure.

Ted Benoit — Blake et Mortimer, L'affaire Francis Blake
Fac-similé du crayonné original
© Éditions Blake et Mortimer — Dargaud, 1996

On ne peut s'empêcher de penser à ce film sorti dans les salles juste avant l'édition de L'affaire Francis Blake tout en sachant que Ted Benoit. avait réalisés ces travaux de recherches des années avant Usual Suspect !…

Bryan Singer — Usual Suspects, 1995

Ce visuel, qui n'a rien de suspect, a dû être reprise maintes fois depuis le succès du film : de la publicité au graphic design (ça ne signifie ici rien de particulier, mais j'avais envie de le placer !), mais aussi et encore dans la Bande Dessinée, bien loin de Blake et Mortimer, comme, par exemple : 

Leturgie & Léturgie— Spoon & White T.2, À gore et à cris
Usual Spoon Suspect — Page 13
© Dupuis,  2000

Arriver à parler de Spoon & White des Léturgie avec le Blake et Mortimer de Ted Benoit était un challenge intéressant à relever !!!…

Mais, je dois vous laisser maintenant : je crains que Keyser Söze n'arrive…




Valéry Ponzone

 

mercredi 9 novembre 2016

> Les merveilles de l'univers de Clerc et Moebius…

La date de sortie de l'intégrale tome 0 Science Fiction de Serge Clerc, fixée pour ce 10 novembre 2016 est enfin (presque) arrivée…
Cette intégrale éditée par Dupuis dans l'excellente Collection Patrimoine (je ne reçois malheureusement pas d'exemplaire gratuit : ce n'est donc ni de la publicité déguisée, ni un publi-reportage !) marquera certainement une grande avancée quant à l'édition exhaustive et quasi définitive des nombreux dossiers des œuvres de Bande Dessinée du Dessinateur Espion®…
Dossiers compilés, rassemblés, classés, reprographiés, ordonnés et archivés par Serge Clerc lui-même, depuis des années — voire depuis le XXe siècle —  dans cette seule optique : offrir au monde émerveillé une sorte de bibliothèque idéale de ses seules œuvres et histoires…
Nul doute que ces pages des Merveilles de l'Univers feront partie du voyage intergalactique et sidéral que nous promet cette édition.

Certains ont peut-être oublié que la Science Fiction était le véritable crédo initial de Métal Hurlant, dès son débarquement en kiosques, et que Serge Clerc y déboula — chancelant du fait du décalage spatio-temporel ou de l'émotion —  de son astronef intergalactique dès le numéro 4 (incroyable quand on y repense !)…
Celui qui allait y devenir le Dessinateur Espion® à la vitesse subluminique, pratiquait ce genre marginal avec aisance et talent, arrivant à trouver sa voie entre Moebius ou Vaugh Bode, avant de devenir l'égérie du mouvement Rock & BD et de revues telles que le NME !…

Souvenirs des temps futurs venus du passé…
Quelles merveilles !!!…


Serge Clerc — Les Merveilles de l'Univers — Planche 1
Par Al Tiomkins et avec la collaboration du dessinateur espion
in Métal Hurlant numéro 18 — 1977

Serge Clerc — Les Merveilles de l'Univers — Planche 2
Par Al Tiomkins et avec la collaboration du dessinateur espion
in Métal Hurlant numéro 18 — 1977

Serge Clerc — Les Merveilles de l'Univers — Planche 3
Par Al Tiomkins et avec la collaboration du dessinateur espion
in Métal Hurlant numéro 18 — 1977

Métal Hurlant numéro 18 — 1977
Couverture par Druillet

Mais les Merveilles de l'Univers furent aussi explorées par le futur Major Fatal Grubert — qui n'était pas encore seul Maître à bord du Ciguri (avec Dame Malvina), et seulement Commandant, embarqué avec un reporter dessinateur dénommé Gir, dans l'expédition "Galatée" — comme on le constate dans  ce poster collector est édité par Les Humanoïdes Associés…

Moebius / Gir — Les Merveilles de l'Univers
Par le commandant Grubert Chef de l'expédition "Galatée"
Poster promotionnel réservés aux premiers acheteurs de Major Fatal

Et cette autre Merveille de l'Univers reprise en carte postale dans les années 80 :

Jean Gir — Une Merveille de l'Univers
Carte postale — Éditions Aedena 1985

Pour ce qui concerne le livre de Bande Dessinée de Serge Clerc une seule chose à dire :  Vivement demain !
Mince de mince : ça nous ramène en 1985, un quasi paradoxe temporel ou une faille dans l'anneau de Möbius ???





