jeudi 30 novembre 2006

Quartier Lointain

Si Casterman est connu - voire reconnu - pour certaines errances éditoriales depuis maintenant presque une décennie, avec des modifications et changements incessants de collections, de maquettes, de formats et d'orientations éditoriales, il est amusant de voir ce que cela donne avec l'un des auteurs phares de la bande dessinée d'auteur japonaise de leur catalogue, mais - un fois n'est pas coutume - avec un côté plus que positif pour le dernier titre publié.
Édité à l'origine dans la fameuse Collection Manga du même Casterman, qui y alignait sans grand entrain les titres les uns après les autres,et sans grand soin non plus, d'auteurs japonais et européens édités par les japonais (Baru ; Beb Deum ; Varenne etc.), Jiro Taniguchi a fait son apparition dans le paysage éditorial francophone avec l'excellent L'Homme qui Marche (promenade bucolique à travers les rues de Tokyo par un homme décidant de flâner plutôt que d'aller travailler ; amusant d'en rapprocher le sujet du Voyage de Baudoin, édité aussi par les japonais ?) et le moins excellent Chien Blanco… Clap de fin de l'introduction... Ensuite viendront les 3 tomes du Journal de Mon Père en format standard de la bande dessinée européenne et brochés. Parmi les seuls titres maquettés de cette période avec des magnifiques 1/3 ; 2/3 ; 3/3 imprimés sur les dos des livres qui iront jusqu'au bout de cette sublime idée de mise en forme graphique, donnant l'impression à l'heureux possesseurs des ouvrages de ce type d'acheter des tiers (ou des quarts suivant la série) d'histoire en bande dessinée. Certainement le seul domaine de création capable d'afficher sans trop se poser de questions qu'il propose aux lecteurs des "morceaux de récits tronçonnés" avec ce type d'unité de mesure trop assimilable aux poids et mesures ?
Passons… Après cette première révélation, pour certains, que la bande dessinée japonaise ne se limitait pas qu'à Goldorak ou à Dragon Ball pourtant très bons dans leur genre, surtout Dragon Ball d'ailleurs (pourtant, en traduction nous avions déjà eu Otomo chez Glénat ; Tatsumi chez Artefact ; Gen #1 chez Les Humanos ou bien encore Tezuka avec Les 3 Adolph ou Bouddha chez Tonkam qui publia également Amer Béton de Matsumoto etc. etc.) arrive le carton commercial avec Quartier Lointain au début de la Collection Écritures…
Il aura fallu que Casterman édite Quartier Lointain en deux volumes séparés dans cette collection, avec deux - voire trois versions - des deux volumes rassemblés dans un coffret, pas beaucoup plus réussi au niveau de la maquette, avec changement de papier entre temps (du Centaure Ivoire au Bouffant a priori) pour - enfin - découvrir en cette fin d'année 2006 et son cortège d'intégrales, de coffrets complets, vides, à moitiés vides ou à pleins suivant son approche de la chose une très belle édition intégrale reliée avec une splendide jaquette reprenant la couverture originale japonaise !
Il était vraiment temps d'avoir quelques années plus tard une édition réussie de ce titre n'est-il pas ? Le plus étonnant, allez, je vous le donne en mille, est de se trouver nez à nez - ou plutôt œil à œil - avec les premières pages de cette histoires en… couleurs ! Fascinant ! Et non, ce n'est pas un gadget : cela revêt une importance loin d'être négligeable dans cette histoire. Tout simplement parce que le début de l'histoire en couleurs correspond au présent, quand le personnage principal "adulte" se trouve dans le train après son repas d'affaires un peu trop arrosé, le passage couleur / noir & blanc symbolise ce si particulier décrochage temporel présent/passé avec l'arrivée progressive du train vers la ville natale de l'homme d'affaires quelque peu émêché !
Il a donc fallu attendre un peu plus de quatre ans pour obtenir ce fameux mieux-lisant culturel ! Merci Casterman de nous avoir privé de cela : toujours la même hsitoire, plus on attend plus on est certain d'avoir la meilleure édition, et que reste-t-il à ceusses qui font le succés du début de ces titres ? Que nous reste-t-il à découvrir afin d'explorer le filon jusqu'au bout : l'intégrale de Quartier Lointain avec un coffret ? Non, il y aura mieux à faire, pour reprendre l'idée jetée par Vincent B., qui n'a absolument aucun lien de parenté avec David B., je tiens à le préciser : une future intégrale dans le sens de lecture originel (japonais et de droite à gauche pour tout dire). Misons sur cette nouvelle idée digne des meilleurs esprits marketing et tant pis pour le formidable travail d'adaptation de Frederic Boilet…