Valéry Ponzone


mardi 8 novembre 2016

> Un "beau dessin original de Floc'h"…

"BEAU Dessin Original COULEUR FLOC'H 23 *30 CM ... Assez rare..."

Effectivement, très beau même : mais est-ce vraiment fait par Floc'h ?
Le dessinateur le plus net, le plus impeccable et le plus clean de la Ligne Claire ?…
Je me demande si le plus beau n'est pas l'encadrement autour de la signature ?…
No comment

"BEAU Dessin Original COULEUR FLOC'H 23 *30 CM ... Assez rare..."

"BEAU Dessin Original COULEUR FLOC'H 23 *30 CM ... Assez rare..."




Valéry Ponzone




MàJ 06/12/2016  : À cette date ce "beau dessinassez rare" est toujours en vente sans rectification… et suivi par deux personnes dont une certainement prête à l'acheter ?
Comment un aussi "beau dessin" (sic) avec un aussi belle mise en couleurs est-il encore disponible ?



lundi 7 novembre 2016

> Franquin, Chaland et les gros mammifères…

Dans les années 60, André Franquin fait entrer une vache dans la rédaction du beau Journal de Spirou :

Franquin — Gaston numéro 3 Gaffes à Gogo
Il y a une vache dans la rédaction !
© Dupuis + Franquin — 1964

La bonne laitière ne va manger que le téléphone du bureau de Fantasio, entre autres gags…

Franquin — Gaston numéro 3 Gaffes à Gogo
La vache et le téléphone…
© Dupuis + Franquin — 1964

Chez Chaland tout minot, c'est un hippopotame qui entre dans la rédaction de Biblipop…
Lui ne mange que les livres qui traînent autour de lui…

Chaland — La mascotte
Il y a un hippopotame dans la rédaction !
in Biblipop — 1974


Franquin avait fait acheter une vraie vache par Dupuis afin de la dessiner (puis une seconde !) : vache qui était bien dans les locaux du Journal de Spirou !
Je ne sais pas si Chaland avait fait acheter un hippopotame par la rédaction de Biblipop pour ses gags à ce sujet ?…




Valéry Ponzone

dimanche 6 novembre 2016

> De Tintin à Ray Banana en passant par Blake et Mortimer et Clifton…

Histoires de façades…
Pas de ravalement en vue, sinon tout eut été trop facile !…
L'efficacité maximale reste tout de même du coté de Tintin : pas un texte, pas une bulle de 'pensée', juste le vide immense sous lui…
Vertigineux !

Hergé, Tintin en Amérique
Page 10 — Édition noir & blanc 1937
© Éditions Casterman + Moulinsart

Hergé, Tintin en Amérique
Page 10 — Édition couleurs 1945
© Éditions Casterman + Moulinsart

E.P. Jacobs , Blake et Mortimer S.O.S. Météores
Planche 40 — 1958 in Journal Tintin numéro 45 (Ed. Belge)
Éditions Blake et Mortimer - Dargaud

E.P. Jacobs , Blake et Mortimer S.O.S. Météores
Planche 40 — 1959 (bloc narratif refait…)
Éditions Blake et Mortimer - Dargaud

Macherot , Clifton à New York
Planche 25— 1960 in Journal Tintin numéro 29 (Ed. Belge)
Éditions du Lombard

Macherot , Clifton à New York
Planche 25— Version noir & blanc
Éditions Niffle — 2003

Ted Benoit, Ray Banana Berceuse électrique
Planche 43 — 1982
Éditions Casterman

Ted Benoit, Ray Banana Berceuse électrique
Planche 43 — 1982 (fac-similé planche originale)
Éditions Casterman




Valéry Ponzone

samedi 5 novembre 2016

> Les pin-ups du week-end… par Ashley Wood

La pin-up sont les pin-ups et sont venues à trois pour ce week-end de novembre qui pourrait être couvert…
Attention, car elles risquent de vous allumer si vous continuez à adopter cette attitude !?…
Les applaudissements ne sont là que pour dissimuler leur impatience… 

On a mission from God… pas de temps à perdre avec des loustics hérétiques !

Hell Spawn par Ashley Wood
Techniques mixtes sur papier ; 2000





Valéry Ponzone


vendredi 4 novembre 2016

> Moebius fait courir Tintin dans le Desert B…

Toujours cette fichue période d'exposition Hergé au Grand Palais qui fait voir des Tintin partout…
Un dessin de plus de la célèbre houpette par Moebius : une estampe superbement imprimée en sérigraphie : certainement par Yves Amateis si l'on se réfère à ses fameux dégradés présents partout même quand ce n'est plus tendance depuis des années…
Des estampes de Moebius, j'en ai quelques unes, et s'il y en a bien une que j'ai vite revendue, c'est bien celle-ci…
La réalisation en sérigraphie dissimule trop un dessin qui n'est qu'un petite dédicace, certes amusante, mais vraiment anecdotique pour l'éditer avec cette qualité d'impression…
Pour ne pas dire sans grand intérêt…
L'édition de ce crobard en sérigraphie me fait penser à tous ces caches misères que l'on fait maintenant en rénovation ? !

De toute façon quand t'es dans le Désert (B) depuis trop longtemps…tu t'demandes à qui ça sert… 
Na na nanère… Les yeux bandés !

Moebius, Tintin et Milou dans le désert
Sérigraphie couleurs — 120 ex. numéroté & signés par l'artiste





Valéry Ponzone


jeudi 3 novembre 2016

> Monsieur Jacques Tardi attend son train…

Voici mon dessin préféré de Tardi…
Tout simplement !…

France Rail vu par Tardi
Lithographie éditée par France Rail en 1983

En version originale et pas dans la version plus courante, rééditée juste après en quadrichromie,  et que certains n'hésitent pas à faire passer pour une sérigraphie, peut-être juste parce que ce tirage est signé ou par ignorance !?…
Il faudra un jour que j'aborde ce sujet : tous ces vendeurs d'images présentées "en sérigraphie" ou "lithographie", et qui ne sont en fait que des tirages en offset…
Mais, ceci sera une autre histoire, comme aimait à le dire ce très cher Rudyard…

Je fais le malin, mais je ne sais même pas si ce visuel est celui de la version en litho ou celle en quadri ???…
Étonnant, non ?






Valéry Ponzone

mercredi 2 novembre 2016

> Ted Benoit dans les Inrocks 12-10-2016…

Un ami m'avait envoyé une copie de l'article des Inrocks
Reprenons… sous le lavabo se trouve l'emporte-pièce :

Ted Benoit — Les Inrocks 12-10-2016 que je peux agrandir en cliquant sur l'image !
"Ray Banana, ce détective décontracté (…)  Ce roman noir (Berceuse électrique) se déroule dans une Amérique rétrofuturiste, que Ted Benoit peuple de bâtiment modernistes et de voitures aux lignes racées. Il n'oublie pas pour autant de maltraiter les canons de la ligne claire, en utilisant notamment des trames grises - inimaginable chez Hergé."

Ray Banana n'est pas détective. 
Il est bien "dilettante sans raison sociale avouée", pour citer Gérard Lenne, mais a priori pas détective, sinon il nous aurait-déjà été présenté ainsi…
Quant à maltraiter les canons de la ligne claire, il est … clair que Ted Benoit a été l'un de ses plus fidèles pratiquants !
Mais, surtout, surtout, Berceuse électrique n'a jamais été un album fait avec des trames !
Si je ne me trompe pas, la première version était agrémenté de gris faits au lavis, qui sont d'ailleurs très différents entre l'édition courante sur papier offset (qui boit un peu les encres = gris plus foncés / plus denses) et l'édition de luxe toilée sur un papier couché — je crois que c'était un Globe quelque chose non ? — dans laquelle ils sont plus "lisibles"…
Il a fallu attendre la très laide réédition de 2002 dans cette hideuse collection casterman classiques, pour qu'une nouvelle mise en "couleurs de gris" soit réalisée par Madeleine de Mille (Casterman avait dû perdre les films d'impression d'époque ?) avec 3 nuances différentes de gris (plus froid / plus chaud), mais toujours pas de trames…
Je me demande même si ce retirage n'a pas été fait en quadrichromie (gris chaud avec du jaune etc.) ? 
Ceci n'explique pourtant pas le travail de sabotage très méticuleux de l'éditeur opéré sur cette réédition — limite scandaleuse — alors que cette nouvelle mise en couleurs était très intéressante !…

Quant à écrire que ces trames serait inimaginables chez Hergé, je ne sais que penser de cette affirmation aussi péremptoire que fausse !
À moins que ceci ne soit le fruit de mon "inimagination" :

Hergé, Tintin, Le Lotus Bleu
Page 20 "avé des trames peuchère !"
© Éditions Casterman + Moulinsart

Mais ces "petits points noirs, serait-ce de la trame ou du caviar ?
Je pencherais plutôt pour de la trame…
Hé oui !…
À l'époque Hergé devait indiquer les zones à tramer, avec pourcentage de ladite trame, qui devait être faite par l'imprimeur en "trames mécaniques"…
Pas la suite bon nombre d'auteurs, héritiers d'Hergé et fidèles métronomes de la ligne claire ont utilisé des trames manuelles (remerciement chaleureux à Letraset et, dans une moindre mesure, à Mecanorma, sans oublier Decadry pour les moins fortunés!…).

Je résume : 
- Ted Benoit n'a pas utilisé de trames dans Berceuse électrique, version originale ou édition actuelle remise en "couleurs de gris" ;
- Ray Banana n'est pas détective ;
- Hergé utilisait bien des trames dans les premières versions de Tintin en noir et banc.

Voici un très bon exemple d'utilisation de la trame (des trames) par Ted Benoit pour sa version de l'affiche de Casablanca qui lui avait été commandée à l'occasion d'une ressortie du film…
[Désolé pour la zone rectangulaire en haut sur Ingrid, mais c'est le reflet de la vitre du cadre].

Casablanca, Affiche de film par Ted Benoit
"avé la trame peuchère !"
Warner Bros Années 80

Rétablissons une autre Vérité Historique® : la ressemblance avec Clark Gable est trop prévisible : la véritable référence graphique de Ray Banana se trouve plutôt chez Willem avec son fameux Fred Fallo !
Moustache, lunettes noires, tout y est…

Fred Fallo à la plage par Willem

Fred Fallo, Art Moderne par Willem

Il est amusant de constater que cette histoire de Fred Fallo s'intitule Art Moderne : puisqu'un autre membre de la confrérie de la ligne claire a aussi fait une histoire de Fred Fallo — sur scénario de Willem — Esclaves de la seringue, repris dans un des plus beaux livres (le plus beau ?) édité par Les Humanoïdes Associés : L'Art Moderne !…
Son auteur n'est autre que celui à qui l'on prête la création du terme Ligne Claire : Joost Swarte.

Swarte, L'art moderne
Edition originale reliée + dos toilé
Éditions Les Humanoïdes Associés, 1980

Fred Fallo, Esclaves de la seringue par Swarte + Willem

Ray Banana dans son fauteuil in Les magiciens d'eau
Tirage en sérigraphie Exposition L'affaire Ted Benoit

Ray Banana dans son fauteuil in Les magiciens d'eau
Tirage en sérigraphie Exposition L'affaire Ted Benoit

Fred Fallo dans son fauteuil in Esclaves de la seringue par Swarte + Willem

La boucle est bouclée…
Willem… Fred Fallo… Art Moderne… Ted Benoit… Ray Banana… Joost Swarte… Fred Fallo… L'art moderne… Berceuse électrique… Ted Benoit… Ted Benoit… Ted Benoit…
La berceuse électrique commence vraiment à faire son effet : il est temps d'aller se coucher !…




Valéry Ponzone




samedi 29 octobre 2016

> La pin-up du week-end… par Stan & Vince

Tsk Tsk par Stan & Vince
Encre de Chine et feutres sur papier ; 1999

Un dessin de Stan & Vince, fait en 1999, pour mon anniversaire…
Un bon prétexte pour renouer avec la tradition des Pin-Up du week-end !!!
Un bien beau cadeau : merci au duo de choc !




Valéry Ponzone




PS /  Message personnel :
Reviens Belinda, reviens… Je regrette trop que tu sois partie… Penses à tous les bons moments que l'on a passés ensemble… Reviens Belindaaaaaaaaaa !… Aaaaaaaaaaaargh !!!… Ta longue chevelure rousse me manque tant !!!…

vendredi 28 octobre 2016

> Blueberry dégaine des numérotations différentes… chez Swof

Alors ça pour une surprise !
Une nouvelle énigme des numéros qui va certainement nous révéler où se situait vraiment l'Atlantide et pourquoi diantre les Atlantes ont garé leur vaisseaux spatiaux pyramidaux au bord du Nil, il y a quelques milliers d'années ???

L'avantage d'avoir vu passer beaucoup de choses sous les yeux et d'être un peu attentif : voilà une petite image éditée par la revue fanzine suisse Swof en 1997, avec le célèbre Blueberry de Giraud, mis en couleurs sur ordinateur je pense. 
Qu'elle n'est pas ma surprise de constater des numérotations différentes sur plusieurs exemplaires !

Une partie du tirage est justifiée sur 199 exemplaires et l'autre sur 200 exemplaires…
Qui résoudra ce mystère ?
Je ne me résoudre à penser qu'il aurait pu y avoir une double numérotation ? 
Si on ne pouvait même plus compter sur la probité suisse, où irait-on ???…
Mystère et boule de gomme !

Giraud, Blueberry Hands up !
Offset couleurs — 199 ex. numéroté & signés par l'artiste
Éditions Swof — 1997

Giraud, Blueberry Hands up !
Offset couleurs — 200 ex. numéroté & signés par l'artiste
Éditions Swof — 1997

Même dans la numérotation des exemplaires hors-commerce il y a un truc étrange puisque sur seulement 20 exemplaires, je remarque que l'écriture n'est pas la même…
Cela est un détail puisque c'est surtout le fait d'avoir des exemplaires sur 199 et sur 200 exemplaires qui me trouble davantage…
J'imagine le casse-tête pour celui ou celle qui fera un catalogue raisonné sur Giraud un jour prochain.

Giraud, Blueberry Hands up !
Offset couleurs — Ex. HC numéroté & signés par l'artiste
Éditions Swof — 1997

Giraud, Blueberry Hands up !
Offset couleurs — Ex. HC numéroté & signés par l'artiste
Éditions Swof — 1997




Valéry Ponzone

mardi 25 octobre 2016

> Librairie Coconuts à Périgueux… souvenirs

Ce n'est pas moi qui ai écrit cette fois-ci…  mais un invité.
Cela faisait longtemps que je pensais à tous ces libraires que j'ai connus ou dont j'ai entendu parler, que ce fut dans la presse spécialisée qui — jadis — relayait les productions, animations des uns et des autres, où qu'ils se trouvent dans l'espace francophone du 9ème art, ou par d'autres canaux…
Si l'un d'entre vous a aussi envie de se coller à l'exercice, ce sera avec plaisir que je le ferai partager par ce blog : nous avons connu un grand nombre de librairies marquantes avec suffisamment de personnalité, d'intérêt ou de caractère pour en parler… et partager !


Rien ne meurt en nous de ce que nous avons aimé.  Même quand l’on n’y prend pas garde, tout nous revient toujours par la bande – et, souvent, par la bande dessinée. Parce qu’elle est d’abord un lieu par où nos regards se fixèrent un jour : un grenier à la campagne, une bibliothèque, plus souvent une librairie, quelquefois surgie de nulle part, perdue dans une petite ville, comme à l’écart du (grand) monde. Ainsi Coconuts, Périgueux, aujourd’hui disparue.
Hommage en guise d’inventaire par Redstarpx.


Une librairie, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Étrangement, c’est souvent quand elle a disparu que l’on se rend compte à quel point elle nous aura marqué, et combien elle nous manque. Comme si quelque chose s’était joué là qui nous aura révélé non pas qui nous étions, peut-être même pas ce que nous allions devenir ou gagner, mais bien ce que nous allions définitivement perdre. Gagner, perdre, l’un n’ira jamais sans l’autre : la librairie, c’est d’abord une chambre noire, un temps anté-mémoriel – celle des vies qu’on s’invente, que l’on arrache à la morosité (la province, l’adolescence, la gangue du quotidien) ; c’est aussi le manque et le désir anticipé, un peu trouble, de ce manque : la conscience malaisée que tout aura bientôt une fin, que l’on devra nécessairement rétrocéder quelque chose de ce privilège insensé qu’elle nous aura offert : l’espoir d’apercevoir l’abîme – un monde de mystère et de désir, impossible à concevoir tout à fait.

Ouvrir un livre , c’est ainsi entrer en autarcie : c’est d’abord un retranchement, mais sous la forme d’une opération double : additionner, soustraire. Ajouter une couche de vérité à une autre, évacuer le réel pour mieux se dérober : vivre l’aventure, effectuer l’inventaire de soi-même, dans le fracas des mots et des images qu’ils convoquent. Opérer ce retrait dans la bande dessinée, c’est faire l’expérience de l’impureté : accepter ce qui aura toujours été perçu comme une manière un peu déceptive, un en-deçà au carrefour des autres arts (littérature, cinéma, théâtre, architecture, pantomime, etc), dépourvu de langage articulé, à jamais prisonnier du babil propre à l’enfance. Ce fut peut-être la raison première à cette idée somme toute étrange : aller nous enfermer un jour dans ce qui nous semblait l’endroit le plus intimidant qu’il nous ait été donné de fréquenter – ce quelque part où personne jamais ne nous aurait conduit. Aller vers l’impur ; entrer dans des cases et découvrir l’ailleurs. Comme fermer les volets et laisser l’extérieur continuer de s’agiter : être enfin libre. Libre de mettre tout le reste à distance, pour relier un point à un autre, pour commencer à développer une perspective. Là se trouvait l’échappée : à nous l’infinité du monde ; aux autres la société, ce vain théâtre.

Banalité que tout cela ? Mythologie de faible amplitude ? Pour nous ce fut considérable : c‘est notre enfance qui se sera jouée là, et l’on sait bien que l’enfance est toujours plus forte que les mythes – ils sont désespérément universels, alors qu’elle est fondamentalement unique. Ce qui nous a unis, ce fut d’abord ceci : une petite boutique (était-elle si petite ? Pour nous, elle fut parfois comme un refuge, ou un jeu de piste – être là, tracer des cercles autour d’autres exilés volontaires, les renifler autant qu’on renifle les livres), un type arrivé là très jeune (la vingtaine), presque dans un désert.

Voilà : Henry S., Coconuts, « librairie de bande dessinée » installée depuis 1983 à Périgueux,  petite ville du sud-ouest de la France. 

 
Librairie Coconuts — Périgueux
Publicité in L'année de la BD 1984-1985


Le type avait dix ans de plus que nous, et c’était un gouffre qui aurait dû être insurmontable. Des collégiens ou des lycéens qui s’encanaillent en séchant les cours et viennent flairer l’endroit, dont le propriétaire est déjà un adulte, avec des responsabilités : vendre, acheter, faire sa marge puis payer ses charges, calculer. Ce qui nous fit adopter d’abord Henry et Coconuts, ça n’est peut-être même pas l’exotisme un peu bancal du nom, ni cette idée saugrenue que nous pouvions nous aussi être regardés comme des adultes. C’est sans doute la conscience claire, immédiate, qu’avec lui il n’y aurait jamais de calcul, justement. Pas besoin d’opération, même élémentaire : il flairait tout de suite le nouvel arrivant, savait instantanément à qui il avait affaire, et puis, presque toujours, il lui donnait une chance. Une chance d’aller chercher ce qui était évidemment fait pour lui, qui l’attendait là, dans les rayons, et n’attendait que lui. Une chance de lui donner cette liberté-là, bien souvent totalement inédite.

Pour moi, comme pour quelques autres, ce livre premier fut Le Cimetière des Eléphants de Chaland, Collection Eldorado, début 86. Tout est ancré dans ma mémoire : trois personnages sur la couverture, en tenue d’expédition, échappés du cadre répondant au titre, avec cette ombre noire qui guette et que seule la fille semble avoir aperçue ; la fille, ou plutôt la jeune femme – présence inédite par son réalisme, comme débarquée d’un film noir des années 1940 : arrondi parfait du visage, tâches de rousseur de l’enfance sous une frange impeccable, formes souples se détachant sur une taille de guêpe, bouche très exactement dessinée dans le prolongement du geste effectué par le bras, corsage entr’ouvert, ceinture du holster dont un cran est négligemment défait - une créature tombée de la planète Mars !

L’érotisme qui soudain débarque dans le dessin, comme nécessairement à l’écart des deux autres personnages (des siamois, ou des reflets inversés). Qui est cette fille ? Et puis : « Les aventures de Freddy Lombard », avec ce lettrage plus tard reconnaissable entre mille. Les aventures ? Quelles aventures ? Où ? Quand ? Combien ? Ouverture du livre (comme on dit à l’opéra : « Ouverture » … un opéra de papier ? Sans doute, mais ça, je n’en comprendrais la portée que bien plus tard). Une double page d’objets fétiches (ça tombait bien), comme chez Hergé, comme chez Hitchcock dans le clip promotionnel de Psychose : « regardez bien cet objet, il aura une importance capitale dans notre histoire ! ». Tout l’attirail de l’aventurier, et aussi, bien sûr, des livres : un magazine pulp, une encyclopédie. Et puis la page suivante : un fétiche de Tintin (c’est toujours comme ça que je le perçois : je n’avais jamais encore rencontré Freddy Lombard), criblé de projectiles, ou percé de clous ; plus loin, une liste, à rendre fou : j’entrais par effraction dans un monde déjà solide, avec une œuvre en train de se poursuivre ! Il n’y avait plus qu’à se jeter dans cette jungle, remonter le fleuve, quitte à s’y perdre !

Sourire du libraire, qui devait déjà se dire : « ça y est, encore un ! ». Extase du lecteur, venant de poser le pied sur un continent à ses yeux encore vierge, mais où tout le précédait. Et puis voracité à rattraper le temps perdu, et découverte que d’autres étaient déjà passés par là, ou en étaient au même point que nous : ceux-là aussi resteraient pour la vie.  

Très vite se forma donc une communauté de gamins qui ne seraient plus jamais seuls, ou comprirent la richesse d’avoir été seuls jusque-là. Puis l’on s’aperçut que les âges de ces gamins variaient grandement ; certains avaient parfois dix ans de plus que le maître des lieux – mais lui avait dix ans d’avance sur tout le monde. Nous étions au milieu d’une page à construire, lui était déjà en train de rassembler les planches pour mieux les disperser : peut-être savait-il que le temps lui était compté, peut-être avait-il décidé de n’être lui-même qu’en sursis (la librairie allait durer dix ans à peine).

C’est sans doute par là que naquirent deux phénomènes contigus : la permanence du rire (prendre les choses au tragique, certes, mais jamais au sérieux), et la toute puissance de l’instinct. Henry était un libraire incapable a priori (le simulait-il ?) de lire plus de trois pages d’un livre non dessiné : il s’ennuyait très vite, ça le mettait presque en colère, il ne comprenait pas ou ne voulait pas comprendre. Écrire sans dessiner, c’était faire montre d’un sérieux insupportable, c’était être réduit à l’impuissance : démontrer, expliquer, développer, là où deux cases en disaient toujours plus que tout. Il avait une méfiance quasi pathologique pour tout ce qui ressemblait vaguement à une forme d’intellectualisme. Le remède : un rire « hénaurme » à la Cravan (qu’il n’avait sans doute jamais lu), une mise en question permanente de soi, de ses propres limites, un rire de barbare, après lequel rien ne repoussait complètement : ni lui, ni les autres, ni aucune contingence de quelque ordre que ce fut. 

Henry ne perdait pas de temps à faire preuve d’humour, il avait bien mieux à faire à renverser le monde. Ainsi, cette manie étrange du surnom : par cet adoubement, ce nouveau baptème, il conférait au nouvel adopté comme un surcroit d’existence : l’heureux élu intégrait illico cette société secrète - la bande dessinée -, et devenait un personnage. Tête Plate, M. de Pojo, Moustache et Trottinette, l’Homme-Mouche, et tant d’autres encore : qui a jamais su quels étaient leurs patronymes officiels ?  Quelle importance, au fond ? Pour chacun, cette idiotie salutaire avait valeur d’ascèse : tremblant d’envie et d’effroi mélangés, il s’agissait alors d’être digne de cette sur-réalité tombée de nulle part. Un doigt sur la tête, nous dansions cette gigue effrénée, comme Georges Rémi s’effaçant devant Tintin.

Librairie Coconuts — Périgueux
Carte de visite

Comment s’en étonner : nos lectures finirent par déteindre sur nous, contaminant notre langage, le rythme de nos phrases, leur scansion, jusque dans certaines postures ou grimaces. Henry était le Jarry marionnettiste du Théâtre de l’Oeuvre, et nous les palotins de ce souriant Père Ubu ! Nous nous mîmes dès lors à parler couramment le Chaland, buvant des cocktails russes comme chez Serge Clerc, rêvant de femmes dessinées par Götting ou Avril.

La vie devenait une gigantesque bande dessinée en train de se construire : comme fabriqués en direct, nous nous roulions avec volupté dans les herbes folles de la fantaisie. Cette confusion des genres agissait comme un baume, d’abord piquant, puis chauffant même un peu trop (où fixer la limite ?) ; une forme d’émollience s’installait, et rien ne pouvait plus nous atteindre, jamais. L’ancien monde perdu dans son reflet, les mots devenus étrangers à eux-mêmes, nous commencions de tourner comme dans un kaléidoscope, à toute vitesse, les repères envolés, et la raison avec. C’est à partir de ce moment-là que l’on devient mûr pour faire les plus grosses bêtises.

La bande dessinée cessait tout à coup d’être du papier ordinaire, même de luxe : elle devenait un palimpseste sur lequel nos vies s’imprimaient. Parfois, cela tenait plutôt du papier tue-mouches : on ne savait plus vraiment distinguer le réel de la légende. Telle cette anecdote de l’inauguration de la boutique avec le ban et l’arrière-ban des édiles locaux – Henry prétendait ceci : avoir annoncé la venue d’Hergé, et tout le monde avait suivi (était-ce quelque temps avant sa disparition ? Était-il même déjà mort ? Anecdote impossible à vérifier, mais là n’est pas la question : nous étions chez John Ford - print the legend !  - et peu nous importait). Tout était envisageable : chaque jour apportait son lot d’histoires invraisemblables, que nous nous empressions de croire, forcément.

L’intuition d’Henry fut le miracle qui permit tout ceci, au moins autant qu’il fut une source permanente d’interrogation : comment ce type, résolument fermé à toute théorisation esthétique, sortait-il de son chapeau, avec une sûreté de goût confondante, des auteurs ayant de telles affinités électives ? Chaland, Clerc, Götting, Avril, donc - mais aussi Floc’h, Benoit, Loustal, Swarte ou Ever Meulen, tant d’autres encore, parfois totalement inconnus. Pourquoi sauvait-il d’instinct Léon La Terreur ou Maurice le Cowboy, au nom de ce principe par lui jamais formulé : l’absence de toute vulgarité ? Où dénichait-t-il les productions encore embryonnaires de l’Association ou Cornélius ? D’où surgissait Glen Baxter, pour qui n’avait jamais entendu parler d’Edward Lear ? Par quelle étrange clairvoyance de sa part repartions-nous avec, calés sous un bras, Martiny & Petit-Roulet, sous l’autre Willem ou Schlingo ? Par quel tour de passe-passe nous conduisait-il de Martin Veyron à Herriman, ou de Moebius à Mattoti ?

Généreux concours de circonstances, alors ? Décalage dans les générations ou l’expérience ? Soyons plutôt persuadés de ceci : un bon libraire est celui qui sait : c’est un mystère qu’il nous faut savoir apprécier. On appelle cela un métier : une inspiration doublée d’une aspiration. Un bon libraire sait en effet qu’il y a toujours deux poids, deux mesures ; qu’un kilo de plumes est parfois plus lourd qu’un kilo de plomb ; que l’on ne traite jamais deux histoires de la même façon ; et qu’un passant dans la librairie, quand bien même passerait-il tous les jours, c’est toujours un scénario différent, un instant à recommencer. C’est sans doute pourquoi l’on y revient forcément un jour, même quand l’on n’en revient toujours pas. 



Redstarpx, été 2016

dimanche 23 octobre 2016

> Puisque l'on parle des ploucs par Vuillemin…

"Un trésor de Culture qu'il faut absolument Préserver : les Ploucs"

Pfffft !…
Ce dessin date de je ne sais combien de décennies ?…
Mais Vuillemin savait déjà  cette époque ce qui importerait au niveau électoral,  pour le siècle futur !?…

Philippe Vuillemin — Les Ploucs
Dessin original — Encre sur calque + gouache







Valéry Ponzone